L'ASSOCIATION DE SAINT-LOUIS
Les massacres de Syrie en 1860 n'ont pas tardé à montrer combien l'abandon du protectorat français avait été fatal aux pauvres Maronites. Mais ces massacres, ces pertes matérielles, ne sont pas ce qui doit contrister le plus nos cœurs de chrétiens et de Français. Ces luttes sanglantes, comme toutes ceUes qui les ont précédées, étaient pour le Ciel de nouveaux triomphes par ses martyrs, et pour la France une occasion nouvelle de manifester sa charité en adoptant des orphelins.
Quoique les puissances signataires du traité de 1856 n'aient fait que surexciter le fanatisme musulman en associant le Sultan au concert européen, les massacres et les attentats contre les chrétiens sont moins à craindre aujourd'hui au Liban que dans les autres parties de l'empire ottoman à commencer par Constantinople. Les grandes puissances ne peuvent manquer de s'entendre pour conjurer le danger, elles y ont un intérêt plus grand que la France. Il y a, au
point de vue de l'industrie et du commerce, peu à regretter que le gouvernement français ait abandonné son ancien rôle. Il n'en est pas ainsi au point de vue de la foi. Si elle disparaissait du cœur des Maronites, il n'y aurait plus de remède au mal. L'Église catholique romaine perdrait en Orient les seuls chrétiens qui lui soient restés fidèles, et la France les seuls Orientaux qui lui soient sincèrement attachés, alors que les Saints-Lieux sont plus menacés aujourd'hui par les partisans de l'erreur, qu'ils ne l'ont jamais été par le fanatisme musulman.
Ici, il n'y a plus de politique à opposer, ni à objecter l'impuissance de notre gouvernement, en présence des désastres de la patrie. La France, sans doute, ne peut intervenir comme eUe eût pu le faire en 1840, quand ont commencé les désastres du Liban; elle n'a plus d'armée expéditionnaire à envoyer en Syrie comme il lui a été encore permis de le faire après les massacres de 1860. Elle subit aujourd'hui la peine de sa complicité dont les chrétiens du Liban, ses frères., ont été les victimes.
Après les avoir laissé désarmer, elle est ellemême obligée de rengainer son épée.
Toutefois son honneur lui reste avec sa foi.
Ses revers n'ont point fait oublier ses triomphes d'autrefois. Les chrétiens du Liban, qu'elle a
couverts de sa protection, ne lui en restent pas moins attachés, et attendent toujours d'elle leur salut.
Dès les premières nouvelles des massacres du Liban, avant même que la question de l'intervention européenne et de l'expédition française ne vînt envahir le domaine de la politique , le conseil général de la Société de Saint- Vincent de Paul envoyait 2000 francs à la sœur Gelas, Supérieure des Filles de la charité à Beyrouth, et invitait les conférences à concentrer toutes les offrandes et souscriptions entre les mains de la nouvelle œuvre des écoles d'Orient.
Nous avons dit dans quelles circonstances cette société s'était formée. Les catholiques, un instant ralliés par la révolution de 1848 qui les avait délivrés du gouvernement de juillet 1830, étaient tombés dans un plus grand découragement que jamais, depuis le coup d'État qui n'avait inauguré le second empire que pour mieux bâillonner la France. Obligé, comme Louis-Philippe, de se concilier l'Angleterre, la seule alliée que puisse avoir un gouvernement révolutionnaire. Napoléon III avait adopté sa politique qui n'avait abouti qu'au traité de 1856. Admis au concert des grandes puissances européennes, le Sultan, pour mieux conserver le prestige de son omnipotence, dès le 18 février avait, par un hatti-humayoun, accordé à
tous les chrétiens de l'empire ottoman le libre exercice de leur religion.
Dans l'ardeur de sa foi, le B'*'' Cauchy, après avoir enseigné les mathématiques à Mgr le comte de Chambord, ne désespérait de rien. Relançant ses plus jeunes comme ses plus vieux amis et entraînant à sa suite ses collègues les plus distingués de VInstitut, il avait fondé avec eux l'œuvre des écoles d'Orient.
On a pu, disaient-ils dans leur programme, élever des doutes sur l'exécution du décret du 18 février et n'y voir qu'une utopie. Notre œuvre a précisément pour but d'en faire une réalité vivante et solidement enracinée dans les mœurs. Si le moyen que nous proposons n'est pas le seul, il est du moins Vun des plus surs et les plus pratiques. Quelques années avaient suffi pour le prouver; nous l'avons constaté afin de consoler un peu des massacres qui sont venus bientôt justifier nos légitimes appréhensions.
Nous avons vu avec quelle sollicitude et quelle intelligence M. l'abbé Lavigerie, chargé d'apporter en Syrie les aumônes des catholiques de France, s'était acquitté de ce mandat. Après avoir pourvu aux premières nécessités, il avait employé la plus grande partie du fonds qu'il avait entre les mains, à la fondation d'orphelinats et d'écoles.
