EN FAVEUR DES CHRÉTIENS DU LIBAN
Pendant que la question du Liban s'engageait politiquement avec le ministre, la Providence préparait pour les Maronites un plus puissant moyen de salut. Le délégué de la nation maronite avait été mis en rapport avec Mme la comtesse Anquetil. Dans le courant de janvier, 1846, elle rencontra par hasard un prêtre chaldéen accompagné d'une personne de sa connaissance : ce prêtre oriental ayait l'air triste et malheureux, elle l'engagea à venir la voir. Il se rendait chez elle quelques jours après lorsque, trouvant en chemin le P. Azar, dont il était le confesseur, il le contraignit à l'y suivre. Ce que lui dit le pauvre délégué des Maronites sur les malheurs de sa nation la toucha si vivement qu'elle ne cessa plus d'en parler à ses amis, aux personnes de sa société, à tous ceux qu'elle rencontrait, se désolant comme fille de croisé de n'avoir aucun moyen de secourir ce peuple de héros et de martyrs aussi attaché à
-Baies maux dont ils nous accablèrent farent accompagnés d'horribles barbaries; comment vous raconter ces choses ? Les petits enfants déchirés en deux parts ; d'autres hachés à coup de sabre avec le sein qu'ils suçaient encore, avec les mains maternelles qui cherchaient à les garantir ; d'autres tombant sur le corps de leurs mères, percés du coup qui leur donnait la mort ; les ennemis n'ont pas même respecté les pauvres créatures qui n'avaient point encore vu le jour, ils les arrachaient par une large blessure du sein qui les recelait encore ! Une foule de femmes et d'enfants périrent de ces différentes manières. Beaucoup de vierges furent déshonorées ; beaucoup reçurent la mort en défendant leur pureté ; d'autres furent tuées par les barbares qui la leur avaient ravie !... Beaucoup se tuèrent elles-mêmes en se précipitant des terrasses pour sauver leur virginité ! Il serait trop long de vous raconter tous ces lugubres détails... Mais, chose terrible, et à laquelle la nature ne peut se soumettre, ce sont les barbares auteurs de ces crimes que l'Empire Ottoman nous a imposés pour gouverneurs et pour gardiens; lès loups rapaces, pasteurs des timides agneaux ! aussi nous ont-ils frappés d'un tribut de cinq années, -doublant, triplant arbitrairement la taxe, et exigeant, contrairement à l'usage, le solde immédiat de cinq années d'avance. Comment pourrionsnous résister, nous que la famine affaiblit et décime chaque jour ? Beaucoup d'entre nous d'ailleurs vivent hors de leur pays, errants dans les déserts et dans les lieux sauvages, et ne peuvent relever les ruines de leurs demeures, et pourtant ils n'ont aucun abri...
Vous qui savez tout ce qui s'est passé, vous, vers lesquels nous n'avons c^sgé de prier, nous ave^-vous
donné quelque preuve du désir que vous aviez de nous sauver ? Que la volonté de Dieu soit faite !
Nous en appellerons maintenant à la miséricorde du Dieu tout-puissant, gloire soit à son nom ! nous en appellerons à la miséricorde de la sainte Vierge Marie, mère de Dieu, reine des Saints, fontaine des miséricordes, médiatrice de nos prières auprès de Dieu et dispensatrice de ses grâces ; nous en appellerons à cette mère sublime du genre humain, à cette mère de toutes les mères et de toutes les femmes ; nous en appellerons aussi à toutes ces femmes zélées pour le bien, qui font l'honneur de la France ; nous leur ferons entendre nos plaintes, nos gémissements let nos sanglots, et nous leur demanderons pitié ! pitié pour nous ! ô femmes chrétiennes de la France et de l'Europe, sauvez-nous de nos ennemis, fattes^nous rendre notre ancien prince, et sa famille et vous nous aurez rendu notre liberté. Nous savons que vous pouvez le faire, car c'est par la main des faibles que le Seigneur se plaît à manifester sa puissance. N'est-ce pas par Moïse, Aaron et Marie qu'il a voulu sauver le peuple hébreu ; par Judith qu'il a délivré Béthulie ; par Esther qu'il a mis un terme à la captivité d'Israël ; enfin, par la sainte Vierge Marie, gloire à son nom ! qu'il a voulu sauver le monde ?
nobles femmes de la France, vous dont le courage, la charité, le zèle ardent et la sensibilité ont souvent fait la gloire de votre patrie, le doux parfum de vos vertus est arrivé jusqu'à nous, et nous avons appris tout le bien que vous aviez fait au saint Pontife Pie VII, quand il se trouvait parmi vous ; nous l'avons su, car de concert avec les princes de l'Église, il a rendu hommage à vos mérites ; nous avons su que
la France que fidèle à sa foi. Le 25 janvier, elle écrivit au P. Azar de venir la revoir. Bien que le comte Raoul de Malherbe ne la connût pas, il consentit à l'accompagner pour lui servir d'interprète. Cet entretien ne fit qu'enflammer davantage le cœur généreux de Mme la comtesse Anquetil. Elle s'entendit sans plus tarder avec M. Raoul de Malherbe et alla trouver M. Desgenettes, curé de Notre-Dame des Victoires.
