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POBIRY, CHEF DES EOUES DE SAHOUE, ET SES DEUX FRERES

la navigation. Si l'expédition du commandant Audéoud n'a pas eu d'importance au point de vue militaire, elle a présenté un grand intérêt géographique.

De Bopa à Komé en hamac. Nous marchons dans un sentier à peine frayé; on a toutes les peines du monde à avancer. Le chef de Komé est en train de discuter avec ses sujets pour rebâtir le village, détruit par Behanzin.

A Se, gros bourg très peuplé, il y a quatre chefs, mais aucun ne veut nous donner des porteurs pour remplacer les gens de Pobiry qui désirent s'en retourner chez eux. Tous ces noirs ont peur de sortir des limites de leur habitat ordinaire. A Dré, où nous arrivons avec nos premiers porteurs, on trouve quelques Popos disposés à nous aider moyennant salaire. Ce grand village n'a pas de chef; il est mort sans être remplacé. Pendant l'interrègne, il est interdit aux habitants de parler du mort et de dire qu'il n'existe plus. Quand on demande le chef, les indigènes baissent les yeux et gardent le silence. Si on insiste, tout le monde se met à rire d'un air embarrassé; enfin l'un des chefs présents s'approche de l'interprète et lui dit tout bas que le chef a été tué par les Dahoméens. Et tout le monde d'éclater de rire bruyamment.

Quoique le mot Dahomé revienne à chaque instant dans les conversations, les guerriers de Behanzin ne sont pas venus jusque-là. Ils ont formé un raid sur Komé et se sont sauvés, craignant des représailles, faciles dans un pays naturellement protégé par sa brousse intense. Les gens de Dré nous donnent des guides pour aller à Adjaa. Nous continuons la série des chemins affreux, à travers les marais de la Sarzoué, les clairières plantées de cotonniers et les champs de maïs. On arrive à 6 heures du soir à Adjaa. Pas de pirogues pour rentrer à Grand-Popo; mais nos gens nous proposent de nous rendre à pied jusqu'à Éwé, où nous trouverons le moyen de passer à la Résidence. Ici se place un petit incident qui donne une idée de l'esprit cauteleux des Éoués, qui, dans les moindres actes de la vie ordinaire, sont rusés et défiants. Voulant causer avec le chef du village, je le fais appeler. Un individu se présente et me dit que le chef est absent. Je vais à la case dudit chef pour vérifier. « Le chef, me répond un brave tisserand qui travaillait sous une véranda, mais il est allé à votre rencontre quand on l'a appelé! D'ailleurs le voici derrière vous. » Et il désigne le bonhomme qui venait de me dire que le chef était absent. Le faire empoigner, ficeler et amener à Grand- Popo fut l'affaire d'un instant. Il quitta son pays au milieu des rires et des huées de ses concitoyens, qui le lâchaient piteusement clans son malheur. La rivière d'Adjara, qui débouche derrière Éwé, est vaseuse et encaissée. On la traverse à dos d'Éoué. La nuit arrive complète. Nous sommes dans un couloir formé de palmiers ; on n'y voit goutte, chacun de nous empoigne le pagne d'un nègre et nous marchons à la queue leu leu comme des aveugles. Nous sommes obligés d'éteindre deux malheureuses lampes à chandelles, les moustiques se précipitant par myriades et nous dévorant, tandis que les chauves-souris affolées par la lumière se heurtent à nos jambes et à nos tètes. Je ne puis comprendre comment ces noirs peuvent se diriger dans l'obscurité !

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