Le Saint-Siège à qui il s'était empressé d'en
aller rendre compte, l'en avait félicité : il s'était attiré la confiance de l'Empereur Napoléon luimême. M. le contre-amiral Mathieu donna alors sa démission de président de l'Œuvre des écoles d'Orient pour ne gêner en rien M. l'abbé Lavigerie, qui en prit et fit rémunérer la haute direction. Pouvant se passer du concours gratuit de la plupart des laïques indépendants, il avait introduit à leur place dans le conseil de l'Œuvre les supérieiirs et représentants de toutes les communautés appelées au partage des subsides. Pour ne pas être à la fois juge et partie, ils avaient été primitivement laissés en dehors du conseil de l'Œuvre, qui ne se laissait pas moins guider dans ses répartitions, par les lumières de leur expérience. Pour régénérer l'Orient, on a pensé qu'il fallait d'abord s'occuper de l'enseignement primaire. Il ne faut pas croire cependant que ce fût là ce qui manquait le plus au Liban ; dans bien des paroisses, on y trouvait de petites écoles dirigées par les curés, où les enfants apprenaient à lire et à écrire en arabe et même en sjrriaque, langue liturgique du rite maronite. Avec un peu de catéchisme, cela suffiisait alors ; les enfants des paysans n'ont besoin que de savoir leur langue nationale et d'apprendre à servir Dieu ; jusqu'à ce siècle, on n'exigeait pas davantage dans les écoles de nos villages de France. Le meilleur moyen de
perfectionner l'instruction primaire dans le Liban serait donc d'y multiplier les bons maîtres d'école indigènes, comme les Xavériens qui s'occupent des enfants avec plus de suite et de zèle que ne peuvent en apporter la plupart des curés maronites; nos Frères et nos Sœurs français ne sont véritablement utiles que pour les villes, où la population y est plus en contact avec les Européens, et où l'étude de la langue française est un attrait pour les enfants de tous les rites. Mafs là encore la langue arabe est la base principale de l'enseignement, et pos instituteurs français ne font souvent que diriger les maîtres d'école indigènes, qui tiennent la plupart de leurs classes.
Les premiers pensionnats qui ont été formés en Orient |pour les enfants des familles aisées, tels que ceux des Frères des Ecoles chrétiennes d'Alexandrie et du Caire, tel que celui des Lazaristes à Ântourah, ne sont encore que des institutions d'enseignement primaire. Ils donnent l'instruction suffisante à tous les enfants de commerçants; mais, pas plus que chez nous, en France, ce ne sont pas ces écoles d'enseignement primaire supérieur qui ouvrent le meilleur chemin aux carrières libérales : encore moins peuvent-elles assurer les recrues du sacerdoce. Les PP. Jésuites qui, par vocation, se consacrent à l'enseignement secondaire, ont donc- eu une excellente idée de faire
à Ghazir l'essai d'un véritable collège, où l'on enseigne non-seulement les langues vulgaires, mais aussi le latin et le grec. Il ne faut pas croire que ces deux langues soient moins utiles au clergé en Syrie qu'en Europe. Ce n'est pas en arabe ni même en syriaque qu'ont écrit la plupart des Pères de l'Église d'Orient. Ce qui fait l'infériorité du clergé oriental et rend ses division^ plus profondes, c'est que son ignorance ne lui permet pas même de consulter les saints qu'il vénère.
D'un autre côté, les indigènes ne pourraient mettre en pratique la science qu'ils auraient puisée à nos écoles, s'ils avaient négligé l'étude de la langue qui peut seule les mettre en communication avec leurs compatriotes. La langue arabe est une langue difficile à apprendre. Il n'est pas rare de rencontrer des Orientaux qui parlent parfaitement le français ; ils le parlent mieux en général que la plupart des étrangers européens, et sans accent particulier, comme beaucoup d'habitants de nos provinces ; mais il est bien peu de Français qui parviennent à bien parler l'arabe, malgré la plus longue pratique. Nous nous faisons comprendre des indigènes; nos prêtres mêmes finissent par pouvoir prêcher en arabe ; leur qualité d'étrangers fait que les indigènes attachent peu d'importance à toutes les fautes grammaticales qu'ils commet-
tent en parlant ; mais, entre eux, les indigènes sont plus exigeants, et le plus gros bagage de science européenne ne remplacerait pas, à leurs yeux, la pureté du langage et la correction du style. Aussi les Jésuites, à Ghazir, tout en adoptant le programme de leurs autres collèges, ontils eu soin de ne pas négliger l'étude de la langue arabe. De cette manière, ils peuvent former des prêtres indigènes accomplis. Mais pour fonder de tels établissements, il faut de grandes ressources et il faut attendre que les habitants du pays soient en état de les entretenir au moins en partie. L'Œuvre des écoles d'Orient, pour soutenir les collèges de Ghazir et d'Antourah, a pu leur assurer cent vingt bourses : mais en présence de tous les autres besoins, il lui est difficile de réunir les millions nécessaires pour subvenir à la fondation d'établissements plus complets.
Le Saint-Siège romain est le gardien infaillible de la foi ; il repousse toutes les innovations qui pourraient y porter atteinte; mais il n'est pas contraire aux vieilles traditions : aussi, à Milan, a-t-il été religieusement conservé le rite ambroisien. Ceux de l'Orient sont d'autant plus respectables pour lui qu'ils remontent à la primitive Église ; le rite syriaque doit être plus particulièrement cher au Saint-Siège, car la langue syriaque était la langue vulgaire de la
Galilée qu'habitait Jésus-Christ. Le Sauveur du monde parlait hébreu dans les synagogues aux docteurs de la loi, aux scribes et aux pharisiens ; mais ce n'était pas en hébreu ni même en grec qu'il prêchait l'Évangile à la foule qui le suivait. Ce n'est pas même en hébreu qu'il prononça sur la croix ses dernières paroles : Eli^ Eli^ lamma sabacthani ! c^eles Juifs ne comprirent pas. C'est aussi en langue syriaque que les apôtres commencèrent la prédication de l'Évangile, depuis Damas où saint Paul converti recouvra la vue, jusqu'à Antioche où saint Pierre avait établi son premier siège.
