‹ La France au DahomeyChapitre 59 sur 122 · CARTE DU PAYS DES ÉOUÉS (DAHOMEY OCCIDENTAL · texte numérisé non relu

CARTE DU PAYS DES ÉOUÉS (DAHOMEY OCCIDENTAL

dans le pays compris entre la lagune de Togo et l'Addo ; villes principales : Petit-Popo, Agoué, Akrakou, Wo, Athiémé, Agomé-Séva, Dobo, Toune, Tado, Sahoué, Sé,Adjara, Abananquein, Ewé ou Pla (Grand-Popo), Ouidah, Alada, Godomey et Porto-Novo (Bogbonou, Acljaché ou Acljasen). Les Nagots du royaume de Porto-Novo sont des immigrants venus du nord et de Test.

Les Éoués forment la plus grande agglomération de population de notre colonie du Dahomey. Ils sont clairsemés au centre et à l'est, mais très resserrés à l'ouest. On les désigne à tort sous le nom de Ouate/ris , qui signifie « homme de la brousse », ou sous l'épithète d'Adjaas, qui s'applique à une légende populaire et ayant presque la valeur d'une chronique authentique et sur laquelle repose l'histoire des origines du Dahomey contemporain. On confond aussi les Éoués avec les Minas du littoral. Ces derniers sont venus d'Accra et d'Elmina vers le xvi° siècle. Chassés par les Fanti et les Akouapim, tribus achanties, ils se sont établis à Petit-Popo dans le quartier Anèho, à côté des Éoués qui occupent le village de Plaviho (petit Pla) et peu à peu se sont répandus le long de la côte jusqu'à Cotonou. Le terme Popo est inconnu des indigènes. Il a été donné par des navigateurs à tous les noirs habitant Sous le Vent1, c'est-à-dire à l'ouest de Ouidah; les Éoués appellent les Minas des Akla (Akra), parce qu'ils parlent Yaklagbé, idiome particulier se rapprochant de l'achanti.

5° Les Fons, plus connus sous le nom de Dahoméens, quoique le mot indigène Dahomé s'applique au pays situé au nord de la Lama, entre le Coufo, l'Ouémé et les montagnes, et non à une peuplade. Le terme Djedji est employé aussi quelquefois pour désigner le dialecte des Fons.

6° Les Mahis, qui sont dispersés sur les hauts plateaux entre 7° 30' et le 8° degré de latitude nord et dont j'aurai l'occasion de parler plus loin.

La région située à l'ouest du Mono appartient à l'Allemagne depuis la convention du 25 décembre 1885. Je ne m'occuperai dans cette relation que des Éoués relevant de notre autorité et que j'ai eu l'occasion de visiter et d'administrer. J'ai recueilli de la bouche des vieux cabécères et des féticheurs quelques souvenirs historiques qui me permettent de déterminer assez nettement les origines de ce Dahomey dont nous avons détruit la prépondérance pendant la dernière expédition. On a des données à peu près certaines sur la période comprise entre les xvnc et xixe siècles, mais on est peu fixé sur les événements antérieurs. C'est dans l'histoire des Éoués, qui s'arrête avec la fondation d'Abomey et la marche victorieuse des Fons vers le littoral, qu'il conviendrait de chercher un peu de vérité et de précision, afin de dissiper une confusion presque générale; mais il n'existe pas de documents historiques dignes de ce nom.

Les Dieppois, les Génois et les Portugais naviguèrent dans ces parages dès le xiv° siècle. Les anciennes cartes mentionnent :

1° Un royaume de Juda, qui s'appelait aussi République des Quédas, dont on a fait les

I. Les pays à l'est de Ouidah se désignent aussi quelquefois par i Au Vent ».

HABITAT DES KOUÉS.

FOHT SAINT-LOUIS, DE OVIDAH.

fameux Judaïques : ce petit État s'étendait de l'embouchure du Mono à Avrékété avec Savi ou Xavié, et Tori. Un certain Hufon a été le dernier chef des Quédas. Le roi de Ouidah demeurait à Sobagi, quartier qui existe encore ;

V Un grand État, l'Ârdra, capitale Assem ou Ardres. Ce pays comprenait les

royaumes de Porto-Novo et d'Alada actuels et les territoires de Godomey et de Cotonou. Assem, Axim ou Ardres se confondent avec Porto-Novo. On doit chercher l'étymologie d'Ardres dans les termes portugais Praija-Arida (plage de sable) . Des voyageurs désignent avec raison Porto- Novo par Grand-Ardra et Allada par Petit-x<Yrdra. Allada ou mieux Alada vient de « Aledanou », qui fut le nom primitif de l'endroit où se trouve actuellement la ville, qui n'a jamais eu grande importance.

« Le dernier roi d'Ardres, qui mourut en 1610, s'appelait Koppon. Ses fils, Tacodonou ou Ago et Atéagbalin ou Dako, se disputèrent et se réfugièrent l'un au nord chez les Fons, l'autre à Porto-Novo. La chronique dans laquelle je puise ces renseignements* a conservé le nom des prédécesseurs de Koppon : ce sont Adamto, Avajo, Abrolouto et Adjahouto, dont le nom signifie « assassin d'Adja », et qui était originaire d'Adjara, près de Grand-Popo. Ayant tué un de ses parents, il était venu se réfugier, au nord de Tori, chez un chef qui gouvernait le pays au nom du roi d'Assem et résidait à Ahoutégoudo 2. Adjahouto avait obtenu la permission de faire sa case sur un terrain qui lui fut cédé. Il bâtit une maison sur l'emplacement où se trouve encore le palais d'Alada, et dans lequel nous avons fait le poste. Il s'étendit à droite et à gauche, suscita des difficultés à son bienfaiteur et finit par se faire nommer chef à sa place. Le lieu qu'on avait eu le malheur de lui donner fut surnommé Alédanon, « homme maudit et assassin des siens ». La famille qui gouverne encore aujourd'hui à Abomey a toujours considéré cet endroit comme le berceau de la maison royale, et y nommait un représentant pour garderie terrain fétiche. C'est à Ahoutégoudo que nous avons dû prendre le vieux féticheur

1. Chronique qui me fut dictée par les chefs de Ouidah, en présence de tous les féticheurs. Le métis Candido Rodriguès tenait la plume.

Page 1