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CHAPITRE PREMIER

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Nous serions presque tentés de demander excuse au lecteur pour cette digression philosophique, mais ces explications, tout ambitieuses qu'elles puissent paraître, ne sont elles-mème qu'une humble supplique, réclamant l'indulgence pour nos recherches historiques.

La science en effet abonde tellement de nos jours en adeptes de haut parage, qui professent le plus grand dédain pour l'étude du détail, que nous avons cru nécessaire d'entrer dans une sorte de justification de nos travaux ; car on a honte en quelque sorte aujourd'hui de paraître obligé de remuer tant de détails pour avoir quelque chose à dire. Qui n'a pas rencontré quelquefois un de ces esprits prime-sautiers, qui avec une certaine promptitude d'intelligence et une grandeur apparente de pensée, saisissant sommairement un sujet, une théorie, •ou môme toute une science, dessinent ex abrupto la large esquisse des grandes lignes de la science, sur l'aperçu irréfléchi de quelques faits écourtés.

Ces esquisses, dont la fantaisie brillante éblouit la foule, outragent souvent, il est vrai, la vraie science et le bon S9ns;"mais ne les reprenez point de cette présomption, ils vous feraient la théorie de leur procédé, et ils appartiennent à une école philosophique. En effet ces penseurs improvisés, ces savants d'occasion, relèvent tous plus ou moins des systèmes panthéistes qui divinisent l'instinct, se méfient de la réflexion, dédaignent l'analyse et ne parlant jamais que de généralisation et de synthèses, entraînent l'humanité vers un absolu superficiel qui n'est que le chaos et la négation.

Les choses les plus excellentes mûmes à leur heure et à leur temps peuvent devenir pitoyables hors de leur saison et de leur raison d'être. La généralisation est un des plus puissants instruments que possède l'esprit de l'homme, lorsqu'elle se base sur la diversité même de ses connaissances et de ses pensées, pour les dominer et en faire un ensemble. Rien d'admirable et de fécond comme l'intelligence qui dirige de haut les séries variées de l'observation et du raisonnement vers le juste point où elles doivent se limiter mutuellement, afin d'en former avec un tact supérieur une conception nouvelle.

Mais observons bien que le plus important de ce travail n'est pa» tant

d'émettre des idées que d'en déterminer la combinaison, et de fixer la juste limite que chacune doit imposer à l'autre. C'est là que se montre surtout la grandeur de l'intelligence, et c'est là le caractère essentiel du génie, car on ne saurait trop le répéter, il est plus difficile de trouver la mesure de l'idée que de créer l'idée elle-même.

L'inspiration d'ailleurs, la plupart du temps, nous appartient-elle? Elle nous vient du dehors, on ne sait comment; par le spectacle des faits les plus indifférents en apparence, par un sentiment subit qui traverse l'àme, par la combinaison d'idées antérieures; c'est le fait de l'être extérieur, du non moi, c'est l'œuvre de Dieu; ce qui appartient à l'homme, c'est la formalité qu'il lui impose, par les relations dont sa réflexion l'entoure.

Nous comprenons donc toute l'excellence de la synthèse qui rassemble la variété des idées mûrement réfléchies et des connaissances laborieusement acquises. Mais que penser de la généralisation qui court les rues, fruit des fantaisies vulgaires, sinon qu'elle est aussi dangereuse en ses résultats que misérable en sa valeur.

Que sort-il de ces ébauches de la pensée? Une science d'aperçus fondés sur des à peu près, incertaine dans sa base, flottante dans ses vues, contradictoire dans ses aflirmations; et de là, dans la pensée du public un dédain croissant pour les œuvres de l'intelligence, où il ne voit plus qu'un inextricable chaos, d'où il appartient à chacun de faire sortir, comme d'un magasin de confection, un système tout fait à la guise de ses passions et de ses intérêts.

De toutes ces réflexions bien mûries, nous avons conclu que nous n'avions pas si grand tort de nous borner au rôle d'un collectionneur de faits , songeant qu'après tout sont très-rares les têtes capables de dominer les vastes ensembles du monde de l'esprit, et que mieux vaut se contenter à de simples travaux qui deviennent utiles, que de s'enfler outre mesure dans une emphase impuissante et trop souvent ridicule.

Soyez plutôt maçon si c'est votre talent.

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