‹ La France au LibanChapitre 9 sur 21 · BREF · texte numérisé non relu

BREF

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A notre chère Fille en Jéstis-Christ la noble ducheste de Narbonne, présidente de la Société de Secours en faveur des Chrétiens du Liban, à Paris, PIE IX, Souverain-Pontife.

Chère Pille en Jésus-Christ, noble femme, Salut et Bénédiction apostolique.

Nous avions connaissance des calamités à jamais déplorables qui accablent les infortunés catholiques du mont Liban, et Nous en ressentions une profonde douleur. C*est pourquoi Notre cœur s'est réjoui dans le Seigneur, et Nous Lui avons rendu de très-humbles actions de grâces en apprenant que les pieuses et nobles femmes de votre illustre ville y avaient fondé, sous le puissant patronage de la très-sainte et immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, une Société qui, animée d'un esprit de charité chrétienne, met tout en œuvre pour secourir ces fidèles affligés. C'est donc avec un grand bonheur, chère Fille en Jésus-Christ, que Nous avons reçu la Lettre que vous Nous avez adressée au nom de cette même Société, qui. Nous l'avons appris, s'est rendue digne des éloges de plusieurs de Nos Vénérables Frères les E vêques de France; et Nous vous déclarons que Notre volonté est entièrement favorable à cette Société, et que nous désirons qu'avec l'aide de Dieu cette Œuvre si pieuse et si sa-

lutaire SE PROPAGÉ heureusement de jour en jour, afin que ces malheureux fidèles puissent recevoir des secours plus efficaces. Soyez donc bien persuadée que Nous Nous prêterons de tout Notre cœur à ce que Nous saurons dans le Seigneur pouvoir accroître davantage le bien de cette Société. Bien plus, Nous espérons que, par la grâce divine, tous les fervents catholiques, touchés des extrêmes soufirances de ces mêmes fidèles et excités par l'aiguillon de la charité chrétienne, s'empresseront d'apporter à cette même Société leur concours le plus actif. Maintenant Nous prions le Père très-clément des miséricordes, Nous le prions humblement de jeter un regard favorable sur cette Société, de bénir ses pieuses intentions et ses œuvres et d'accorder à tous ses Associés l'abondance des biens et du Salut. Comme présage de sa divine protection et comme gage de Notre afiectiou particulière, Nous aimons à vous accorder, chère Fille en Jésus-Christ, à vous et à eux et de tout Notre cœur. Notre Bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Sainte-Marie-Majeure, le 29 janvier de l'an 1848.

An second de notre Pontificat.

Signé : PIE P. P. IX.

Les dames de France ne pouvaient recevoir de Rome un plus flatteur encouragement. Non-seulement le Saint-Père se déclarait entièrement favorable à leur société, mais il leur exprimait le désir qu'une œuvre aussi pieuse et aussi salutaire se

propageât, et que tous les fervents catholiques lui prêtassent leur concours le plus actif.

Malheureusement un mois ne s'était pas écoulé que Paris était bouleversé par une nouvelle révolution, et que toutes les dames à qui ce bref était adressé étaient déjà dispersées. Cependant elles n'avaient pas manqué de propager l'œuvre en province, partout où elles se trouvaient. Dés l'année 1851, sous le nom de Notre-^Dame de Nazareth, elle avait pris un nouvelélanà Laval, à Angers, à Caen et dans plusieur-s villes de Normandie, tant, du diocèse de Rouen que de celui de Bayeux. -

A Paris, les hommes seuls avaient pu continuer à s'occuper dès chrétiens d'Orient. M. de Lamartine, que les circonstances avaient placé à la tête du gouvernement, était bien disposé pour eux; mais au milieu des préoccupations politiques, il n'avait pu rien faire en leur faveur, pas plus que M. de Tocqueville.

