CONTINUATION DE LA POURSUITE
De l'est à l'ouest, on trouve d'abord la ligne qui sépare l'Ouémé de l'Agbado, puis du Zou : monts de Dassa et de Paouignan. Une deuxième chaîne sépare l'Agbado du Zou : le chemin direct d'Abomey à Savalou le serpente. La troisième sépare le Zou du Coufo, déterminée par les monts de Canaou à Djalloukou. Le ruisseau prend sa source en deux endroits, à l'ouest et à l'est du massif de Chetti, coule nord-sud jusqu'à l'Ahémé qui se déverse dans le Mono, à la Bouche du Roi (Bocca de Rio), près de Grand-Popo.
Le quatrième soulèvement sépare le bassin du Coufo de celui du Mono ; les chemins conduisent vers le nord au Chantjo, visité par le voyageur allemand Wolff en 1889.
Du nord au sud une série de gradins dont le niveau va en s'abaissant insensiblement vers la mer. Les sommets diminuent d'altitude, l'inclinaison des pentes s'adoucit, les vallées s'élargissent, les terrasses s'arrêtent brusquement, forment muraille et laissent tomber les eaux sur un sol uni, en pente douce, sous un angle de 15° à 0°. Le plateau d'Abomey qui sépare le pays accidenté de la plaine marécageuse et alluvionnaire s'étend uniformément plat, découvert. L'eau est rare à la partie centrale. Dans la partie occidentale, sur les bords du Coufo, on rencontre des vallées sillonnées de torrents limpides, cachés sous la verdure. Les villages, centre de grandes cultures (gleta), sont construits sur des collines de faible hauteur; on les reconnaît de loin aux bouquets de palmiers plantés au bord de l'eau. Les rares voyageurs qui ont décrit le plateau d'Abomey n'ont pu que le traverser par la route ordinaire d'Avedji aux palais des rois. Il y a à l'ouest des centres importants que l'on ne soupçonnait même pas et d'où les Dahoméens tiraient toutes leurs ressources en vivres : Gboli , agglomération de douze villages très peuplés ; Oumbégamé , onze villages.
Le 25 novembre, le quartier général est porté à Atchéribé. Repoussé par toutes les populations, n'ayant plus auprès de lui que ses femmes ou deux ou trois serviteurs, Behanzin est revenu sur le plateau, entre Coufo et Zou, dans la partie relativement fertile et populeuse du Dahomey. Il passe près d'Oumbégamé, de Djidja, de Bagbavodou, de Sahéloupé, villages habités par les fermiers de la cour. A défaut de sa personne, les trois colonnes volantes, qui le poursuivent, s'emparent des personnages qui n'avaient pas pu se présenter à Zouténou, les princes Goutchili, Séfolelé, Aidama, Topa-Mélé, le docteur Pinocondéou, la princesse Videcalo, quelques vieilles femmes se disant amazones. 0 Antiope! 0 Thomyris! 0 Penthésilée! quelle déchéance! De nombreux prisonniers et esclaves sont rendus à la liberté. Les derniers partisans armés disparaissent. Le 4 décembre, le colonel Dumas atteint la smala près du ruisseau Dravo ; un féticheur s'avance vers l'officier qui commandait la pointe et fait perdre la piste pendant la conversation. Fuyant toujours, Behanzin tâche de s'esquiver par le sudest et en dessous d'Abomey. Une colonne de police, détachée à Houansouko, lui barre la route et ramasse un millier d'esclaves, qui sont dirigés sur Goho, devenu un vaste caravansérail, où s'agglomèrent des gens venus de tous côtés, la plus grande masse du peuple dahoméen. Le 30 décembre, le roi est à Coufo-Goudo, près de Sahéloupé. C'est l'anniversaire de la mort de
Glé-Glé, il se fait couper les cheveux ' et ordonne l'exécution des créoles Georges da'Souza, Africa, José Ouénou, qui sont décapités en l'honneur du feu roi. Kondo espérait se rendre les fétiches plus favorables. Du 1er au 13 janvier 1894 il se terre, se sauve, s'isole. Bocono Nugbozoume l'abandonne. La famille royale lui désigne un successeur. On le poursuit, on le traque comme une bête fauve. Tout le monde le tient, tout le monde le manque. Cela devient de l'obsession. Enfin, le 25 janvier, après avoir échappé de quelques secondes à une reconnaissance de la colonne Drude, ayant appris l'avènement d'Agoliagbo, Behanzin se livre sans conditions. Un officier est envoyé à sa rencontre, guidé par les chasseurs du nouveau roi et le trouve au village d'Acachacpa, près d'Yégo. Le 26, il arrive au poste de Goho, où il est reçu en présence de deux ou trois officiers. L'aide-commissaire Michel le photographie. L'ex-roi s'intéresse beaucoup à cette opération. Entre Agoliagbo son frère et les Français ses ennemis, il n'a pas hésité. Il a préféré un sort inconnu à la certitude de trouver une mort prochaine, s'il demeurait isolé au milieu des siens en qualité de prétendant. Il boit cinq à six litres de tafia par jour, ne mange presque rien. On fait un ordre du jour pour déterminer la ration de roi, qui n'était pas encore prévue par les règlements.
