‹ La France aux coloniesChapitre 16 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

:Vote t.

Un manuscrit fort curieux que nous avons trouvé aux archives nous apprend que M. le duc de Nivernais envoya, à la fin de 1 762, M. de la Rochette en x\ngletcrre, pour s'enquérir de l'état des Acadiens prisonniers, et contient en niCme temps le rapport de M. de la Rochette. Ce rapport mentionne quatre convois de prisonniers emmenés d'Acadie par les Anglais : 1" un convoi de 1,500 personnes dirigé sur la Virginie, d'où ils furent renvoyés en Europe ; — 2" 1 ,200 prisonniers envoyés au Maryland, qui y restèrent en travaillant dans les campagnes; — 3° 2,000 expédiés vers la Carolioe et qui furent repensés des côtes ; — i" un autre envoi destiné à la Pensylvanie fit naufrage sur la côte et fut englouti, dit le rapport.

Les 1,500 prisonniers renvoyés de la Virginie furent ramenés en Angleterre et répartis dans quatre villes : Liverpool, Southampton, Penryn, et Bristol; il n'en restait plus que 786 vivants lors de la visite de M. de la Rochette. — Ceux que les gens do la Caroline refusèrent de recevoir allèrent prendre terre sur les côtes de la Virginie, d'où ils furent encore contraints de s'éloigner (il paraîtrait cependant, suivant quelques auteurs, qu'une partie put y demeurer et passa de là ;i la Louisiane), et s'étant rendus maîtres complètement de leur navire, se dirigèrent dans la baye de Fundy k l'embouchure du Saint-Jean ; ils y débarquèrent au nombre encore de 900 et de là se mirent à courir sur les Anglais, en corsaires.

Le même rapport estime qu'il y avait encore 10,000 Acridiens prisonniers au Maryland, en Pensylvanie et en Caroline. Pour cette dernière évaluation il a soin d'avertir (|u'on ne peut en garantir l'exactitude, car ce n'est qu'un on dit recueilli parmi les prisonnieis acadiens en Angleterre.

Ce rapport, h côté de renseignements précieux, renferme plusieurs erreurs; ainsi nous savons que le convoi de l'ensylvanie ne périt pas, mais put parvenir à Philadelpliie, au nombre de ioO. — Il omet également le convoi qui fut dirigé sur Boston, mais cette erreur s'explique en ce que ce dernier envoi, exclusivement composé des gens de Port Royal, ne partit que bien après les autres, conmie nous le verrons ci-dessous. — Enfin il commet une grosse erreur sur le chiffre des prisonniers restés aux Étatsl'nis et qui ne montaient plus guère alors qu'à 3,0(10 ou 3,300 personnes. — Quant au chiffre de 2,000 Acadiens, (ju'il donne comme existants alors en France, c'étaient simplement les habitants de Louisbourg, transportés en France en 1759, et quelques réfugiés nécessiteux venus du Canada, comme nous avons pu le vérifier sur les registres des secours accordés.

Ce rapport contient toute l'histoire de ces malheureux prisonniers; rien n'est plus repoussant que le détail des traitements qu'ils eurent h subir aux Etats-Unis et en Angleterre ; il suffit pour en donner une idée de dire qu'il rappelle les pontons anglais de 1812, Mais eh 1812 encore ne s'agissait-il que d'hommes jeunes, vigoureux, et cependant cette captivité nous paraît horrible; or en 1760 les deux tiers étaient des femmes, des enfants et des vieillards!

Sur les instances du duc de Nivernais ces infortunés purent revenir en France en 1763; il avait l'intention de les établir sur l'île de Bouin, projet qui est exposé fort au long dans le manuscrit, mais qui n'eut pas de suite.

IVote 3.

Voir dans Halliburton le détail de l'inhumanité des habitants de la Pensylvanieetdu Massachusets à l'égard des Acadiens, et aussi le mémoire adressé au roi d'Angleterre par les malheureux déportés en Pensylvanie.