Puis, quand Louis-Napoléon arriva au pouvoir, tout jaloux de suivre les traces de son oncle, il craignait non moins que Louis-Philippe de sa compromettre avec TAngleterre et, sous le second empiré, les assembléQS délibérantes avaient été si bien muselées qu'il devenait inutile de recourir à leur intervention. Du reste, après la guerre de Crimée, Napoléon III s'était plus que jamais enchaîné par le traité de 1856 qui admettait la

Turquie dans le eoncert européen. Le sultan, pour prouver son indépendance et montrer qu'il méritait la confiance que lui accordaient les grandes puissances , avait voulu les prévenir. Par son hatti-humayoun du 18 février 1856, il avait accordé à tous les chrétiens de l'empire ottoman le libre exercice de leur religion.

Tous les catholiques qui s'intéressaient aux chrétiens du Liban avaient déjà compris depuis plusieurs années qu'il n'y avait plus rien à faire pour eux que de les aider par l'instruction à co.nserver et raffermir leur foi; le meilleur moyen assurément était de soutenir, de développer les Écoles des diverses congrégations religieuses qui s'étaient établies en Orient, et dont les efforts avaient déjà produit les plus consolants résultats. Ils ne tardèrent pas à fonder une nouvelle œuvre dont voici te prospectus.

La question d'Orient vient de faire un pas immense; elle réclame désormais la sollicitude active de quiconque s'intéresjse à la cause de la civilisation et au bonheur de Thumanité.

Au moment où l'expédition de Crimée, en montrant de près aux musulmans l'héroïsme chrétien de nos soldats, le dévouement de nos prêtres et de nos Sœurs de Charité, achève de faire tomber d'anciennes barrières, voici que le décret rendu par le Sultan le 18 février 1856, inaugurant des réformes longtemps

désirées, afii^anchit d*an jong odienx les communautés chrétiennes, en même temps qu*il annonce rintention de mettre à profit les sciences, les arts et les capitaiM) de l'Europe,

Ce nouvel état de choses, qui renferme tant d'espérances, n'est pas toutefois sans dangers. Qu'arriverait-il si le progrès matériel devançait le progrès moral, et si la religion n'était pas là pour contenir les ambitions et modérer les cupidités ardentes qui font quelquefois payer si cher les bienfaits de l'industrie?

Des hommes de foi et d'inteHigence ont pensé qu'il n'y avait pas de temps à perdre, et qu'il fallait prendre acte des concessions nouvelles faites au christianisme à la face du monde entier, pour assurer le triomphe des principes sacrés qui sont la sauvegarde, la vie et le salut des sociétés. Au souvenir de ces nobles Eglises de l'Asie-Mineure, de la Syrie et de l'Egypte, autrefois si florissantes, ils se sont pris à espérer que le catholicisme, en relevant son empire dans ces contrées, leur rendrait quelque chose de leur antique fécondité, et qu'il s'y formerait de nouveaux foyers d'où la lumière rayonnerait sur le reste de l'Orient. Ils ont cru que le jour approchait où ces Eglises, conservant leurs rites vénérables, reprendront avec joie les liens qui les rattachaient au Saint- Siège: union qui serait, pour de grands peuples, le gage d'un heureux avènement à la civilisation. Il leur a semblé qu'on ne pouvait, en aucune manière, abandonner ces braves et chrétiennes tribus du Liban, toujours si amies de la France. Leur ambition serait de voir surgir autour du saint Tombeau dont nos pèlerins ont repris la route, un peuple de vrais ado--

ratetMTs en esprit et en vérité. Enfln, ils voudraîent rendre tous ces hommes, de races et de sectes si diverses, dignes de la liberté qui leur est offerte. Ce serait, à leurs yeux, le plus consolant résultat de la guerre d'Orient, comme aussi le plus solide et le plus durable.

En conséquence, une association a été formée sous le nom à' Œuvre des Ecoles de V Orient, dans le but de propager par Téducation ces deux choses qui, à le bien prendre, n*en font qu'une : la civilisation et le christianisme.

Il ne faut pas croire que notre Œuvre, à son début, trouve le terrain tout à fait inculte. Il existe déjà, en Orient, des établissements d'éducation, et pour n'en citer que quelques-uns, Constantinople, Salonique, Smyrne, Antoura, Gazir, Alexandrie, possèdent des collèges et des séminaires dirigés par les lazaristes et les jésuites, et où s'élèvent de bons pères de famille, d'honnêtes négociants, des prêtres pieux et instruits, dont le besoin est si grand dans ces contrées. Les Frères des Ecoles chrétiennes, les Sœurs de la Charité, les Dames de Saint-Joseph, depuis quelque temps les Sœurs de Nazareth, peutêtre encore d'autres congrégations qui nous sont inconnues, tiçnnent ces écoles que fréquente volontiers l'enfant du pauvre, et qui ne sont pas moins populaires en Orient qu'en Europe.

