‹ La France au DahomeyChapitre 95 sur 122 · ET INDIGÈNES · texte numérisé non relu

ET INDIGÈNES

winchesters, peabodys, sniders, chassepots, les autres roulaient des canons. C'est le commencement de la capitulation. Nous comptons, non sans quelque satisfaction, 481 fusils de fabrication européenne, une pièce de huit avec avant-train (marques Carlsruhe 1872, n" 2 725). Deux krupps de six (Cassel 1872), une mitrailleuse {Le général Levassent', Mcucloîi 1867); d'après le relevé que j'avais établi en janvier 1893 à Ouidah, Behanzin s'était procuré, par l'intermédiaire des maisons allemandes, 5 canons, 3 mitrailleuses et 1 750 fusils. En 1892, on a retrouvé dans les cachettes d'Abomey et sur les divers champs de bataille 2 canons, 2 mitrailleuses et 1 millier de fusils. L'arsenal dahoméen devait être vide.

Le 9 novembre, nous voyons arriver les princes, les ministres, les cabécères et les serviteurs de tout rang. Ces gens ont bonne allure, se présentent fièrement et déclarent renoncer à la lutte. Nous faisons connaissance. Chacun décline ses titres et qualités. Nous pénétrons enfin cette mystérieuse administration nègre qui faisait la force des rois d'Abomey et sur laquelle on a tant écrit, non sans quelque exagération. Nous voyons ' :

Imavo, fils d'Andijan, conseiller intime, premier ami du roi;

Ihomé, conseiller et médecin;

Aladahé, trésorier et surveillant des contributions;

Fiogbé, chargé de la politique avec les Mahis et les Nagots;

Nigla, Migan, bourreau et affaires intérieures;

Akladaten, Méhou et Mévo à la fois; relations avec les blancs et les traitants, chargé des approvisionnements en temps de guerre ;

Les chefs militaires : le Gaou Béléhoumé; le Possou Charagacha; le Bigo, qui commandait à Dogba, Lahasaoupamazé ; le Sogan (chef des chevaux) Agahagléto;

Quatre fils du roi Guéso, oncles de Kondo : Aladaponougan, Hahinquenou, Bosékou, Bientohento ;

Sept fils de Glé-Lé, frères de l'ex-roi, qui tenait les membres de sa famille à l'écart de toute fonction active et ne gouvernait qu'avec ses favoris et ses féticheurs.

Dans un palabre qui a lieu en présence de tous les officiers, le général Dodds les rassure sur leur sort et ordonne qu'ils soient l'objet de bons traitements. Comme ce sont des combattants vaincus qui ont fait preuve d'énergie et d'une certaine crànerie, nous sympathisons vite. Ces braves gens sont enchantés de nous voir, de boire, de manger et surtout de fumer. Le tabac est un important facteur en matière de politique indigène. On doit toujours en avoir un stock en réserve quand on voyage. La nomenclature administrative s'augmente de rations inconnues aux fourriers jusqu'à ce jour :

Bâtions de princes (riz, endaubage, tafia, tabac) ;

1. Toutes les fois qu'un cabécère se présentait dans le palais du roi, il devait être en tenue ; cette tenue consistait en un grand pagne, des bracelets de cuivre ou d'argent, des colliers de corail et de verroterie. Plus le grade était élevé, plus le corail était gros.

FUITE DE BEHANZIN. 189

Rations de ministres (riz, endaubage, tafia, tabac);

Rations de cabécères (maïs, sel, tafia) ;

Rations d'autruches (maïs).

Comme au Dahomey les ministres ont le pas sur les princes, on leur fait la plus grosse part.

Behanzin cependant ne se rend pas. 11 n'a plus de cour. Des déserteurs se présentent tous les jours. On ne voit pas très bien ce qu'il peut espérer encore. Pendant que ses parents sont installés au milieu de nous, il incendie le camp de Zounveï-IIono, et s'enfuit précipitamment vers le nord par la route de Bédavo à Logozohé, chassant devant lui ses femmes et ses enfants, semant partout des gens épuisés par la fatigue et la faim. Il est le 12 novembre à Bédavo; le 15, entre la Louto et l'Agbado, à 7 kilomètres environ au sud de Logozobé.

La poursuite commence. La livraison des armes permettant de penser qu'on ne rencontrera plus de résistance armée comparable à celle de 1892, pour faciliter la marche et augmenter les moyens de transport, la composition du corps expéditionnaire est modifiée. Chaque groupe forme une colonne volante, composée d'une section blanche et de deux pelotons indigènes, à peu près sans bagages et n'emportant que des cartouches et des vivres. L'artillerie est supprimée. Les animaux sont affectés au convoi; les mulets meurent les uns après les autres, par excès de fatigue ou par suite de blessures occasionnées par le sol constamment caillouteux. On nous distribue quelquefois un morceau de mulet, que nous savourons avec plaisir. La question des subsistances est un problème de chaque jour, et la viande fraîche un objet de curiosité.

