LA FAMILLE DU CHACHA
Isidore da Souza mourut le 3 juillet 1858, et au même moment un récadaire vint annoncer aussi le décès du roi Guéso. Glé-Glé Bahadôu, iils de Guéso, monta sur le trône de son père trois jours après et invita tout le monde à Abomcy pour assister aux funérailles. Les événements prennent mauvaise tournure. Le troisième chaclia est Francisco da Souza, fils d'Isidore, mais il n'est pas aimé du souverain. Beaucoup de traitants émigrent Au Vent et Sous te Vent, à Agoué ou à Porto-Novo. On ne respectait plus les vestidos (noirs habillés à l'européenne), comme au temps de Guéso. Le 18 février 1864, un incendie, allumé par la malveillance à Ouidah, détruisit toutes les maisons occupées parla famile du chaclia. Glé-Glé se faisait battre devant Abéokouta et devenait exigeant; il réclamait des subsides, des esclaves, et ne payait plus ses créanciers ni ses fournisseurs. Il fit venir Francisco à Abomey avec Ignace de Magalian, commerçant portugais, et les enferma pendant quarante-huit heures. Le chacha mourut le 23 juillet 1880, écœuré de tant d'ingratitude. Le jour de ses obsèques, le prince Kondo (Behanzin) vint piller le saramé ou quartier, et saisit 1 700 esclaves. Deux ans après, les membres de la famille da Souza furent appelés à nommer un autre chacha. Leur choix se porta sur Juliao F. da Souza, qui chercha à garder pour lui les impôts qu'il était chargé de percevoir et noua des intrigues pour donner le pays au Portugal. Ses ennemis commerciaux le dénoncèrent et, le 3 mai 1887, Glé-Glé le destitua, le mit en prison la chaîne au cou, tout nu. Ses biens furent confisqués et sa famille persécutée. Nous n'avons plus retrouvé que son uniforme de lieutenant-colonel portugais, qui lui avait été offert par la colonie de San-Thomé. L'influence portugaise subit par la disparition de Juliao da Souza un choc sérieux, dont elle ne s'est jamais relevée.
A côté du chacha, il y avait autrefois à Ouidah un yécogan, ou chef de blancs, sorte de préfet qui présidait le conseil de Yagoli ou tribunal. Je reçois et cause encore quelquefois avec les derniers membres du corps judiciaire dahoméen. Trop vieux pour faire la guerre, ils n'ont pu rejoindre Behanzin et acceptent aujourd'hui la situation, non sans correspondre clandestinement avec leur ancien maître. Ce sont Tossa Hunquésé (je vois le jour mieux que la nuit), Hechilli (je ne mangerai pas de piment), Nudofen. (il est là), etc.... Les noms propres au Dahomey sont difficiles à traduire; tous sont des surnoms motivés par une phrase échappée au souverain au moment de la réception ou de la nomination de l'individu. Pour les rois, c'est souvent une devise ou le commencement d'un hymne composé en leur honneur.
Ouidah est le centre religieux des Eoués. Le polythéisme de ces noirs appartient à un fond de théogonie commun à toutes les peuplades primitives. Nous retrouvons là trace des superstitions antiques, communes aux Phéniciens, aux Gaulois, aux Indiens, aux Egyptiens, aux Grecs et aux Romains. Dans leur ignorance des causes, ils croient que les phénomènes naturels sont produits par des esprits nuisibles (vodou). Ils matérialisent ces esprits, ces génies, sous des formes diverses, et tâchent d'apaiser leur colère ou de combattre leur influence néfaste par des dons ou des sacrifices d'animaux. Jamais un Éoué ne boit sans verser quelques gouttes par terre, pour le fétiche, dit-il. Quand il offre un liquide quelconque au génie, il doit