La capture du principal acteur du drame, du dernier chef dahoméen réfractaire à notre appel, produisit une grande impression sur l'esprit des indigènes, quoiqu'elle n'eût plus d'intérêt politique, la désagrégation de l'État dahoméen étant achevée depuis longtemps. Mais il fallait un dénouement concret, et tant que Behanzin n'était pas entre nos mains, on ne pouvait pas considérer la victoire comme définitive.
Sa famille le traite moins bien que nous. Capo, le messager officiel, vient de la part d'Agoliagbo et lui décoche une récade. « Je suis chargé de te dire que tu ne fais plus partie de la maison d'Alada. Tu as empoisonné ton frère Sassé, tu as empoisonné ton père. Les dieux t'abandonnent. Ton règne a été plus mauvais que celui d'Adondozan. Tu as perdu le Dahomey. Tu n'es plus rien pour nous. »
Behanzin, qui était tranquillement assis et dégustait un verre de rhum, comme un simple mortel, sans apparat, répondit philosophiquement : « Dis à mon frère et aux miens qu'ils m'ennuient. Je suis avec les blancs maintenant, et j'y resterai. Tôt ou tard les Français s'apercevront que vous êtes des farceurs et des imbéciles. Va-t'en, vieux singe. » Le prestige de cet homme était tel, que Capo n'osa pas se retirer sans avoir fait plusieurs courbettes. Quelques jours après, devenu notre commensal, Behanzin nous fit à sa manière l'histoire des derniers événements, se plaignant d'avoir été trompé par ses conseillers. Il fut dirigé sur Cotonou, d'où on l'embarqua sur le Segond, à destination de la Martinique. Sic transit
gloria
La conquête du Dahomey était finie. Mais, avant de rapatrier les troupes, le général Dodds procéda à la réorganisation du pays.
i. Les cheveux longs sont un signe de'deuil pour les gens de qualité, qui ne doivent se raser la tête qu'après avoir célébré les funérailles de leurs parents.
SOUMISSION DE BEHANZIN. 197
Les Nagots qui s'étaient établis autour de nos postes, furent renvoyés dans leurs foyers; les cabéeères n'auraient pas manqué, après notre départ, de reprendre de nouveau par la force leurs anciens cultivateurs, qui émigrèrent tous sur la rive gauche de l'Ouémé et s'établirent à Kétou, ville détruite par Glé-Glé et abandonnée depuis de longues années.