Les hérésies ayant détaché bientôt de la sainte Église un grand nombre de chrétiens, les successeurs de saint Pierre né manquèrent aucune occasion de les unir au Saint-Siège apostolique ; mais, à la suite des siècles, l'orgueil enraciné dans l'ignorance rendit ces unions de plus en plus difjScileset éphémères. Elles ne reposaient que sur la forme, et tout était perdu, au moindre essai de réforme, alors surtout que l'intérêt qui avait amené l'union venait à changer.
Aussi tous les missionnaires apostoliques étaientils découragés, et la Propagande était persuadée qu'il n'y avait de conversion assurée pour les chrétiens d'Orient qu'en les adoptant dans le rite latin. Faisant deuil dès lors de tous les rites unis
qui, continuant à s'affaiblir, finiraient par disparaître, elle ne songeait plus qu'à généraliser le rite latin en Orient comme partout ailleurs. Il était sans doute parfaitement accepté pour tous les idolâtres ou infidèles qui se convertissaient; mais il ne pouvait en être de même des hérétiques et des schismatiques pour lesquels la nationalité est enchaînée au rite. En exiger le sacrifice serait rendre, à moins d'un miracle, tout retour impossible, et creuser davantage l'abîme de séparation entre eux et le Saint-Siège romain. On conçoit néanmoins toutes les appréhensions des missionnaires de la Propagande, à l'égard surtout, du schisme grec. Quels que soient la bonne foi, la' vertu et le mérite du patriarche melchite, il lui est impossible de relever le rite grec avec un pauvre clergé qui n'en sait pas même la langue liturgique qui en est la base essentielle. La traduire en arabe , comme il est réduit à le faire, c'est porter au rite une plus grande atteinte qu'un changement de costume ou de cérémonies.
Le clergé maronite a adopté les ornements et certains usages du rite latin; mais avec sa foi vive, il a fidèlement maintenu la liturgie syriaque. Aussi a-t-il conservé l'estime de tous les indigènes de Syrie, et ceux qui abjurèrent leurs erreurs lui accorderaient plus volontiers leur confiance qu'au
clergé uni auquel le Saint-Siège leur prescrit de se rattacher.
Les séminaires maronites ont donc toujours fourni, et, pour peu qu'on leur vienne en aide, peuvent toujours fournir à ces contrées les meilleurs ouvriers évangéliques. Mais les premiers statuts de l'Œuvre des écoles d'Orient ne permettaient pas de leur faire des allocations, pas plus que d'accorder des subsides aux Êvêques pour l'érection des églises et pour les besoins du culte auxquels pourvoyait l'Œuvre de la Propagation de la foi. Cependant les statuts de cette grande Œuvre limitant là son assistance, elle avait laissé l'Œuvre des écoles d'Orient la suppléer dans sa spécialité de l'enseignement primaire. A cet égard, l'Œuvre des écoles d'Orient ne devait faire comme elle acception d'aucun rite, ainsi que les Conférences de la Société de Saint-Vincent de Paul qui ne refusent pas plus le secours de leurs aumônes aux protestants, aux Juifs et aux Musulmans qu'aux impies les plus attachés au rite civil de leur municipalité.
La large part d'une trentaine de mille francs que l'Œuvre des écoles d'Orient faisait à la Syrie dans ses répartitions, était absorbée par les orphelinats et les écoles des diverses congrégations : il n'était accordé que 500 francs au clergé maronite.
Les Jésuites n'avaient encore que leur pensionnat de Gazir, à une douzaine de lieues de Beyrouth, que déjà les protestants anglais élevaient une grande université aux portes de cette ville. Mgr l'archevêque de Beyrouth ne pouvait se croiser les bras en présence des efforts fait par les protestants pour détruire la foi de ses diocésains. Il conçut la pensée de leur opposer un collège qui, en attirant les enfants de familles aisées, l'aiderait au recrutement du sacerdoce indigène. S. S. Pie IX ayant encouragé son œuvre, il vint en France pour recueillir des aumônes ; mais obligé de retourner bientôt à Beyrouth pour y vaquer aux soins de son ministère, il chargea de ces quêtes un prêtre maronite, l'abbé.Louis Zouaïn, établi déjà à Paris depuis quelques années, en faisant de lui son chorévêque, titre qui lui donnait le rang d'un vicaire général honoraire. Le chorévêque de Beyrouth alla frapper à la porte du président général de la Société de Saint-Vincent de Paul comme à celle du président de la Commission d'Orient qui venait d'être organisée au sein du Comité catholique de Paris.
Il avait, disait-il, trouvé les fonds nécessaires à l'achèvement du collège de Beyrouth, il ne lui restait plus qu'à pourvoir aux premiers frais d'établissement. Le directeur d'un nouveau chemin de fer de Paris à Jérusalem en projet, et qui
avait déjà obtenu les souscriptions d'un grand nombre de catholiques distingués, lui avait fait un don de plus de 100,000 fr. à valoir sur les premiers versements dès que la Société d'exploitation, au capital de trente millions, serait constituée. En attendant, il lui avait oSqj^ l'hospitatalité dans ses bureaux.