Les multiplier, les accroître, les assister : tel est, en trois mots, le but de notre Œuvre

Notre appel sera-t-il entendu ? Oui, sans doute ; et nous en avons pour garant le sang versé en Crimée. La liberté qui ment d'être accordée aux chrétiens d'Orient, c'est le prix de ce sang ! Ne la laissons pas

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perdre, rendons-la, par de constants efforts, féconde pour le bien.

On a pu élever des doutes sur Texécution du décret du 18 février, et n'y voir qu'une utopie : notre Œuvre a précisément pour but d'en faire une réalité vivante et solidement enracinée dans les mœurs. Si le moyen que nous proposons n'est pas le seul, il est du moins l'un des plus sûrs et des plus pratiques.

Les personnes dont les noms suivent sont les premières qui se sont rencontrées dans cette pensée. Elles ont cru qu'il suffisait de la faire connaître pour la faire accueillir.

Président d'honneur : M. le maréchal Bosquet.

Président M. le contre-amiral Mathieu.

Vice-Présidents. . . MM. Le baron Oauchy, membres de l'Institut. Lenormant.

Secrétaire général. . M. Vallon, membre de l'Institut.

Secrétaires MM. Th. de Baudicour, *

de Bbttencourt, Saint-Hilaiiub.

Mercier DE Lacombe.

Trésorier ....... M. Vaton, libraire-éditeuiv

Comité administratif MM. Le vicom^te de Melun, président ; le comte de Bertoit, CoRNUDET, conseiller d'Etat; le marquis de Gontaut Saint-Blan*card; de Mas-Latrie, chef de section aux Archives de l'Empire ; le baron de Montigny.

Conseil général. MM. le baron d'Acherde Monga*coN, Louis DE Baudigour, Adolphe Baudon, le vicomte

Benoist d'Azt, ht Bbrty, Binet, membre de l'Institut, BoNASSiBux, statuaire, db Bonnard, membre de rinstitut, le marquis de Bonneuil, le marquis de Brignolb-Salb, le prince Albert de Broque, le général baron de Bruno, le vicomte Campdbn, le prince bb Ohalais, le général comte de Cotte, aidede-camp de TEmpereur, le comto de Cornulier, Théodore Dauchbz, DAtJSSE, îngéniçiif^èfl Wef des} ponts-et-chaussées, Demante, pijofôssetgp à^^ft JP'acjil^ de Droit, du Bots, le comte de PALL"otXXvJtt^mbE&^ ^ô . l'Institut, Fauqère, sous-directeur au ministère des Affaires étrangères, Flandrin, membre de l'Institut, le marquis DE Gabriac, sénateur, Garcinde Tassy, membre de rinstitut, Albert Gaudry, le marquis de Godb- FROY Ménil-Glaise, le général comte de Goyon, aidede-camp de l'Empereur, le baron du Havelt, Hardoin, conseiller à la Cour de cassation, le baron Hyde de Neuville, le général^ vicomte de Lahitte, sénateur, le comte de Lambel, le comte de Lupé, Mallac, Mandaroux-Vertamy, Charles Mercier de LÀcombb, le baron de mbysenbug, conseiller aulique, de Mony DE MoRNAY, chef de division au Ministère de l'Agriculture et du Commerce, de Parieu, vice-président du Conseil d'Etat, Pavet de Courteilhes, le comte Paul de Périgord, Poujoulat, Eugène Rendu, Henri DE Riancey, le comte de Rottermund, le vicomte de RouQÉ, membre de l'Institut, conseiller d'Etat, le marquis de Saint-Blancard, le baron de Saint* Laurent, le baron Cardon de Sandrans, maître des requêtes au Conseil d'Etat, de Saulcy, membre de l'Institut, le baron Séguier, membre de l'Institut, le comte DE Ségur d'Aguesseau, sénateur, le marquis DE SÉRAiNcoURT, Tranchant, inspecteur des serviceii

maritimes des Messageries impériales, Tulasne, membre de l'Institut, db Vbrneuil, membre de l'Institut, le marquis db Vibrate, db Wailly, membre de l'Institut, WiLBKRFORCB, le baron de Witte, correspondant de l'Institut.

