L'EXPÉDITION FRANÇAISE
Le choix du général commandant l'expédition n'était pas indifférent. Le général de Beaufort d'Hautpoul parut devoir être l'instrument le plus souple. Quoique parfaitement intégre, il avait été compromis dans l'affaire de Douane, et l'on avait été obligé de lui retirer son commandement de Tlemcen. Ce général devait naturellement s'entourer des officiers des bureaux arabes qui avaient servi sous lui en Afrique ; leur goût prononcé pour les musulmans les rapprochait de ceux-ci plutôt que des chrétiens. Fuad-Pacha, général en chef de l'armée ottomane, était en même temps chargé de représenter la Porte dans la commission des Grandes Puissances : lord Dufferin y représentait l'Angleterre. M. Béclard, consul général à Alexandrie, avait été désigné pour représenter la France; il avait été précédemment à Bucharest, où il avait épousé une Valaque schismatique, et ignorait complètement les affaires du Liban; il devait être naturellement porté à accorder sa confiance aux chrétiens du rite grec au milieu descjuels il avait juscju'alors vécu, plutôt qu'aux
Maronites qu'il connaissait moins. Le gouvernement français eût-il choisi un mandataire plus sympathique pour ces derniers, que son action eût toujours été entravée par ses collègues dont il était solidaire. Le seul homme qui pût agir effectivement était le général commandant Tarmée expéditionnaire : n'ayant pas voix au chapitre, il était moins enchaîné par ses délibérations; privé de son appui moral, il en avait un autre beaucoup plus efficace auprès des Turcs par la bouche de ses canons. Aussi, le peu de bien qui ait pu s'accomplir est-il venu de ce côté, et la mission officieuse, qu'a si Jbien comprise le général de Beaufort, est-elle la seule qui ait soutenu l'influence française.
Tandis que M. Béclard, dominé par les autres commissaires, suivait les errements du passé, M. Bentivoglio avait rompu avec les traditions de son consulat pour suivre l'impulsion du général en chef. Le ministre des affaires étrangères ne s'en rapportant pas aux seules lumières de M. Béclard, avait envoyé à Beyrouth M. Chaffer, interprète de son administration, ayant déjà rempli les fonctions de drogman au consulat de Damas. Parlant parfaitement arabe, il se mit en rapport avec les chrétiens en parcourant le pays en même temps qu'il servait de boussole au consul, chez qui il logeait. Ces renseignements ne firent bien-
tôt que confirmer les rapports que le général envoyait de son côté à Paris.
Les troupes devant composer l'armée expéditionnaire avaient été, depuis plus d'un mois, réunies au camp de Châlons et attendaient avec impatience le moment du départ. Ce n'était plus une armée, ni même un corps d'armée que d'après les termes des protocoles il nous était permis d'envoyer en Syrie; on en fut réduit à choisir quelques bataillons et quelques compagnies d'élite qui allèrent s'embarquer à Marseille et furent rejoints à Beyrouth par le 1" bataillon des zouaves et deux escadrons du 1" chasseurs d'Afrique partis d'Alger.
Avec l'état-major, l'intendance, les ouvriers d'administration, etc, l'effectif de notre corps d'occupation s'élevait à sept ou huit mille hommes, douze à quinze cents chevaux ou mulets et douze pièces de canon. C'était plus qu'une brigade; il n'y manquait, pour former une division très-complète, que deux régiments d'infanterie. Le général de Beaufort fut promu au grade de général de division ; on ne lui adjoignit qu'un seul général de brigade, le général Ducrot, qui lui aussi avait fait ses preuves en Afrique. A part les deux compagnies qui furent détachées et envoyées sur la côte, à Djebaïl et à Saïda, l'une à huit lieues au nord de Beyrouth, l'autre à six lieues au sud,
tous les autres détachements furent dispersés dans la montagne : d'abord à Babda, qui n'est qu'à sept kilomètres de Beyrouth, puis à Hamana, Beteter et Deïr-el-Kamar. Un détachement de quinze cents hommes fut envoyé prés de cette dernière ville, sous le commandement du colonel Darricau qui alla s'installer à Beït-Eddin avec son état-major.
Nos soldats ont été. vivement impressionnés en arrivant sur le théâtre des derniers massacres. Les plus aguerris, ceux qui avaient vu de sangfroid des milliers de cadavres dans les champs de Crimée et de Solférino, n'ont pu retenir leur émotion en arrivant à Deïr-el-Kamar. Des monceaux de cadavres en putréfaction étaient accumulés près des lieux où campaient encore les Turcs. On voyait les traces des tortures qu'on leur avait fait subir, leurs visages et leurs membres étaient encore contractés. Les bûchers que leurs bourreaux avaient dressés pour les brûler vifs, étaient encore au milieu des rues. Ces misérables avaient imaginé toutes sortes de tortures et dépassé le paganisme romain dans sa fureur contre les premiers martyrs du christianisme. Nos soldats ont encore trouvé un pauvre enfant crucifié contre la croisée d'une fenêtre.