]Vo<e 3.

Voir dans Moreau Saint-Méry {Description de la partie française de Satnt- Doniinque). — Nous devons en outre une partie de ces rens'ignements à l'obligeance de M. Linstant-Pradines, ministre plénipotentiaire d'Haïti i\ Paris, qui nous a assuré avoir connu plusieurs de ces descendants des Allemands et des Acadiens servant dans l'armée haïtienne; leur canton, nous a-t-il dit, a eu à souffrir lors d'une certaine ex édition dirigée, autant qu'il nous semble, par Dessaline; mais en somme, la masse de la population y est toujours demeurée jusque aujourd'hui laborieusement attachée à ses petits héritages.

TVote 4.

418 Acadiens, arrivés en 1764 à Saint-Domingue, venaient de New-York, d'autres furent encore envoyés de France même ; mais 231 furent réexpédiés à la Louisiane, où ils commencèrent des établissements aux Oppeioxsas et aux Attakapas, puis un autre au-dessus du quartier des Allemands, le reste des Acadiens fut établi à Bombar dopo/is et h Plate-Forme (quartier du Môle).

Le 13 mai 176() il y avait au quartier du Môle 387 Acadiens et 106 hommes provenant des régiments de Quercy, Forez et Angoumois. Le 26 octobre 1764, on voulut aussi établir au Mirebalais des Acadiens, mais ils y moururent tous, sauf quelques femmes.

— Ui —

En 1777 un assez grand nombre d'Acadiens ont quitté le Mole, qui ne prospérait pas, ils allèrent en Louisiane. (Moreau Saint Méry.)

Enfin en avril 1784, plusieurs Acadiens résidant à Saint-Malo, appuyés par l'ambassadeur d'Espagne, le chevalier Héredia, firent une demande pour passer ii la Nouvelle-Orléans ; et une note qui accompagne cette demande annonce que ((uelques Acadiens, qui étaient à Nantes, sont sur le point de s'embarquer pour cette destination avec l'agrément de l'ambassadeur d'Espagne. {Arc/tiies.)

Les 418 Acadiens mentionnés ci-dessus comme venant de New-York, provenaient peut-être de la nouvelle proscription que subirent alors les Acadiens de l'ile Saint- Jean?

Note 5.

u Les Acadiens passés en France après la reddition de Louisbourg, et après « celle du Canada étaient à la fin de 1 736 au nombre de 3,000 à 3,500 y com- « pris ceux venuscn dernier lieu d'Angleterre sur les invitations de M. le duc o de Nivernais. D'après les invitations de monseigneur il s'est embarqué « environ oOO Acadiens tant pour Saint-Domingue et la Martinique que pour « les îles Saint-Pierre et Miquelon ; et il y a en outre actuellement à Morlaix u 20 à 2i familles, environ 100 personnes, demandant à passer à Cayenne. » (Extrait d'un rapport de 1764 ou 1765. Archnes.)

Une famille acadienne nommé Trion, qui était établie à Sinnamary ainsi que plusieurs autres, donna l'hospitalité aux déportés politiques de 1798. Venez, leur dit madame Trion, nos parents furent bannis comme vous, ils nous ont appris à soulager le malheur. (Barbé-Marbois.) Nous pensons que ce nom de Trion est la corruption du nom acadien de Tériot, altéré soit par la prononciation, soit par l'écriture dans la relation.

Note 6.

Nous tenons une partie de ces détails d'un M. Demairé, des environs de Montmorillon, descendant par sa grand'mère de l'un de ces Acadiens, M. Barbudeauj mtdccin, qui se réfugia avi.c ses compatriotes sur les landes d'Archigny.