L'Association se félicite de la part que veulent bien prendre à ses travaux, en l'aidant de leurs lumières

\ 4* ^iô.lôjn'fi JioUôe^s, MM. Etienne, supérieur général des La^^pi^te^ et dèiç Sœurs de la Charité ; Salvayre,

• J)iefcûpaf géjiérâldes Lazaristes ; les RR. PP. Daniel, Gagarin, Keller, Weld, de la Compagnie de Jésus, le frère Philippe, supérieur général des Frères des Ecoles chrétiennes^

La sphère d'action de la nouvelle œuvre s'était agrandie ; elle n'avait plus seulement en vue les chrétiens du Liban, mais tous les chrétiens de diflFérents rites disséminés dans le vaste empire ottoman. Des hommes aussi distingués par leur science que par leur vertu avaient remplacé dans son conseil général les pieuses et charitables dames de la première société de secours. On n'avait pas cru tout d'abord devoir y compendre des ecclésiastiques : il ne s'agissait pas de discuter sur des points de doctrine, encore moins d'intervenir dans le gouvernement de l'Église, mais uniquement de lui procurer les ressources dont elle avait de plus en plus besoin à mesure qu'elle était spoliée de ses anciens domaines. En dehors de l'œuvre, plusieurs membres de congrégations religieuses

plus particulièrement appelés à partager les aumônes avaient bien voulu promettre de l'aider de leurs lumières et de leurs conseils.

Le président, M. le contre-amiral Mathieu, frère du cardinal-archevêque de Besançon, était un catholique sincère et pratiquant. Dès le P'septembre 1856, faisant part aux évêques de la France de l'œuvre naissante, il leur demande aussi pour elle leur appui et leurs conseils.

Au début, le conseil de l'œuvre se réunissait chez M. Mandaroux-Vertamy, l'un de ses membres; pour éviter les frais on n'avait loué aucun local ; mais bientôt le Cercle catholique du Luxembourg lui offrit le sien tant pour ses réunions que pour son garçon de bureau, le seul agent rétribué qu'elle eût alors. M. l'abbé Lavigerie, professeur d'éloquence sacrée à la Sorbonne, fréquentait ce Cercle déjeunes gens dont beaucoup suivaient son cours; il était par là fixé à Paris, on le pria dès lors d'accepter la direction de la petite administration de l'Œuvre des écoles d'Orient.

Les semences jetées par l'ancienne société ne demandaient qu'à éclore. Elle avait intéressé la France entière; d'autres comités se réorganisèrent dans la plupart des villes où elle avait été implantée et les premiers souscripteurs s'empressèrent d'adresser à la nouvelle œuvre leurs aumônes et leurs dons de toute espèce. I^es ressources

s'augmentaient chaque année; mais, réparties entre un plus grand nombre d'établissements, la part de chacun était bien restreinte, en présence de besoins qui se multipliaient dans des proportions plus grandes encore. Les faibles allocations suffirent néanmoins en quelques années pour leur donner à tous un merveilleux élan.

Les Lazaristes avaient développé leur collège d'Antoura ; les Jésuites celui de Ghazir. Ce dernier était sous la direction d'un Père qui avait été étudier plusieurs années l'arabe et le syriaque dans le séminaire patriarcal d'Aïn-Ouarka, incendié lors des dernières guerres, et avait à cœur de le remplacer en préparant au sacerdoce une soixantaine de ses élèves. Les PP. Jésuites s'étaient^ aussi établis à Saïda. Le vénérable archevêque maronite, Mgr Abdallah Boutani, était déjà mort ; mais son neveu, qui lui avait succédé, ne lui cédait en rien par la science comme par la vertu. Mgr Boutros Bostani, ancien élève de la Propagande, s'était empressé d'appeler les bons Pères à son aide dans sa résidence de Deir-el- Kamar, où ils avaient pu ouvrir trois écoles. Les Jésuites n'avaient pas tardé à s'installer à Zahleh dans le diocèse de Baalbeck, et à Bekfaïa, sur les confins du Kesrouan, au-dessous de la résidence de l'archevêque maronite de Chypre, qui avait ce district sous sa juridiction.