Avant les incursions des Dahoméens, le royaume de Kétou s'étendait jusqu'au delà de Savé. La ville de Kétou comptait plus de 20000 âmes. Fondée par Édé, habitant d'Agoudo, village dont il ne reste aucune trace, elle a été détruite de fond en comble sous le règne du roi Glé-Glé; une partie des habitants fut massacrée, l'autre réduite en esclavage. Le roi qui régnait alors, Ochoun, fut tué. Trois ans après, les Dahoméens revinrent et complétèrent la ruine de leur ancienne rivale en détruisant les villages de Pankou, Gahingou, Ofia. Quelques Nagots, assez heureux pour échapper au désastre, s'enfuirent vers l'est sous la conduite du prince Fetona; celui-ci s'établit à Gua, sur le territoire anglais, et ses compatriotes se groupèrent autour de ce lieu. En septembre 1893, M. le chef de bataillon Drude, accompagné du lieutenant d'infanterie de marine Aube, attaché au service des affaires indigènes, ayant poussé une reconnaissance sur la rive gauche de l'Ouémé jusqu'à Gahingou, à deux heures de marche au sud de Kétou, et étant entré en relations par émissaires avec Fetona, quelques familles, dont celles du prince, revinrent s'établir à l'ancien marché d'Assoua, aux portes de Kétou. Ce fut le commencement du retour qui, grâce aux succès de nos armes, devait continuer pendant la campagne de 1893 à 1894. Du 18 janvier au 19 février 1894, M. Aube a visité et étudié le pays. Nous empruntons à son rapport, inédit, les renseignements qui suivent.
« Les familles princières de Kétou, dont il existe encore des représentants, sont au nombre de cinq. Ce sont par ordre de règne :
1° Adjiboulou, dont le fils s'appelle Odou; 2° Adebia, dont le fils s'appelle Fetona; 3° Adebedé, dont le fils s'appelle Okonou; 4° Adegounlé, dont le fils s'appelle Adechoken; 5° Ochoun, dont le fils s'appelle Idotrou.
« Les Nagots suivaient cet ordre pour l'élection de leurs souverains. C'est ainsi que Odou a été nommé roi le 13 février 1894, parce qu'il était fils aîné de l'ancien roi Adjiboulou. A Odou succédera Fetona, fils d'Adebia; à Fetona ou à Odou, si Fetona était déjà mort, succédera Okonou, le fils aîné d'Adebedé, et ainsi de suite. La série épuisée, on reprendra au commencement. »
Kétou était autrefois la ville la plus commerçante et la plus industrielle de toute la région. Elle était la rivale d'Abéokouta et d'Abomey, comme Porto-Novo dispute à Lagos et à Ouidah le monopole du commerce. Les habitants, fermiers réputés beaucoup plus intelligents et plus commerçants que les Djedjis et les Minas, se livraient à la confection des étoffes et fabriquaient des poteries et des ouvrages de vannerie. A la suite de la ruine de Kétou, beaucoup de familles se fixèrent en territoire anglais. Elles apprirent à y connaître les marchandises de Lagos et peu à peu celles-ci parvinrent jusqu'à Savé et dans le pays des Baribas, soit par Diaplakamé, soit par la route directe d'Oketo.
Actuellement les produits de provenance anglaise sont à peu près les seuls connus dans la région du Nord-Est. Il y a lieu de profiter de la création du poste de Sagon pour y fonder des entrepôts qui peuvent être ravitaillés par vapeurs aux hautes eaux, et créer ainsi un courant d'échanges entre les pays nagots et Porto-Novo, où toutes les confréries musulmanes ont des représentants. L'action du résident de Sagon s'étend non seulement sur Kétou, mais aussi sur l'Ouéré et les Hollis.
L'Ouéré comprend les villages d'Avatcha, Ichedé, Abaningbé, Eouignan. Ce pays n'a plus d'importance depuis que les nombreux habitants de la famille des Hollis se sont retirés à Saba et ont fondé les villages de Chaukpo, Ichegon, Klechi, Hedi et Eouon, construits sur des îlots au milieu des marécages formés par l'Ouémé, et complètement desséchés pendant quelques mois de l'année.
La ville la plus importante après Kétou est Savé. Bâtie au pied d'un petit massif montagneux, où les habitants se réfugiaient à l'approche des Dahoméens, elle a pu, grâce à sa situation topographique, échapper à une ruine complète. M. le lieutenant Guérin, de Fétatmajor, a visité le pays. Les Nagots qui l'habitent ont presque tous leurs villages au voisinage de la route de Savé à Liki par Baboua et Agboo et s'étendent clans cette direction jusqu'à la frontière du Bariba vers le 9° degré. Ils paraissent plus civilisés que tous leurs voisins. Ils ont fortement subi l'influence des musulmans, qui semblent occuper les principaux emplois dans le pays. Le roi de Savé est lui-même un adepte du Coran et il est entouré de marabouts connaissant l'écriture arabe. Il vit en très bonne intelligence avec le roi de Kétou, auquel il payait tribut autrefois. La population parle la même langue, et, étant sur la même route commerciale, en reprenant son importance comme marché, Kétou redeviendra la ville suzeraine de la contrée. A Savé on trouve les produits ordinaires du pays, maïs, ignames, manioc. Le palmier est rare; mais l'arbre à beurre (karité) abonde. On trouve des bœufs et des chevaux de la taille de l'arabe. On y a remarqué de très belles plantations de coton.
