PLACE DU PALAIS DE ZAGNANADO
— Alors vous avez confiance dans la France ?
— Quand on veut dormir tranquille, on met sa tète du côté le plus élevé et le plus solide. »
Accueillis avec bienveillance, les habitants prennent avec un certain recueillement le pavillon français et offrent leurs services comme porteurs. Les opérations de déchargement, de transport de matériel sont menées rapidement et le 20 octobre le quartier général est porté à Zagnanado, ancienne résidence du roi Glé-Glé. Nous prenons pied sur le plateau d'Agony, entre Zou et Ouémé.
La région portée sur les cartes antérieures par une simple désignation de nom de village comprend plus de 60 centres habités, très peuplés, bien cultivés. Elle se divise en quatre cantons : Agony-Cové, Agony-Québo, Agony-Dovi, Agony-Aguégadji. Quoiqu'il y ait moins de palmiers qu'aux environs d'Alada et de Porto-No vo, la contrée est riche et propre aux plantations de café et de cacao. Le sol, argilo-ferrugineux, contient moins de matières organiques que les terrains du sud, où pullulent des myriades de vers et d'insectes qui dévorent les racines et les semailles. Les grands arbres abondent. Les champs sont défrichés presque partout et plantés de maïs, manioc, citrouilles et tomates. Le plateau est sillonné de vallons profonds dont le fond est coupé par un filet d'eau limpide. Sur la route de Ouéméton à Zagnanado on jouit d'un panorama magnifique. Au nord se profilent les monts de Loussa et de Gbooulé. Au nord-est et au sud, tout autour du plateau, l'Ouémé se déverse rapidement et coule clans une vaste plaine marécageuse qui se continue jusqu'au royaume de Porto-Novo.
Le Dahomey considérait Agony comme un protectorat. Les rois ménageaient cette famille de cultivateurs qui jouissaient d'une liberté relative, nommaient eux-mêmes leurs chefs,
que le Bonougan présentait à la cour pour l'investiture. Le tribut payé tous les ans se composait de céréales et d'animaux domestiques.
Le palais de Zagnanado, où avaient été reçus en 1890 nos compatriotes Dorgère, Chaudouin, Heuzey, Piétri, les casernes des amazones, vastes hangars situés sur la grande place de la ville, sont transformés en magasins. La salle des fêtes va servir désormais de bureau
au commissaire de la colonne, qui distribuera son riz et son tafia sous la protection des basreliefs fantastiques, sculptés sur les murailles, rappelant les événements du passé, les souvenirs de l'époque héroïque, fétiches, singes qui font la grimace, esclaves que l'on décapite, couteaux, chevaux, haches.
C'est l'histoire militaire du roi Glé-Glé, qui a pris mille villages, me dit le Zouno Dasso, chef de Zagnanado; ce noir affirme pénétrer pour la première fois dans cette enceinte, réservée à l'aristocratie dahoméenne ou aux condamnés à mort.
La concentration s'achève le 26 octobre. Elle a été rendue difficile par le débordement des rivières pour les troupes qui ont suivi la voie de terre, Tori, Ouagbo, Cotopa, Allahé, et qui ont contourné la Lama et traversé le Zou à Aboudougnianli au moyen de pirogues fournies par les indigènes enthousiasmés.
La Lama sépare le Bas-Dahomey des protectorats d'Abomey et de Ouère-Kétou. C'est une grande dépression de terrain qui divise le pays en deux parties distinctes au point de vue de la géologie, comme au point de vue de la flore. Du Mono jusqu'à l'Addo on trouve un vaste marais recouvert, à la saison des pluies, de boue noirâtre. A cette même époque de l'année, les parties basses se remplissent d'eau, la marche y est impossible. Pendant six mois de l'année, il y a là un obstacle à la régularité et à la fréquence des communications. L'amélioration de la route centrale au moyen d'un pont en fer ou d'une chaussée en rondins de bois s'impose pour combattre l'isolement dans lequel se trouvent les populations du Nord. La forêt épaisse qui recouvre la Lama dans toute son étendue pourrait être utilisée.