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LE PALMIER A HUILE

On peut voya er 10 à 15 heures soit en hamac, soit en pirogue, l'œil ne cesse de voir des palmiers se balançant tantôt sur des tiges sveltes et flexibles ou sur de larges troncs très peu élevés, tantôt sur de longs tuyaux de 1 0 à 15 centimètres de diamètre qui s'élancent hardiment vers les nues. La végétation du palmier à huile est lente : il forme pendant longtemps une sorte de grosse touffe. Peu à peu le tronc s'élève, mais reste couvert de la souche des vieilles feuilles; à la longue il devient presque lisse. Les feuilles sont pennées, à rachis jaunâtre, épineuses sur les côtes, portant des folioles d'un beau vert, longues quelquefois de 0 m. 70, disposées sur deux rangs. Les fleurs, qui paraissent plusieurs fois par an, sont monoïques, portées sur des régimes différents. Le fruit, de la grosseur d'une noix, est une drupe surmontée du stigmate persistant, trifide et révoluté que supportent trois styles réunis. Sa chair est fibreuse et imprégnée de matières grasses. Les indigènes en extraient l'huile par dépression du de, fruit renfermant l'amande et sa pulpe. Les régimes sont cueillis dès que les noix sont rouges; jetés d'abord à terre en tas sur lesquels viennent picorer les volailles, on les laisse fermenter pendant quelques jours, puis on les égrène. On les empile dans des marmites en terre rouge; on remplit d'eau les récipients et on laisse bouillir sur un feu lent pendant 6 à 7 heures. Les noix sont ensuite séchées; dès que l'eau s'est évaporée, on les pile clans des mortiers creusés dans des troncs d'arbres ou dans de vieilles pirogues ; les femmes toutes nues se servent de leurs pieds comme pilons. Ce travail dure trois ou quatre jours. Elles pilent, ellespilent et chantent en cadence des complaintes vagues et sans suite dans lesquelles on retrouve toujours le mot Dahomé, Dahomé. Celles qui sont fatiguées se reposent et accompagnent les mélodies sur des instruments primitifs, des bouteilles cassées ou des clochettes fêlées.

Lorsqu'on juge que les noix ont été suffisamment pressurées, on jette de l'eau dans les récipients, on agite cette eau avec les mains : une sorte de mousse de couleur orange, saveur douce parfumée, odeur rappelant celle de l'iris et de la violette, commence à surnager. C'est l'huile la première, la plus pure, fraîche et comestible. On la recueille dans des vases au moyen de calebasses. L'eau est vidée, il reste au fond de la vieille pirogue les amandes, qui sont décortiquées et portées à la factorerie. La proportion d'huile est de 65 pour 100; de l'amande on tire encore 45 pour 100 de matière grasse. L'huile est employée pour la savonnerie et la parfumerie. Le bourgeon terminal fournit le chou palmiste, excellente salade. Des cellules intérieures du tronc on tire par incision une boisson fermentée, le vin de palme. Le palmier donne ses fruits plusieurs fois par an, sa récolte est sûre et ne craint pas les intempéries. Les feuilles, larges, longues, dures, sont utilisées pour la toiture des maisons, le bois pour la construction. Avec les fibres très flexibles on fabrique des cordages, des paniers et même des tissus. Les résidus des noix et les coques des amandes sont donnés aux porcs, qui pullulent dans les villages. L'huile de palme a des propriétés médicinales : on l'emploie pour guérir les maux de ventre et d'oreilles. On en frotte les nouveau-nés pour leur donner de la vigueur.

Agol Ago ! (Gare ! gare !) Enfin, après 10 heures de hamac à travers la forêt ombreuse, nous arrivons à Ouidah, dont on aperçoit les grands arbres quand on a contourné le cimetière européen placé à l'entrée du quartier de Tové, défilé de ruines en pisé. Rues mal tracées se croisant en tous sens, traversées de fondrières et de fosses béantes dont on a tiré la terre des constructions et qui sont des dépotoirs. La voirie n'existe pas; les noirs font de ces trous le réceptacle de toutes les immondices, quand ils ne les laissent pas au milieu du chemin.

Les hamacaires filent à une allure vertigineuse, fendant la foule qui sort des cases pour voir qui arrive, écrasent les enfants, effrayent les volailles. Nous laissons à gauche le fort portugais, à droite les factoreries Fabre et Gôdelt (autrefois le fort anglais William) et nous nous dirigeons vers le saramé Ahouangigo, ou quartier français. En attendant que « mon hôtel » soit prêt, je loge au fort Saint-Louis, avec M. le colonel Gonard, commandant de la région, et M. Eschallier, chef de bataillon.

La ville de Ouidah se divise en dix quartiers : vYouangigo, Sobaji, Docomé, Maro-Saramé, Somaï, Blézin, Bojasaramé, Fonsaromé, Kaosaramé, Tové. Pour faciliter la surveillance, on n'a rien changé aux anciens usages; les chefs nommés par Abomey ont été maintenus en fonctions. Dans une ville pouvant contenir 20000 âmes, il eût été impossible à quelques Européens de se reconnaître au milieu d'un dédale inextricable de sentiers et d'impasses sans le concours des noirs, qui ne nous ont ménagé ni leurs renseignements ni leurs avis.

En causant avec tous ces noirs, j'arrivai à me convaincre que les Dahoméens, qui avaient fait tant de bruit, ne constituaient pas une grande famille. Quelques individus d'origine Eoué avaient fondé la dynastie qui s'empara du pays.

Les Éoués occupent sur la côte occidentale d'Afrique le segment du littoral connu sous le nom de Côte des Esclaves, du cap Saint-Paul au Lagos, entre les Achantis à l'ouest et les Nagots à l'est. Ces trois groupes, parlant des idiomes distincts, sont très probablement les premières et les seules tribus noires qui se réfugièrent dans le couloir demi-circulaire formé par les monts Kongs, l'océan Atlantique et le Niger, poussés par les Foulbés, ou hommes rouges, qui, venus des bords du Nil, en dirigeant leur marche sur celle du soleil, ont conquis une grande

-- partie du Soudan1.

L'habitat des Éoués (Éfés ou Éwés) est actuellement délimité par la Volta à l'ouest, par l'Addo à l'est, au sud par le golfe de Bénin, au nord par une ligne irrégulière suivant les terrasses rocheuses du 8e degré de latitude, jusqu'à la rivière Ouémé. Cette grande famille nègre se cempose de plusieurs branches parlant chacune un dialecte diffé-

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