A la suite du sac de Kétou, beaucoup de routes, qui reliaient entre eux les différents centres ruinés par les Dahoméens, ont été abandonnées et ont disparu dans la brousse. Il n'existe plus, à vrai dire, dans la région que quelques chemins. Comme voies de communication vers le Yoruba, il convient de citer : 1° la route de Kétou-Likimou à Méko-Oyo; 2° la route Diaplakamé-Dingri-Setou-Oyo ; 3° la route Diaplakamé-Ouétré-Eloro; 4° la route Callejo- Baba, ancien chemin de guerre des Dahoméens; 5° la route Savé-Okélo. Les Nagots ont promis de débroussailler les grands chemins. La population n'est pas dense encore. Il faut laisser faire au temps son œuvre réparatrice. Cette immense zone a sommeillé pendant deux siècles sous la domination des Dahoméens, qui entravaient toutes relations avec les gens du littoral et par conséquent avec nos négociants. Il appartient à ces derniers de se lancer dans le haut pays, pour y porter nos marchandises et y créer de nouveaux débouchés.
COURONNEMENT D'AGOLI AGBO. 201
La famille fon, improprement appelée dahoméenne, n'occupait qu'une assez faible partie du pays que nous venons de parcourir. Son habitat était limité par le Coufo, l'Ouémé, la Lama et les monts de Mahis. Une proclamation du général Dodds a divisé l'ancien royaume en deux États indépendants, Abomey et Alada. Pour éviter une reconstitution de l'agrégat hétérogène qui entravait leur développement économique et social, on a reporté les indigènes à leur situation de l'année 1610; nous retrouvons cette division dans la carte du seigneur d'Anville, insérée dans les Voyages en Guinée du Chevalier des Marchais.
La reconnaissance du roi d'Abomey, prince Goutchili, a eu lieu avec solennité, le 15 janvier, sur la place du palais de Simbodji, en présence des princes, cabécères, chefs et habitants accourus de tous côtés et d'après le cérémonial en usage à l'ancienne cour. A 6 heures du matin, les troupes du corps expéditionnaire prirent les armes et se formèrent en ligne déployée, adossées aux murailles incendiées par Behanzin le 17 novembre 1892 et sur lesquelles s'étaient enroulés des plantes grimpantes et des parasites de tout genre. Malgré ces ruines, Simbodji avait un aspect riant; la persistance de la verdure faisait oublier à tous que la ville était abandonnée depuis plus d'un an.
Devant la porte d'entrée, pavoisée et décorée au moyen de tissus de prise, cotonnades aux dessins variés, un grand mât avait été érigé. Un artilleur de marine, le mousqueton à la bretelle, se tenait prêt à arborer le pavillon tricolore.
A 8 heures, le général Dodds fait son apparition suivi de ses officiers, ayant à sa droite Goutchili. Selon l'usage antique, le nouveau roi est accompagné de Géonéda, gardien de parasol, qui tient respectueusement au-dessus de la tête du monarque une ombrelle de soie, du chambellan Kalan-Kan-Klozan, qui porte le crachoir d'argent rempli de sable poreux, destiné à recueillir la salive royale.
Goutchili, drapé dans un grand pagne de soie, le sein droit découvert, un sabre en argent sous le bras gauche, un long fume-cigare dans la bouche, une calotte de velours jonquille et noir sur la tête, s'avance lentement, se dandinant comme il convient à un roi dahoméen qui ne doit effleurer la terre que dans les grandes circonstances. C'est un beau noir, de trentehuit ans environ.
Tous les membres de la famille, ministres, cabécères et féticheurs, se prosternent, mettent la tête dans la poussière et avec force gestes et contorsions se lavent littéralement le corps dans de la terre rouge, en criant : Hossou! hossoul « Le roi! le roi ! » Le peuple, deux à trois mille êtres humains demi-nus, est couché par terre, n'osant pas bouger, ni même regarder le monarque.