Le 2 février, la nation maronite fut placée sous la protection de Marie Immaculée, patronne de la France. Plusieurs réunions eurent lieu ensuite où furent convoquées les Dames qui s'intéressaient aux pauvres chrétiens du Liban. M. Tabbé Théodore Ratisbonne, aumônier de l'Œuvre de Notre- Dame de Sion, avait été invité à présider celle du 8 mars. Dans l'intervalle était arrivée la suivante lettre du vénérable Archevêque de Saïda, due aux femmes de la France, dont on commença par donner lecture à l'Assemblée :
At^ femmes de la France, dont les vertus, la grâce et la piét^ sont 'des perles sans taches. Dieu accorde la vie éternelle!
Après avoir adressé au Dieu tout-puissant, créateur de toutes choses, nos ferventes prières, pour qu'il conserve et qu'il répande sur vous les trésors de ses grâces, nous vous disons que nous avons déjà envoyé
au peuple Avançais une adresse de la nation maronite et de nous, dans laquelle nous rapportons les maux inouïs dont les Druses et autres infidèles nous ont accablés, ainsi que les autres catholiques de Syrie.
Toute l'Europe connaît d'une manière certaine cette épouvantable catastrophe, cette guerre impie dans laquelle le sang du juste a coulé comme l'eau ; les églises, les couvents, les collèges ont été ruinés ; les femmes, les jeunes filles, les vierges consacrées au Seigneur ont été l'objet d'odieuses violences; les images saintes, les croix bénies ont été livrées aux flammes ; les ministres de Dieu sont devenus le jouet des barbares; les demeures des chrétiens ont été renversées et toutes leurs propriétés saccagées jusqu'à deux et trois fois.
Personne n'ignore aujourd'hui la profonde misère à laquelle se trouvent réduits les chrétiens nus, afiamés, fugitifs, errants dans les déserts et lieux sauvages, n'ayant pour toute nourriture que des herbes bouillies, pour couche la terre dure, pour toit le ciel; car, de tout ce qui leur appartenait, il ne leur reste plus rien qu'un sol inculte et dévasté. Il y a bien longtemps, depuis la première et la seconde guerre, que nous gémissons sous le poids insupportable de ces amères tribulations ; il y a sept années que cela dure, il y a sept années que nous nous résignons...
A peine avions-nous relevé, comme nous l'avions pu, nos églises et nos maisons, et réparé, autant qu'il était possible, nos désastres, que les ennemis se sont levés tout à coup et plus encore que dans la première guerre, ils ont de nouveau détruit et ravagé tout ce ^ui nous avait coûté tant de peines à renoùvelQr. Togs
faire rendre notre prince et sa famille^ et de nous aider par tous les moyens qui sont en votre pouvoir. Nous prierons le Dieu tout-puissant d'accroître vos vertus, votre gloire et votre vie dans tous les siècles. Amen, amen!
20 décembre, 1846.
ABDALLAH BOUSTANI,
Archevêque de Saïda, et tous les fidèles maronites de son J.iucèae accablé de douleurs.