Le colonel Caubert, à la tète de seize ou de dixsept hommes et de trois cents chevaux, alla cam-
per à Kab-Elias près Zahleh. C'était une position importante à occuper; on y dominait toute la plaine de Beka et de Célésyrie; la route de Damas, en partie construite, en facilitait les approvisionnements. Cette avant-garde du corps d'occupation avait derrière elle, avec les zouaves et les chasseurs d'Afrique, deux ou trois mille hommes que le général de Beaufort tenait sous sa main au camp des Pins près de Beyrouth. Nos soldats, pris au camp de Châlons, malgré la similitude des plantations, s'en accommodèrent très-mal. La température était bien différente sur la plage de Syrie : le thermomètre s'élevait alors à 50 degrés. Nos vieux soldats d'Afrique souffraient de cette chaleur ; à plus forte raison eUe devait accabler leurs camarades de la ligne, qui entraient pour la preînière fois en compagne. Un très-grand nombre de ces derniers sont tombés malades et ont payé cher la faveur qui leur a été faite d'aller en Syrie avant d'avoir fait leur apprentissage en Afrique.
La France, en intervenant au nom des Grandes Puissances, avait trois buts à atteindre : elle devait d'abord réprimer les attentats commis; elle devait ensuite faire régler les indemnités dues aux chrétiens ; enfin obtenir des garanties pour l'avenir. Avant tout, elle avait son honneur à venger : tandis que le consulat anglais avait été
respecté à Damas, le sien avait été ravagé à Zahleh, et dans bien d'autres endroits; des Français, prêtres et laïques, avaient été massacrés avec d'autant plus de fureur qu'ils avaient invoqué leur qualité de Français, lorsqu' ailleurs il avait suffi au premier venu de se dire Anglais pour être préservé. Partout le drapeau français avait été traîné dans la boue et le nom de la France insulté. n y avait là des griefs autrement graves que le coup d'éventail qui, sous la Restauration, avait déterminé la conquête d'Alger ; et aucune puissance n'aurait eu à réclamer contre le règlement d'une affaire personnelle, l'Angleterre surtout qui, moins que tout autre, pouvait se présenter comme partie intéressée. Mais la France, en présence d'un peuple entier à sauver, fit bon marché de ses griefs personnels pour mieux concentrer tous ses efforts sur les trois objets pour lesquels elle intervenait au nom des Grandes Puissances ; elle crut que son honneur serait suffisamment vengé en faisant rendre justice exemplaire aux chrétiens placés sous son protectorat.
Examinons ce qui a été fait.
/** Répression. Fuad-Pacha avait quitté Damas pour occuper le Liban avant l'arrivée de l'armée française ; le général de Beaufort, selon qu'il avait reçu les instructions, après avoir occupé quelques points stratégiques, se concerta avec le
général en chef de l'armée ottoinane pour se mettre sans plus tarder à la poursuite des Druses. Il fut convenu qu'on les cernerait. Le général de Beaufort se mit en marche avec toutes les troupes qu'il avait échelonnées sur la côte . Mais l'armée turque, qui devait compléter le mouvement de circonvallation par en haut, leur ouvrit passage et favorisa leur fuite. Les chefs les plus incriminés purent ainsi se réfugier dans le Hauran, emportant avec eux de précieuses dépouilles.
Le général de Beaufort voyant par là d'une manière très-claire qu'il était joué par son associé, se rapprocha des chrétiens et se mit aussitôt en rapport avec leurs anciens chefs, les Évêques, les émirs, et les cheïks. La plupart s'étaient réfugiés à Beyrouth, soit que leurs habitations de la montagne eussent été ravagées par les Druses, soit qu'ils eussent été obligés de les quitter par suite de l'anarchie populaire que le gouvernement ottoman avait précédemment suscitée dans les districts chrétiens. Un bureau politique d'officiers parlant arabe avait été organisé près du quartier général. Le lieutenantcolonel Chanzy, ancien chef de bureau arabe à Tlemcen, en avait la direction; il était assisté du commandant Gères, ancien chef aussi de bureaux arabes. Leur porte était toujours ouverte, les chrétiens indigènes étaient charmés de pouvoir s'entre-
tenir sans intermédiaire avec ces officiers, Ces derniers ne tardèrent pas à se mettre parfaitement au courant de toutes les affaires du pays, beaucoup mieux qu'aucun des consuls qui s'étaient succédé et dont les drogmans et les chaous grecs ou musulmans étaient hostiles aux Maronites.