Quinze jours ne s'étaient pas écoulés que ce généreux bienfaiteur de la nation maronite était sous le coup d'une poursuite en détournement de fonds (1). On ne pouvait savoir mauvais gré au chorévêque de Beyrouth du piège où il était tombé pour devenir une enseigne de sympathie ; mais on lui déclara qu'on ne seconderait ses démarches qu'à condition d'abord qu'il romprait avec toute entreprise industrielle, si avantageuse qu'elle pût être. Comme, d'un autre côté, on était fatigué, tant en province qu'à Paris, des quêtes qui se multipliaient sans qu'on en pût bien apprécier les résultats, on lui proposa de renoncer à ses quêtes pour organiser une société qui assurât une assistance moins aléatoire à la nation maronite tout entière. Plutôt que de constituer
(1) Kannée suivante, ce concessionnaire étranger des chemins de fer de Jaffa à Jérusalem était condamné à deux années de prison pour ce détournement de fonds, qui s'élevait à la somme de 160,000 fr. ; mais il avait vendu sa concession à d'autres industriels qui ont déjà reconstitué une autre Société.
une société nouvelle, il parut plus simple de reconstituer l'ancienne Société de secours déjà approuvée par S. S. Pie IX, en la modifiant suivant les circonstances, en la plaçant sous le patronage particulier de Saint-Louis. Dès le 1" juin 1876 le chorévêque de Beyrouth avait été le matin célébrer la Messe à la chapelle du Vœu national de Montmartre, pour mettre les nouveaux Associés de Saint-Louis ainsi que la nation maronite sous la protection du Sacré-Cœur de Jésus : le soir même, un premier conseil de Dames était organisé à l'église Saint-Sulpice sous la direction de M. l'abbé Ancessi, que Mgr Richard, coadjuteur de l'Archevêque de Paris, leur avait choisi pour aumônier.
Le chorévêque de Beyrouth avait déjà été invité à parler des Maronites à l'assemblée générale des comités catholiques, ainsi qu'à celle des conférences de Saint-Vincent de Paul. Recommandé à tous leurs collègues et confrères, recommandé plus spécialement aux Évêques qui, lors des massacres de Syrie, avaient accueilli des orphelins maronites dans leurs séminaires, l'ardent missionnaire avait réussi à organiser quelques comités. Mais avant de s'engager davantage dans cette voie, Mgr Debs, archevêque de Bey-routh, désirait un nouveau gage d'encouragement du Saint-Père, les Asso-
ciés de Saint-Louîs ne tenaient pas moins à témoigner leur fidélité au Saint-Siège romain. Le 25 avril 1877 , ils envoyèrent donc à S. S. Pie IX l'adresse suivante :
Très-Saint Père,
« Alors que les associations chrétiennes du monde entier se donnent rendez-vous à Rome pour célébrer le cinquantième anniversaire de l'épiscopat de Votre Sainteté, permettez à la Société fondée en France en faveur des chrétiens du Liban de venir aussi déposer à ses pieds le témoignage de son amour et de sa reconnaissance. Par un Bref du 29 janvier 1848", elle a reçu en effet, dès le début de son règne, les plus précieux encouragements.
€ Les massacres de 1860 n'ont que trop justifié la sollicitude de Votre Sainteté pour cette pauvre nation maronite victime de son inviolable attachement au SainIrSiège. Non contents de tant de désastres et de tant de ruines, les ennemis de ce Saint-Siège se déchaînent pour faire disparaître du Liban la foi catholique, plus enracinée que les vieux cèdres au cœur des fidèles Maronites. En présence de ce danger qui consommerait le complet annéantissement d'une nation sœur de la France, nous devions nous remettre a l'œuvre
POUR AIDER LES ÉYÊQUES MARONITES A RELEVER LEURS SÉMINAIRES. C'EST LE MEILLEUR MOYEN, BN LUI FOURNISSANT DES SUJETS DISTINGUÉS, DE SECONDER LES VUES DE LA PROPAGANDE ET DE METTRE LE CLERGÉ, PAR SON INSTRUCTION COMME PAR SES VERTUS, EN ÉTAT DE SOUTENIR LA LUTTE.
€ A peine reconstituée à Paris sous le patronage de saint Louis, joint à celui de la Vierge Immaculée, notre Association s'est réorganisée et développée dans plusieurs diocèses avec l'agrément de Nosseigneurs les Évêques, notamment à Cambrai, Lille, Amiens, Bordeaux, Limoges, Poitiers, etc.
« Tous nos nouveaux Associés, Très-Saint Père, se joignent à nous dans cette heureuse circonstance, pour demander à Dieu qu'il conserve à l'Église son Chef infaillible, si tendrement aimé, et implorent avec nous la Bénédiction apostolique de Votre Sainteté, afin que, vivifiée par une nouvelle sève divine, notre Œuvre porte des fruits plus abondants de salut.
« Prosternés humblement aux pieds du Saint- Père, nous le supplions d'agréer l'assurance des sentiments de la profonde vénération avec lesquels nous avons le bonheur d'être
dé sa Sainteté
les très fidèles enfants. »
Ont signé : La Présidente de l'Œuvre, Éléo-
nore de Durfort-Lorges, V*"" de Guébriant- Yvonne de Rougé, M*" Saint-Chamans, viceprésidente; Suzanne de Rougé, trésorière; Pauline Machart, secrétaire ; Henriette Des Cars, M*" de Mac-Mahon, conseillère; C*"" de Montalembert, née C*"" Mérode, conseillère ; De leur Espivent de Villesboisnet ; C. de Laussat du Pré de Saint-Maur; Geneviève du Pré de Saint- Maur; M. de Chauliac; de Relesne, M'" de Montlaur; de L. Baudon ;
Poujoulat (Président du comité de Paris) ; J. de la Bouillerie; J. Vatier de Bourville ; M. de la Fargue ; €*• A. de Rougé ; V*' de Ponton d'Amécourt ; Abbé Martin, premier vicaire de Saint- Marcel ; V** de Guébriant ; M*" de Raigecourt ; C**de Durfort; Louis de Baudicour, secrétaire général.