Toutes les colonnes volantes se livrent à une véritable chasse à courre, de jour et de nuit, cherchant un ennemi qui se dérobe constamment, qui ne s'arrête jamais. Le colonel Dumas lancé dans la même direction que Behanzin, le force à se rabattre vers l'ouest. L'ex-roi tente une démarche auprès du chef de Savalou pour obtenir asile. Devant l'insuccès de ses propositions, il se décide à continuer sa fuite vers le sud-ouest, vers Djalloukou. Il aurait à ce moment l'intention de revenir au sud, pour mourir, dit-on, à Abomey.

Le colonel Dumas pousse un raid sur Savalou, et le 19 novembre campe près de ce village i point extrême des régions explorées par les Européens. Seul le voyageur anglais Skertchly affirme avoir visité la région en 1871. Mais il a été impossible de retrouver les noms cités dans Dahome as it is.

Savalou est un assez gros village, d'environ 200 cases, bâties presque toutes en barre. Il est situé au fond d'un hémicycle faisant face au sud de la montagne qui le domine de 130 mètres. C'est le lieu de résidence de Baguidi, chef de la confédération des Mahis, qui comprend : Losi, Cantago, Medji, Agouna, Ouagoudou, Aclampa, Dagbalo, Bobé '. Tous ces villages vivent dans une indépendance relative. Peu de rapports entre les indigènes, dont le

1. Ce point est marqué sur l'itinéraire de Duncan, voyageur anglais qui en 1845 s'est rendu d'Abomey à Adafoudia.

nombre est très restreint. Le pays produit des ignames, du mil, du maïs et du manioc ; pas de palmiers ; des gommiers, des ficus et des karités dont on emploie le beurre pour la préparation des aliments. Quatre routes partent de Savalou : l'une au nord vers Losi suit le flanc oriental de la chaîne qui sépare l'Agbado du Zou; la seconde, la route du Dahomey, va directement à Abomey, par Badagba; la troisième se dirige vers l'est et conduit au pays des Dassas, par Logozohé ; la quatrième conduit au Tado par Djalloukou et Agouna. Les deux premières constituent la voie de communication la plus directe entre la côte et l'hinterland. Pour se rendre au moyen Niger, l'itinéraire semble devoir être Ouidah- Abomey, Savalou, Losi, Bobé, Diagbalo, Dadjo, Ouessé, Begbéra et Liki, chez les Baribas. Les caravanes qui vont de Salaga au Sokoto passent par ce dernier point, où règne, dit-on, le sultan Mouza.

Les relations entre les Mahis et leurs voisins du nord et de l'est paraissent peu suivies actuellement. Les routes sont peu sûres et parcourues par des bandes de pillards. Néanmoins beaucoup de noirs connaissent très bien Liki et Tchaki, où ils sont allés.

L'expédition de 1893, entre autres résultats, aura permis de faire une véritable exploration, très intéressante pour la géographie.

Le 18 novembre, le général Dodds se porte sur Paouignan avec le troisième groupe, la direction des affaires politiques et son état-major. Le 21, nous campons au pied du riiont Fita, dont je fais l'ascension le 22 avec le commandant Taverna. Ce massif est situé dans la plaine de l'Agbado, à 7 kilomètres environ au nord de Bédavo. Sur le sommet sont construits les villages de Guéna et de Fita, cachés au milieu de champs de maïs et de rochers granitiques. A 320 mètres au-dessus du niveau de la mer, on trouve une grande vasque de pierre remplie constamment d'une eau claire que recouvre un tapis vert de plantes aquatiques, qui arrêtent l'évaporation pendant la saison sèche. Le panorama est très beau. Tout autour de l'horizon apparaissent des lignes continues de hauteurs boisées; ce sont les collines qui forment la ligne de partage des eaux entre le bassin du moyen Niger et les cours d'eau qui vont se jeter clans le golfe de Bénin. Çà et là émergent des massifs rocheux isolés, énormes blocs de granit taillés presque à pic, que l'on prend de loin pour des châteaux forts '. Complètement dénudés, ils ont été noircis par les rayons du soleil. Les rares habitants des vallées ravinées, formées de débris de rochers désagrégés qui ont été entraînés là par les pluies diluviennes, se réfugiaient sur les sommets lorsque les Dahoméens venaient leur faire la guerre et exécuter les razzias qui alimentaient leur commerce de chair humaine. Ce sont les monts de Gbooulé, Paouignan, Loussa, Ashani, Ouohongo, dans les grottes desquels Behanzin avait caché ses richesses, des stocks de tissus et de liquides, et les 40 pics sur lesquels sont bâtis les 40 villages qui forment la Confédération des Dassas, famille indigène qui parle une langue différente de celle des Mahis. Zoumaou, leur chef, qui réside à Dassa-

1 . Roches granitiques à grains très variables, veinées de nombreux filons de quartz blanc ou légèrement teinté de jaune. Au-dessus du granit on trouve presque partout des assises de quartz jaunes, cristallisées, surmontées très souvent de bancs de grès rougeâtre.

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