Bientôt un cadi fut envoyé de Constantinople, et un tribunal extraordinaire fut institué à Beyrouth pour la répression des coupables. Kurschid- Pacha, malgré le traité de paix qu'il s'était empressé de faire signer aux Maronites comme aux Druses , fut arrêté , et avec lui quelques chefs druses qui n'avaient pu s'échapper, entre autres Saïd-Bey-Jemblat. Le gouvernement turc s'exécutait d'autant plus volontiers à l'égard de ce dernier que ce fut pour lui un prétexte de s'emparer de ses immenses domaines. Quoique entré bien portant en prison, il est mort au bout de quelques mois, dit-on, d'une maladie de poitrine, au grand regret des Anglais. Quant aux autres accusés druses ou musulmans, les uns ont été relâchés, les autres ont été condamnés à la peine de l'exil , comme Kurschid-Pacha, envoyé dans rîle de Candie, sans toutefois perdre son titre de pacha et les honneurs qui y sont attachés.
De son côté Fuad-Pacha, après avoir favorisé la fuite des Druses les plus importants, voulant donner le change, avait imaginé de faire une
grande razzia de Druses et en avait fait arrêter deux ou trois mille qu'il avait transportés dans le château de Moktarah, ancienne résidence de Saïd- Bey-Jemblat. En même temps, il avait demandé que le tribunal extraordinaire y fût transporté. Bornons-nous à cet égard au récit du correspondant de la Patrie :
Moktarah, ancienne résidence de Saïd-Bey-Jemblat, est au centre du pays druse. Si l'Angleterre, aujourd'hui protectrice du gouvernement turc, n'a pas envoyé d'armée en Syrie, elle s'en est dédommagée en faisant occuper le pays par ses agents diplomatiques.
Pourquoi se mettre en frais d'une autre manière, puisque ses conseils sont suivis avec empressement ? Il ne lui faut que quelques organes. Cinq sous-commissaires ont donc été adjoints à lord Dufferin et ont été répartis sur les points principaux. L'un d'eux, M. Charton Waittal, a été envoyé à Moktarah, d'où il rayonne sur tous les districts environnants. Il a avec lui tout un personnel de légation, secrétaire, interprète et même un correspondant du Morning-Post. La dépense de cette agence est couverte par 60,000 fr. C'est à Moktarah qu'est le quartier général de l'armée ottomane, qui occupe le Liban concurremment avec l'armée française.
Le commandement en a été confié à Omer-Pacha, qui commandait à Alep au moment des derniers événements. Omer-Pacba, d'origine russe, parle parfaitement le français; les circonstances l'ont fait musulman ; il est obligé d'obéir aux instructions qui
lui sont données par ses chefs ; mais leur fanatisme n'a pu se communiquer à lui, et il n'a rien des allures d'un pacha turc; sa conduite à Alep est digne d'éloges ; il est parvenu à y empêcher le massacre des chrétiens.
On ne pouvait placer en meilleures mains le commandement de l'armée du Liban, maintenant que la force brutale y serait tout à fait hors de raison.
Omer-Pacha a pour chef d'état-major Hassein-Bey, musulman comme lui, mais d'origine anglaise. Unis par leurs liens nouveaux, ils vivent en frères et à l'européenne dans le nouveau château qu'a fait construire le riche chef druse dont ils sont venus occuper la place. Le sous-commissaire anglais avec son monde est établi à côté d'eux dans l'ancienne maison de Saïd-Bey-Jemblad. Il y a deux toits, il y a deux tables, mais il n'y a qu'un cœur dans cette colonie de date récente. On s'invite réciproquement et l'on fait le soir le whist en commun après avoir vaqué le jour à ses affaires avec indépendance.
En transportant à Moktarah le tribunal extraordinaire qui devait juger les Druses, Fuad-Pacha pouvait donc s'affranchir du contrôle de tous ceux qui le gênaient, sans perdre l'appui et les conseils du commissaire de l'Angleterre, qui avait là un suppléant.
La conviction de cet agent britannique, qui se dit complètement investi de la confiance de lord Dufferin, est que la sécurité est maintenant assurée pour deux ans; il ne répond pas de l'efficacité de la sévère leçon d'aujourd'hui, au delà de ce terme; mais on a le temps d'y aviser, et, en attendant, l'armée française étant inutile, doit évacuer le pays. La mission du sous-commissaire anglais dans ces circonstances,
n'a pas en effet d'autre but que de prouver que la paix est faite. Beaucoup s'étant sauvés devant l'armée française, on pouvait craindre qu'ils ne revinssent après son départ pour reconimencer les brigandages. Il importait de faire rentrer immédiatement dans leurs foyers les gens suspects, pour montrer leur soumission au nouvel ordre de choses établi par le gouvernement turc. Le sous-commissaire anglais a usé de toute ton influence sur les Druses pour les rassurer; la plupart étaient donc revenus, d'après ses conseils. Mais voilà que le gouvernement turc est forcé de sévir contre eux et de les arrêter par milliers.