M. l'abbé Théodore Ratisbonne prononça après la lecture de cette lettre une allocution dont voici l'extrait :
Depuis Godefroy de Bouillon jusqu'à saint Louis,
depuis saint Louis jusqu'à Napoléon, les Maronites
n*ont eessé de prêter à nos arn^ies, à nos institutions,
à nos conquêtes, le secours de leur valeur et de leur
magnanime concours. Les Turcs les considéraient
comme des enfants de France, tant il est vrai qu'une
même foi, qu'une commune bravoure avaient uni cette
héroïque nation à la nôtre : la Terre-Sainte tout entière
était devenue une France ; et grâce aux merveilles de
la croix, notre patrie put admirer sa parfaite image
dans les lieux les plus sacrés et les plus vénérables de
l'univers. A ces souvenirs, je me sens ému; mon
cœur s'ouvre et se dilate à la pensée de la Terre-Sainte
où tant de grandes choses se sont accomplies. Et vous
aussi, Mesdames, vo^s pjvrtage? mon émotiop, car
toute la gloire des noms qui vous décorent, et les titres de vraie noblesse dont la France, quoi qu'on fasse, sera toujours fière, ont reçu leur consécration »ur les champs de- la Palestine; c'est cette terre, éternellement célèbre, qui, en échange du sang de vos pères, vous a communiqué la bénédiction dont elle est le foyer sacré, bénédiction qui a traversé les espaces et les temps, comme un fil d'or.; et, passant de race en race, elle se perpétue jusqu'à la postérité la plus reculée. Ne vous étonnez pas du vif sentiment qui me domine; moi aussi je pense à ceux de mes ancêtres qui ont illustré cette terre ; et si parmi les vôtres, vous contemplez, avec un j liste orgueil, des guerriers illustres, de grands capitaines, des héros chrétiens, pour moi je salue, dans la généalogie de mes pères, les patriarches, les prophètes, les rois, d'Israël, les apôtres dé Jésus-Christ, la mère de Jésus et Jésus- Christ lui-même!... OSion! si jamais je t'oublie; que ma droite soit mise en oubli; que ma langue se dessèche, si je ne me souviens de toi, si je cesse de prier pour toi et d'espérer le réveil de Jérusalem !
Cette terre toujours sacrée malgré sa décadence, crie aujourd'hui vers nous; Jérusalem, Bethléem, Nazareth nous implorent par la voix suppliante du vénérable archevêque de Saïda, dont le vaste diocèse embrasse tous les lieux saints et s'étend, à travers les chaînes du Liban, jusqu'en Syrie et jusqu'en Egypte.
A la lecture de sa lettre apostolique, adressée aux dames françaises, j'ai vu couler vos larmes, et j'ai tressailli d'espérance.
Et pourtant. Mesdames, pendant que je parle, il me vient une triste pensée. mon Dieu*, sommes-nous chrétiens coioame l'étaient nos pères ? somines-nou^
c'est vous qui, par vos dons, par yotre protection, avez assuré le salut de la G-réce en assurant la ruine de ses ennemis. Sa liberté lui vient de Dieu et de vous. Elle est libre maintenant; ne jetterez- vous pas un regard sur nous que le baptême, la foi et la table sainte font vos frères ? N'avons^nous pas un même chef à Rome et ne sommes-nous pas tme même Église catholique? Nous Maronites ^ ne vous sommes-nous pas liés d'urne manière toute spéciale^ nous dont le sang mêlé au vôtre n'est autre chose que votre sang 2 nos enfants sont vos enfants ; car, à V époque des croisades, nous marchions ensemble à la conquête de la Terre-Sainte. Le nombreuses alliances nous ont fait les parents de vos pères; beaucoup d'entre nous sont Français d'origine parce qu'un grand nombre de croisés se sont fixés dans nos montagnes ; et pou/rtant aujourd'hui ils sont Maronites, Puis, ô Français, ne sommes-nous pas liés à vous par le cœur? et c'est encore cette raison qui nous fait dire que notre sang et notre honneur sont vôtres. Nous sommes vos enfants, car il y a bien longtemps que nous vivons à l'ombre de vos ailes. Une multitude de Maronites ont versé leur sang pour l'amour et pour la cause de la France; et cependant, depuis sept années surtout,, nous a-t-elle donné quelque marque de sa protection ! Mais c'est contré votre nom, contre le catholicisme et contre vous que l'on fait tout le mal dont nous nous plaignons. Chaque jour. nos ennemis nous injurient et se moquent de nous à cause de vous : où sont, disentils, vos amis les Français ? Où sont vos rois chrétiens? où sont leurs bâtiments et leurs soldats ? se présententils pour vous secourir? chiens d'infidèles que vous êtes ! et pourtant, à chaque minute nos yeux s'abais-
gent du ciel sur la mer pour y chercher ces vaisseaux de la France qui viennent nous sauver. Mais tout ce temps a passé sans que personne nous accordât pitié, ni secours, et nous touchons à notre perte ; et beaucoup d'entre nous sont morts pour avoir conservé cette fatale espérance ; et les chrétiens et la Franco ont donné aux infidèles le droit de les mépriser.
Les malheurs dont nous parlons ont frappé surtout les diocèses de Beyrouth et de Saïda, qui embrassent la Terre-Sainte, Sour, Acre, Nazareth, Caïffa, Jaffa, Jérusalem, Bethléem, Naplouse, jusqu'à l'Egypte,jusqu'àla Mekke, jusqu'à Damas. Depuis quarante ans que je suis serviteur de ce diocèse, je n'avais jamais vu, jamais ouï dire, qu'une semblable désolation eût affligé les chrétiens de Syrie ; et pourtant, c'est notre amour pour la France, ce sont les prières que nous lui avons adressées qui ont attiré sur nous tant de maux.
