‹ La France au DahomeyChapitre 75 sur 122 · LES COCOTIER > DE LA RÉSIDENCE DE GRAND-POPO · texte numérisé non relu

LES COCOTIER > DE LA RÉSIDENCE DE GRAND-POPO

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mélanger à celles du Coufo, doublées déjà par celles de la lagune, ont créé un passage très dangereux. Les ensablements rendent l'accès de la Bouche du Roi difficile aux grandes embarcations venant du large.

Nous sommes chez les Éoués indépendants. Le long de la mer se sont élevés des villages où

habitent les fugitifs qui avaient pu s'échapper. Ils forment une population nombreuse de canotiers et de pêcheurs. Leurs cases sont indiquées de loin par les cocotiers que l'on plante partout. C'est un arbre qui tend à devenir, comme le palmier, une source de richesse. On vend la chair des noix, et les traitants l'expédient en Europe, où elle est transformée en huile [coprah). Presque tous les cocotiers s'inclinent dans la direction du nord-est, sous l'action de la brise de mer qui souffle constamment du sud-ouest. Quoique nous soyons sous la même latitude qu'à Ouidah, on se croirait dans une autre région; on y respire un air frais. Le thermomètre ne marque jamais plus de 25 degrés à l'ombre. J'ai rarement constaté un écart de 2 degrés en vingt-quatre heures.

Pendant la saison des pluies et surtout vers le mois d'août, tout ce pays est submergé par les eaux venues de l'intérieur qui occasionnent fréquemment des inondations. La mer pénètre aussi par infiltration et même quelquefois les lames passent par-dessus le rivage et détruisent toutes les habitations. En 1888, à Grand-Popo, j'ai vu le pays entièrement inondé, sans qu'il fût tombé une seule goutte de pluie.

Vers 2 heures de l'après-midi, nous arrivons à Grand-Popo. Depuis une heure on voyait se profiler au loin les factoreries et la Résidence dans un fouillis de cocotiers et de tuiles vertes. M. Rey, administrateur, nous reçoit et nous offre une hospitalité tout écossaise. Le manque absolu de distractions crée là-bas des relations cordiales entre individus de même rang. Comme on n'a ni théâtres, ni concerts, on est très heureux de se retrouver plusieurs à table; on combat l'inappétence, qui est générale après six mois de séjour, en causant de choses et d'autres. Grand-Popo étant une ville de ressources, on y fait des repas succulents. L'administration possède un potager; on nous sert des légumes frais d'Europe, choux, radis et même un melon, qui fait une entrée solennelle. Le boy reçoit des applaudissements qui le font rougir sous son masque d'ébène et auxquels il ne comprend rien. Tout vient sur le sol du Dahomey; mais un potager sérieux demande des soins, à cause des nombreux animalcules qui dévorent les germes et des herbes parasites qui poussent rapidement.

Chacun vaque librement à ses affaires dans les rues toujours animées. Ici tout le monde travaille, et tout le monde gagne de l'argent. L'Éoué sait qu'il peut être riche, les autorités ne

viendront pas le pressurer et lui enlever ses économies pour les donner au roi. Tous les noirs ont le sourire aux lèvres, la mine joyeuse et franche.

On sent que l'on est dans un pays libre qui n'a jamais eu à craindre sérieusement les incursions des Dahoméens et les vexations des fonctionnaires royaux. On ne retrouve pas chez l'indigène cette retenue particulière aux gens de Ouidah, mélange de timidité et de crainte qui se lit sur tous les visages en pays fon. Soit superstition, soit crainte de ne pas être les plus forts, les guerriers n'ont jamais

passé la lagune. En 1891 , ils se sont arrêtés à Komé, au nord d'Adjara, à 15 kilomètres environ de Grand-Popo. Leur raid avait été facilité par la trahison des pêcheurs de l'Ahémé qui avaient indiqué les gués, par haine contre les habitants de Komé, leurs rivaux commerciaux. Grand-Popo est une ville de création récente. Les factoreries bâties sur la plage les unes à la suite des autres datent de 1850 à peine. Le protectorat y est établi depuis 1885. Autrefois les comptoirs de Ouidah n'avaient là que des correspondants pour la traite. Les esclaves étaient parqués dans des baracons jusqu'au moment de leur embarquement. Ewé, Pla, Beffa. Beffato, Abananquein sont une série de villages gouyernés par des chefs plus ou moins sérieux, qui jouissent d'une certaine considération plutôt que d'une grande autorité. Avant le

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