‹ La France au DahomeyChapitre 80 sur 122 · PILEUSES DE MAIS · texte numérisé non relu

PILEUSES DE MAIS

coup de bêtes de somme dans la maison de ville ou à la ferme. Le bonheur du noir est de voir la vie autour de lui, de contempler d'un œil calme une foule de petits jouant sur les tas d'ordures avec les poules, les canards et les cochons. Tout ce qu'il gagne, il le dépense pour son monde et n'amasse rien.

Les Éoués sont intelligents jusqu'à vingt ans. Les alcools de toute sorte qu'ils absorbent les abrutissent. Rien qu'à Grand-Popo il s'importe plus de 500 000 litres de tafia par trimestre, sans compter les caisses de genièvre, les liqueurs fines. Il est à craindre que les mœurs ne deviennent moins douces sous l'influence des libations toujours copieuses. On rencontre des hommes soûls à chaque pas, et le soir tout individu qui se respecte, qui veut jouir d'une grande considération, s'enivre. Prodigues et vaniteux, les Eoués aiment la toilette comme les femmes. Leur manière de s'habiller est plutôt grotesque que curieuse. On voit des gens en redingote, mais sans souliers, sans caleçon, sans chaussettes. Celui-là marche le torse nu, avec des bracelets aux poignets, vêtu d'une culotte bouffante comme un musulman. Celui-ci a acheté une chemise de flanelle, qu'il porte sans la passer dans son pantalon. L'un a sur la tète un vieux gibus bosselé, écrasé en accordéon. 11 y a des gens qui ont une façon originale de porter leur pipe, car-tous fument. Beaucoup l'attachent à la ficelle qui leur entoure la taille ou le bras gauche comme une ceinture ou un bracelet. D'autres, des jeunes gens du monde sans doute, ont la tète entièrement rasée, sauf une touffe de cheveux sur le côté droit. Les cheveux.de cette touffe sont réunis ensemble de façon à former une sorte d'anneau dans lequel on passe le tuyau, et chacun porte sa pipe comme une cocarde. Les dandys noirs se balancent en marchant, rient aux éclats quand on les regarde et agitent une badine en disant : « Même chose blancs! » Ressembler à l'Européen, être pris pour des blancs, voilà leur rêve!

Lorsqu'un vrai noir parle à un Européen, et surtout à un chef, il défait son pagne jusqu'aux hanches et se présente le torse nu, la poitrine en avant. C'est un signe de déférence et une marque de confiance. Tous sont tatoués. Les signes cabalistiques que l'on voit sur les tempes, sur les joues, sont des marques distinctives de famille ou de tribu et quelquefois des traces d'initiation à tel ou tel fétiche. Les femmes ont sur le ventre plusieurs lignes de points. C'est un pur ornement. Avec un petit canif, la vieille mère, ou une féticheuse, fait une incision, met dans la plaie une composition végétale ou un peu de terre, verse de l'huile sur le tout, et au bout de quatre jours les cicatrices apparaissent indélébiles. Le fétichisme tient à Grand-Popo, comme à Ouidah, une grande place dans la vie domestique; mais les noirs mettent moins de conviction dans leurs pratiques. Les génies ont leurs adeptes sérieux au petit village de Noussoukoué, d'où partent les théories de féticheurs et de féticheuses, portant au cou, aux pieds et aux mains de gros bracelets de cauris blancs. Mais ces promenades sont plutôt des occasions de faire la fête et de ramasser quelques cadeaux que des cérémonies religieuses.

L'esclavage existe; mais nul ne maltraite les captifs, qui sont plutôt des enfants de la

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