Nous avons en outre trouvé aux archives le projet d'établissement des Acadiens sur les terres de M. de Pérusse. Ce projet, sans date, mais qui, d'après certaines dates qu'il contient, paraît avoir été dressé en 1773, constate qu'il y avait encore en France à cette épof[UC, malgré les envois faits à Miquelon, a Saint-Domingue, à la Louisiane, à la Guyane, et à Belle-Ile en mer (Voir ci-dessous), 2370 réfugiés acadiens. Comme il n'en vint guère, en tout que 3,500 (voir la note ô), ce furent donc 1100 environ qui partirent pour les colonies et Belle-Ile.

Ceux qui restaient étaient ainsi répartis : 1G7 au Havre, 222 à Cherbourg, 166 à Morlaix, 7 à Nantes, 26 îi la Hochelle, 1,712 à Saint-Malo, 69 h Rochefort, 1 à Dunkerque; le tout formant 62G familles. Dans ce nombre de réfugiés sont compris les habitants de Louisbour;;, transportés en masse en France en 1759, et dont en réalité très-peu étaient Acadiens, un certain nombre de réfugiés du Canada, et enfin les Acadiens revenus des prisons d'Angleterre en 17 63 ; ces derniers seuls provenaient de la proscrijjtion acadienne. Sur ces 2,370 réfugiés, 1347 appartenaient à des familles rurales, 153, à des indusi.ries analogues à l'agriculture, 870 à d'autres professions, étant pour la majeure partie pécheurs ou matelots.

Le projet ne s'appliquait <|u'à ceux des deux premières classes, ceux de la dernière ont donc dû rester dans les lieux ou ils étaient établis, ils devaient provenir pour la plupart de la ville de Louisbourg, autour de laquelle n'existait presque aucune culture. Ou propose de partager entre les 1,500 réfugiés

des deux premières catégories les 7,110 arpents offerts par M. de Pérusse^ à raison de 15 arpents par famille, le tout divisé en 5 villages; danscliaquc village il sera l'éscrvé 52'2 arpents pour être distrii»ués à ceux des gens de mé» ticr qui voudi'aient venir s'y établir.

Pour l'établissement de cette colonie, achat de bestiaux, ustensiles etc., etc., on demande à l'État une subvention de 000,000 livres et on estime que M. de Pérusse aura encore à débourser l/i8,500 livres, mais en compensation il prélèvera une rente de 1 livre 75 par arpent concédé.

On estime que les frais d'établissement d'une maison pour dix Acadiens soit environ deux familles, plus U bœufs, 2 vaches, les outils nécessaires et les provisions de la première année, coûteront 2,800 livres.

Les bœufs ne sont estimés que 300 livres la paire, et les vaches 60 livres pièce, mais en revanche le fourrage paraît avoir été très-cher à cette époque, car on estime à 460 livres la nourriture des bœufs et des vaches pour une année; ce qui, à raison de 300 bottes de foin par tôte, mettrait le foin à 25 livres les 100 bottes, prix qui correspondrait aujourd'hui à 5Q ou 60 livres.

Bien avant cet établissement des Acadiens à Archigny 77 familles d'entre eux, soit à peu près 400 personnes, avaient été se fixer à Belle-Ile en Mer; ce fut en 1763 que l'infatigable abbé le Loutre conduisit cette entreprise. Ce prêtre héroïque, après avoir accompagné les émigraii't^ Shediak, était tombé aux mains des Anglais, qui se vengèrent lâchement de son zèle en le tenant six ans dans un cachot au château de Jersey; mis en liberté après la paix, il rejoignit aussitôt ses chers Acadiens, en conduisit 77 familles à Belle-Ile, où il était encore avec eux en 1769, comme le témoigne une réclamation adresoée par lui en leur faveur, du 31 mars 1769.

Les secours donnés aux Acadiens étaient de six sous par jour; ceux qui restèrent sans établissement continuèrent à jouir de leur indemnité, comme le prouve une réclamation adressée à Louis XVIII par quelques uns d'entre eux qui existaient encore en 1814. Cette pièce, datée de la Rochelle porte onze signatures, parmi lesqtielles nous remarquons : Marie Sire, PolonieSire, Anne Bourgeois, Charles Sire, Guillemette Martin, etc. (Archives).

