PAYSAGE MAHI
Poing, vient saluer le général. Les habitants de Savé et de Ouessé envoient aussi des délégués. Ils sont tous déclarés indépendants du Dahomey et placés sous le protectorat de la France.
Djalloukou, résidence du roi Noukoumoké, chef d'une confédération indépendante de Savalou et de Paouignan, est un gros village de 300 à 400 cases en terre de barre. Malgré les fréquents pillages dont ils ont été victimes, ils sont riches. Ils cultivent le mil, dont ils tirent une bière légère très rafraîchissante. Les autres localités dépendant de Djalloukou sont : Dialouma, Chetti, Canaou et Doumé. Ce dernier centre est gouverné par une femme, la féticheuse Nabohoué, qui jouit dans la contrée d'une grosse influence.
Paouignan constitue aussi une petite confédération avec Iko, Assanti, Baffo, Agoagon, Thio. Quelques palmiers à Assanti. Partout des ruines, que les habitants sont en train de relever.
Sur la rive gauche de l'Ouémé, tous les villages mahis sont groupés sous l'autorité du roi de Ouessé. Us ont été ravagés il y a quatre ans par Behanzin, et les habitants, qui étaient installés plus près de l'Ouémé, se sont retirés vers le nord-est, où ils ont commencé de belles cultures.
Au point de vue anthropologique, toutes ces familles se rattachent à un type uniforme : peau noire, généralement chaude et luisante; crâne comprimé, front fuyant légèrement en arrière, nez large et épaté, narines dilatées, haute stature, 1 m. 70 et 1 m. 80. Hommes et femmes sont grands, vigoureux, hien musclés. Ils ont les cheveux crépus, laineux, la voix gutturale. Ils parlent des idiomes qui ont de nombreuses affinités avec les dialectes que l'on rencontre de la Volta à l'Ogoun, le nago , le djedji ou fan, le mina, Yanlo, Ya?ia, langues agglutinantes et monosyllabiques. Les verbes-racines expriment des idées. Quelquefois des monosyllabes réunis forment un mot qui devient lui-même racine. Mais les mots formés de deux ou trois monosyllabes sont moins fondus et moins agrégés que dans les langues européennes. Les indigènes du nord ont le verbe haut, le ton dur, rempli d'aspirations gutturales; en parlant, ils s'accompagnent de gestes expressifs et énergiques. Leur bagage littéraire se compose de chansons et de complaintes dans lesquelles reviennent surtout leurs démêlés avec le Dahomey et les coutumes sanguinaires de ce pays.
Toute cette région du nord ne forme en ce moment qu'un immense terrain presque inhabité, zone de chasse où vivent des éléphants, toutes les variétés de cerfs et d'antilopes, des panthères et des hyènes, de grands singes à poil noir. On trouve des bœufs de petite race, robe noire tachetée de blanc. Il y a quelques chevaux, également de petite race; robe rouanne, taille 1 m. 10 au garrot, panards du devant et du derrière. Au cours de la colonne on en a pris une vingtaine. Il n'y en avait guère plus dans tout le Dahomey, où l'indigène est piéton. Le roi seul allait en hamac; les chevaux servaient à quelques cabécères, qui ne les montaient qu'avec infiniment de précautions, sans étriers; un homme menait le cheval par la bride ; un autre à droite, un autre à gauche soutenaient le cavalier pour prévenir les chutes. L'usage du hamac était réservé aux blancs, toléré pour les vestidos employés dans les factoreries. Les Dahoméens sont particulièrement aptes à ce mode de transport. J'ai tenu le record du hamac dans le courant de décembre 1893. En quarante-huit heures, j'ai fait sans fatigue le trajet d'Abomey à Ouidah, à travers la Lama centrale. La colonne était accompagnée d'une équipe de cinquante hamacaires commandés par le nommé Gon, de Ouidah, l'indigène qui a eu le plus à souffrir, pendant les opérations, de la mauvaise humeur du blanc, et des conséquences de l'irritabilité nerveuse à laquelle sont constamment sujets les Européens sous l'ardent soleil des tropiques, surtout lorsque se fait sentir Y harmattan '.
Les lignes de soulèvement de la région montagneuse située au-dessus des plateaux d'Abomey et d'Agony, région qui diffère complètement par le climat, la flore, la faune et les habitants des plaines basses et tristes du littoral, sont au nombre de quatre. Le centre paraît devoir se trouver vers le 9° 30' de latitude Nord. De formation ignée, toutes les chaînes présentent les mêmes caractères : pitons d'une altitude moyenne de 300 mètres, recouverts d'herbes desséchées et d'arbustes rachitiques
1. Harmattan, de l'arabe erramadhan, terre brûlée : vent chaud qui souffle d'octobre à février.