Je n'ai point été épargné ; tout ce qui m'appartenait a été deux fois saccagé ; l'on ne m'a pas même laissé mon anneau, ma mitre et mon bâton pastoral ; car j'ai été forcé de fuir pour sauver ma vie, avec les
seuls habits qui couvraient mon corps Deux cents
membres de ma famille ont été massacrés parles infidèles ; je ne parle pas de ceux qui sont morts de misère ; toutes les églises, tous les couvents, tous les séminaires de mon diocèse, et ma propre maison archiépiscopale ont été détruits deux fois ; un grand nombre de mes prêtres et de mes religieux ont été égorgés, et moimême je suis resté nu comme au sortir du sein de ma mère. Nous vous prions donc, femmes françaises, nous tous, peuple maronite, hommes et femmes, enfants et vieillards, religieux et religieuses, prêtres et laïques, d'appeler sur nous la miséricorde, de nous
pénétrés d'une vive et tendre charité ? Oii sont les âmes ardentes, les âmes fortes, les âmes dévouées î Regardez autour de vous, et comparez notre siècle aux siècles passés.
Autrefois un pauvre ermite, descendu des montagnes de la Judée, vint dire à TEurope les malheurs des chrétiens d'Orient. A sa voix, les sollicitudes catholiques se raniment, tous les cœurs se recueillent, les esprits divisés se rapprochent; une pensée généreuse, interprétée par le Père commun des fidèles, se fait jour à travers les nuages des passions et des intérêts ; elle brisie l'égoïsme individuel et l'égoïsme féodal; tous les murs de séparation tombent; un merveilleu:x élan rapproche les rois et les peuples.
Les glorieuses croisades, avec leurs exploits immortels et le renouvellement qu'elles produisirent, dans la civilisation du monde, furent les conséquences de ce mouvement de la charité chrétienne.
Aujourd'hui, vous voyez devant vous un nouveau Pierre l'Ermite (1). Echappé au massacre de l'antique Sidon, où trente membres de sa famille ont été immolés par les Druzes ; envoyé à nous par le saint archevêque de Saïda, il cherche depuis près d'un an quelques cœurs attentifs, auxquels il puisse raconter les incroyables calamités qui affligent les Maronites. Quels ont été les fruits de notre compassion ? quelles mesures efâcaces avons-nous prises ? quel intérêt salutaire avons-nous accordé à des récits lamentables dont personne ne conteste la véracité ? Hélas ! à quels
(1) L'orateur montre le P. Azar, vénérable prêtre maronite, député des diocèses de la Syrie, qui se trouve dans rassemblée.
fléaux réservons-noas donc nos assistances, si des catastrophes si déchirantes ne remuent point nos entrailles ?
Dira-t-on que le temps des croisades est passé ; que les circonstances, les mœurs actuelles, Tesprit du siècle ne rendent plus praticable ce qui fut possible autrefois ? Je ne m'inscris point contre ces assertion» vulgaires ; je ne suis point ici assurément pour prêcher la guerre; et néanmoins, si j'avais mission de traiter à fond une question qui, au premier abord, senfible étrange, il ne serait peut-être pas si difficile de montrer que la différence des temps et des circonstances est tout à Tavantage de notre époque; et que, sans aborder de plus hautes considérations, la décadence visible du i^ahométisme, les connaissances stratégiques et topographiques, les communications rapides et les faciles moyens de transport seraient de nos jours autant de gages de succès que nos devanciers ne possédaient pas. Il ne nous faudrait, au point de vue religieux, qu'un peu de foi pour transporter des montagnes; mais cette foi, nous ne l'avons pas; elle nous manque; et, au point de vue politique, ce qui nous manque encore, c'est la liberté, et, le dirai-je, c'e* la liberté du moyen âge; car en ces temps anciens, qu'il nous plaît d'appeler barbares, les peuples,' guidés par l'esprit religieux, pouvaient élargir leur sphère et se mouvoir dans de vastesproportions. Aujourd'hui, sous l'empire de la liberté moderne, ces grandes marches ne sont guère possibles ; affranchis de Dieu et des lois divines, libres de conscience, nous sommes maintenus par la police, maintenus par les intérêts, maintenus parla peur des cent codes qui, de nos jours, remplacent la crainte de Dieu.
