‹ La France au DahomeyChapitre 90 sur 122 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Campagne de 1893-1894. — Combat de Huansouko. — Behanzinà Atchéribé. — Marche sur Agony. — Le Haut-Ouémé. — Zagnanado. — Le Zou. — Bivouac de Zoutenou. — Remise des armes à tir rapide. — Les princes et les ministres. — Fuite, poursuite et soumission de Behanzin. — Le pays des Mahis. — Couronnement d'Agoliagbo. — Démembrement du Dahomey. — Organisation de la colonie du Dahomey et dépendances après la conquête. — L'arrière-pays. — Conclusion.

APRÈS 1 retir

près l'incendie de sa capitale, Behanzin s'était é sur les bords du Zou, à Atchéribé, village situé à 50 kilomètres au nord d'Abomey. Un palais de moyenne grandeur, résidence de passage où la cour faisait étape au retour des guerres contre les Mahis, quelques cases en pisé, enfouies sous de grands fromagers, au milieu de champs de maïs et de taillis épineux, c'est tout ce qui restait au roi de ses anciens domaines. Les serviteurs demeurés fidèles et les guerriers, parmi lesquels de nombreux blessés revenus à la santé, avaient construit à la hâte des cases en bambou, à 2 kilomètres au nord-est d' Atchéribé, sur la rive gauche

FETICHES A ZAGNANADO.

du Zou, au pied du mont Gbooulé ou Bowelé (montagne du Requin), au milieu d'un plateau dénudé, désigné par les indigènes sous le nom de Zounvei-Hono.

Une proclamation, affichée le 3 décembre 1892 à Ouidah et à Alada, avait fait connaître à la population la déchéance du souverain du Dahomey et l'annexion au nom de la France des territoires compris entre l'Ouémé et l'Àhémé.

« Le roi Behanzin Ahi-Djéry est déchu du trône de Dahomey et banni à jamais de ce pays.

« Le royaume de Dahomey est et demeuré placé sous le protectorat exclusif de la France, à l'exception des territoires de Ouidah, Savi, Avrékété, Godomey et Abomey-Calavi, qui constituaient les anciens royaumes d'Ajuda et de Jacquin, lesquels sont annexés aux possessions de la République Française. Les limites des territoires annexés sont : à l'ouest, la rivière Ahémé; au nord et à l'est, la rivière de Savi et les frontières nord-est du territoire d'Abomey-Calavi ; au sud, l'océan Atlantique.

Signé : « A. Dodds. »

« Mais, disait le bon abbé Vathelet, en prenant le frais sur le balcon du fort français de Ouidah, où le commandant supérieur du Dahomey avait établi son quartier général le 23 février 1893, la monarchie dahoméenne est un ténia; il ne suffit pas d'en disperser les anneaux, il faut, pour la détruire complètement, pour l'empêcher de renaître, arracher la tête. »

La colonie était pacifiée jusqu'à la Lama et l'on y circulait sans escorte. Dans le Haut- Dahomey au contraire, des escarmouches se produisaient toutes les semaines. Une guerre d'embuscades, une ère de piraterie commençaient pour nos petites garnisons de Goho, de Cana, de Cotopa et d'Adégon. De janvier à juin 1893, du camp de Zounveï-Hono où s'étaient rassemblés les débris de l'armée, 4 à 5 000 faméliques, groupés autour du maître parce qu'ils ne savaient où aller, se détachaient chaque jour de petites patrouilles qui venaient attaquer les reconnaissances et les convois. Autour d'Abomey, à Dan, Tendji, Oumbégamé, Vindouté, des chasseurs embusqués clans les arbres signalaient nos mouvements, fermaient les chemins, arrêtaient les déserteurs. Pour laisser les populations voisines dans l'incertitude sur ses moyens d'action, pour se donner encore l'illusion de la puissance, l'ex-roi s'entourait de mystère et cherchait à nous empêcher de nouer des relations avec les Mahis de Savalou, avec les Anas d'Atakpamé et de Pessi, avec les Nagots de Savé et de Ouessé, avec les habitants d'Agony, qui hésitaient à venir à nous, craignant encore leur ancien ennemi trop rapproché. La fin brusque des opérations militaires avait amoindri leur confiance.

Le 28 avril 1893, Candido Rodriguès, métis brésilien qui avait joué un rôle douteux pendant la campagne de 1890, et que Behanzin gardait en captivité à Atchéribé, arrivait à Ouidah avec le chettingan, porteur de propositions de paix. Les pourparlers n'ayant pas abouti, Candido refusa de remonter au camp de Zounveï-Hono et se rangea sous la protec-

DÉCHÉANCE DE BEHANZIN.