Pie IX, de sainte et glorieuse mémoire, après avoir pris connaissance de cette adresse, daigna écrire de sa main les mots suivants, à la date du 16 mai 1877, avec sa signature :
Benedicat vos Deus et protegat.
(Que Dieu vo\is bénisse et vous protège.)
Rassuré par cette nouvelle bénédiction et renonçant à son œuvre particulière, pour le plus grand intérêt de toute la nation maronite, Mgr l'archevêque de Beyrouth avait mis dès
lors à la disposition de l'Œuvre de Saint-Louis, non seulement M. Tabbé Zouaïn, mais M. l'abbé Zoghbi, son autre chorévêque, qui avait terminé les quêtes dont il avait été chargé en Angleterre et en Belgique.
De nouveaux comités ne tardèrent pas à s'organiser, avec l'approbation épiscopale, à Orléans, à Bourges, à Nevers et dans plusieurs provinces tant de l'Est que de l'Ouest. Toutes les agrégations étaient inscrites dans un Bulletin périodique.
La première condition pour s'attacher à une Œuvre, y disait M. Poujoulat, c'est de la bien comprendre et d'en sentir l'importance. La nôtre mérite d'être de plus en plus mise en lumière. Si, à côté d'un zèle qui se soutient et grandit, il y avait des obscurités et des hésitations, elles se dissiperaient par une connaissance plus nette et plus profonde du grand but que nous nous proposons. Nous sommes des Français qui toulons que notre foi religieuse s'étende en Orient dans le double intérêt de la vérité et de la civilisation. Un autre intérêt demeure présent à notre pensée : celui de notre patrie, inséparable du progrès catholique dans les pays lointains. Il faut des foyers et des points d'appui pour cet apostolat. L'Orient ne nous présente, en dehors du Liban, que des groupes de catholiques dont l'action demeure forcément restreinte ; la nation maronite est le seul centre catholique considérable. Comment pourra-t-elle se fortifier dans sa foi, s'éclairer, exercer de l'influence? Par son clergé. N'a-t-il aucun progrès à accomplir
pour s'éleyer à toute la hauteur de sa mission? Tout digne d'estime qu'il soit, il a beaucoup à faire pour son recrutement et ses études, et pour parvenir à une situation en accord avec l'étendue de ses devoirs. Il le reconnaît, il aspire à d'autres destinées. Mais les ressources manquent à l'ardeur de ses désirs. Vers quel point du monde tournera-t-il les yeux pour chercher le secours? Vers la France, uniquement vers la France, parce qu'elle est pour les Maronites comme une autre patrie. Notre œuvre ne représente pas la protection gouvernementale qui n'est pas en notre pouvoir, elle représente la tradition nationale qui fait partie de notre histoire et à laquelle nous aimons à rester fidèles. Elle n'est pas le produit d'une action officielle, mais d'une action individuelle, qui s'inspire de la religion et du patriotisme.
L'avenir de la nation maronite dépend de ses nouvelles générations sacerdotales. Il faut que les vertus qui n'ont jamais manqué à la tribu lévitique du Liban s'unissent à la science des choses divines et aux connaissances humaines. Un modèle s'offre au clergé maronite, c'est le clergé français qui unit la piété au savoir. Mais nous avons en France, dans chaque diocèse, des séminaires bien organisés avec des supérieurs habiles et des maîtres savants ; le Liban n'a pas les mêmes avantages, et ne possède pas les instruments d'une bonne et complète éducation ecclésiastique. Nous voudrions le doter de ce qu'il n'a pas. L'établissement de bons séminaires est la cpnditon sans laquelle le clergé maronite resterait dans une stérile infériorité. Les ressources lui manquent : notre Œuvre a pour but de les lui donner. Des fondations sont commencées par de respectables évéques, aidons
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à les acheyer; d'autres sont en projet, que nos efforts tendent à réaliser ces utiles desseins. Que des bibliothèques soient comme des réservoirs toujours ouverts où professeurs et élèves puiseront la science sacrée. Plus ils seront instruits, mieux ils seront armés pour l'apostolat. L'étude des Pères grecs leur sera une arme toute-puissante pour combattre le schisme d'Orient. C'est cette barrière-là qu'il s'agit surtout de renverser. Il faut que des hommes de l'Orient, par l'ascendant de la vérité et du savoir, par l'irrésistible empire de la sincérité démontrée, triomphent de la rébellion orientale dont les conséquences ont été si désastreuses pour ces contrées.
Un autre ennemi doit exciter le zèle du clergé maronite, c'est le protestantisme. Il menace depuis longtemps les croyances catholiques de nos amis du Liban; sa propagande deviendra plus active et plus étendue, maintenant que l'île de Chypre est au pouvoir des Anglais. L'occupation de Chypre, dangereuse pour notre influence en Syrie, est aussi un péril pour la foi de nos protégés de la Montagne. Le clergé maronite ne doit pas seulement faire bonne garde, il faut qu'il repousse cette invasion de l'erreur, et c'est par les connaissances historiques qu'il la combattra victorieusement. Quel bienfait providentiel qu'un clergé maronite très éclairé !
