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LE MARCHE DE GRAND-POPO

protectorat, Kouakou, John-Do, Yamelet, harcelaient les Européens de leurs demandes d'argent et de temps en temps pillaient les factoreries. L'installation d'un résident et le payement de rentes fixes aux indigènes ont donné la sécurité et le repos nécessaires au commerce.

Le sol appartient à tous; c'est la res nullhis, et en principe personne ne peut l'aliéner. Avant que la France eût occupé ces régions, les terrains sur lesquels on avait construit les factoreries étaient considérés comme prêtés. Lorsqu'un blanc quittait le pays, sa maison revenait aux chefs, qui en disposaient. Aujourd'hui tout marche comme en Europe.

Les vapeurs et les voiliers se succèdent sur rade, emportant à Marseille et à Liverpool des puncheons d'huile de palme que la civilisation transformera en savons et en bougies, déposant des spécimens de l'industrie européenne, tafias, absinthes, liqueurs fines à 6 sous le litre, cotonnades de luxe à 25 centimes le mètre, armes perfectionnées à 120 francs la caisse de vingt objets.

Par son importance commerciale et sa position à l'embouchure du Mono, le fleuve qui draine tous les produits de l'intérieur, Grand-Popo rivalise avec Petit-Popo et porte préjudice à Ouidah. Les tabaros, courtiers qui opèrent en pirogue, viennent tous les jours des divers points de l'intérieur, et tiennent à Rémondo, le port des pirogues, la bourse des huiles de palme. Ils font les prix, discutent leurs conditions et passent des marchés pour toute l'année.

La foire de Grand-Popo est la plus fréquentée de toute la région des Éoués. Elle se tient tous les jours, très bruyante, toujours remplie de vendeurs et d'acheteurs. Les femmes en sont le plus bel ornement. Elles installent par terre des plateaux en osier ou des calebasses remplies de maïs, farine de manioc, ignames. D'autres font la cuisine pour les gens qui passent, et débitent des acras, des akassas, de l'huile comestible. Il y a des bouchers, des tisserands, des détaillants de tous articles de pacotille. On voit des pileuses de maïs préparer la matière première avec une activité dévorante sur la place même du marché.

Les musulmans venus de Salaga vendent des flèches, des carquois, des tissus, des amulettes, de petits Corans et quelquefois des petits enfants, mais ce dernier commerce se fait clandestinement. Tous ces adeptes du Coran sont nomades; ils vont et viennent. Marchands ambulants, ils sèment la bonne parole et ramassent l'argent des noirs. Ils achètent particulièrement le sel, denrée qui manque absolument dans le haut pays et que les Eoués fabriquent sur place en filtrant l'eau de mer.

Les indigènes sont d'une honnêteté surprenante en matière commerciale. Il m'est arrivé de voir des jeunes gens, des étrangers, s'arrêter devant un étalage dont la marchande était absente, prendre ce qui leur était nécessaire et laisser la valeur dans la calebasse qui constituait la caisse. Pour le noir, il y a des tarifs fixes en matière de nourriture, une loi de maximum. Une boule d'acassa coûte 20 cauris; avec dix acassas,un homme a 1500 grammes de maïs cuit à l'eau dans l'estomac. Il suffit donc d'un sou (200 cauris) pour faire un repas. On comprend que dans ces conditions le noir ait peu de besoins. Le poisson est à Grand-Popo l'objet d'un grand commerce; on le vend salé, fumé et même complètement avarié. C'est un régal.

Les transactions dans les factoreries ont lieu contre espèces monnayées, shillings anglais, thalers de Marie-Thérèse, demi-dollars ou piastres mexicaines. La monnaie française passe facilement et commence à faire prime depuis les nombreuses distributions de pièces de cinq francs faites aux noirs pour le service des transports et les passages de barre que les gens de Grand-Popo se réservent, au lieu de les laisser aux Minas d'Accra. Par suite de cette circulation de la monnaie et de la difficulté de se procurer des pièces divisionnaires, les denrées que l'on vend aux Européens ont augmenté de prix. Le noir pense que tous les Européens sont riches. Un poulet qui en 1888 se vendait 50 centimes, est facilement offert à 2 francs. Un mouton varie entre 10 et 15 francs. L'huile est portée aux grandes maisons de commerce, où les traitants noirs ont leurs comptes courants. Les mesures de capacité en usage sont Xaklouba (environ 70 litres), \q zen (moitié de la précédente), Yaladako, ou quart d'aklouba, le gan adedé ou demi-gallon. Pour les petites affaires ou la consommation courante, les marchandes se servent de cauris, coquilles univalves importées de Zanzibar et de Mozambique. Cette monnaie, quoique encombrante, est seule en usage dans l'intérieur, et double de valeur au fur et à mesure qu'on s'élève vers l'hinterland. Un cauris équivaut à la quarantième partie d'un centime; 400 cauris font une touque, soit un centime; 200 cauris valent une gallineouunsou; 40 cauris, deux gallines ou un penny; 2 000 cauris font une piastre cauris qui vaut de 50 à 60 centimes; 20 000 cauris font une piastre forte, monnaie de compte qui représente un dollar ou 5 francs à Grand-Popo.

Les traitants ont des compteuses de cauris attitrées qui se servent de leurs doigts avec une

agilité surprenante et poussent des coquillages par cinq à la fois, de droite à gauche. Pour la vente des tissus au détail, on ne connaît que la pièce qui a sa valeur. On se sert peu du yard et du mètre, les noirs n'ayant pas de mesure de longueur. On vend quelquefois une longueur de bras.

Quoique la chasse soit dangereuse pour les blancs, à cause des miasmes que l'on est obligé d'absorber dans les lagunes, nous acceptons, le lendemain de

COMPTEUSE DE CAURIS

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