‹ La France au soleil: notes sur l'AlgérieChapitre 5 sur 9 · MAKE NOSTRUM · texte numérisé non relu

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cette méthode n'a encore donné que de bons résultats. Je la crois préférable aux leçons de Técole primaire. A mon sens, avec Fâpreté agricole du montagnard berbère, elle résume la force algérienne. Cette force peut être développée, et pour évoluer selon les lois modernes n'a besoin ni de cuistres ni de sophistes.

Et quant à cette prétendue civilisation, agonisante de tous temps, dont la faible énergie est morte, en quoi peut-elle nous intéresser ? Les ruines qu'elle laisse furent faites par elle, il est vrai, mais Tœuvre qu'elle ruina ne lui était point due.

Ah I ces ruines I Les villes endormies qui ressuscitent et celles qui gisent pour toujours dans les sables et dont les troupeaux errants insultent l'étemel repos et la grandeur défunte! Peuplez-les d'ombres illustres! Déchiffrez les épitaphes I Evoquez ceux qui les parcoururent ou les bâtirent I Cherchez la trace de leur vie, le souvenir de leur effort ! Nobles tristesses ou rêveries somptueuses... J'aime cette poétesse aux voiles flottantes qui, sur la citadelle de Byrsa, reprend et prolonge quelques instants — pour le photographe d'un magazine féministe — l'attention immobile ou l'auguste inquiétude de Salammbô. J'aime aussi ses strophes •éperdues, les nobles cadences de sa nostalgie de septentrionale grisée par les parfums des

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oasis ou le flamboiemont des horizons brûlés. J'écoute moi aussi les voix lointaines qui firent retentir cette terre farouche, et que le vent du sud promène encore dans ses souffles brûlants. Mais la raïta sauvage, la flûte agreste d'un pâtre chante ironiquement ses notes aigres sur ces tombeaux d'étrangers.

Je n'ai pas la folie des ruines. Et je n'en ai pas non plus la crainte.

L'Afrique latine avec ses splendeurs mortes ne m'effraie pas. Elle ne peut arrêter ma vision. « Les Romains sont revenus I » s'écrièrent des fellahs envoyant nos soldats déchiffrer et traduire selon des sens dont ils avaient conservé la tradition, les inscriptions mortuaires, que l'on peut lire un peu partout. Je n'ai partagé ces sentiments de retour et de continuité qu'en lisant à Lambèse, parmi les tombes, une inscription qui date de 1850, et dont j'aimai l'ironique et vigoureuse indication :

« Le commandant Càrbuccia du 3® bataillon d'Afrique à son prédécesseur le chef de la troisième légion romaine. »

Eh oui I les Romains sont revenus reconstituer l'empire. Ils ont vaincu les barbares, et la Méditerranée est à eux. De nouveau les Espagnols peuplent Oran,les Italiens s'installent en Tunisie. Les uns sont rouliers ou maraîchers, les autres planteurs de vigne, au septième, ou

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cafetiers. Mais Doria avait échoué, mais Ch arles Quint avait reculé, mais Oran avait été sous Ximénès dépendant de i'évêché de Tolède. « Ce n'est pas ime ville, c'est toute la Mauritanie que vous conquerrez à la croix, » s'écriait-il en 1554, lorsqu'il débarquait le crucifix à la main. Dias de perdida et sentimiento para Espana I Jours de perte et de douleur pour l'Espagne I A Gabès, la vieille citadelle espagnole sert de caserne à nos tirailleurs, et les vieux obusiers de Venise avec ceux des flottes de l'Empereur, repris aux Turcs par nous, ornent à Alger les escaliers et les terrasses du cercle militaire.