Le patronage de saint Louis> sous lequel notre Œuvre est placée, n'est pas un simple hommage à un grand roi qui fut un grand saint, et dont le passage en Orient fut glorieux ; l'Œuvre pour les Maronites a des raisons particulières et locales pour s'inspirer du souvenir de celui que les musulmans du XIII* siècle appelaient « le Père des chrétiens. » A l'époque de
sa première croisade, saint Louis, après sa captivité, passa quatre années (de 1250 à 1254) sur les côtes de Syrie, dans l'espace qui s'étend de Saint-Jean-d'Acre à Tripoli. Il séjournait surtout à Tyr et à Sidon; le Liban était devant lui. Entre le saint roi et les chrétiens de la Montagne les rapports étaient continuels. Il allait les visiter et recevait d'ardents témoignages de leur dévouement. Des Maronites l'accompagnaient sans doute dans ses pèlerinages à Nazareth et au Thabor. Ils durent aider à relever les fortifications de Sidon, de Jafia, de CsiiSa, et de Ptolémaïs, et prendre part à l'attaque de Panéas et d'un château musulman dont les tours s'élevaient parmi les pics du Liban : le sire de Joinville y conduisait les gens d'armes du roi. Quand saint Louis laissa voir la pensée de retourner en France, les Maronites furent au nombre de ces chrétiens du pays qui, par leurs supplications, le déterminèrent à différer son départ. On comprend qu'avec de tels souvenirs notre Œuvre pour les Maronites ait le droit et le devoir d'invoquer saint Louis.
Cette Œuvre si française, qui a sa raison d'être et sa force propre et qui ne ressemble à aucune autre, répond aux choses du passé, aux besoins du présent, aux espérances de l'avenir. Elle a sa place marquée dans l'immense travail qui se fait en Orient, travail de lutte, de préparation et de transformation.
Cependant les développements rapides que prenait l'Œuvre de Saint-Louis avait fait craindre à Mgr Dauphin, nouveau directeur général de l'Œuvre des écoles d'Orient, une concurrence
nuisible à son Œuvre. Ce digne prélat, pour imposer davantage aux évêques qui ne tenaient pas assez compte de ses avis, avait fini par porter ses plaintes à la Sacrée Congrégation de la Propagande, prenant gratuitement à partie le chorévêque de Beyrouth, Louis Zouaïn (1) , qui relevait d'elle comme prêtre oriental. En allant à Rome, ee zélé missionnaire n'avait fait qu'augmenter la confusion. S. Em. le cardinal Siméoni, préfet de la Propagande, aussitôt qu'elle a été informée par M. Poujoulat, président de l'Œuvre de Saint-Louis à Paris, du but spécial de cette œuvre aussi catholique que française, l'a engagé à se concerter avec Mgr Dauphin, pour l'union de deux œuvres qui ne pouvaient être divisées que par un malentendu. L'accord ne pouvait tarder entre fervents catholiques, ne cherchant
(1) Pris à faux pour l'Œuvre de Saint-Louis, il ii*ayait qu'à s'efifacer, laissant à ses fondateurs le soin de la justifier. Il se justifiait ainsi lui-même, sans avoir besoin d'attirer en vain l'attention de ses détracteurs sur un démêlé purement personnel, au milieu de préoccupations beaucoup plus sérieuses. Aussi, à la veille de s'embarquer à Marseille pour retourner 4iiu. Liban, nous a-t-il écrit que ses plus sincères amis l'avsdent fait renoncer à faire appel par la presse à l'opinion publique. Nous n'avons eu qu'à Ten féliciter, en formant des vœux pour le rétablissement de sa santé altérée par les fatigues d'un dévouement sans borùes pour sa nation.
que l'honneur du Saint-Siège romain et la plus grande gloire de Dieu. Il n'y a donc plus entre elles que rivalité de zèle dans la paix.
Indépendamment des rites dont il appartient à la Propagande d'apprécier l'importance, il est maintenant reconnu par elle comme par tous les missionnaires, qu'il ne peut y avoir dans un pays d'église solidement établie, que par un clergé indigène. Il n'est plus bientôt rien resté des belles missions des Jésuites et des Dominicains en Chine et au Japon, quand, à la fin du siècle dernier, il leur a fallu les abandonner. Il en avait été de même, trois cents ans auparavant, dans l'Afrique centrale, lorsqu'à la découverte de l'Amérique, la traite des nègres vint paralyser les efforts de tous les missionnaires. Ils étaient arrivés aux sources du Nil sous l'équateur, où ils avaient trouvé de grands lacs et des montagnes couvertes de neige. Sur la côte occidentale, remontant le Niger, ils étaient arrivés à Tombouctou, au milieu du Soudan, et, remontant le Congo, ils avaient trouvé au delà de San-Salvador de grands royaumes, où d'autres missionnaires, venus de Mozambique par la côte orientale, les avaient devancés et donné le baptême à plusieurs souverains de race africaine, déjà en lutte avec les Arabes. L'impiété s'en mêlant, on avait même fini par effacer les traces des missionnaires apostoliques
de toutes les cartes de géographie, pour donner la gloire de les refaire aux savants modernes qui marchent aujourd'hui à la conquête du monde entier. Bornons-nous à renvoyer à cet égard à l'intéressant rapport que M. Tabbé Durand, professeur des sciences géographiques à l'Université catholique de Paris, a présenté en 1878 à l'assemblée des catholiques, ainsi qu'au rapport présenté à l'assemblée générale des catholiques de l'année précédente, par le R. P. Barillec, sur le mahométisme et Tévangélisation des noirs en Afrique, à laquelle se voue depuis vingt-cinq ans, tant au Sénégal qu'à Zanzibar, la congrégation du Saint-Esprit. La même assemblée avait été vivement émue de l'éloquent discours qu'avait prononcé M. l'abbé Millot, sur les orphelinats arabes de Mgr l'archevêque d'Alger.
