‹ La France au LibanChapitre 4 sur 21 · LOUIS, ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

LOUIS, ROI DE FRANCE

Au Prince des Maronites du Mont-IAhan ainsi qu'aux Patriarche et Evëques de cette nation.

Notre cœur s'est rempli de joie lorsque nous avons vu notre fils Simon, à la tête de 25,000 hommes, venir nous trouver de votre part pour nous apporter l'expression de vos sentiments et nous offrir des dons, outre les beaux chevaux que vous nous avez envoyés. En vérité, la sincère amitié que nous avons commencé à ressentir avec tant d'ardeur pour les Maronites, pendant notre séjour à Chypre, où ils sont éta-

blis, s*est encore augmentée. Nous sommes persuadé que cette nation, que nous trouvons établie sous le nom de Saint-Maron, est une partie delà nation française, car son amitié pour les Français ressemble à l'amitié que les Français se portent entre eux. En conséquence, il est juste que vous et tous les Maronites jouissiez de la même protection dont les Français jouissent prés de nous, et que vous soyez admis dans les emplois, comme ils le sont eux-mêmes.

Nous vous invitons, illustre prince, à travailler avec zèle au bonheur des habitants du Liban et à vous occuper de créer des nobles parmi les plus dignes d'entre vous, comme il est d'usage de le faire en France. Et vous, seigneur Patriarche, seigneurs évêques, tout le clergé, et vous peuple maronite, ainsi que votre noble prince, nous voyons avec une grande satisfaction votre respect pour le chef de l'Eglise, successeur de saint Pierre à Rome; nous vous engageons à conserver ce respect et à rester inébranlables dans votre foi. Quant à nous et à ceux qui nous succéderont sur le trône de France, nous promettons de vous donner, à vous et à votre peuple, protection comme aux Français eux-mêmes, et de faire constamment ce qui sera nécessaire pour votre bonheur.

Ainsi, par cette charte, saint Louis considère la nation maronite comme une portion de la nation française et déclare que tous les Maronites nonseulement jouiront auprès de lui de la même protection, mais qu'ils seront admis, comme le3 Français le sont eux-mêmes, aux emplois publics,

et il engage avec lui tous ceux qui lui succéderont au trône de France.

On voit, par cette charte, combien saint Louis avait à cœur que la nation maronite fût, par son organisation sociale, comme un reflet de la nation française; aussi engage-t-il le prince du Liban à travailler avec zèle au bonheur des habitants du Liban et à s'occuper de créer des nobles parmi les plus dignes, comme il était d'usage en France.

Cette recommandation est la preuve évidente que les princes du Liban étaient alors de véritables souverains, complètement indépendants des sultans : un simple gouverneur de province, et même le vice-roi d'un grand empire, comme les Indes, ne confère pas de titres de noblesse.

La féodalité régnait alors en Europe; elle dut aussi être implantée en Syrie, et quand les musulmans reprirent le dessus et refoulèrent dans la montagne les Maronites et nos derniers croisés unis et incorporés à eux, le gouvernement féodal qui s'y perpétua devint la principale garantie des débris de la chrétienté d'Orient et de leur indépendance. Une histoire récente de la noblesse du Mont-Liban, écrite en arabe par Tanous-Schidiak, donne de curieux détails sur les familles de ce pays dont les généalogies et les alliances étaient conservées avec soin. Les principales

avaient dés distrlcte entiers sfous leur juridiction, et leurs chefs y rendaient, absolument comme, autrefois en France, la justice seigneuriale. On en appelait au prince qui gouvernait tout le. paya, . Les chefs de district lui versaient l'impôt qu'ils étaient chargés de recueillir, et dont, pour leur part, ils prélevaient le dixième. C'était un impôt foncier déterminé d'après lia valeur des propriétés, et qu'ils ne pouvaient arbitrairement, augmenter*

L'émir du Liban pourvoyait à la sûreté géné^ " raie; il entretenait une milice régulière dont il envoyait des détachements partout où il était né* cessaire.* Au besoin, il faisait appel aux cheïks des districts^ ses vassaux, qui arrivaient avec quelques cavaliers. Il était donc tout à fait indépendant du sultan. Ce n'est qu'au dernier siècle que; pour préserver ses sujets des brigandages des Turcs, il avait consenti à payer un tribut au pacha de Saïda. La montagne du Liban était toujours comme une oasis sacrée au milieu de la barbarie musulmane, où venaient se réfugier tous ceux qui voulaient s'y soustraire, et les consuls eux-mêmes y ti*ouvàient un appui dans leurs différends avec le pacha.