Persuader qu'une mesure qui a toute l'apparence d'une trahison, est prise, au contraire, pour le plus grand intérêt de ceux qui en sont victimes, est une tâche assurément difficile ; elle ne paraît pas néanmoins effrayer le diplomate britannique. Les Druses comprennent très-bien que l'armée française est venue détruire leur règne au Liban; aussi ne doiventils reculer devant aucun sacrifice pour la faire partir. Il faut pour le moment des victimes ; mais le commissaire anglais est là pour en diminuer le nombre, pour sauver les plus précieuses. Omer-Pacha, qui préside le tribunal extraordinaire, est son ami; tous ses loisirs lui sont consacrés, et c'est son appartement qui lui sert de retraite dans les suspensions d'audience. Le commissaire anglais peut donc être informé sur le sort des Druses qui sont en cause.
Naguère, aux assises de Moktarah, cette intimité a été troublée un instant. M. Moch, qui commande à Deir-el-Kamar, et qui est chargé de présider aux travaux de construction de cette ville, avait besoin de bois et voulait abattre des pins dans les environs da
n résolut de se rendre auprès d*0 mer-Pacha, pour lui en demander l'autorisation. Plusieurs officiers en garnison à Deïr-el-Kamar profitèrent de l'occasion pour aller visiter l'ancien château de Saïd-Bey-Jemhlat, entre autres le capitaine et le lieutenant du génie, deux capitaines, un lieutenant et un sous-lieutenant du 13"* de ligne. M. de Baudicour et un prêtre maronite (le P. Azar), qui l'accompagnait, s'étaient joints à eux. Aly-bey, kaïmakam, leur servait de guide. La marche était ouverte par deux spahis le fusil au poing et fermée par les ordonnances des officiers. On n'avait jamais vu pareille caravane à Moktarah. Dès qu'on la vit descendre à travers les rampes rapides de la montagne, toute la population sortit dés maisons pour jouir du spectacle.
Saïd-Bey-Jemblat recherchait les fermiers chrétiens, et Moktarah est en grande partie habité par des Maronites. Ceux-ci ne purent retenir leur joie en voyant apparaître des officiers français, et se mirent tous à acclamer la France, malgré les plaintes des soldats turcs qui voulaient leur faire crier : Vive le Sultan !
La garnison ottomane était sortie de ses casernes, et avait peine à contenir les prisonniers druses entassés sous les voûtes du Château. La plupart avaient leurs femmes et leurs parents dans la cour, attendant avec impatience les sentences du tribunal. Omer-Pacha était à table avec le cadi de Constàntinople, oracle de la loi musulmane, et tous les autres membres du tribunal extraordinaire. Il fut d'une politesse extrême pour tous les visiteurs; après leur avoir ofiertle café, il chargea Hassein-Bey de leur montrer lé Château. Saïd-Bey-Jem'blat l'avait rempli de meubleâ euro-
péens et pouvait y recevoir ses amis les Anglais avec tout le confort nécessaire.
Il avait un million et demi de francs de revenu, que le gouvernement ottoman vient de confisquer. C'est bien la moindre punition qu'on puisse lui infliger pour avoir laissé piller et massacrer les chrétiens par les Druses, ses subordonnés. Les Turcs savent tirer parti de tout.
Saïd-Bey-Jemblat était amateur de chevaux; il en avait quatre-vingts de haut prix. On montra les écuries aux visiteurs, mais toutes les bêtes avaient été vendues ou données aux officiers turcs pour faire place aux prisonniers druses. A peine sortis du château, les officiers français furent acclamés de nouveau. Les chrétiens accouraient sur leur passage pour îeur remettre des pétitions et leur ofirir des bouquets de roses. A tort ou à raison, les chrétiens prétendent qu'on relâche tous les Druses qui connaissent les Anglais ou qui sont assez riches pour donner de l'argent aux juges : or, ce sont précisément les plus coupables. Le fait est qu'à peine en liberté ils insultent les chrétiens et leur promettent que leur tour viendra aussitôt que les Français seront partis.
2** Indemnités. Aussitôt que Fuad-Pacha a eu installé son armée dans la montagne, les soldats turcs ont fait des perquisitions chez les Druses pour reprendre les objets qu'ils avaient enlevés aux chrétiens, non pas pour les rendre à ces derniers, mais pour se les approprier. L'armée turque s'étant ainsi approvisionnéede couvertures,
des pièces de drap trouvées dans quelques localités ont servi à les vêtir ; les vases sacrés des églises et tous les objets précieux ont été entreposés en lieu sûr, comme au château de Moktarah. Fuad- Pacha a commencé par choisir tout ce qui lui convenait et en a rapporté plusieurs charges de mulets à Beyrouth. Dans les endroits où l'armée française était campée, nos soldats ont aidé les habitants à reconstruire leurs maisons avec les secours des aumônes de TEurope ; ailleurs, le gouvernement ottoman s'était chargé de réinstaller les habitants; mais les indemnités qu'il leur avait accordées pour relever leurs maisons ont été tout à fait illusoires. A Djezin, par exemple, le gouvernement ottoman n'avait accordé qu'une indemnité de 5000 fr. pour la reconstruction des maisons incendiées, dont un cinquième seulement avait été payé ; or, dans cette ville il y avait 580 maisons dont un bon nombre avaient coûté de 10 à 30,000 fr. Là et dans tous les villages environnants, les habitants avaient été réduits à se blottir sous des restes de voûtes, ou dans de petites cahutes fermées par des broussailles.
