‹ La France au DahomeyChapitre 94 sur 122 · DE LA GUERRE. T 1 • '111 X · texte numérisé non relu

DE LA GUERRE. T 1 • '111 X

Départ le tt novembre. Le chemin commence a 1 angle ouest du palais de Zagnanado et bifurque vers le nord-ouest à partir de Naogon. Le mouvement est lent; il faut ouvrir des routes pour les voitures Lefèvre dans des sentiers rocheux coupés de nombreux ruisseaux, le Zoumon, l'Ellély, le Paco, dont les vallées sont à versants très raides. Le terrain solide est mélangé de cailloux ferrugineux. Nous sommes à 4 kilomètres du Zou. Cette rivière descend d'un plateau appelé Tsara1, situé à cinq jours de marche au nord-ouest de Savalou. Elle coule d'abord nord-sud, puis ouest-est, à hauteur de Zounveï-Hono, et enfin sudest, jusqu'à son confluent avec l'Ouémé, en amont d'Adégon, devant Sagon. Les pirogues ne dépassent pas Atchéribé. A la saison chaude, le lit est presque à sec. Pendant les pluies, grosses inondations; après une baisse de 6 à 7 mètres, le Zou se déverse à l'est et à l'ouest dans des dépressions souvent plus difficiles à passer que le cours d'eau principal. D'Atchéribé à Abodougnianli, la vallée a une largeur d'environ 6 kilomètres. Le sol qui la forme est marneux, le granit y affleure par places; d'une façon générale, elle est marécageuse et presque entièrement submergée.

Le 6 novembre, le quartier général, les 1e'' et 2e groupes sont à Zoutenou. La végétation

1. Probablement le fameux pic de Tchararah, porté sur les cartes antérieures avec une altitude de 3 500 mètres, ce qui nous parait très exagéré.

MESSAGE DE BEHANZIN.

change. 11 n'y a plus de villages. Quelques abris de chasseurs. De rares cultures. Plus de palmiers à huile. Des essences tinctoriales, principalement le dragonnier, des karités (arbres à beurre) rabougris. Peu d'ombre. La chaleur est très forte. Mais l'état sanitaire est satisfaisant. 11 n'y a plus d'émanations palustres. Le commandement est d'ailleurs brillamment secondé par les médecins des colonies. Chaque groupe a son docteur. Sous la direction de M. Henry, médecin de première classe, on a installé une ambulance d'évacuation àZagnanado, d'où les rares malades sont transportés en canonnières à Cotonou directement, soit par leZou, soit par l'Ouémé. Tous les matins, on fait des distributions de quinquina et de quinine préventive; on boit de l'eau bouillie, mélangée de thé; les nuits étant fraîches, le veston de molleton bleu est pris au coucher du soleil. Le climat se rapproche de celui des régions continentales de cette partie de l'Afrique. Plus d'émanations palustres. L'air est plus sec ; la température , très chaude pendant le jour, s'abaisse pendant la nuit et varie quelquefois de 20 degrés centigrades en vingt-quatre heures. Le matin, les brouillards épais entourent le bivouac et nous cachent la vue des paysages. h' harmattan commence à souffler et fait tomber les feuilles.

Le commandant Drude se porte sur Zounveï-Hono, pendant que le colonel Dumas atteint Paouignan et ferme les routes de l'est, qui conduisent au Yoruba et à Lagos. L'approche des colonnes jette le désarroi clans le camp de Behanzin, qui envoie des messagers. Le vieux Capo, l'éternel Capo, récadaire officiel de la cour, après avoir débité son speech habituel : « Le roi salue le général et les officiers », ajoute que son maître est fatigué, agité, inquiet. Il voudrait bien se rendre, mais demande qu'on attende le retour des cabécères, partis pour l'Europe. « Tu diras à Kondo, répond le général Dodds, que le gouvernement lui accorde la vie sauve, s'il rend ses armes, et s'il vient faire sa soumission sans conditions. Il peut compter sur la générosité de la France. »

Capo s'en va tout guilleret, le bâton du roi à la main, disant tout bas au commandant Taverna : « Je vais lui répéter tout ce que j'ai entendu. Et, ma foi, s'il ne comprend pas, moi je reviens ici. Vous seriez bien aimable de me réserver un petit emploi, je sais très bien faire les commissions. »

Le 6 au soir, une centaine de Dahoméens, sales et déguenillés, l'air rébarbatif, cheveux longs et bouclés, s'approchent des avant-postes. Les uns étaient chargés de paquets d'armes,

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