Longue lévite en indienne
dèrent comme des blancs et constituent l'élément intelligent de la population. Depuis notre arrivée, ils semblent oublier leurs aspirations vers le Portugal et s'efforcent d'accaparer les fournitures et les transactions. En 1886, le cabinet de Lisbonne établit et notifia son protectorat sur le Dahomey et chercha à racheter les esclaves condamnés à mort, pour peupler l'île de San Thomé. Une mission officielle dirigée par le major Curado monta à Abomey. Mais, tout en comblant de prévenances les officiers portugais, Glé-Glé ne voulut pas s'engager pour l'avenir, et le gouvernement royal notifia aux Puissances, le 26 décembre 1887, son intention de renoncer à ses droits anciens de protéger un souverain nègre qui déclarait n'avoir besoin de personne et qui, pour bien montrer son indépendance, venait de faire disparaître le chacha (xaxa) Juliao da Souza, son délégué à Ouidah et le chef incontesté de tous les mulâtres d'origine lusitanienne.
L'histoire de cette famille da Souza, dont les représentants sont encore très nombreux, est intimement liée à celle des derniers rois dahoméens. Don Francisco Félix da Souza, natif du Brésil, vint à la côte d'Afrique en l'an 1769 et débarqua d'abord à Badagry, où il fonda une foire du nom de Ajido. Il passa ensuite à Ouidah et reçut l'hospitalité au fort portugais, commandé à cette époque par le gouverneur Gonzajvès, sous le règne d'Adanzou H, dit Kpingula (1775-1789). Angongoulo, dit Ouinouyou Sédozo (1789-1803), successeur d'Adanzou II, laissa le trône à son fils Egbomi, qui ne régna que peu de temps et est souvent omis de la liste des rois. Peut-être même ne fut-il jamais investi de la couronne. Son frère Adandozan prit les rênes du gouvernement, mais son caractère cruel le fit détester de tous. Il s'aliéna par ses vexations Don Félix Francisco. Guéso, frère du roi, promit de s'emparer du trône dès qu'il aurait des forces à sa disposition. Don Francisco et Tomatin, frère de Guéso, s'allièrent et dirigèrent la conspiration. Après son avènement, Guéso, pour récompenser don Francisco, créa la dignité de chacha, héréditaire dans la famille de Souza, et ordonna aux cabécères et au peuple de Ouidah de lui bâtir une maison qui existe encore et dont nous avons fait l'hôpital. Le yévoghan du temps se nommait Céplou. La ville était administrée avec équité et de nombreux marchands de toute nationalité circulaient dans le pays. Le quartier Blézin (altération de Brésil) est encore occupé par les enfants de ces traitants, attirés par Francisco da Souza, qui était respecté de tous eipersona grata auprès de la cour. Il était d'ailleurs très riche. Il pouvait armer 1 400 soldats, il avait 4 000 esclaves, hommes et femmes. On retrouve un peu partout encore des crios ou fils d'esclaves du chacha Francisco, qui mourut le 4 mai 1849, dans le temps du yévoghan Ouadagba. Tout en laissant une grande autorité aux métis, la cour d'Abomey les doublait de fonctionnaires spéciaux, yévoghans, cabécères, agoligans, décimères et coussougans, chargés de surveiller les perceptions et aussi d'espionner les individus. Don Francisco laissa vingt-cinq fils et vingt-cinq filles; son héritier futlsidore da Souza. Guéso fit à son ami de grandes funérailles et toutes les choses marchèrent bien comme précédemment, dit la relation d'où j'extrais ce qui précède, communiquée par dame Antonia, la doyenne des chachates de Ouidah, réduites aujourd'hui au triste rôle de blanchisseuses ou de demi-mondaines.