Chargé par le Saint-Siège de la mission apostolique du Sahara algérien et du Soudan, Mgr Lavigerie n'avait pas tardé à reconnaître qu'il n'y avait d'établissements durables dans ces contrées que par un clergé indigène, dont ses orphelinats et ses villages arabes lui fournissaient les premiers éléments.
Le concours des Écoles d'Orient dont il était devenu le directeur général et dont il était resté l'âme, devait lui manquer moins qu'à tout autre : mais qu'étaient les plus larges allocations de cette
œuvre pour les immenses besoins auxquels il lui fallait pourvoir?
Au départ du premier évêque de Constantine et d'Hippone, dont il avait été momentanément chargé d'administrer le nouveau diocèse, la pensée est venue à Mgr l'archevêque d'Alger de généraliser pour toute la région africaine, une nouvelle œuvre que son suffragant, Mgr Las-Cases avait déjà organisée, en faisant appel à toutes les mères chrétiennes que l'exemple de sainte Monique pouvait toucher. Après l'avoir placée sous le patronage de saint Augustin, Mgr Lavi^rie la mit sous la protection de Notre-Dame d'Afrique. Les bénédictions du Souverain-Pontife ne pouvaient manquer de féconder tous ses efforts ; l'Œuvre de Sainte-Monique et de Saint-Augustin lui fournirent des ressources à elles seules presque aussi considérables que celles recueillies par l'Œuvre des Écoles d'Orient.
Mgr l'archevêque d'Alger avait partagé sa maison de campagne avec ceux de ses chers orphelins qui avaient du goût pour l'étude et manifestaient leur vocation pour le sacerdoce ; mais il fallait les y former. Il enrôla dès lors dans les séminaires de France de jeunes lévites pleins d'ardeur qu'enflamma la pensée d'une mission toute française. Il fonda avec eux un nouvel institut de missionnaires africains qu'il installa
au milieu de ses orphelins et dont il leur donna la direction. Ils avaient pris le burnous blanc avec la cachia rouge et se façonnaient aux mœurs arabes à confondre d'admiration les indigènes. Saint Louis, sur les ruines de Garthage, avait légué à ses successeurs le soin de les convertir. Les nouveaux missionnaires ne pouvaient mieux inaugurer leur apostolat qu'en allant sur ces ruines restaurer la pauvre chapelle érigée eu sa mémoire. Ils furent accueillis à bras ouverts par le Vicaire apostolique de Tunis. Malheureusement, les fils de saint Louis étaient bannis de l'Algérie, et les Chambres n'avaient pas eu honte d'opérer de notables retranchements sur son budget des cultes déjà si insuffisant. L'intrépide archevêque d'Alger fut obligé d'ajourper à des temps meilleurs la fondation de nouveaux yiUages devant les millions qu'ils exigeaient encore. En attendant, ses missionnaires ne voulurent pas renoncer aux grâces du martyre. Il obtint pour eux dans l'Afrique équatoriale une mission où leurs sueurs et leur sang avaient à faire les premiers frais. On peut, à beaucoup moins de frais qu'en Algérie, pourvoir au recrutement du sacerdoce au Liban. Il n'y a pas besoin d'orphelinats et de nouveaux villages pour y trouver des vocations^ Au milieu d'une population dont la foi est si vive, les vocations sont là plus faciles qu'aujourd'hui
en France dans la plupart des diocèses. Toutefois, ce n'est pas avec quelques centaines de francs que l'on peut pourvoir de séminaires les diocèses du Liban qui en manquent. Il n'a pas fallu moins d'un million aux Sœurs de Saînt-Vincent de Paul pour fonder à Damas un établissement convenable, et les Pères Jésuites n'ont guère moins dépensé pour ceux qu'ils ont déjà près de Beyrouth. Si consolants qu'en soient les résultats, on ne peut incriminer les pauvres évêques du Liban de n'avoir rien fait, quand ils n'en n'avaient pas le moyen, quand ils ne pouvaient ni réparer leurs ruines, ni remettre en valeur leurs domaines dévastés.
A côté de l'Œuvre de Saint-Louis dont les faibles secours ont déjà ranimé leur courage, la marge reste encore assez grande pour l'Œuvre des Écoles d'Orient. Sans sortir de sa spécialité, rien ne l'empêche d'accorder des subsides à Mgr l'archevêque de Beyrouth pour l'enseignement primaire supérieur de son collège ; rien ne l'empêche d'accueillir les demandes des autres évêques maronites, qui, sans pouvoir encore jeter les fondations d'un séminaire, relèveraient l'enseignement primaire de leur diocèse, à beaucoup moins de frais qu'aucune congrégation européenne. Le clergé maronite est^il moins digne de son assistance que le clergé grec à qui elle ne la
refose pas ? L*ile de Chypre surtout doit attirer son attention ; elle ne saurait trop y multiplier les écoles primaires, où les Grecs accourront à la suite des pauvres Maronites qui réchaufferont leur foi. Ils ne tarderont pas à s'allier entre eux, et à faire refleurir les anciens villages avec les bons prêtres que leur enverra du Liban Tévêque de Bekfeya.