Au commencement de l'hiver, il en était déjà mort de froid, de faim, quatre fois plus que par le fer et la flamme. Le général de Beaufort voyant d'un côté tous les Druses vivre dans l'abondance du fruit de leurs rapines, tandis (jue les pauvre^
chrétiens mouraient dieî toutes parts dans la misère, avait fini par forcer F uad-Pacha a signer un arrêt par lequel, en attendant le règlement définitif des indemnités qui devaient être réglées par la commission européenne, toutes les familles druses devaient être mises à contribution; elles devaient fournir aux familles chrétiennes de la nourriture pendant trois mois, des grains pour ensemencer les terres, et les meubles et les ustensiles les plus indispensables. Ceux qui n'auraient pas restitué en nature devaient payer une somme équivalente en argent. Mais immédiatement il y eut en faveur des Druses une réclamation du commissaire anglais, qui fut appuyée par M. Béclard et les autres commissaires, et Fuad-Pacha fut invité à rapporter son arrêté.
Les chrétiens de Damas, ainsi que nous l'avons observé, tenaient entre leurs mains tout le commerce et l'industrie du pays, et comme ils ne pouvaient posséder d'autres immeubles que leurs maisons, ils y déployaient un grand luxe et y entassaient toutes leurs richesses mobilières ; on a évalué que pour les indemniser complètement, il faudrait dépouiller les musulmans des trois quarts de leurs propriétés. Ces derniers s'étaient beaucoup enrichis par le pillage. Fuad-Pacha s'était empressé de les imposer sous le prétexte des indemnités à donner aux chrétiens, les mena-
çant de l'arrivée des Français s'ils ne s'exécutaient pas promptement ; mais il avait commencé par employer, pour le paiement de l'armée et pour ses autres besoins, tout l'argent qu'il recevait, s'était contenté de donner aux chrétiens des bois de construction dans une forêt du voisinage, à charge de les aller chercher et de les imputer sur les indemnités qu'ils avaient à recevoir auprès des mudirs de la ville. Du reste, le montant des indemnités était là encore plus illusoire qu'ailleurs: au mois de juin suivant, il n'y avait pas encore une seule maison construite, et le quartier chrétien n'était pas encore déblayé.
Pendant que la commission extraordinaire délibérait encore sur le montant des indemnités et que, pour y pourvoir, le Sultan faisait des émissions de - Kaines avec cours forcé au Liban comme à Con§tantinople. Puad-Pacha annonçait par une affiche le départ de l'armée française que le Sultan venait de licencier parce qu'il n'avait plus besoin de ses services ; une autre affiche placardée sur tous les murs accordait une amnistie générale , déclarant qu'aucune réclamation des chrétiens ne serait plus écoutée à condition que le reliquat de l'impôt extraordinaire fût soldé.
3° Garantie. Le;s malheurs du Liban n'avaient commencé que depuis la chute de l'émir Béchir qui tenait en respect toute sa population. Les
essais d'organisation nouvelle n'avaient réussi qu'à fomenter ranarchie. Le moyen le plus simple de la Caire cesser était donc de rétablir l'ancien ordre de choses. Ce n'était pas porter atteinte à l'intégrité de l'Empire ottoman, mais seulement une réparation due par ces puissances étrangères. Leur intervention, en 1840, ne fit que troubler la paix du pays. Il était bien juste que par une* autre intervention elles prissent des mesures propres à la rétablir. Depuis vingt ans les chrétiens demandaient le rétablissement de l'ancienne principauté, comme le seul remède à leurs maux. Le général de Beaufort ne fut pas longtemps à comprendre qu'il n'y avait pas autre chose à faire et rédigea en ce sens un projet qu'il adressa aa gouvernement français.
