‹ La France au DahomeyChapitre 74 sur 122 · EN LAGUNE DEVANT AROH · texte numérisé non relu

EN LAGUNE DEVANT AROH

Quatre saisons alternantes se partagent l'année; on les désigne sous le nom de grande et petite saison des pluies; grande et petite saison sèche. Après ,jè&$k Jter4É&' ^es Premiers orages de mars, il pleut tous les jours

durant cinq à six heures, et l'eau tombe sans être annoncée ni par des éclairs, ni par le vent.

Mais dès que le ciel s'éclaircit, le soleil se montre, chaud et réparateur ; on se sèche rapidement. Après la saison des pluies on voit apparaître, dès l'aube, des brouillards épais qui couvrent la terre ; l'œil est fatigué par une lumière blanche semblable à celle de la pleine lune; le soleil se cache pour mieux atteindre les imprudents qui sortent sans le casque en liège ou sans un grand chapeau en grosse paille ou en feutre gris. La brise de mer chasse les brouillards vers 10 heures du matin. L'atmosphère est lourde, la chaleur accablante. C'est le plus mauvais moment de l'année sur cette côte inhospitalière, qui a la réputation méritée d'être une des régions les plus malsaines du globe ; la constitution hydrotellurique du sol rendra toujours difficile, sinon impossible, l'acclimatement de l'Européen.

Nous avons quitté Ouidah à 7 heures du matin. Il est 11 heures. Nous sommes devant le décimère d'Aroh, à l'embouchure du Coufo, qui vient des monts de Mahis et qui, avant de se joindre à la lagune de Ouidah, a formé un vaste lac, l'Ahémé. Ce point était avant la guerre le poste frontière que nul ne pouvait franchir sans décliner ses titres et qualités, sans payer les droits d'entrée ou de sortie. Toutes les embarcations s'arrêtaient, et les agents du fisc les visitaient. Quand on quittait le Dahomey, on était tenu de montrer son passeport, une amande de palme enveloppée dans une feuille de bananier; en accomplissant cette formalité on prouvait qu'on avait acquitté à Ouidah les redevances obligatoires, 60 centimes et une bouteille de tafia par personne. On avait les chemins, c'est-à-dire le droit de circuler. La nuit le barrage était fermé à clef et il fallait un cadeau sérieux à l'employé pour obtenir l'entrée dans le Dahomey. Tous ces fonctionnaires pressuraient les employés qui se risquaient dans ce pays pour vendre leurs produits, volailles ou céréales. Lorsqu'un événement grave d'ordre politique se produisait, ou même lorsqu'on cherchait un criminel, les autorités fermaient les chemins. Personne ne pouvait sortir du Dahomey.

En aval d'Aroh le courant devient très rapide et même violent. La lagune s'élargit. On voit très bien la mer. Il n'y a plus un seul arbre sur le rivage; c'est une étroite bande de sable poreux. On a creusé à 15 mètres; le sous-sol de la côte est formé par des bancs de coraux apportés du milieu de l'Atlantique par les courants.

Devant Avélo, où se déversent plusieurs petites rivières venant de l'Ahémé, entre autres la Tinou, passée et reconnue en 1 892 par la colonne Audéoud, on est obligé de côtoyer avec précaution la rive nord pour ne pas être entraîné vers la barre. Les eaux du Mono venant se

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