- Remarquons aussi avec quelle sollicitude saint Louis, dans la lettre qu'il adressa au prince du Liban ainsi qu'au Patriarche et aux Evêques de la. nation maronite, leur avait recommandé

de conserver leur ferme attachement à la religion catholique et leur respect pour le chef de l' Église j successeur de saint Pierre ii.Rpm£. ' Les Maronites n'ont pas failli à cette, recommandation de saint Louis, de conserver leur respect pour le Saint-Siège, romain, et dé rester toujours inébranlables dans leur foi.. Aprèsla prise de Constantinople, le premier soin du gouvernement ottoman avait été d'interdire toute, commu-r nicatioji des chrétiens avec Rome ; inais les Maronites ont conservé avec isoin toutes les lettres qui leur oiit été adressées-' par les Souverains- Pontifes . qui se sont succédé depuis le Pape Léon X en 1515 jusqu'à Grégoire XV! en 1833, • et même Sa Sainteté Pie JX^ en J87L Toutes çea ' lettres sont autant de témoignages dô la pureté de la foi des Maronites et de leur attachement au Saint-Siège romain .

On ne peut mieux s'en rendre compte qu'en lisant rallocution que le Pape Benoît XVI prononçait dans le Consistoire du 13 juillet 1744, jet où il résumait lui-même tout ce que ses prédécesseurs avaient dit à cet. égard. Ce grand Pape, dans une lettre qu'il adressait le 28 septembre 1753 au R. P. Nicolas Lercari, secrétaire de la Propagande, réfutait lui-même l'opinion de certains auteurs qui prétendaient que les Maronites étaient les rejetons des Monothélites. ^.Nous ne souf-

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« frons pas, ajoutait Sa Sainteté en terminant, € que la sollicitude paternelle du Siège Apostoli- € que pour la nation maronite lui fasse jamais € défaut. »

D'un autre côté, les successeurs de saint Louis furent fidèles à la promesse qu'il avait faite aux Maronites de toujours les protéger. Ils purent l'accomplir avec d'autant plus de facilité, après la prise de Constantinople par Mahomet II, qu'ils avaient fait alliance avec la Porte et que, seuls, ils. étaient reconnus par le sultan comme protecteurs des Latins; si bien que tous les catholiques, quelle que fût leur nationalité, avaient fini par se ranger sous leur protectorat.

François I" avait obtenu des privilèges importants pour les chrétiens de Syrie ; Henri IV les fit augmenter par un firman.

Louis XIV, dès le commencement de son règne, de l'avis de la reine régente, prenait en sa protection et sauvegarde spéciale, le révérendissime patriarche et tous les prélats, ecclésiastiques et séculiers, chrétiens maronites qui habitaient dans le Mont-Liban. « Nous voulons qu'ils en sen-

< tent l'effet en toute occurence, mandait-il à son

< ambassadeur à Constantinople, le 28 avril 1646, € en sorte qu'il ne leur soit fait aucun mauvais

< traitement, mais au contraire qu'ils puissent € librement continuer leurs exercices et fonctions

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€ spirituelles; enjoignons aux consuls, vice-con- € suis de la nation française établis dans les ports « et échelles du Levant et autres arborant la « bannière de France, présent et avenir, de favo- « riser de tout leur pouvoir le dit sieur patriarche € et tous les dits chrétiens Maronites du Mont- « Liban, et de faire embarquer sur les vaisseaux « français ou autres, les jeunes hommes et tous « autres chrétiens Maronites qui y voudront passer « en chrétienté, soit pour étudier ou pour quel- « qu'autre affaire, sans prendre ni exiger d'eux € que les nolis qu'ils leur pourront donner, « les traitant avec toute la douceur et charité « possible. »

La plus magnifique église qui ait été élevée sur les flancs du Mont-Liban a été bâtie sur les ordres et aux frais de ce grand roi.

Louis XV lui-même, dans une cour où l'on faisait si bon marché du Canada et des Indes, n'entendait pas déroger en Orient à l'égard des chrétiens du Liban. Par la grâce de Dieu, empereur et roi très-chrétien de France et de Navare, à l'exemple de feu son très-honoré seigneur et bisaïeul, il les prenait, dans une lettre signée de sa main, sous sa protection et sauvegarde, en sorte qu'il ne leur soit fait aucun mauvais traitement, car tel était son bon plaisir.

Après la chute de la monarchie, pendant le

siège de SainWean-d'Acrey par le général Bonaparte, les Maronites envoyèrent au camp français unégrande quantité de vivres.

€ C'est pour nos frères les Français, disaientils au général de la République, et non pour toi qui persécutes l'Eglise romaine. »

Le lendemain, Bonaparte leur envoya son Secrétaire interprète M, Amédée Jaubert pour les remercier et leur dire de sa part ces paroles : « Je reconnais que les Maronites sont Français de teMps immémorial y moi aussi je suis catholique romain, et vous verrez que par moi l'Église triomphera et s'étendra au loin. »

Mais, chose qui peut paraître plus surprenante encore, la Convention elle-même, pendant qu'elle envoyait les prêtres à l'échafaud, avait donné à tous ses agents en Orient, l'ordre d'y protéger les chrétiens.

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