Quelques personnes avaient mis en avant un jeune cheïk, Joseph Karam ; il habitait l'extrémité nord du Liban. Il était fils du (iheïk d'Edden, où le prince de Joinville avait été si bien reçu en 1836 en allant aux Cèdres. Les Anglais n'avaient pas encore réussi à fomenter l'anarchie dans cette portion de la Montagne ; les paysans y étaient restés soumis à leurs anciens chefs. Joseph Karam, pbin d'ardeur, accourut au commencement des massacres à la tête de quelques cavaliers de son district, pour porter secours à ses coreligionnaires ; il fut arrêté par le consul de France qui
lui donna avis que Kurschid-Pacha envoyait des troupes turques au secours des chrétiens. D'ailleurs, son faible contingent n'était pas en état de lutter, aussi rebroussa-t-il chemin quand il vit ce qu'il en était. D'autres cheïks de son voisinage avaient été au plus pressé : nous avons dit qu' Ara- Dar avait réussi à sauver tous les chrétiens de la plaine de Baalbek en les amenant à Bécharri, dont les habitants avaient pourvu à leurs premiers besoins. En même temps Chankir, chef des soldats maronites de Bekfeya, était descendu à la tête de cinq cents fantassins à une heure et demie de Beyrouth, offrant de se porter sur la ville au moindre mouvement des musulmans. Mais on n'avait vu à Beyrouth que Joseph Karam, et tout le monde admirait sa bonne volonté. Il était élève des Lazaristes et savait parler français ; sa piété l'avait mis en relation avec les PP. Jésuites, dont il fréquentait la chapelle. On disait qu'il était le seut homme digne d'être placé à la tête des Maronites. Malheureusement, il n'y avait pas que des Maronites dans le Liban : les chrétiens grecs-unis aussi bien que les schismatiques, et, à plus forte raison, les Druses et les Métualis eussent accepté difficilement le nouveau chef maronite. Il ne pouvait même réunir les suffrages de tous ses coreligioniiaires de son rite. Le Liban avait congervé jusqu'à ce jour son ancienne organisa-
tion féodale, tous ses districts étaient partagés entre un certain nombre d'émirs ou de cheïks dont les chefs les administrent ; les familles ne s'alliant entre elles que selon le degré de leur noblesse, Joseph Karam n'appartenant qu'à une des dernières familles, toutes les autres eussent été froissées de se le voir imposer. Sans doute on pouvait passer par -dessus les difficultés, mais il était plus simple de les éviter, et on pouvait le faire en replaçant à la tête du Liban un prince de l'ancienne famille régnante. La famille Scheab, qui ne comptait pas moins de cent quarante membres,était divisée en six branches. Elle était d'origine musulmane; mais, sauf deux, dé ses branches, elle s'était convertie au christianisme.
Les Scheab étaient aussi dé voués aux chrétiens qu'attachés à la Franc3; aussi ceux de Hasbeya et de Racheya qui étaient restés à la "tête de leurs districts avaient-ils été, quoique musulmans, victimes des derniers évc.iements: trentedeux avaient été massacrés. Les Scheab reconnaissaient pour chef de leur f ami -le l'émir Medjid. Petit-fils de l'émir Béchir, il avait fait ses preuves .de bravoure et . commandait déjà la cavalerie sous son .aïeul. Emmené captif avec lui à Constantinople, il n'avait pu résister aux obsessions dont il avait été l'objet et avait un instant
abjuré sa foi; mais il était redevenu bon chrétien, en retournant au Liban, où il avait épousé une princesse de sa famille. Proclamé par les siens, l'émir Medjid devait devenir le candidat du gouvernement français : il n'y avait pas de choix à faire, c'était un principe que l'on voulait reconnaître, et, d'ailleurs, l'émir Medjid réunissait les sympathies du clergé maronite.
D'après le projet présenté par le général de Beaufort, le gouvernement du Liban devait s'étendre sur la côte, depuis Tripoli jusqu'à Sour, et ayant pour limites les crêtes de r Anti-Liban, envelopper toute la plaine de la Célésyrie jusqu'à Baalbeck : Damas restait en dehors. La Porte ne devait plus avoir à s'occuper des affaires du Liban ; on lui payait seulement l'ancien tribut, et au besoin un tribut double. La principauté du Liban, comme celle de Moldavie et de Valachie, reprenait son ancienne indépendance, et l'armée turque ne pouvait plus y tenir garnison ; on y organisait une armée indigène de quatre mille fantassins et mille cavaliers dont dix officiers français, détachés pendant deux ans, devaient faire l'instruction. On avait évalué, que l'impôt* bien réparti ne tarderait pas à atteindre vingt millions ; avec cette somme on pouvait non-seulement pourvoir à l'entretien de l'armée et aux a^utres charges du gouvernement, mais
la
encore consacrer plusieurs millions, chaque année, aux travaux publics.
La Porte, ne cherchant qu'à maintenir le statu quo, offrait seulement de donner à un gouverneur général des pouvoirs plus étendus et d'augmenter l'armée de Syrie. L'Angleterre et les autres puissances européennes demandaient que l'on multipliât le nombre des Kaïmakams de manière à en avoir un pour toutes les sectes et tous les rites, et que l'on plaçât auprès de chacun d'eux des viceconsuls des cinq grandes puissances. M. Béclard, pour perfectionner le système, avait proposé d'organiser des communes administrées par autant de maires qu'il y avait dans la localité de cultes différents.
