‹ La France au DahomeyChapitre 91 sur 122 · MARCHE SUR AGONY · texte numérisé non relu

MARCHE SUR AGONY

avait à la remorque une vingtaine de pirogues. Les cris des canotiers, les jurons des troupiers, les mille petits accidents inhérents à un embarquement précipité, égayent la traversée, qui s'accomplit sans coup férir, l'ennemi n'existant plus que de nom. L'herbe a poussé, haute et drue, sur le champ de bataille de Dogba et sur la route de terre suivie en 1892, que

OUEMETON.

l'on avait eu tant de peine à tracer. Le point de débarquement choisi et reconnu à l'avance était Ouéméton, sur la rive droite de l'Ouémé, vis-à-vis d'Agombo. Nous savons aujourd'hui que l'Ouémé (Ouo, nom propre; tné, dans) ne s'incline pas au nord-ouest. Ce fleuve prend sa source dans les montagnes situées par 8° 30' de latitude Nord et coule d'abord au sud-est; à partir de 8° 20' il suit une direction nord-sud, qu'il conserve jusqu'à Aguégué. Devant Ouessé il a 100 mètres de largeur et un débit d'eau considérable, surtout à l'époque des pluies, qui dure trois mois. Dans sa partie supérieure il coule au milieu d'un plateau élevé de 180 mètres avec un courant de six nœuds. Les berges sont escarpées; le fond est formé d'énormes blocs de granit ou de quartz amoncelés sur certains points et constituant barrage. A Diahanou se trouve un seuil qui arrête la navigation des vapeurs; mais les pirogues peuvent remonter jusqu'à Savé.

Il y aura lieu de procéder ultérieurement à une canalisation de ces biefs successifs pour entretenir la circulation des pirogues en tout temps. La baisse des eaux est très rapide. Les deux affluents les plus importants sont le Zou etl'Ocpa. Cette dernière, très encaissée et peu navigable, viendrait, d'après les indigènes, d'une région située au nord de Liki et resterait continuellement sur le territoire soumis à l'influence française.

Le Zou n'est bien connu que depuis la campagne de 1893. Les canonnières l'ont remonté jusqu'à Begohnou. Un fort courant, des coudes brusques, des séries de rochers en rendent la navigation très difficile aux hautes eaux. Son lit est rocheux et sablonneux; les sables contiennent une forte proportion de quartz et de mica. M. le lieutenant d'infanterie de marine Aube a signalé dans le cours de l'Ocpa des fonds de schiste ardoisé, analogue à celui qui avoisine les terrains carbonifères. Les indigènes, dit-il, ignorent absolument l'existence d'un gisement houiller quelconque. D'une façon générale, les habitants ne paraissent retirer de leur sol aucun produit minéral, et nulle part on ne trouve trace d'une exploitation minière quelconque. Le pays cependant est riche en minerai de fer, et doit renfermer de l'or et peutêtre même du diamant. Skertchly n'hésite pas à comparer le Haut-Dahomey au Transvaal. Il y a là pour les industries extractives de la métropole un vaste champ de recherches et d'exploitation. Dans les régions où le palmier n'existe plus, on trouve des gommiers, et en grande abondance le karité, une essence tinctoriale, le cossoué, qui donne une sorte de gomme laque, un arbre amer, sorte de quinquina, le alisin dolopoué des indigènes, qui connaissent aussi le caoutchouc, dénommé galigali. Le colatier se rencontre sur la rive gauche de l'Ouémé. Le lieutenant Guérin a signalé le mil, et le riz de montagne rouge, du côté d'Aouangon.

Nous débarquons le 16 octobre à Ouéméton, au milieu de hautes herbes. Il y a 500 mètres de marécages à traverser. Malgré les difficultés matérielles, notre arrivée par la rivière avec cinq bateaux (congos) produit une grande impression sur l'imagination des riverains. Nous devons avoir « un très bon fétiche », disent-ils, puisque les dieux des eaux nous laissent passer là où jamais blanc n'avait osé venir.

Le bonougan Houngan, représentant officiel de Behanzin à Zagnanado, s'enfuit précipitamment et retire les derniers postes dahoméens. La population, féticheurs en tête ', se présente avec des moutons, des poules et des chèvres et fait sa soumission.

« Venez-vous franchement à moi, demande le général Dodds au zouno de Cové, le vieil Ahaloupé, et au zouno de Québo, Avoundéba.

— Oui, Maou (Dieu) t'envoie pour nous délivrer.

— Si Behanzin revenait, que feriez-vous?

— 11 ne reviendra plus. Les fétiches dahoméens avaient déclaré que jamais bateau de blanc ne pénétrerait dans la rivière. Les fétiches ont menti.

1. Les féticheurs du pays d'Agony portent le nom de zounos. Ce sont des chefs autant que des prêtres ; leur religion diffère de celle des Fons d'Abomey. On n'y pratique pas de sacrifices humains.

ZAGNANADO.

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