Ahoutégoudo existe encore, ai kilomètres du palais
i30 LA FRANCE AU DAHOMEY.
Gigla pour en faire un roi d'Alada, le 4 février 1894. Ce lieu est encore respecté de tous. Jamais dans les sacrifices humains les Dahoméens n'ont tué d'Éoués, ni même laissé tomber de sang éoué sur leur territoire, parce qu'ils sont de même famille1. »
Adjahouto fut canonisé dans le panthéon dahoméen et devint, sous le nom i'Adja, une sorte de dieu Terme, gardien de certaines localités réputées sacrées. Dans le palais de Porto-Novo il y a un enclos qui s'appelle Adjahouto en l'honneur du véritable fondateur de la dynastie à laquelle appartiennent Behanzin, Agoliagbo et Toffa. On trouve un peu partout des villages dits « Adjara ». La rivière de ce nom à l'ouest de Porto-Novo indique bien que les Éoués sont venus jusque-là et pourrait servir de ligne de démarcation entre l'habitat des Nagots et celui de nos indigènes. Tacodonou, fils de Koppon, qui bâtit son palais sur le ventre de Dan, roi des Fons (Dan home), mourut en 1650. Ses descendants étendirent leur domination jusqu'à la mer.
Du xvie au xix° siècle les colonies européennes d'Amérique, ayant besoin de main-d'œuvre, envoyaient leurs voiliers acheter des esclaves sur cette partie de l'Afrique. Pour satisfaire aux demandes de bois d'ébène, les chefs nègres se firent la guerre entre eux et vendirent leurs captifs aux étrangers. Les épidémies, la famine, l'agglomération sans cesse croissante d'êtres humains très prolifiques resserrés sur leurs territoires, la crainte du plus fort, les guerres incessantes que les nègres, quand ils ont une organisation politique quelconque, se font entre eux pour se prendre leurs esclaves et leurs animaux domestiques, sont les causes des nombreuses émigrations et révolutions qui ont troublé cette contrée. Le groupe Fon, composé d'hommes audacieux, gouvernés par des chefs intelligents, fut le plus fort. Il écrasa petit à petit ses voisins. Ses succès furent facilités par l'état social rudimentaire des Eoués, apathiques et mous, comme ils sont encore aujourd'hui. Les générations successives ont laissé cette famille au même point de vie patriarcale où nous la retrouvons partout où nous la rencontrons, ignorants et heureux, se contentant de vivre sur les bords des lagunes saumàtres ou sur le sable jaune et poreux du cordon littoral, sans rêve ni ambition, se nourrissant de poisson frit, de manioc pilé, de maïs cuit. Les esclaves cultivaient la terre, qui suffisait à tous les besoins. Pas d'inégalité, pas de pauvreté, liberté individuelle absolue. Les chefs, des notables plutôt que des maîtres, n'avaient aucune autorité et ne pouvaient pas sanctionner leurs décisions; les vieillards et les féticheurs étaient seuls écoutés. Ces aborigènes furent facilement dominés par les Fons, qui entrèrent en relations suivies avec les Européens établis depuis le xive siècle à Savi. Français, Anglais et Portugais, pressés d'avoir de la cargaison pour leurs bateaux, donnèrent des conseils, excitèrent la concurrence, enseignèrent la politique et l'art militaire. Les Dahoméens soumirent successivement Alada, Savi, Godomey, Ouidah, et placèrent des délégués dans les Popos. Kouakou, le chef actuel de Grand-Popo, mon principal administré, s'est toujours considéré comme un employé du Dahomey et ne manquait pas de rendre compte de tout ce qui se passait sur la côte.