A l'exemple de ce qui se pratique en France (1), il ne restera plus qu'aux congrégations religieuses à aider les évêques maronites pour l'instruction du clergé séculier indigène. Tout préoccupés qu'ils sont de leurs noviciats, les PP. Jésuites s'y prêteront volontiers. Sans prendre la direction de leur Institut, ils se sont chargés de former à
(1) Les deux tiers des grands séminaires en France •ont tenns par des congrégations religieuses. Les Sulpiciens en ont vingt ; les Lazaristes dix-neuf^ dont un i Alger, un autre à Oran; les PP. Jésuites sept; les PP. du Saint-Esprit trois pour les colonies ; les Picpuciens deux ; les Maristes de Lyon trois; les Oblats de Marie Immaculée deux;le card. Ouibert,. archeyêque de Paris, appartient à cette dernière congrégation. C*est à elle que sont confiés les sanctuaires de Notre-Dame de la Garde à Marseille, de Saint-Martin de Tours et du Vœu national de Montmartre.
Les PP. Capucins ontàAix, en Provence, un séminaire indigène pour les missions de l'Abyssinie. Mgr Lavigerie en a aussi un à Saint-Laurent d'Olt (Ayeyron) pôiir ses laissions d'Afrique.
Alger les missionnaires africains. On peut compter aussi sur le concours des Lazaristes. C'est même le premier but que s'est proposé saint Vincent de Paul en fondant la Société des Prêtres de la Mission, et il a su imposer aux Filles de la, Charité qu'il a placées sous leur direction, une égale sollicitude pour les chrétiens des pays d'outre-mer les plus éloignés. Si les Franciscains de Terre-Sainte, absorbés qu'ils sont par les soins à donner aux Pèlerins et le ministère qu'ils exercent auprès des colons européens, peuvent difficilement s'occuper du clergé indigène, les Pères Capucins sont parfaitement en état de le faire. Ils le feront avec d'autant plus d'empressement et de succès, qu'ils ont déjà un beaucoup plus grand nombre de religieux français, et qu'ils partagent avec les Franciscains de Terre-Sainte toutes les missions des Échelles du Levant, depuis Constantinople jusqu'à Tunis. Ce sont eux qui, à Beyrouth, sont chargés du ministère pour les Latins. Nous ne pouvons mieux édifier à cet égard que par l'extrait suivant du rapport que le R. P. Arsène a présenté à la dernière assemblée de catholiques tenue à Paris :
L'église de Beyrouth, toute neuve et fort belle, sert de chapelle pour le Consulat. Une petite école y est adjointe pour les garçons et une autre pour les filles est tenue par les Sœurs de Saint-Joseph, moins utiles
dans cette ville ou les écoles sont si nombreuses, mais les enfants qui les fréquentent forment une sorte de maîtrise et servent à l'église pour les cérémonies et les chants, et d'ailleurs ne faut-il pas que la paroisse ait aussi ses écoles ?
Dans les montagnes, nos Pères ont cinq stations où ils donnent aux Latins et surtout aux Maronites les soins du sacré ministère; une école est annexée à chaque maison, tenue, tantôt par les Pérès eux-mêmes, tantôt par des maîtres séculiers, quelquefois par des prêtres maronites. Je me souviens d'un pauvre prêtre, chargé de sept enfants et à qui la mission ne pouvait donner que 25 francs par mois; rarement j'ai vu une misère aussi navrante. Et la mission, assez pauvre ellemême, ne peut leur venir en aide d'une manière plus efficace.
Disons, pour conclure, que rAssociation de Saint-Louis, complément nécessaire des autres œuvres en Orient,. s'impose à nous Français, comme un devoir de réparation, réparation d'autant plus urgente que, fils aînés derÉglise, nous sommes plus menacés.
Quand de toutes parts en France nous opposons nos collèges, nos écoles, nos livres et nos journaux à la propagande impie, pouvons-nous rester indifférents au redoublement d'efforts des ennemis de l'Église pour faire perdre la foi aux seuls chrétiens d'Orient qui lui sont restés fidèles? Quand de toutes parts nous nous donnons rendez-vous pour implorer la miséricorde de Dieu dans nos églises,
quand nous élevons de nouveaux sanctuaires sur toutes nos montagnes, quand notre premier soin en ouvrant la moindre chapelle est d'y tracer le chemin de la croix, et d'y placer le Cœur de Jésus entre Marie et Joseph ; pouvons-nous voir avec indifférence la ruine de tous les sanctuaires que la piété de nos pères avait élevés sur les pentes du Liban qui enveloppe Nazareth et toute la Galilée, ce pays habité et parcouru par le Sauveur du monde, la sainte Vierge et saint Joseph ; pouvonsnous voir avec indifférence les fidèles Maronites réfugiés jusque sur les dernières cimes de cette glorieuse montagne, menacés de perdre cette foi vive qui a produit tant de martyrs ? Et notre cœur n'a-t-il pas été profondément touché, lorsque, dépouillés de tout, ils ont voulu au moins s'unir à notre vœu national, en envoyant à l'église du Sacré-Cœur le tribut des derniers cèdres qu'ils ont depuis Salomon si religieusement conservés?
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