Dans cet état de choses, sous l'empire d'une législation compliquée, où la dignité chrétienne disparaît devant une pompeuse légalité, nul n'espérera faire prévaloir quelque pensée vaste et généreuse, quelque entreprise désintéressée et vraiment libérale. Toutefois, j'ai la conviction que tôt ou tard il faudra une de ces pensées électriques pour dénouer les difficultés des temps actuels, et qu'une œuvre du genre de celles dont nous nous occupons, sera seule capable de purifier la civilisation et de transfigurer notre société malade et appauvrie.
La souveraine providence de Dieu amènera, avec le cours des événements, la solution de ces questions vitales ; et, n'en doutez pas, c'est en Orient, sur les champs de bataille de la Palestine, arrosée du sang de Dieu et des hommes, qu'elles se résoudront avec éclat; c'est autour du berceau de l'humanité, devenu le tombeau du Rédempteur des hommes, que se décideront, en définitive, les destinées des nations et des empires de la terre
J'entrevois le germe de cette féconde pensée dans la question du Liban; et je pressens le mystérieux développement de cette cause, quand je songe que c'est devant vous, Mesdames, qu'elle a été portée. C'est vers vous que les chrétiens d'Orient ont tourné leurs regards; c'est à vous, Mesdames, qu'ils en ont appelé avec une juste confiance, et vous avez répondu à leur appel. L'influence douce et persévérante des femmes chrétiennes a toujours produit de grandes choses dans l'Église ; car cette influence est irrésistible quand elle s'exerce, comme la vôtre, sous la protection manifeste de l'auguste Marie. Cette Mère bienfaisante, que vous avez invoquée en commençant
vos assemblées, bénira votre entreprise, et vous bénira vous-mêmes. Aussi la recommandation instante que je me permets de vous faire, c'est de vous pénétrer d'une confiance inébranlable. Ne reculez devant aucun obstacle ; vous réussirez infailliblement si vous savez croire et persévérer. Vos prières, vos offrandes, votre active sollicitude, vos démarches soutenues en faveur des chrétiens de Syrie, attireront peu à peu autour de vous d'innombrables sympathies dont le cercle, se dilatant de plus en plus, et s'élevant chaque jour au-dessus de son niveau, entraînera avec énergie tout ce qu'il y a d'esprits éminents en France et hors de France. Vous produirez ainsi, comme le disait naguère le digne propagateur de cette œuvre, une agitation pacifique, à l'instar de ces mouvements prodigieux dont les Irlandais nous ont offert tant de fois le sublime spectacle. Vous communiquerez à vos fils, à vos frères, aux hommes d*élite de ïiotre pays les étincelles du feu sacré qui brûle dans vos cœurs ; et ainsi vous rendrez populaire une cause encore peu connue et qui, faible en seô commencements, surgira peuàpeuj se déploiera avec majesté et finira par conquérir l'assentiment universel.
C'est à la suite de cette entraînante allocution que fut constituée la Société de secours en faveur des chrétiens du Liban. Les femmes de la France ne voulurent pas qu'on pût douter un instant de plus de leur charité et de leur patriotisme. Séance tenante, l'assemblée arrêta les statuts de
l'œuvre et procéda à Télection de son conseil général, composé d'une quarantaine de dames.
M"*'' la D*'" de Narbonne-Pelet fut choisie présidente; M"*- la M'" de Brissac, la D"" de Fitz- James , Rostand , la B°°"^ de Chapuis-Montlaville vice-présidentes \ W' la C*"' Anquetil trésorière générale ; M"' la C*"° de Malherbe secrétaire générale ; M"* de Guinaumont secrétaire adjointe. Parmi les conseillères étaient M""" la princesse de Beauveau , A. de Villesboisnet , C"" de Guitaut, C"" de Quélen, C*"^ de Quatrebarbes, G"" de Montalembert, A. de Baudon, M**'' de Saint-Seine, B°^* du Havelt, etc.
Au bout d'un mois, 400 dizaines de souscriptions avaient été distribuées, et bientôt l'œuvre s*.était propagée dans, toute la France* Des comités s'étaient déjà formés à Nancy, à Marseille, à Aix en Provence, à Saint-Brieuc, et même à Bruxelles et à Aix-la-Chapelle. Plusieurs dames protestantes qui s'étaient intéressées à l'œuvre avaient abjuré leur erreur, et d'autres étaient sur le point d'entrer aussi dans le sein de l'Eglise romaine;
l^me j^g^ gesse j^^^quetil s'cmprcssa, au nom de la Sociétéj de rendre compte au Saint-Pére de ces premiers et consolants résultats en implorant sa bénédiction. Sa Sainteté Pie IX daigna adresser à la Présidente le Bref suivant :