‹ La France au DahomeyChapitre 78 sur 122 · PEIGNES EN BOIS · texte numérisé non relu

PEIGNES EN BOIS

des sentiers nombreux qui aboutissent à une voie principale sur le côté. Elles se fardent : aux paupières elles donnent une teinte violette; aux ongles une couleur rouge; le cou, le dos et la poitrine sont enduits d'atiké, répandue à profusion et en dessins variés qui prennent un ton grisâtre. Toutes sont tatouées. Au bas des reins, elles portent une ceinture de grosses perles ou de billes de corail. Cette ceinture n'est jamais dénouée. Celles qui veulent avoir beaucoup d'enfants utilisent la colonne vertébrale d'un serpent. Les pauvresses se contentent d'une ficelle. C'est le premier ornement d'une femme, il est réputé indispensable pour plaire.

La maternité est le grand, le seul objectif. La stérilité est considérée comme une malédiction du ciel. Une femme de vingt-cinq ans qui n'a pas eu d'enfant ne compte pas; les noirs ne la recherchent plus. A trente ans, une femme se résigne et se contente de piler du maïs ou de vendre des acassas au marché, elle devient harengère. Son pagne en lambeaux court en désordre sur son corps amaigri et sombre, comme les branches de lierre jauni sur de vieilles ruines.

Lorsqu'un enfant vient de naître, on assemble les amis et l'on fait tam-tam. Le neuvième jour, on porte le bébé à un féticheur, qui lui donne un nom et qui est considéré comme le père spirituel. Ce dernier administre le baptême, qui consiste à mouiller d'eau la tête de l'enfant en répétant trois fois son nom et à lui faire toucher la terre avec le pied. Pendant quarante jours la mère ne se lave pas. Après ce laps de temps, elle se rase la tête et reprend ses occupations. Elle allaite jusqu'à l'âge de deux ans; puis le petit est abandonné à lui-même; il circule dans la cour, dans le village, se remplit la bouche de terre glaise, qu'il mâchonne constamment. On remarque des cas nombreux de variole. Nos médecins ont heureusement introduit, non sans peine, l'usage du vaccin. Les soins de propreté, l'usage des bains, sont en honneur. Matin et soir, le long des lagunes on voit des négresses se savonner, laver leurs pagnes et se disputer comme des harengères. Fillettes et garçons vivent pêle-mêle et jouent sur les tas d'ordures au milieu des cochons, des poules et des canards, ou dans l'eau. Les caïmans, nombreux dans les lagunes, viennent quelquefois jeter la terreur dans le village, enlevant un mouton, des poulets, ou même des enfants. On organise des battues, un vaillant se dévoue, se jette dans une pirogue le bambou d'une main, le fusil à pierre de l'autre, et marche à l'ennemi, qui s'enfuit vite sous les herbes parce que l'on fait un bruit énorme. L'indigène revient bredouille et supplie les Européens de lui venir en aide. On a beaucoup de peine à se débarrasser de ces encombrants amphibies qui, aux basses eaux, viennent faire la sieste sous vos fenêtres.

Le célibat est peu considéré, aussi bien chez l'homme que chez la femme. L'épithète injurieuse de vocoucou (impuissant) est adressée au noir qui vit seul.

Cependant, partout la famille est en honneur. Tout le monde vit en commun dans la cour divisée en petites cases et entourée de murs qui ne permettent pas au passant de plonger dans l'intimité des habitants. Le goût du home est très développé. Le père, le maître, est aimé et respecté. S'il ne s'occupe pas des affaires du ménage, qu'il laisse à ses épouses, il ne manque

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