‹ La France au DahomeyChapitre 81 sur 122 · AGOUE · texte numérisé non relu

AGOUE

TVI'ICS KOUI-IS.

maison que des êtres inférieurs et des étrangers. L'esclave a un métier et travaille souvent en dehors de la case du maître. 11 rapporte scrupuleusement son gain. Lorsqu'il va au loin exercer sa profession de cuisinier ou de domestique, il pense aux siens, à l'endroit où il est né ; il revient dès que son engagement est terminé et rapporte son pécule et des cadeaux pour tous. Autour des ouvriers de nos factoreries, charpentiers, tonneliers, gravitent des jeunes gens, des apprentis. Lorsque ces derniers deviennent à leur tour chefs de chantiers, ou sont embauchés pour leur compte, ils remboursent par des mensualités à leurs anciens patrons les leçons et les conseils. Dans les relations entre noirs règne une grande délicatesse, une honnêteté qu'il est très intéressant de constater. Ils ont tous un grand sentiment de la justice, et dans les palabres, qui se tiennent en plein air, chacun émet son avis et l'on prend rarement une décision contraire à l'équité. Ils ont une grande confiance dans les décisions du blanc, qu'ils prennent souvent pour arbitre.

La lagune d'Agoué qui commence vers Abananquein, à l'endroit où le Mono, venant du nord, tourne brusquement à l'est, coule de l'est à l'ouest, alimentée en partie par les pluies, en partie par la rivière d'Akrakou. Son courant est faible, sa largeur de 70 à 80 mètres. Très sinueuse, elle serpente encaissée entre des terrains cultivés, plantés de palmiers et de cocotiers. Après des coudes nombreux qui lui donnent une longueur de 30 kilomètres, elle se joint aux lagunes qui viennent de l'ouest pour se déverser dans la plaine basse où se trouve Petit-Popo. A 500 mètres des factoreries de cette ville, la mer fait quelquefois une brèche par laquelle s'échappe le trop-plein des eaux de l'intérieur.

Au premier abord, vue de loin, Agoué (Âj/'go) paraît une grande ville. Les maisons, blanchies à la chaux, des nombreux métis brésiliens lui donnent un aspect civilisé. Il y a en tout 7 à 8000 âmes, disséminées dans autant de cases bâties en argile pétrie ou en bambou, au rez-de-chaussée. La population, fréquemment décimée par la variole, est composée de

Minas venus de Petit-Popo, d'Éoués, et de Nagots dits Malais, tous musulmans. Les cabécères Tadjiropo, Ahrtante, John Ahyée, les tiennent en estime et ne les persécutent pas. Comme partout en Guinée, ils sont industrieux et commerçants et constituent l'élément intelligent. Les créoles sont tous chrétiens. Vers 1835 des esclaves libérés vinrent de Bahia s'établir dans ces parages et fondèrent une petite chapelle sur l'emplacement où se trouve aujourd'hui le cimetière. Le doyen de ces vestidos s'appelait Joachim d'Almeida. 11 consacra l'église au Senhor Jésus cla Redempçao, en souvenir d'une église de Bahia, très fréquentée. La petite chapelle des d'Almeida n'existe plus et en revanche Agoué possède une belle église qui ne déparerait pas un grand chef-lieu de canton de France. Le clocher, élevé de 15 mètres au-dessus du niveau de la mer, s'aperçoit de la haute mer et sert de point de repère pour les navigateurs. Les missionnaires, habillés de blanc, célèbrent la messe tous les dimanches, et l'on vient l'entendre de tous les environs. A côté de l'église, la Mission, avec ses salles d'école, mérite une visite particulière. C'est un édifice à double véranda, bâti selon les règles de l'hygiène coloniale; on y respire un air frais et pur venant du large. A la suite de la créalion de la préfecture apostolique du Dahomey, instituée par bref pontifical en date du 28 août 1860, deux Français intrépides, le pèreBorghero et le père Ménager entreprirent, mais sans grand résultat, d'évangéliser les noirs de cette contrée. "Ils réussirent cependant à gagner assez leur confiance pour être pris pendant longtemps pour arbitres dans les palabres. L'instruction des enfants, l'exercice de la médecine, la distribution gratuite de médicaments, la culture maraîchère sont les principales occupations des pères et des religieuses qui dépendent du séminaire des Missions africaines de Lyon, dirigé par le R. P. Planque, un des hommes qui ont le plus contribué à la propagation de la langue française en Afrique. Les pères Chausse, Bouche, Baudin, Morane, dont les travaux littéraires sont aujourd'hui encore les seuls documents importants pouvant guider les linguistes, appartiennent à cette confrérie. Leur œuvre, continuée de nos jours, est considérable. Lagos, Porto-Novo, Cotonou, Ouidah, Grand-Popo, Quittah ont, comme Agoué, des missions catholiques et des écoles où l'on enseigne le français aux petits Éoués, dont l'intelligence est très vive jusqu'à l'âge de puberté. Les pères Morane et Beauquis sont les premiers Français qui aient pénétré dans l'intérieur. Ces deux missionnaires ont visité, dès 1886, la République d'Atakpamé au nord-est de Togodo et jeté les bases d'une ferme-école.

Agoué n'a pas d'importance commerciale. C'est le point de ravitaillement pour les volailles, fruits et céréales; mais les produits riches, huiles et amandes de palme, vont à Petit-Popo et à Grand-Popo. Les grandes maisons n'ont pas de succursales à Agoué; les Allemands seuls ont des commissionnaires et quelques boutiques.

On retrouve à Agoué le même fétichisme qu'à Ouidah, mais plus ouvert, moins entouré de mystère. On fait fétiche fréquemment et sans se gêner. On pratique beaucoup.

Le cjongon sonne. C'est une sorte de clochette en fer épais sans battant et sur laquelle on frappe avec une baguette de bois ou de fer dans les cérémonies publiques et dans les pro-

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