ESCLAVES MALGACHES VENDANT DES POULETS
matique indique, — ce qui est une erreur fâcheuse et préjudiciable, — la souveraine des Hovas comme reine de Madagascar.
Le type féminin est loin d'être laid : les yeux sont vifs, mais un peu bridés, le nez pas trop épaté, la bouche relativement fine, et, si ce n'était son teint foncé et olivâtre, le visage ne s'éloignerait pas d'une façon trop désagréable de
la figure européenne. La coiffure est artistiquement disposée •et encadre très agréablement les traits.
La femme malgache porte le deuil avec piété, car le culte des morts est en grand honneur parmi ces populations livrées •à l'idolâtrie. Les Malgaches sont couverts de gris-gris pour se préserver de tous les maux ; ils tremblent devant les sortilèges des devins. Cependant, chez les Hovas, les méthodistes ont fait proscrire les idoles, mais l'interdiction officielle n'a pu bannir des cervelles saturées de paganisme les ridicules ou honteuses superstitions.
L'époque à laquelle Madagascar fut connue des Européens -semble être le commencement du xvie siècle. L'honneur de cette découverte revient au Portugais Soares; les Hollandais et les Anglais firent des tentatives d'établissement, mais sans .grand succès. Le génie de Richelieu comprit l'utilité de préparer entre les mains de la France un contrepoids à la puissance coloniale de l'Angleterre, et le capitaine dieppois Rigault reçut pour dix ans la concession de Madagascar et des îles adjacentes, que les marins normands avaient déjà visitées. C'est cette concession, en date du 24 juin 1642, qui •constitue la base de nos droits. Il est admis, en effet, d'une manière incontestable, que tout pays habité par des sauvages devient la propriété du premier occupant capable d'y faire •œuvre de civilisation. C'est sur ce principe que repose la politique coloniale de tous les peuples. Je ne puis raconter ici les phases diverses de l'occupation poursuivie par la Compagnie des Indes orientales avec Pronis, Foucquembourg et Flacourt. Je me contente de dire que la Compagnie était arrivée, non sans désastres, au terme de sa concession, et que
sa réorganisation sous la présidence du maréchal de la Meilleraye ne fut pas plus heureuse. Les Français, par les révoltes successives des indigènes, se trouvaient bloqués dans le fort Dauphin. Golbert organise la colonisation officielle. Le roi, la reine, les notabilités du royaume s'inscrivent sur les listes du grand ministre, et, en 1664, la nouvelle Compagnie reçoit un éclit de concession perpétuelle, avec les droits desouveraineté absolue. L'année suivante, Madagascar prend le nom d'île Dauphine ; sur le sceau que Louis XIV offre au conseil de la colonie sont gravés ces mots : France orientale. Cette fois encore, la tentative échoua. Six ans après, la Compagnie, ruinée malgré les cinq millions versés par le roi, renonça à son privilège pour consacrer ses ressourcesau commerce de l'Inde.
En 1670, Madagascar était remise à la couronne, au nom de laquelle l'amiral Jacob de la Haye en prit possession le 4 décembre de la même année. En 1672, le massacre de la petite garnison de Fort-Dauphin eut lieu. Les gouverneursn'avaient pas su se concilier les sympathies des populations. Dans la nuit de Noël furent égorgés nos malheureux compatriotes; quelques-uns purent se dérober à leurs assassins et gagner l'île Bourbon (de la Réunion), dont les premiers, colons étaient aussi des Français déportés de Madagascar à la suite d'une mutinerie militaire.