Un mémoire déposé aux Archives et daté de 1784, porte que les divers essais faits pour l'établissement des Acadiens n'avaient encore que médiocrement réussi; et en môme temps il mentionne un essai qui aurait été fait aussi en Corse.

IVoic 9.

En relisant la note 1 de ce chapitre et la note S du chapitre iv, on peut facilement établir la répartition des prisonniers enlevés en Âcadie, savoir : 1,500 envoyés en Virginie, 2,000 en Caroline, 1,200 au Maryland,450 en Pensylvanie, venant tous très-probablement des Mines et de Beau-Bassin, plus 1 ,000 envoyés de Port-Royal à Boston. Les prisonniers qui passèrent à la Louisiane par la Caroline et la Géorgie, furent ceux du convoi de la Caroline qui restèrent sur les côtes américaines tandis que les autres allaient gagner la rivière Saint-Jean. — On peut aussi consulter Halliburton. — Pour ce qui est de Beuezet à Philadelphie, voir Barbé-Marbois, Histoire de la Louisiane.

rVate 8.

Pour tous ces détails voir Halliburton ; il cite en entier la pétition des Acadiens déportés h Philadelphie; dans cette pétition ils établissent que la moitié d'entre eux sont déjà morts parla misère, le chagrin et le changement de climat ; entre autres le pauvre vieux le Blanc, ci-devant notaire aux Mines, l'un des personnages du poëme à'Evangéline,et mort de chagrin àlaredierche de ses douze enfants, qui avaient été dispersés de tous côtés.

Ceux de Boston furent moins malheureux et parvinrent mieux à se créer

quelques ressources b. force d'industrie et de sobriété, dit Halliburton : ce furent eux principalement qui allèrent peupler le district de Clara dans leur ancienne patrie.

IVote 9.

Il resta en effet un certain nombre d'Acadiens dans les Etats-Unis, car nous avons trouvé aux archives une dépCche du 25 janvier 1766, avisant M. d'Estaing, stationné à Saint-Domingue, qu'il eût à aller chercher des Acadiens restés dans la Nouvelle-Angleterre, et une note qui accompagne cette dépêche annonce que M. d'Estaing a été obligé de suspendre son départ. Cet empêchement provint sans doute de l'opposition qui fut faite par le ministère anglais à l'envoi de vaisseaux français aux Etats-Unis, opposition signalée par Garnault, t. III, chapitre i»"".

. Barbé-Marbois nous assure en outre avoir vu lui-même à Philadelphie, en même temps que Benezet, en 1780, un certain nombre d'Acadiens demeurés groupés autour de lui, mais ils regrettaient toujours l'Acadie.

Autant que l'on peut établir des présomptions avec le peu de données que nous possédons, voici, selon nous, quelle a pu être la destinée des 6,000 Acadiens enlevés par les Anglais : 1,500 environ furent réexpédiés en Angleterre, de la Virginie et de la Caroline, une|jpartie y mourut et le reste fut renvoyé en France à la paix ; 1 ,000 revinfeût de Boston et de quelques autres lieux, sur les côtes sud de l'Acadie; ZilS, après la paix, furent renvoyés de New-York à Saint-Domingue; 7 à 800 passèrent en Louisiane venant du Maryland, de la Caroline et de la Géorgie; 1,000 au moins, s'étant emparés de leurs navires, se sauvèrent h la rivière Saint-Jean. Du surplus, montant à 1,300 environ, une partie mourut, et en certains lieux il en périt beaucoup, comme nous l'apprend la pétition de ceux de Philadelphie, où il en était mort plus de 200 en trois ou quatre ans; en estimant à 7 à 800 le nombre des morts, il en resta donc 5 à 600 à peu près aux Etats-Unis, dont quelques-uns cependant comme nous le savons purent regagner le Canada, et s'il faut en croire Longfellow, la plupart des autres finirent par gagner l'ouest, où ils se firent coureurs de bois; ce dernier fait nous paraît d'autant plus probable qu'il nous a semblé reconnaître un certain nombre de noms acadiens parmi les habitants français de rillinois et du Missouri. Il résulterait donc de tout ceci qu'un très-petit nombre seulement serait resté parmi les populations anglaises du littoral.