En attendant, Fuad-Pacha s'était empressé de remplacer les cheïks druses des districts mixtes par des mudirs musulmans. Nous avons vu que par suite de la révolte suscitée par les agents anglais dans le Kesrouan, les districts du nord étaient désorganisés, que le Kaïmakam maronite avait été, depuis près de deux ans, obligé de se réfugier à Beyrouth. Fuad-Pacha n'osait envoyer de fonctionnaires turcs de ce côté ; mais pour ne pas perdre de terrain, il proposa de lîommer un Kaïmakam provisoire; et, afin de mieux faire agréer son plan, il jeta ses vues sur Joseph Karam. M. Béclard, qui ne connaissait guère d'autres
indigènes que lui, crut que c'était une concession qui lui était faite et engagea Joseph Karam à accepter.
Le général de Beaufort ne s'y était pas laissé . prendre. Ce n'était pas au moment où l'on voulait donner au Liban une organisation nouvelle qu'il fallait chercher à replâtrer une institution qui avait été la cause principale des troubles. Il avait fait observer à Joseph Karam que la position précaire qu'on lui offrait ne le constituait qu'agent du gouvernement ottoman, et qu'il ne ferait que se compromettre en l'acceptant, tandis qu'en restant à l'écart, il pourrait réserver ses services d'une manière très-utile pour l'avenir. Ces prévisions ne tardèrent pas à se réaliser. Fuad-Pacha voulait avant tout retirer quelques impôts. Les districts du nord n'avaient pas été ravagés, mais ils n'en avaient pas moins éprouvé le contre-coup de tous les désastres, et tous les chrétiens avaient subi des pertes énormes dans leur industrie et dans leur commerce. Joseph Karam, espérant les discipliner, prit à sa solde les bandits qui avaient révolutionné le Kesrouan, et emprisonna les cheïks résistants des districts qui jusqu'alors avaient été préservés de toute atteinte : continuant ainsi l'œuvre commencée par les Anglais, et ouvrant la voie au gouvernement turc, en achevant de désorganiser la montagne.
La proposition du général de Beaufort de rétablir l'ancienne principauté du Liban, après avoir été soumise par la voie des ambassades à toutes les grandes puissances, avait fini par être adoptéeparie gouvernement français. On en donna immédiatement avis aux chrétiens. Comme en définitive on ne faisait qu'acquiescer aux réclamations que, depuis vingt années, ils ne cessaient de faire, on les engagea à adresser une pétition en ce sens au Sultan. La manifestation de leurs vœux ne pouvait manquer de contribuer à éclairer les grandes puissances et les engager à adopter les propositions de la France. La pétition fut immédiatement couverte de signatures dans tous les districts mixtes. Les Grecs schismatiques et les Grecs unis signèrent aussi bien que les Maronites. Bien que l'émir Medjid fût du rite de ces derniers, les chrétiens du rite grec ne firent aucune objection. Ce n'était pas comme Maronite qu'il était préféré , mais uniquement comme héritier de leurs ancieiis princes. Les Druses euxmêmes se seraient volontiers joints aux chrétiens : ils avaient fini par voir qu'ils n'avaient fait que jouer un métier de dupes et que les Turcs, dont ils s'étaient fait les instruments, ne manqueraient pas de retomber sur eux quand ils seraient débar^ rassés des chrétiens. Ils reconnaissaient que le rétablissement de l'anx^ienne principauté était le
seul moyen de garantir la paix. Toutefois, comme la plupart de leurs chefs étaient à la discrétion des Turcs, ils s'abstinrent de faire une manifestation qui pouvait les compromettre, et quelquesuns seulement apposèrent leur signature.
Les obstacles vinrent du côté où Ton s'y attendait le moins. Dans les districts du nord, tous peuplés de Maronites auxquels on avait préposé Joseph Karam, le rétablissement de l'ancienne principauté mettait fin à son administration provisoire. Les Maronites, français au fond du cœur, ne pouvaient que suivre aveuglément les conseils de la France; Joseph Karam, pour les détourner de signer la pétition, cherchait à leur faire croire qu'elle n'était que l'œuvre personnelle du général de Beaufort, qui voulait rétablir au Liban le gouvernement féodal, qu'il ne fallait pas l'écouter; que lui, Joseph Karam, était vraiment l'homme de la France, qu'elle l'avait placé à leur tête et voulait l'y maintenir.