Louis XIV, aux prises avec l'Europe entière, ne pouvait songer à châtier les auteurs de la rébellion qui avait ensanglanté Fort-Dauphin, mais par plusieurs arrêts Madagascar fut proclamée et maintenue possession française. Sous- Louis XV et sous Louis XVI, les essais de colonisation continuèrent. En 1750, la reine Béti céda à la France l'île de Sainte-Marie et tout le territoire cle la grande terre située entre la baie d'Antongil et Foulpointe. Elle épousa le caporal
Labigorne. En 1767, M. de Mondave rétablit la colonie de Fort-Dauphin, et son excellente administration aurait produit d'heureux fruits si la métropole avait secondé son représentant, qui fut obligé de quitter l'île en 1769, victime du mauvais vouloir des gouverneurs de l'île Maurice, alors encore île de France. En 1774, un aventurier hongrois, qui avait acquis durant la guerre de Sept Ans et dans la lutte de la Pologne contre la Russie un grand renom de vaillance, fut chargé par le duc d'Aiguillon d'une expédition à Madagascar. Il réussit dans sa tâche,- prit au nom de la France possession de toute la côte orientale, fortifia Angoutzy, Féneriffe, Fouipointe, Tamatave, Manahar et Antsirak, et se concilia les bonnes grâces des indigènes, qui l'acclamèrent dans un kabar (assemblée solennelle), tenue en octobre 1776, ampanclzaka (chef souverain) et lui confièrent la mission d'aller en France conclure un traité pour l'exportation des produits de l'île. A Paris on l'accueillit mal; il se rendit alors en Angleterre et en Autriche, où il ne fut pas mieux reçu. Sept ans après, sur le conseil de Franklin, il s'embarque pour les États-Unis. Cette fois il opère pour lui-même : une maison de Baltimore lui fournit hommes et pacotille; en 1784, il aborde à la côte occidentale et de là à la baie d'Antongil. Les naturels le reconnaissent, l'absence n'a diminué en rien leurs sympathies. Benyowski se fixe à Ambohirafia ; ce n'est plus la France qu'il sert. Bientôt, à propos d'un conflit avec une factorerie relevant d'un commerçant de Maurice, il entre en hostilité ouverte, et le 22 avril 1786, il est tué au moment où du fort Mauritiana il pointait un canon pour repousser soixante soldats du régiment de Pondichéry qui montaient à l'assaut.
La Révolution n'abandonna pas les droits nationaux sur Madagascar, qu'elle décréta département français; mais les missions de MM. Lescallier et Bory de Saint-Vincent méritent
à peine une mention. C'est cependant d'après le rapport de ce dernier qu'en 1804 Napoléon, voulant donner à notre pays une position forte dans la mer des Indes, fit de Tamatave le centre des possessions françaises à Madagascar et envoya M. Sylvain Roux, en qualité d'agent général chargé de créer des milices et d'organiser des batteries sur les principaux points du littoral. Ces projets n'avaient pas eu le temps d'être réalisés que l'Angleterre, qui s'emparait en 1810 de l'île de France et de Bourbon, prenait Tamatave et contraignait tous nos établissements de la grande terre à capituler.
En 1815, Madagascar, comme Bourbon, nous fut rendue malgré la mauvaise foi du gouverneur de l'île de France, devenue île Maurice. Farquhart, — c'est le nom de ce fourbe ennemi, — avait prétendu que le traité de Paris considérait Madagascar comme une dépendance britannique. Son gouvernement dut le désavouer; alors il s'adressa au roi des Hovas, Radama, et lui persuada que son royaume « n'avait pour limites que les eaux de la mer. » Il spécula sur l'ambition effrénée du jeune souverain et parvint à conclure un traité par lequel l'Angleterre, reconnaissant Radama Ier roi de Madagascar, s'engageait à payer au souverain une pension annuelle de 2,000 dollars; à lui fournir 1,000 livres de poudre, 108 fusils, des effets d'équipement, un uniforme avec chapeau et bottes et deux chevaux. Des instructeurs anglais devaient organiser l'armée. En échange, Radama promettait l'abolition de la traite sur tous ses territoires, acceptait la présence auprès de lui d'un agent du gouvernement anglais, à la fois conseiller et surveillant, — ainsi que des missionnaires protestants chargés de l'éducation de ses enfants.
