LES DIEUX DES DAHOMEENS
LES GUNfil'NS.
commerce, fétiche en bois que les vendeuses de poissons et d'akassas ont sur leur devanture. 11 protège les agioto (marchands) , mais ce mot signifie aussi voleur.
Giveji, le génie de la chasse , la Diane éoué .
Sakpaia, le génie de la variole. Zo, le dieu du feu. Usa, le soleil, représenté par un caïman. Akwaji, le dieu de la maternité, qui préside à l'enfantement. Hohovi, le fétiche des jumeaux : il est réputé le père du dernier-né.
Togbodonou, figuré par un caméléon, protège la patrie. Josasa, le génie du bonheur. Kpô, le génie protecteur des rois, se montre sous l'aspect d'un chat-tigre. Kpole est une sorte de saint: c'est le nom du premier homme qui a appelé les blancs à terre, lorsqu'ils passaient au large sur les bateaux. Ajilalasi rappelle à tous le passé. Ajaluma veille sur les blancs qui habitent le pays.
Les Neptunes sont nombreux : Hun, génie de la mer; Aïsan, esprit de la barre; Abbétay etAvreketé, dieux de l'Océan, de la haute mer. Ce sont des esprits malfaisants. Ils font chavirer les pirogues; on doit leur faire des cadeaux fréquents. Les Aiiékelesi, féticheurs attachés à ces génies, ont souvent soif. Autrefois les rois du Dahomey envoyaient tous les ans à Avreketé des hommes vivants. Les victimes étaient attachées sur des chaises surmontées de parasols; une pirogue passait la barre et on les précipitait à la mer.
Hévioso, le Jupiter Olympien, dieu de la foudre, tombe sur les humains et les tue. Les foudroyés sont privés de sépulture. Dès que la mort a été constatée, les cadavres sont exposés clans un endroit spécial du village. Leur chair est coupée en morceaux par les féticheurs, qui la mangent ou font semblant de la manger. On détruit les haies, maisons et arbres autour de l'endroit maudit, pour chasser l'infernal Hévioso.
L'harmattan, vent chaud qui souffle de décembre à mars, protège les sauterelles, qui sont réputées saintes. Chaque fétiche a son histoire, sa légende; il y aurait tout un livre à faire si l'on voulait développer ces poèmes.
Le fétichisme des Eoués est inoffensif et dénué de fanatisme. Si les idoles sont grossières, c'est que l'art est primitif; si elles sont immondes, c'est que les gens ne sont pas délicats. En Espagne, on montre le Christ avec ses plaies béantes et le sang qui coule. Dans ses fétiches,
comme dans ses expressions, le noir, qui n'est pas encore un raffiné ni un intellectuel, brave souvent l'honnêteté. Les Éoués ne se gênent pas pour battre et même casser leurs fétiches lorsque, malgré les cadeaux faits, les esprits n'ont pas donné ce que l'on attendait d'eux. « Il a un mauvais fétiche » est une phrase commune. L'indigène impute aux vodous ce que les enfants attribuent à Croquemitaine. Le fétiche préside à tous les actes de la vie domestique, on l'emporte lorsqu'on se déplace, mais son influence sur les actions importantes et les intérêts sérieux est presque nulle.
On a imputé à tort au fétichisme l'abominable institution des sacrifices humains. Malgré leur analogie avec les Baals et les Molochs, les Legbas et les Vodous des Éoués ne réclament pas de victimes. Le noir offre un poulet à son fétiche; le desservant du génie prend la volaille, lui tord le cou, répand le sang sur l'idole, mais garde le corps du cadeau pour lui. L'officiant prend une attitude hiératique, marmotte des prières et profite de la générosité des fidèles. Lorsque les rois de Dahomey, pour maintenir leur puissance, inspirèrent la terreur aux peuplades soumises et transformèrent leur territoire en un vaste champ de combat, en un grand terrain de chasse et de pillage, les féticheurs d'Abomey, gardiens du rite et des traditions, firent du polythéisme enfantin des Éoués une religion d'État, avec un dogme et des doctrines. « Tout ce que le roi dit est fétiche, tout ce que l'on donne au roi doit être introduit la nuit au palais. » Les Gbasaje, féticheuses qui représentaient les mânes des rois défunts, déclarent que les morts veulent savoir ce qui se passe sur terre, d'où nécessité d'entretenir des relations avec les ancêtres, auxquels des messagers décapités vont porter des alcools, des tissus, des cauris. Les coutumes des sacrifices propitiatoires furent instituées par Adanzou 1er ou Adahonzo, qui régna de 1650 à 1680. Toutes les fois qu'un de ses successeurs essayait de réagir contre cet usage barbare, les féticheurs déclaraient que les vieux rois ne seraient pas contents et abandonneraient le Dahomey. Guéso a été empoisonné pour avoir voulu supprimer les coutumes, ou Ahosutanu, mot à mot « chose de la tète du roi ».
Malgré les défaites de Dogba, Poguessa, Akpa, Ouakon, malgré l'occupation d'Abomey, les féticheurs ne s'avouaient pas vaincus. Le Bocono Nugbozoumi (féticheur qui est sur le chemin de la vérité), gardien des idoles, sorte de chapelain de la maison royale, et Sossou Dococélou, dit Papa (surveillant du rite, rang de ministre), avaient transporté sur le plateau de Zounvei- Hono les dieux lares et les principaux fétiches des quartiers d'Abomey. Par des sacrifices où l'on immola quelques vieillards inutiles et des enfants originaires des pays nagots, ces ministres du culte avaient consulté Legba et Afa. Les invisibles s'étaient déclarés satisfaits et avaient prédit le départ prochain du blanc et la rentrée à Abomey du roi de Dahomey. De là, chez Behanzin et dans l'esprit de ses conseillers intimes, Imavo, Ihomé, Chettigan, une forte dose d'espérance, qui explique la résistance, plutôt morale que matérielle, qui nous fut opposée en 1893.
Des fidèles traversaient clandestinement nos lignes, que la multiplicité des sentiers ne permettait pas de surveiller efficacement, et déposaient pendant la nuit dans l'intérieur des vil-