LE POSTE d'aOUANDJI-TOHOUÉ ENVAHI PAR LES EA1

tion de la France. Intelligent, devenu sincère par nécessité, ce Vestido, nom sous lequel on désigne au Dahomey les nègres habillés, nous fournit des documents précieux. Dans l'entourage du roi on constatait une grande lassitude. De nombreuses désertions se produisaient malgré toutes les précautions, malgré les châtiments les plus sévères. Un incendie avait détruit la moitié des armes à tir rapide et une grande partie des approvisionnements. La famine faisait son apparition. La variole, maladie endémique au Bénin, sévissait sur les guerriers, sur les femmes et les enfants. Les membres de la famille royale commençaient à s'agiter et semblaient prêts à abandonner le maître.

Le 2 mai, à l'ouest de la Lama, à 59 kilomètres de Ouidah, à 20 kilomètres au sud-ouest d'Abomey, un détachement du bataillon d'Afrique est attaqué sur la route de Toffo à Huansouko. L'affaire commence à 8 heures; elle se termine à 2. Le lieutenant Courte, commandant l'avant-garde, résista héroïquement au milieu des balles que faisaient pleuvoir 300 guerriers embusqués derrière des fourrés impénétrables. Dans le carré, le capitaine Maugin reçoit huit balles dans le corps et meurt des suites de ses blessures. Le lieutenant Aigrot a la cuisse traversée d'un projectile. Le sergent Bianconi et un chasseur ont des blessures légères. Vers 2 heures, manquant d'eau et n'ayant ni brancards, ni moyens de transport, les « joyeux zéphyrs » durent se replier sur Toffo.

Ce guet-apens causa une vive émotion dans la colonie. On envisagea néanmoins froide-

ment la situation, et une nouvelle expédition fut préparée. La solution, la fin de cette guerre qui menaçait de s'éterniser, était à Atchéribé.

On décida de reprendre la voie de l'Ouémé qui conduisait directement au plateau d'Agony, d'où Behanzin tirait encore ses ressources en vivres et où l'on pouvait établir une excellente base de ravitaillement. La saison des pluies battait son plein, l'inondation était exceptionnelle comme- époque et comme importance. A Aouandji-ïohoué, sur l'Ouémé, le poste fut complètement envahi par les eaux; officiers et soldats durent se réfugier dans les arbres.

11 était de la plus grande importance de s'assurer, avant de pénétrer dans la vallée du Zou et dans la vallée supérieure de l'Ouémé, sinon de l'appui, au moins de la neutralité des riverains. Cette tâche échut au lieutenant Aube, officier de renseignements détaché à Kpomé. Par des indigènes soumis à notre influence cet officier apprit que tous les villages situés sur l'Ouémé et sur ses affluents dépendaient de deux chefs religieux résidant à Gba, sur la rive droite de l'Ouémé, à 4 kilomètres en amont du poste d'Aouandji-Tohoué.

Le 8 juillet, M. Aube se rendit à Gba, accompagné de quatre tirailleurs. Après quelques difficultés, les habitants se décidèrent à prévenir les féticheurs qui habitaient dans la forêt, sous un bois sacré, dit atililiwu. Les ermites noirs se rendirent à l'appel du blanc et acceptèrent le palabre. Assis sur des tapis formés de peaux de bêtes et d'étoffes précieuses, que leurs domestiques apportèrent, ils avaient la tête complètement cachée par leurs cheveux nattés et rabattus en avant. On n'apercevait leurs figures qu'à travers un rideau de petites franges. Ils parlaient sans que l'on pût voir la moindre impression sur leurs visages, et seulement quand on les interrogeait directement. Le reste du temps un vieux serviteur ou une féticheuse répondaient en leur nom, après les avoir consultés à voix basse. Cette première visite eut néanmoins un résultat : elle permit à M. Aube de remonter le Zou jusqu'au pont d'Allahé (la vallée du Zou n'avait pas encore été reconnue) et l'Ouémé jusqu'à Sagon. Les villages, prévenus par deux sous-féticheurs qui servaient de guides, reçurent la petite mission avec des protestations d'amitié et exprimèrent le désir de voir bientôt les Français s'établir

à Agony.

Une seconde visite fut faite à Gba par le commandant Drude. Cette fois, comme l'expédition était décidée, on se montra plus énergique dans les propositions et les féticheurs promirent tout leur concours. Ils exhibèrent même complètement leurs visages, et déclarèrent qu'ils abandonnaient Behanzin. Le 13 octobre, le général Dodds quitte Porto- Novo à bord de: Y Opale", escorté par toute la flottille. Du 14 au 15, séjour à Dogba, où l'on prend le premier groupe. Chaque canonnière

Page 1