Le premier agent anglais, un simple sergent, nommé James Hastic, était bien cligne de la besogne de discorde dont il était chargé. Il avait pour auxiliaire le pasteur méthodiste
Jones, investi du pouvoir de fonder des écoles et de pousser les Hovas au protestantisme en haine de la France. Bientôt une proclamation royale déclara nulles toutes les concessions, faites à la France, et un corps de 4,000 hommes, parmi lesquels des officiers et soldats anglais, fut dirigé contre Fouipointe, qui fut pris sans coup férir. Radama en personne vint ensuite assiéger Fort-Dauphin, gardé par un officier françaiset cinq soldats qui furent, au mépris de tout droit des gens, massacrés pendant un armistice. C'en était trop ! La France résolut de venger ce crime ; mais, lorsque l'expédition mouilla en racle de Tamatave, Radama Ier était mort, à peine âgé de trentesept ans. Ranavalona, sa veuve, lui succéda. Elle se montra au début peu docile à la tutelle anglaise; elle persista, toutefois^ dans l'hostilité de son mari à notre égard. Tout en déclarant nul le traité signé entre Radama et l'Angleterre, elle refusa de reconnaître nos droits. Le bombardement et la prise de Tintingue et de Tamatave par la division du capitaine de vaisseau Gourbeyre amenèrent la reine, malgré l'échec que le défaut du nombre nous occasionna devant Foulpointe, à proposer la paix. Il est vrai qu'elle changea promptement d'avis. La révolution de Juillet vint porter une atteinte funeste à notre influence. Au moment où il aurait fallu frapper un grand coup, l'ordre vint d'évacuer Madagascar. Sans la crainte de livrer les indigènes aux colères des Hovas, Sainte- Marie aurait aussi été abandonnée, tant le nouveau gouvernement mettait d'empressement à se concilier les bonnes, grâces de l'Angleterre.
Jusqu'en 1840, le statu quo se prolongea. Toutefois le gouverneur de Bourbon, l'amiral de Hell, voulant « envelopper Madagascar dans les plis tutélaires du pavillon français, » négocia la cession à la France des îles de Nos}r-Bé, Nosy-Mitsiou, Nosy-Cumba, Mayotte, et la mise sous notre
protectorat des territoires allant de la baie Passandava au cap Saint-André et de ceux du nord de la Grande-Terre qui appartenaient aux Antankares. L'initiative d'un serviteur intelligent du pays corrigeait ainsi la déplorable condescendance du gouvernement pour les rivaux opiniâtres de notre grandeur traditionnelle.
En 1845, Ranavalona publia un édit rendant obligatoire pour tous les étrangers la loi de Madagascar, les soumettant, par suite, aux corvées de la reine, à tous les travaux, y compris ceux des esclaves, à l'éventualité d'être vendus euxmêmes comme esclaves en cas de dettes; leur interdisant tout commerce avec l'intérieur, leur prescrivant l'obéissance à tous les officiers, même de rang inférieur, et enfin les contraignant à subir la loi du tanghen, épreuve judiciaire qui consistait à absorber le suc du fruit de ce nom, suc qui, pris à une certaine dose, peut coaguler le sang et occasionner d'affreuses convulsions et d'horribles souffrances.
Quinze jours étaient accordés aux étrangers pour se soumettre ou pour quitter l'île. Ils s'arrêtèrent à ce dernier parti; tandis que leurs propriétés étaient livrées au pillage et au feu, ils se réfugièrent à bord de nos navires de guerre, embossés devant Tamatave. Le courageux marin, qui fut plus tard l'amiral Romain-Desfossés, ordonna, de concert avec le capitaine Kelly, commandant la corvette anglaise le Conway, le bombardement de la batterie du port. L'escalade fut même tentée; mais les assaillants, à peine au nombre de trois cents et manquant de munitions au plein de l'action, ne purent pénétrer dans le fort. Dix ans après, on pouvait voir encore, hideux trophée! dix-huit têtes d'Européens, hissées sur le rivage à la pointe de longs pieux. Les Hovas avaient éprouvé de grandes pertes; mais ils s'attribuèrent la victoire, dont la reine accueillit la nouvelle en
dansant avec tout son camp, — elle était alors en voyage de plaisir, — au bruit de cinq salves de canon.
Le gouvernement français se borna à déclarer que la France n'abandonnait aucun de ses droits sur Madagascar; ce fut là l'insuffisante satisfaction donnée à l'indignation nationale. Le ministère redoutait les clameurs de l'opposition et tenait à ne pas mécontenter l'Angleterre. N'avons-nous pas vu l'histoire se répéter?