A Bekfaïa, le R. P. Estève, supérieur de leur mission de Beyrouth, avait organisé sous le nom de Frères Xavariens un institut de msutres d'écoles indigènes. Ces Frères se dispersaient dans les villages maronites pour faire l'école aux garçons. Leur entretien n'était pas très-coûteux ; une fois la maison d'école trouvée, les parents des élèves les nourrissaient à tour de rôle. Ils n'étaient à la charge des Pères que lorsque l'école se vidait complètement, à l'époque de l'éducation des vers à soie, dont les enfants étaient chargés par leurs parents. Les bons Pères en profitaient pour les former dans la retraite et compléter leur instruction. Le curé maronite de Bekfaïa venait tous les jours leur donner des leçons ; on lui allouait 50 piastres (12 francs par mois), c'était un moyen de subvenir à l'entretien du clergé indigène.^ Les Xavarièni^ étaient établis dans bon nombre de villages de la montagne ; on en demandait partout jusqu'aux environs de Jérusalem. L'institut n'y suffisait pas; il fallait aller au plus pressé. C'est ainsi que les Pères en avaient envoyé trois à Nazareth et à Sour pour combattre les essais de propagande que faisaient les protestants de ce côté. L'un de ces Frères était chargé de la direction des autres ; de temps en temps les Pères Jésuites venaient les visiter.

Avant de songer aux Frères Xavariens, depuis

une huitaine d'années, le Père Estève avait fondé, sous le nom de Sœurs Mariamettes, une petite communauté de Sœurs indigènes pour l'éducation des filles.

Deux femmes d'une famille aisée de Bekfaïa se trouvant veuves, avec quatre filles, étaient venues le trouver pour lui exprimer le désir de se vouer au service du bon Dieu. Le P. Estéve les avait engagées à se consacrer à l'éducation des enfants et leur avait tracé quelques règles de conduite. Un prêtre maronite de leur famille avait voulu participer à cette œuvre et y avait employé tout son petit avoir ainsi que les bonnes veuves. Les Mariamettes étaient au nombre de trente dont quatorze avaient déjà fait leurs vœux. Elles portaient un voile rouge pour les mieux distinguer des femmes du pays. Elles vivaient dans les villages où elles étaient installées de la même manière que les Frères Xavariens, se contentant de la nourriture que chaque jour les enfants leur apportaient à tour de rôle. Quand leurs écoles étaient désertes, elles allaient faire une retraite à Bekfaïa: nous les y avons trouvées dans ces circonstances. Elles étaient sous la direction d*un prêtre maronite qui habitait la maison des PP. Jésuites. Le couvent des Mariamettes n'était qu'à quelques pas de là; c'était une modeste chaumière qui ne contenait que deux ou trois

chambres, dont la plus spacieuse servait de jour à tous les exercices de la communauté, et la nuit se convertissait en dortoir. Lorsque nous y sommes entrés, Tune des Sœurs était occupée à repasser les linges d'église et se félicitait de travailler pour le bon Dieu ; leur pauvreté ne les a pas empêchées de nous servir une tasse de café selon l'usage du pays. Au milieu de leur dénuement, elles avaient la sérénité que donne une parfaite confiance en la Providence. Elles nous ont beaucoup remerciés de notre visite et nous ont demandé de prier pour elles. Ces bonnes Sœurs , comme les Frères Xavariens , étaient demandées partout. Les PP. Jésuites en avaient près d'eux quatre à Ghazir. Elles y faisaient l'école aux petites filles du village ; elles tenaient avec beaucoup d'ordre la lingerie de leur collège et étaient même chargées de faire le pain. Trois Mariamettes avaient été détachées auprès des Sœurs de Nazareth et de Caïfa : les nouvelles religieuses indigènes avaient ainsi une excellente occasipn d'apprendre le français et de se perfectionner dans leur vocation. Les Sœurs Mariamettes ont profité d'une portion du reliquat des cotisations recueillies par la première société de secours. M. le comte de Brissac qui en était le dépositaire a envoyé, pour les encourager, une somme de 5,000 francs aux PP. Jésuites