Le pavillon national est hissé au haut du mât et l'artillerie tire vingt et un coups de canon.
« Princes, chefs et peuple dahoméens, dit le général Dodds, au nom du gouvernement de la République Française, je reconnais comme roi d'Abomey votre candidat, le prince Goutchili, fils de Glé-Glé. »
Le crieur public Fibidji-Hountogan-Sarano, principal chef de quartier à Abomey, s'écrie :
« J'ai vu Guéso, j'ai vu Glé-Glé, vive le nouveau roi ! Il s'appellera Agoliagbo. » Et Fibidgi frappe en cadence sur la double cloche en fonte qu'il tient à la main, comme le veut le protocole. « Ago-li-agbo, dit-il trois fois d'une voix nasillarde. Alada Klen-afo-majai, France Oniouegnimo... : « Dahomey (Agbo), prends garde (a go), la maison royale (Alada) trébuche (Klen) sans (afo) tomber (majai), les Français (France) la soutiennent (oniuegnimo). »
Agoliagbo est une devise, la phrase qui suit la complète. Agbo par rapport à Dahomey est comme Gaule à France. Alada s'emploie dans le même sens que Capétiens, Bourbons, Napoléons.
A l'appel de son nom, souligné par les hourras des princes agenouillés, Agoliagbo se dresse fièrement et d'une voix de stentor demande à tous les dignitaires présents s'ils sont décidés à lui obéir. « Vous avez entendu la parole du blanc? dit-il. — Oui! oui! » Et tous de nouveau se roulent dans la poussière. « Eh bien! qu'on se le dise, des Mahis jusqu'à la mer, de l'Ashanti jusqu'aux pays musulmans. »
Le nouveau roi s'exagérait quelque peu les limites de ses futurs domaines, car le traité signé le 29 janvier 1894 ne lui laissait que le pays situé entre le Coufo à l'ouest, la région des Mahis au nord, l'Ouémé à l'est, la Lama au sud. Mais ce n'était là qu'un subterfuge oratoire, pour en imposer à la masse. Agoliagbo savait à quoi s'en tenir. Il se laissait emporter par le désir de se donner quelque prestige et le goût des Dahoméens pour les phrases à effet.
Il rendit visite au général Dodds le jour même du couronnement. Avant d'entrer dans le poste, les princes etcabécères de la suite firent trois fois le tour des remparts encourant après le hamac royal et en exécutant une série de danses, et des pas plus ou moins pittoresques. On distribue des dames-jeannes de tafia pour mettre la nouvelle cour en joie. « Il y a si longtemps que nous n'avons bu! » disait Topa-Mélé. Les libations copieuses n'enlèvent ni la gaieté ni la cordialité qui règne désormais entre les conquérants et les vaincus d'hier.
Agoliagbo manifeste le désir de porter la santé de la France. On lui prépare une coupe de Champagne. Immédiatement Topa-Mélé se met à hurler : Hossou pongl poong! po ooong!... « Le roi va boire ! Le roi va boire ! » Tous les spectateurs se précipitent à terre et se voilent la figure. Le roi boit en se cachant derrière son pagne. Le même Topa informe la population que Sa Majesté n'a plus soif. Tout le monde se relève et exprime par des soupirs et des exclamations son contentement.
Le 4 février, nous couronnions le roi d'Alada, qui devait gouverner les territoires compris entre le Coufo et l'Ahémé à l'ouest, le royaume d 'Abomey au nord, l'Ouémé en amont de Dogba et la rivière de So à l'est, les cercles" annexés au sud. Les chefs du Bas-Dahomey avaient désigné le vieux Ganhou-Hougnon, grand féticheur gardien de la source de Ahoutégoudou, berceau de la famille qui avait conquis le pays. Ganhou a pris le nom de Gi-gla-no- -pon-gbe-nou-Maou. Traduction : le roi qu'on vient d'élire (littéralement l'astre existant) servira la France comme le soleil et la lune servent le bon Dieu.
Un traité a été également signé à Alada, stipulant des garanties en faveur des négociants