Cependant les Anglais, en gens pratiques, pensèrent qu'il y avait lieu de ressaisir l'influence qui leur avait échappé. Ils payèrent environ 80,000 francs à la reine comme indemnité du bombardement, ne réclamèrent rien pour les nationaux dont les biens avaient été ravagés, et finirent par obtenir en 1856 qu'un résident serait réinstallé auprès de la reine. Pendant ce temps nos soldats versaient leur sang en Crimée pour le plus grand avantage des intérêts britanniques, et Napoléon III surenchérissait sur l'anglomanie du roi Louis-Philippe. Oui, pendant que la valeur française changeait en victoires les hésitations des troupes de lord Raglan, le gouverneur de Maurice osait féliciter Ravanalona du triomphe remporté par les Hovas contre M. d'Arvoy, établi à Ambavahatoby. L'exploit était héroïque : assailli par deux mille Hovas, notre compatriote, plusieurs de ses compagnons et un groupe d'alliés sakalaves avaient été égorgés ; leurs cadavres mêmes ne furent pas respectés ! Vers cette même époque, le lieutenant de vaisseau Périer d'Hauterive et quatre matelots français furent traînés à Tananarive et ne purent éviter l'esclavage qu'en se rachetant au poids de l'or. Rien n'y fit; les missionnaires catholiques étaient martyrisés, comme M. de Solages, le préfet apostolique de Bourbon, venu pour évangéliser Tananarive en 1832; Louis-Philippe ne bougea pas; de même d'autres confesseurs de la foi étaient
outragés et égorgés sous l'empire. Napoléon III ne semblait pas s'apercevoir de ces forfaits. Et cependant il avait dit : « Partout où va le drapeau de la France, une grande cause le précède, un grand peuple le suit. » Encore, s'il avait pu profiter de la bonne influence qu'avaient prise enfin deux Français, MM. de Lastelle et Laborde, auprès de Rakoto, l'héritier présomptif! Le premier possédait à Mahéla de vastes établissements agricoles, et une véritable flotte était employée à exporter le riz de ses plantations. Le second avait fondé de nombreuses usines, et occupait dix mille ouvriers tant dans ses forges, fonderies, que dans ses fabriques de savon et de divers autres produits industriels. Tous deux avaient trouvé le moyen d'intéresser la reine à leurs travaux, et de faire agréer par son fils leur projet de fondation d'une société à capital considérable pour l'exploitation des forêts et des mines de l'île qui, comme garantie, serait placée sous le protectorat de la France. Un négociant de Bourbon, M. Lambert, fut chargé de se rendre auprès de l'empereur afin de soumettre le plan élaboré à son approbation. Napoléon III mit comme condition à son adhésion que l'Angleterre donnerait son consentement et que la Compagnie serait composée, en parties égales, de Français et d'Anglais. M. Lambert dut donc conférer avec lord Glarendon. Celui-ci, digne héritier de Farquhart, dépêcha à Madagascar le méthodiste W. Ellis, qui connaissait le pays pour y avoir séjourné.
Cet émule du pasteur Jones était à peine arrivé à Tananarive qu'un délateur à ses gages dénonçait à Ranavalona une conspiration ourdie par MM. de Lastelle, Laborde et le prince Rakoto, en vue d'assurer le trône à ce dernier par un régicide. La reine récompensa généreusement Ellis et entra dans une violente fureur contre tous les blancs, qui furent expul-
ses et dépouillés. On les promena pendant quarante jours à travers les pays les plus malsains avant de les conduire au lieu de leur embarquement.
Ce n'était point assez pour apaiser le courroux de la souveraine. Elle ordonna le massacre des chrétiens, et, — conséquence qu'on n'avait pas prévue, — comme il n'y en avait guère d'autres que les méthodistes, ceux-ci devinrent les victimes de l'infâme machination d'Ellis, qui fut, à son tour, expulsé. Le sang avait coulé à flots; la terreur régnait dans le royaume soumis aux fureurs du Néron femelle. Aussi, quand le 18 août 1861 Ranavalona mourut, ce fut comme une délivrance pour Madagascar.