No<e lO.

Un mémoire fort curieux sur l'état des Acadiens en 1754, dressé par l'abbé de nie-Dieu et déposé aux archives, contient un dénombrement de l'Acadie et des îles du golfe en 1754, où nous trouvons qu'il reste encore dans l'Acadie anglaise 6,318 Acadiens, plus sur les rivières Chipoudy, Pccondiak et Mémérancouges, à l'ouest du fond de la baie de Fundy, et qu'il ne comprend pas dans l'Acadie anglaise, 2,897.

Dans l'île Saint-Jean, paroisse du Port la Joye, 763 âmes, plus vingt familles dispersées, et beaucoup d'autres Acadiens qui rejoignent journellement;— paroisse de la Pointe-l'rinif, qui a 40 lieues de parcours, 326 âmes;

— paroisse Saint-Louis, au nord-est, 673; — paroisse Saint-Pierre, au nord, 750 ; — Malptk et Bedek, paroisse de la Sainte-Famille, au nord-ouest 356 ;

— plus les Acadiens réfugiés à la rivière Saint-Jean, à Québec et à Louisbourg, depuis 1750, que l'on estime environ à 2,000 âmes. Total pour l'Acadie anglaise et française en 1754, 14,183 âmes.

Mais dans ce dénombrement l'abbé de l'Ile-Dieu omet les réfugiés de Shediak et de Miramichy sur la c(J!e du golfe Saint-Laurent, où ils étaient assez nombreux comme nous le savons par différentes dépèches, et que nous croyons pouvoir évaluer à 3,500 ou 1,600.

C'est donc bien à 16,000 âmes que le mouvement naturel de la population

eût élevé le nombre des Acadiené^dans la presqu'île en 1754, sans les événements qui les forcèrent à se disperser dès 1750, et c'est de ces 16,000 âmes que nous devrons chercher la destination pour établir la distribution ultérieure de la population acadienne.

Kote 1 1.

Halliburton pense qu'on enleva 7,000 prisonniers, d'autres auteurs ont même dit 8,000 ; quant à nous, nous avons adopté l'évaluation de 6,000, et en voici les raisons : 1" Pour le district des Mines, les documents que l'on a pu recueillir et tous les écrivains s'accordent à établir le nombre de 4,000 que nous avons énoncé; — 2° à Port-Royal où Annapolis, la population ne dépassait guère 1,800 âmes (comparer la relation Pichon, le mémoire de l'Ile- Dieu et tenir compte des émigrés); or une portion assez notable parvint à se soustraire aux Anglais, d'après Halliburton lui-même, c'est donc beaucoii^li que d'évaluer à 1,200 les prisonniers en cet endroit ; — 3° dans la partie de Beau-Bassin occupée par les Anglais, la population presque entière ayant émigré vêts la partie française, il demeura à peine quelques centaines d'individus, et dans la partie restée aux Français nous savons par les documents officiels qu'on enleva à peine quelques liommes ; nous pensons donc avoir porté le chiffre au plus haut en supposant ici 7 ou 800 pofdsonniers.

Enfin une autre considération vient corroborer ce raisonnement, l'abbé de rile-Dieu indique pour toute l'Acadie anglaise 6,318 Acadiens en 1751. Or d'une part sur ce nombre il s'en échappa au moins 800 ou 1,000, et d'autre part ils n'en prirent que très-peu ailleurs; il est donc évident que le chiftre ' de 6,000 prisonniers est plutôt au-dessus qu'au-dessous de la réalité. *

Cette note était déjà composée lorsque nous avons trouvé aux Archives le mémoire cité à la note 1 de ce chapitre, et il nous a paru entièrement confirmer notre opinion, puisqu'il ne mentionne que 5,130 prisonniers enlevés d'abord par les Anglais, auxquels il n'y a plus à ajouter qu'un millier enlevé plus tard à Port-Royal. (Voir note 8.)

l\'ote IS.