L'Algérie devait être française. Laissons aux intellectuels qui ne croient pas plus à la réalité de l'heure présente qu'au caractère traditionnel, et aux destinées d'une nation les rêves morts, les paradoxes esthétiques, les mesquins dénigrements. Ils éplucheront, rectifieront au besoin les statistiques, recueilleront les plaintes des aigris ou l'incompréhension de quelque brave garçon de verve facile, ils invoqueront des témoignages découragés. Et il n'en manque pas, non plus que de prédictions basses, dont l'avenir a fait justice. Le brave généal Duvivier, un magnifique soldat de notre guerre africaine, ne proposait-il pas, en 1840, de limiter notre conquête aux banlieues d'Alger, dont il exclut Boufifarick, « dans l'infecte et désolée

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Mitidja, que nous laisserons aux chacals, aux courses de bandits arabes, au domaine de la mort sans gloire. » J'ai dit ailleurs les résultats de notre effort dans la Mitidja. Laissons donc les prédictions découi âgées, les témoignages aigris. Laissons prêcher aux pamphlétaires les obscures et vides doctrines, qui sont une manie de de notre époque bavarde, un des jeux où se complaît notre égarement momentané ; et soyez bien sûr que Tadmirable et pittoresque vantardise, la hâblerie bruyante des latins fourniront encore matière à d'amples développements ! Laissons dire 1 Cela fut de tous les temps et la vie s'est eontinuée. Aux fantaisies criminelles d'incohérents que nos maîtres d'une heure eiicouragént, aux « nuées » qui obscurcissent l'héroïsme de notre loj'ale pensée et de nos claires actions, opposons avec confiance les traditions et les principes de la France éternelle.

Et voici des faits : l'échec de Doria, l'échec des Portugais à Ksar-el-Kébir, l'échec de Char-* les-Quint. Mais la menace prophétique de Pons de Balaguer, chevalier de langue franque s'est réalisée ; nous sommes revenus — Les Français sont revenus I — chercher le poignard planté, au cours d'un assaut, dans la porte Bab-Azoun. Ils ont bâti une chapelle dans les lentisques qui marquaient la place où mourut saint Louis ; la flotte de Charles X reprit la

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route oubliée qu'avaient tracée les canons de Beaufbrt et de Duquesne. ^L'Eglise romaine d' Afrique,de TertuUien, de Lactance et de saint Augustin a revécue, mais ressuscitée par un cardinal français : Lavigerie, son premier métropolitain.

Que nous importent quelques idiomes latins de plus dans les rues de nos villes ou dans les chantiers d*alfa I J'ai vu des noms sicilliens francisés à la deuxième génération. Et les murailles des anciens forts espagnols retentissent de nos sonneries. Ils avaient échoué, livrés à euxmêmes ; ils avaient repris la mer, ou vivaient cloîtrés dans leurs villes, guettés par l'embuscade et dévorés de l'envie de repartir. Leurs villes africaines étaient des bagnes. (Elles le sont encore d'ailleurs, et rien de plus, sur le versant méditerranéen du Maroc.) Nous avons réussi. Les villages ont des noms français, quelquefois italiens, mais ils s'appellent alors Marengo, Castiglione ou Mondovi, et je ne trouve plus ces noms italiens. Ceux que nous avons rappelés se sont rués confiants vers les rudes labeurs que notre force autorisait à tenter, vers l'aisance que notre discipline assurait aux vaincus d'hier. Cette terre si redoutable pour eux, la veille, se faisait conquise par nous, accueillante et maternelle. Ceux-là maintenant bégayent et meurtrissent notre langue, leurs

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enfants liront nos livres et apprendront notre histoire (1).

Et je trouve admirable que dans une auberge de Bou-Saada à ïn Hôtel du Sa/iara,à deux pas du désert, dans le pays des Ouled-Nafls et des vipères à cornes I » M. Louis Bertrand, qui d'ailleurs s'en indigne, aitvulirele GénéralDourakine et les Mémoires d'un Ane^ à une petite fille.

Petite fille qui lisait les ouvrages dorés, à couvertures roses, petite Française étonnée paut-être de te trouver là-bas, parmi ces burnous et que les cris rauques de la bourgade saharienne ont apeurée dès les premiers jours, tu Jis les ouvrages de Mme de Ségur, que j'ai lu avec tant de petits Français dans mon enfance et que je garde pour mes neveux, qui les liront à leur tour. Et le premier soir, peut-être, quand meurtrie par le voyage, ahurie, cahotée, et toute affolée de ces costumes, de ces bruits et de mille histoires entendues au départ de France, la première caisse ouverte, en les retrouvant, tu t'es retrouvée toi-même, avec ta petite âme craintive, ton caractère doux, la petite Française élevée simplement.

Et n'est-ce pas dans \m de ces romans puérils qu'est contée l'histoire du Petit Paul, naufragé

(1) Voir note aux Appendices.

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