L'avènement de Rakoto sous le nom de Radama II fut suivi du rappel de MM. Lambert et Laborde ; mais Ellis était revenu de Maurice, et il allait continuer sa malhonnête besogne. A l'intérieur, la nouvelle politique fut douce, quoique pas toujours adroite. M. Laborde, qui avait été nommé consul de France, n'eut que voix consultative; il se servit utilement de son crédit pour faire autoriser le séjour des étrangers et le libre exercice de la religion catholique. En Europe, M. Lambert faisait reconnaître la Compagnie de Madagascar avec des privilèges importants, mais qui ne constituaient aucun avantage particulier pour la France.
M. Laborde fut le constructeur du château royal de Tananarive, qui, bâti sur des proportions gigantesques, a été modifié en 1868 par M. Caméron. Celui-ci a substitué la pierre au bois. Les tourelles qui dominent les galeries à trois rangs d'arcade encadrent la toiture ; mais ces changements manquent d'harmonie et de grâce. Ce château est la demeure de la reine.
Le traité du 3 octobre 1862 ne devait pas, du reste, être respecté ; le parti des vieux Hovas, c'est-à-dire des anciens
favoris de la cruelle Ranavanola, s'était coalisé avec les méthodistes pour en empêcher l'exécution.
Le roi fut accusé d'avoir vendu le pays à des étrangers; des convulsionnaires (dont les convulsions étaient grassement rétribuées) parcouraient les rues en se disant les interprètes de la reine défunte, et surexcitaient ainsi l'imagination populaire, déjà si dégradée par les pratiques païennes. Le 12 mai 1863, le roi, attaqué par les conjurés et refusant de trahir ses amis, fut étranglé avec une écharpe. Ellis, qui avait inventé le faux complot contre la reine, fut accusé, par l'opinion des gens les plus sérieux, d'avoir poussé à l'assassinat du roi qui, a-t-il écrit avec cynisme, avait nui au royaume. Ce fut, du reste, le sentiment exprimé par les autres méthodistes. La veuve de Raclama II, proclamée sous le nom de Rosoaherina, déclara nul le traité de 1862 avec la France. Elle obéissait aux instigations du ministre Rainivouninahtiriony (un nom bien long pour désigner un odieux personnage).
L'Angleterre dominait dans l'île ; elle conclut un traité de commerce, et laissa les États-Unis obtenir un accord de négoce avec les Hovas. Mais la France fut mise à l'écart; on lui paya seulement une indemnité d'un million. Ce ne fut que le 4 août 1868, quatre mois après la mort de Rosoaherina, sous l'héritière du trône, sa cousine Ramona, ou Ranavalona II, que fut signée une convention peu avantageuse pour nous et dont une loi allait annuler les seules clauses favorables. Il n'en restait que l'imprudente reconnaissance, par une fâcheuse rédaction, de la reine de Madagascar.
Cependant, notre consul, M. Laborcle, étant mort, son neveu voulut aliéner une partie de ses immeubles, notamment par une cession à la mission catholique placée aujourd'hui sous la direction de Mgr Cazet.
