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LA RECOLTE DU VIN DE PALME

palme. Pour se procurer ee liquide très rafraîchissant, les noirs montent au haut du palmier sans échelle, en s'aidant d'une corde enroulée autour de l'arbre et qui les soutient par le milieu du corps. En se tenant au palmier d'une main et pressant du pied de bas en haut, le sommelier monte à la cave. 11 fait l'incision, place une feuille de bananier pour servir de rigole et descend; en bas, une calebasse ou un pot reçoit le liquide frais, fade et sucré. Quelques heures après, le vin fermente, le breuvage devient pétillant et peut s'absorber. Après deux ou trois jours de fermentation, il devient âpre et enivre. Les noirs cependant lui préfèrent le genièvre et le tafia, que l'on ne cesse de nous demander.

Quatre rivières se jettent dans le Mono, l'Haévi, le Togodononoum, le Papatonoum et le Lomo. Ce sont des torrents sans importance. L'eau du Lomo sort toute blanche d'un seuil de rochers élevés de 10 à 15 mètres.

Toune, où je suis entré pour la première fois le 23 juillet 1889, est un village bâti en barre rouge; il renferme plus de cases fétiches que d'habitations confortables; partout des legbasen terre affublés de longs phallus. Pohenzon ne manque pas de me dire que je suis sur un terrain sacré que jamais blanc n'avait foulé avant moi. Ma visite me coûte quelques cadeaux, comme d'usage, et je suis vite classé « bon blanc ». « Maintenant que nous sommes les enfants de la France, elle doit nous nourrir », ajoute Pohenzon. Les noirs ont l'instinct budgétivore comme de simples électeurs français.

La route de l'intérieur, de Toune à Athiémé, passe sous d'épaisses forêts de palmiers à huile. Les villages, très clairsemés, sont perdus au milieu de la brousse. Ils sont défendus contre les invasions subites par une fortification naturelle, la végétation très dense. Un taillis épais entoure chaque village et les chemins aboutissent à des portes, faites avec des troncs d'arbres. Des sentiers à peine visibles se croisent en tous sens et vont même se peindre dans la forêt sans issue. Nous avons un guide ouatchi qui pousse de temps en temps un cri auquel on se répond d'un point quelconque du fourré. Ce sont des sentinelles et des postes avancés. Les Éoués se gardent constamment. Avant la guerre ils craignaient les Dahoméens. Aujourd'hui ils ont peur les uns des autres. Le brigandage est assez répandu entre Dobo et Bopa-Sahoué. Des haines très vivaces existent entre les divers centres, et les gens cherchent à se voler les esclaves et les femmes. On manque de dames dans la forêt ouatchi. Les Dahoméens les ont presque toutes enlevées en 1871, au sac de Ouatchikomé. Elles sont d'ailleurs peu agréables à voir : elles ont un visage bestial et des allures qui éloignent l'homme le plus enthousiaste. A 50 kilomètres du littoral on ne trouve aucune trace de coquetterie. C'est la femelle, aux alfinités

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