ayant la fondation de l'œuvre des Écoles d'Orient. Les petits subsides de cette dernière Œuvre avaient été d'un grand secours pour les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition. Fondées à Castres, par la vénérable sœur du baron Victor, elles avaient commencé par s'établir à Alger; mais elles avaient dû céder la place aux Filles de cha« rite de Saint-Vincent de Paul, dont le nombreux personnel pouvait, plus sûrement qu'une congrégation naissante, pourvoir aux premiers besoins de la colonie. Le zèle charitable moins comprimé des Sœurs de Saint-Joseph n'en avait pris qu'un plus grand essor. M. l'abbé Bourgade, aumônier de la chapelle de Saint-Louis de Carthage, les avait fait venir venir à Tunis pour leur donner la direction des écoles des Allés; elles n'avaient pas tardé à aborder les autres ports de la régence. Bientôt appelées à l'hôpital de Jérusalem, elles j avaient ouvert une école, ainsi qu'à Bethléem, à Jaffa et à Saïda où elles avaient été attirées par les PP. Franciscains. Les Sœurs de Nazareth^ déjà venues de leur maison-mère de Paris en Palestine , ne s'étaient pas bornées à l'école de Nazareth, elles s'étaient établies à Caïffa, en face du Mont-Carmel, puis à Sour sur les confins de la Galilée.

Mais TŒuvre des écoles d'Orient avait surtout contribué au développement des écoles dans les

grandes villes, qui offraient plus de ressources et où les enfants des difierents rites étaient plus confondus. Les Sœurs de Saint- Vincent de Paul, établies à Beyrouth, comme à Gonstantinople, à Smyrne et à Alexandrie, n'avaient pas craint d'aller s'installer à Damas. Les bâtiments qu'il avait fallu construire, avec le mobilier nécessaire pour les mettre en état de pourvoir convenablement à toutes leurs œuvres, n'avaient pas moins coûté qu'un million de francs.

Les établissements des Frères des Écoles chrétiennes s'étaient aussi beaucoup développés à Gonstantinople, à Smyrne et à Alexandrie. Dans cette dernière ville, ils réunissaient environ 500 enfants de toutes les nations et même de religions difierentes. Ils avaient des Juifs, des Musulmans et même des Grecs-schismatiques parmi leurs élèves. Ils n'avaient pas tardé à être appelés au Caire. Le vice-roi d'Egypte leur avait donné un grand emplacement et leur avait ofiert l'argent nécessaire pour y construire un pensionnat.

Les Dames du Bon-Pasteur s'étaient chargées, au Caire, de l'éducation des filles et même du soin des malades ; elles recevaient aussi les enfants de toutes les religions . Sans qu'elles cherchassent à faire aucune conversion, leur éducation chrétienne ne produisait pas moins ses fruits dans

toutes ces jeunes âmes . La supérieure nous raconta quand nous allâmes les visiter, que naguère elle avait vu une jeune musulmane apprendre à une juive à faire le signe de la croix. Quelques semaines auparavant, pendant que les enfants étaient en promenade, un jour de congé, une petite mendiante arabe s'était approchée et leur avait demandé d'où elles étaient. Apprenant qu'elles étaient chez les religieuses, la petite Arabe voulut aussi se faire admettre. Les Dames du Bon-Pasteur l'avaient accueillie après en avoir fait la déclaration au consul. La pauvre enfant était si heureuse d'être dans cet établissement, qu'elle n'avait qu'une crainte, c'était qu'on vint l'enlever. Elle s'est sauvée, quand eUe nous a vus le jour où nous visitions l'école; elle s'est cachée comme un petit chat sous une table, et l'on a eu beaucoup de peine à l'en faire déloger, tant eUe avait peur d'être vendue.

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