Le traité de 1868 était formel : tout Français pouvait acquérir des biens mobiliers ou fonciers, et à sa mort les biens étaient transmis à ses héritiers. Le gouvernement hova, poussé par les méthodistes, souleva des difficultés et accueillit en riant les protestations du consul français. Ce n'était là que le début des intrigues et des sévices contre la France. Des matelots arabes, de nationalité française, avaient été assassinés et la cargaison de leur boutre pillée ; il fallut beaucoup de peine pour obtenir une faible indemnité. D'autre part, des rois soumis à notre protectorat clans le nord-ouest de l'île avaient été amenés à venir faire acte d'hommage entre les mains de la reine de Madagascar, et, à leur retour, le drapeau hova était arboré sur leurs domaines. M. Baudais, notre représentant à Tananarive, avait dû se retirer à Tamatave, où il vint se concerter avec le capitaine de vaisseau Le Timbre qui, la canne à la main, alla abattre les pavillons hovas et fit couper les mâts de pavillon de la baie de Passandava. Les populations n'opposèrent aucune résistance. Quelques jours après, M. Baudais apprenait que son chancelier, M. Campan, par placards affichés sur la porte du consulat de Tananarive, avait été menacé de mort ; son corps devait être « livré en pâture aux chiens. » Cet odieux factura n'avait été arraché que tardivement, et sur les plus énergiques protestations de notre courageux agent. La mission catholique avait été maltraitée en la personne d'un Père, jeté à bas de son cheval et frappé par de lâches assaillants. Enfin, le directeur d'une plantation appartenant à un négociant de Marseille avait été assassiné tout près de son habitation. M. Baudais avisa de ces crimes et des périls courus par nos nationaux, menacés de mort, le gouvernement français ; mais l'astuce se mêlait à la violence, et le premier ministre hova annonça officiellement l'envoi d'une ambassade chargée de
visiter le gouvernement de la République française, ainsi que les autres gouvernements amis. C'était le moyen dilatoire imaginé par les méthodistes pour soustraire leurs complices et dupes au juste châtiment de leurs forfaits. L'ambassade se confina dans des arguties, des subtilités, et, n'ayant pas réussi à Paris, se rendit à Londres. Le cabinet britannique poussa l'impudence jusqu'à écrire, dans une note à notre ministre des affaires étrangères, que le gouvernement de Sa Majesté ne désirait ni mettre en avant sa médiation, ni imposer ses offices au gouvernement français.
M. Duclerc, alors ministre des affaires étrangères, répondit en termes fermes et dignes, qui étaient à la fois une leçon et un avertissement. Les ministres britanniques se le tinrent pour dit.
Il fallait agir. M. de Mahy, alors ministre de la marine, envoya l'amiral Pierre à Madagascar, avec la mission de chasser les Hovas de toute la côte comprise entre Majunga et la baie d'Antongil. Conformément à ces instructions, les Hovas ayant refusé de reconnaître nos droits et d'accorder satisfaction aux héritiers Laborde, Tamatave fut bombardé le 10 juin 1883 par notre division navale, et occupé par nos marins. Les Hovas se retirèrent à l'intérieur. Comme réponse à ce fait de guerre, le gouvernement de Tananarive, poussé par le pasteur-photographe Parret et autres méthodistes, décida l'expulsion des Français habitant la capitale. Ceux-ci, non sans péril pour leur vie, durent gagner à pied Tamatave, au milieu des insultes de soldats chargés de les outrager plutôt que de les protéger.
Un incident vint d'une manière fâcheuse compliquer l'action de notre flotte. M. Shaw, méthodiste anglais, ayant tenté d'empoisonner les soldats, fut arrêté et transporté à bord d'un de nos navires de guerre. Le ministère français, au lieu
découvrir la ferme conduite de l'amiral, céda aux intrigues qui avaient trouvé de l'écho à Londres. M. Shaw fut remis en liberté et reçut 25,000 francs d'indemnité! C'était le désaveu de l'amiral Pierre, qui, malade, découragé, demanda son rappel et mourut en mer quelques jours avant l'arrivée en France. La faute s'aggravait d'un deuil.
La reine Razafeudrehezi (Ranavalona III) venait de monter sur le trône, vacant par le décès de sa tante, lorsque l'amiral Galiber prit le commandement de la division navale. Des négociations engagées à la demande des Hovas n'aboutirent pas, après des pourparlers qui durèrent jusqu'au commencement de 1884.
Je ne veux pas traiter la question politique, et c'est pourquoi je me bornerai à dire que l'attitude du parlement et du ministère a nui beaucoup, par ses incohérences, par ses hésitations, à l'œuvre militaire poursuivie avec vaillance. •Gomment oublier qu'il se trouva des Français, — en petit nombre, il est vrai, — pour oser demander l'évacuation de Madagascar !
Tandis que le commandant Pennequin infligeait aux Hovas une éclatante défaite près d'Ankaramy, l'amiral Miot, qui avait succédé à l'amiral Galiber, dirigeait une reconnaissance offensive contre Farafate. D'autre part, le consul d'Italie àTamatave reprenait, à titre officieux, pour le gouvernement hova, des négociations qui aboutirent. Notre gouvernement ratifia, après corrections, les clauses acceptées par l'amiral Miot et M. Patrimonio, qui avait remplacé comme agent diplomatique M. Baudais; et la paix fut conclue.
