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très limité, et ne pourra, sous aucun prétexte que ce soit, dépasser la huitaine : durant ce temps, il le recevra avec plaisir cumme dans les beaux jours d'autrefois; mais passé huit jours, sa porte lui sera impitoyablement fermée : ainsi le veut la raison d'Etat, Il tint parole : Decazes vit le Roi le temps ccivenu, et fut reçu avec beaucoup d'affection ; mais ayant été obligé de prolonger son séjour à Paris de quelques semaines, il ne put, pour aucune considération, être admis de nouveau à la cour, Tout n’est pas rose dans la vie des grands du monde :
“ Je ne crois pas, écrit M. Daudet, qu'il existe dans l’histoire pareil exemple d’un homme jeune, actif, entreprenant, plein d'idées, et prompt aux initiatives, jadis monté si haut et subitement tombé si bas, alors que les causes de sa déchéance n'ont pas revêtu un seul instant le caractère d'une disgrâce éclatante et formelle. Decazes est pair de France ;il est ambassadeur : le Roi l’accueille paternellement, lui écrit et lui parle comme à un fils chéri; il continue à intimider ses adversaires; ils redoutent les effets de la faveur apparente dont il jouit ; et cependant il ne peut plus rien. L'affection que Louis XVIII lui témoigne maintenant est purement platonique. Le jour approche où ies preuves s’en espaceront de plus en plus, où la plume qui a noirci pour lui tant de papier et y répandit à son intention tant de phrases chaleureuses et tendres ne craindra pas de lui écrire: — I] m'est impossible de te recevoir !
“ C'est l’heure la plus triste de sa vie, jusque-là si brillante, Sa jeune femme se meurt ; le désespoir auquel il est en proie s'envenime et s’assombrit des cruelles réflexions dont la décroissance de sa faveur, révélation des intrigues et du triomphe de ses ennemis, emplit sa pensée... La disgrâce de Decazes, déjà ‘commencée, fut promptement consommée par
la faveur envahissante et victorieuse de la comtesse du Cayla 1”,
Mais n’anticipons pas,
Ea frappant le fils cadet du comte d'Artois, Louvel avait espéré anéantir la Branche atnée des Bourbons; mais sept mois après la mort du duc de Berry, la duchesse mit au moude un fils, qui reçut le titre de duc de Bordeaux. Cette naissance, qui comblait les vœux des royalistes, excita leur enthousiasme: Lamartine et Victor Hugo saluèrent dans le nouveau-né “ l'enfant du miracle, l'enfant de l'Europe.” Au moyen d'une souscription nationale, on acquit le château de Chambord, qui fut offert au jeune prince au nom de la France,
A cause de l'assassinat du duc de Berry, Richelieu se crut obligé de recourir aux lois d'exception: il proposa et fit accepter par les Chambres la suspension temporaire de la liberté individuelle, ainsi que la censure pour les journaux. Puis il présenta une nouvelle loi électorale, à sa manière. Cette loi, dont je n'entreprendrai pas d'expliquer le mécanisme, était absolument la contre-partie de l’ancienne, et faisait passer les élections, de la bourgeoisie aisée, entre les mains de dix ou douze mille grands propriétaires. Elle souleva dans la Chambre des députés de longs et violents débats, et provoqua au dehors de terribles émeutes. Elle fut votée cependant par la majorité du Parlement ; et c'est d'après cette nouvelle loi que se firent les élections partielles de 1820, qui donnèrent à la Chambre des députés une très forte majorité royaliste,
Eh! bien, ces royalistes, malgré toutes les avances que Richelieu leur avait faites, se défiaient de lui et le trouvaient trop modéré. Royaliste sincère lui-même, ainsi que tous ses collègues, jamais il ne put gagner complètement leur con-
1—E. Daudet, L'ambassade du due Decazes.
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“ Nous nous félicitons, Sire, de nos relations constamment amicales avec les puissances étrangères, dans la Juste confiance qu'une paix si précieuse n’est point achetée par des sacrifices incompatibles avec l'honneur de la nation et la dignité de la couronne ”.
Le Roi ressentit vi vernent ce qu'il y avait de blessant dans ces remarques : il répondit, avec fierté :
“ Dans l'exil et la persécution, j'ai soutenu mes droits,
igne à la seule pensée que je puisse jamais sacrifier l'honneur de la nation et la dignité
de ma couronne, J'aime à croire que la plupart de ceux qui ont voté cette adresse n’en ont pas pesé toutes les expressions ”,
Le duc de Richelieu ne fut pas moins blessé que le Roi : il patienta, Cependant ; et dans le désir de satisfaire les royalistes, il fit appel à la loyauté d'hommes clairvoyants comme MM. de Villèle et Corbière : ces deux députés de la droite acceptèrent d'entrer dans son ca sans portefeuille,
Mais on n’en continua pas moins à conspirer chez le comte d'Artois. Il n'y a pas de trucs auxquels on n’eñt recours Pour renverser le ministère Richelieu ; et le plus étrange fut sans contredit celui où fut impliquée cette comtesse du Cayla, que j'ai nommée tout à l'heure, Le vieux roi, privé de ses favoris Blacas et Decazes, s'était attaché, d’une manière
binet comme ministres
Purement platonique, à cette personne, qui lui avait été pré. sontée un jour par hasard, qu'il recevait souvent chez lui, et qui avait capté sa confiance 1, « Les partisans ct les amis du comte d'Artois réussirent, à force de flatteries, à accaparer M'e du Cayla, et s'en servirent pour modifier les dispositions de Louis XVIII à l'égard des ultra-royalistes ”,
Cela explique la froideur relative que le Roi avait témoigné à Decazes, lors de son passage À Paris: cela explique égale. lent la facilité avec laquelle il finit par se désintéresser du bon duc de Richelieu lui-même, qui n'avait pourtant accepté le pouvoir que sur ses instances ; et lorsque le duc lui offrit sa démission vers la fin de 1821, Louis XVIII s'empressa de l’accepter, et invita M. de Villèle”à former son ministère : M°° du Cayla avait tout arrangé d'avance en petit comité,
Richelieu ne survécut que quelques mois à sa disgrâce, et mourut à son château de Courteilles, le 17 mai 1822
“Tout bon Frauçais lui donnera des regrets ”, écrivait M. de Serre,
“ En lui,a dit M. Villemain, l'honuête homme soutenait et agrandissait l’homme d'Etat ”.
“ C'est une perte pour la France, écrivait à Chateaubrian1 la duchesse de Duras, Sa vie était une sécurité. Dans une crise, c’est autour de lui que les opinious se fussent ralliées, [1 n’était pas l'homme de tous les jours, il l’a trop pro: vé ; mais il était l'homme des grandes circonstances, parce qu. sa droiture et sa loyauté n'étaient contestées par personne, On se fiait à lui, et aux yeux des étrangers il était un homine ” 2
Je n’entreprendrai Pas ce soir de parler du ministère Vil-
1 — Louis XVIII, connu dans sa jeunesse pour sa réserve à l'égard de toutes les femmes, avait subi, dans ses vieux jours, l'influence platonique, mais très puissante néanmoins, d’une intrigaute ”, (Charles X et ses nouveaux historiens, par le comte de Ludre).
2— Bardoux, La duchesse de Duras.