Informé de ce qui se passait, le général de Beaufort invita Joseph Karam à aller s'expliquer avec M. Béclard. Ce dernier avait reçu ses instructions du gouvernement et ce n'était que sur son avis que les Maronites avaient été invités à pétitionner. Il adressa de vifs reproches à Joseph Karam. Celui-ci, pour s'excuser, dit qu'étant kaïmakam, il était fonctionnaire du gouverne-
ment turc, et que ce serait le trahir que d'agir contrairement à ses instructions ; on ne lui demandait pas son concours, on voulait tout simplement qu'il ne se mît pas en lutte avec la France. Joseph Karam,* en eflTet, ayant en mains l'autorité, s'en servait pour arrêter la manifestation; il menaçait tous ceux qui signaient, et faisait chorus avec tous les agents anglais, pour décourager les chrétiens. On leur disait que bientôt l'armée française allait se retirer et qu'ils n'auraient fait que se compromettre vis-à-vis du gouvernement turc. Sans doute le clergé indigène, qui avait toujours réclamé le rétablissement de l'ancienne principauté du Liban, encourageait les Maronites à manifester leurs vœux. Il leur disait de ne pas séparer leur cause de celle des Français, et que, dussent-ils les entraîner dans leur ruine, ils devaient périr plutôt que de ne point répondre à leur confiance, après tout ce qu'ils avaient fait pour eux. Mais Joseph Karam trouvait un puissant appui chez les missionnaires français auprès desquels il venait faire le bon apôtre, en disant qu'il était calomnié. Quelle garantie pouvait du reste offrir pour la religion le prince qu'on lui opposait ? Il en coûterait beaucoup pour réinstaller la famille Scheab dans ses anciens domaines. Ruinés par les derniers événements, beaucoup de ses membres en étaient
réduits à vivre d'aumônes. Les journaux, dans toute la France, ne parlaient plus que du jeune héros, et, dans tous les salons, on ne tarissait plus d'éloges sur son compte. D'un autre côté, comme Joseph Karam s'était fait le champion de la démocratie, toute la presse révolutionnaire, à commencer par Y Opinion nationale, lui prodiguait ses éloges. Il n'en fallait pas tant pour exalter son ambition.
Toutefois, les Maronites, voyant Joseph Karam agir de concert avec leurs ennemis, ne tardèrent pas à se désabuser, et bientôt la pétition fut couverte de 40,000 signatures. On venait de l'envoyer lorsqu' arriva l'ordre du rembarquement de l'armée française. Le général de Beaufort était dans la persuasion que le gouvernement français, après s'être prononcé d'une manière si formelle pour l'indépendance du Liban en provoquant des manifestations en ce sens, voudrait faire prévaloir ses propositions. Il resta donc le dernier pour pouvoir dire aux chrétiens que s'il était forcé de les quitter, il leur laissait au moins une constitution qui leur garantissait la paix. Il n'eut pas cette consolation.
Après avoir embarqué ses derniers soldats et ses derniers chevaux, le général de Beaufort en fut réduit à accepter la voiture de Fuad-Pacha et une escorte turque qui le conduisit à la chan-
cellerie du consulat de France. De là il regagna à pied avec ses officiers d'État-major l'endroit de la plage où il avait, débarqué. C'était le chemin du cimetière où quelques centaines de soldats avaient été^nterrés. Un officier, en passant devant, se retourna et dit : « J'envie le sort de ces braves; ils ont au moins évité la honte dont nous allons être couverts en rentrant en France avec un drapeau déshonoré. » Une foule de veuves en pleurs avait suivi le général, et pour lui faire ses derniers adieux s'avança jusqu'aux extrémités des rochers au milieu desquels était entré le chaland qui devait l'emmener.
Le surlendemain, Fuad-Pacha convoquait les ulémas musulmans et toute la garnison ottomane pour aller purifier le camp et insulter la France en même temps que les chrétiens ses protégés, dans des couplets composés pour la circonstance.
Puis des bandes de fanatiques se mirent à parcourir les rues de Beyrouth en brandissant leurs sabres et annonçant qu'ils les abreuveraient bientôt du sang de leurs ennemis.
Les chrétiens étaient consternés ; nous n'osions nous montrer à eux; ils nous disaient que leur position était plus déplorable qu'avant l'arrivée de l'armée française. Jusqu'alors le nom de la France avait imposé aux Turcs, mais maintenant ils étaient rassurés, ils avaient la preuve qu'elle
ne pouvait rien s^ns la permission des Anglais leurs amis.
Nous eûmes ainsi la conflrm^ation do ce que nous avait dit, quelques semaines auparavant, Abd-el-Kader, quand nous allâmes lui rendre visite. Nous voulions savoir dans quelles dispositions étaient les musulmans de Damas, s'il y avait lieu de s'en inquiéter pour les chrétiens; il nous fit des réponses évasives aux premières questions que nous lui adressâmes, à cet égard, A la .fin nous lui demandâmes si les musulmans ne se rendaient pas compte de la triste situation du gouvernement ottoman et n'en étaient pas eux-mêmes inquiets pour leur avenir. La réponse fut qu'ils étaient plus que jamais pleins de confiance, étant les amis de l'Angleterre.