La reine Ranavalona fut reconnue pour reine de Madagascar ; mais l'île entière fut placée sous le protectorat de la France, dont le résident général habite aujourd'hui Tananarive. Des consuls résidents furent établis dans les principales
villes ; la baie de Diégo-Suarez nous a été cédée en toute propriété. L'occupation de Tamatave a été maintenue jusqu'au complet paiement d'une indemnité de 10 millions à répartir, par nos soins, entre nos nationaux victimes de la guerre. Quant à nos alliés les Sakalaves, on les confia, un peu naïvement, à la « bienveillance » des Hovas.
Ce traité est loin de donner satisfaction aux droits séculaires de la France, et nous ne croyons pas à sa durée, car la mauvaise foi de nos ennemis de la veille subsiste, et les méthodistes anglais sont toujours là pour créer à nos compatriotes, particulièrement à nos missionnaires, si longtemps persécutés, des ennuis continuels et des dommages sérieux.
Mais un homme s'est trouvé qui a valu, à lui seul, une armée pour la France, et qui, par son indomptable énergie, a .su assurer le respect du drapeau : c'est M. Le Myre de Vilers, lé premier résident général. D'un courage à toute épreuve, il a acquis dans sa carrière laborieuse le sang-froid et l'expérience qui font la force du diplomate et complètent si bien la fermeté du patriote.
M. Le Myre de Vilers est le fils d'un colonel de cavalerie. Il est né à Vendôme le 17 février 1833. En 1849, il entra à l'école navale et fut décoré comme officier de marine. Démissionnaire en 1861, il entra deux ans après dans l'administration : sous-préfet de Joigny, puis de Bergerac, il devint ■en 1869 préfet d'Alger. Durant la guerre, nous le retrouvons enseigne, attaché comme officier d'ordonnance à l'amiral de La Roncière Le Noury qui commande en chef la division des marins défendant Paris. Il est nommé, pour ses brillants services, lieutenant de vaisseau, et, en 1871, il reçoit la croix d'officier de la Légion d'honneur. Il rentre dans l'administration comme préfet de la Haute-Vienne, passe ensuite à la
direction générale des affaires civiles et financières de l'Algérie et prend place au conseil d'État.
En 1879, il gouverne la Cochinchine, et la promotion au grade de commandeur récompense le ministre plénipotentiaire près la cour d'Annam. Le voilà, enfin, appelé au poste dans lequel ses éminentes qualités vont s'affirmer avec éclat. Le résident général à Madagascar, promu grand officier de la Légion d'honneur, ne quitte ses fonctions qu'après avoir appris aux Hovas que la France, si cela devient nécessaire, substituera sa loyale souveraineté à un protectorat dont on lui conteste à chaque instant les droits très nets et indiscutables. Les électeurs de la Gochinchine, ayant gardé bonne mémoire de leur ancien gouverneur, le choisirent le 6 octobre 1889 pour leur député.
A la Chambre, M. Le Myre de Vilers a déjà utilement pris part à des discussions importantes. Il parle avec précision et est très écouté. Il s'est assis à la gauche gouvernementale ; mais il se lève souvent et se retrouve à droite, où l'accueil le plus sympathique lui est fait.
En terminant cette notice, il m'a paru juste de rendre un respectueux hommage aux deux hommes qui, dans notre siècle, ont le plus contribué à la conservation de notre prestige dans la grande île africaine : l'amiral Pierre et M. Le Myre de Vilers. Mais je manquerais à un devoir bien cher si je n'ajoutais pas que les missionnaires, à Madagascar comme partout, ont été les pionniers intrépides, persévérants, de la civilisation catholique. Il faudrait des volumes pour raconter ce qu'ils ont souffert, ce qu'ils ont accompli sur cette terre lointaine. On peut résumer leurs travaux en disant qu'ils ont versé leur sang, dépensé leur vie pour Dieu et pour la France.
Les îles françaises.
Entre la côte orientale d'Afrique et la côte nord-ouest de Madagascar se trouvent les îles Gomores, comprenant Mayotte, la Grande-Comore, Anjouan et Mahéli.
Mayotte. — Cette île fut cédée en 1845 au commandant