‹ La France au DahomeyChapitre 66 sur 122 · BAS-RELIEFS SYMBOLIQUES · texte numérisé non relu

BAS-RELIEFS SYMBOLIQUES

laisser la bouteille pleine, et le fétiche en profite. L'extension donnée au mot portugais fetisso (idole, fée, chose ensorcelée) a fait prendre l'habitude de désigner par le mot fétichisme un amalgame de croyances et de pratiques, et, derrière le culte rendu à certains objets matériels, on n'a vu aucune idée spiritualiste. Il n'y a certainement pas là qu'une stupide adoration de la matière.

Quand un noir veut expliquer un acte de sa vie, quand il veut faire un serment pour se défendre contre une calomnie, il invoque Maou, dans lequel on a vu l'idée de Dieu, principe de tout bien, qui a une mère, Maoïmo, et qui réside dans le Kntome (maison des morts). Tous

reconnaissent à Maou la bonté, la générosité, la délicatesse. Mais ils ne lui attribuent pas la création de ce qui existe. Leur théodicée est simple : Maou est l'ordonnateur, le maître de l'univers. L'idée de l'origine, des causes premières, ne les inquiète pas. Ils acceptent ce qui est, se contentent de constater le réel, et de vivre de leur mieux. Ils ne sont ni athées ni sceptiques, mais seulement ignorants. Ils ont l'idée d'un Etre suprême, mais ils le déplacent. Ils ne rendent à Maou aucun culte; ce mythe n'est figuré sur terre ni par des statues, ni par des symboles. C'est le bon Dieu, dans le sens que lui donnent les habitants de nos campagnes.

Legba (diable) est la principale divinité après Maou. Elle est adorée partout et partout on la retrouve. Tantôt c'est un priape mâle, affublé d'un long phallus, ou bien une statue en terre cuite représentant une femme nue, accroupie sur les genoux dans une position indécente. J'ai vu aussi Legba avec un vêtement, des cornes sur une tête semblable à celle du taureau, des cauris dans les yeux et à la place des dents. C'est le Legba androgyne. Il est le symbole de la fécondité et le génie du mal. Je le rapprocherai du Moloch des Carthaginois, parce que la statue que j'ai trouvée tient dans la bouche un petit morceau de fer auquel est fixé un anneau, peut-être celui de Saturne. J'ai revu cette tête sur des bas-reliefs entre une croix de Malte et une main ouverte; ce dernier symbole se rattache au dieu Fa (le Destin). Je n'ai pu savoir ce que venait faire là la croix de Malte. Le Legba androgyne préside aux mariages, à la gestation. Il surveille l'enfant dans le sein maternel. Le mâle et la femelle lui adressent des vœux pour pouvoir engendrer. Les Vocoucou (impuissants) ont déplu à Legba. Mais d'une façon générale on peut dire que Legba a des attributions variées, et il y a là des points vagues et difficiles à concilier. C'est aussi le Démon. Un épileptique, un fou, passent pour être possédés du Legba. On construit à ce génie des cases coniques à toiture de feuilles de palmier, non pas tant pour l'abriter que pour empêcher les pluies de démolir les tumuli en terre glaise.

Fa ou Afa, ou Ifé, est le fétiche de la sagesse et de la divination. Les Azento qui servent ce génie sont de véritables sorciers et pratiquent la magie. Ils ont des tablettes en bois sur lesquelles ils jettent seize amandes de palme stériles, c'est-à-dire sans matière graisseuse, dites azen. D'après les figures géométriques que forment les amandes en tombant, ils racontent une foule d'histoires et prédisent l'avenir, à la manière des nécromanciennes, sans préciser, sans

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