Ce même document, dont nous avons eu connaissance trop tard, doit nous faire rectifier cette évaluation de 500 émigrés à la rivière Saint-Jean; il y eut au moins 1,200 ou 1,400 réfugiés à la rivière Saint^ean. (Voir la note 17.)

Kote 13.

« Les Acadiens qui se sont réfugiés à Miramichy sont dans la plus affreuse « misère; ils sont là environ 900; ils ne demandent pas mieux que de passer « à l'île Saint-Jean, aux postes de Malpek et de Bedek, mais il faudrait les y « entretenir »

(Extrait de la lettre de l'évêque de Québec, du 30 octobre 1757. Archives.)

Voir dans Halliburton la relation de M"' Commeaux.

Note 14.

Voir les tableaux des émigrés à Shediak et de Beauséjour; la note 7 du chap. IV.

Une portion de ces émigrés se rendit dans les îles du golfe, mais une autre partie finit par se fixer dans le pays, et après avoir guerroyé contre les garnisons anglaises de l'Acadie pendant cinq ou six ans, guerre pendant laquelle ils eurent à subir de grandes misères et de grandes pertes, voyant en 1760 le Canada envahi et presque perdu, -ils arrivèrent à conclure avec le chevalier Joseph Frey, commandant du fort Cumbcrland, un arrangement par lequel ils se reconnaissaient sujets de l'Angleterre, à condition qu'on leur laisserait leurs biens et qu'ils recevraient un traitement convenable.

Arrangement signé par MM. Mavaclie (missionnaire), Abraham Dugast, Francis Arsenaii, Michel Rourc, Paul Leblanc, Pierre Gautrot et Pierre Surot ou Suret. (Pièce déposée aux A)x/iives.)

Kote 15.

Il avait commencé à passer des Acadiens à l'île du Cap-Breton, mais en assez petit nombre, bien avant 1750 (voir le mémoire sur le cap Breton, de Piclion), mais l'abbé de l'Ile-Dieu, dan-; son travail, estime que 2,000 Acadiens en IToi étaient déjà passés à Québec, à la rivière Saint-Jean et à Louisbourg; or on peut bien prendre la moitié de ce chitlre pour Louisbourg ou plutôt 'pour les îles du Cap-Breton et Saint-Jean. Sur ce nombre, la majeure partie dut passer à l'île Saint-Jean, qui était la plus fertile, mais il en resta peutêtre quelques centaines en divers endroits du cap Breton ; en tout cas il en resta très-peu à Louisbourg, comme nous le montrerons ci-après.

Note «6.

En outre des émigrés acadiens qui vinrent dans l'île Saint-Jean par l'intermédiaire de Louisbourg, un très-grand nombre y vint directement de 1748 ^ 1751, comme on peut le voir dans le chap. vi et aux notes 13 et 15 de ce même chapitre.

Note 19.

La colonie de la rivière Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) était fort ancienne. Ce pays avait été concédé en seigneurie, sous le nom de seigneurie de Jemsek, à la famille Damour des Choffour, originaire de Bretagne. Ils y étaient déjà installés en 1686; en 1693 il y avait 21 habitants ; dans le recensement de 1698 nous y trouvons déjà quatre branches de la famille Damour, formant 19 personnes, plus 9 domestiques et 6 familles de colons, formant 22 personnes; total : 50 habitants. En 1739 elle appartenait à M. de Vaudreuil, qui y donnait des concessions franches de toutes rentes pendant un assez bon nombre d'années; on l'appelait alors la paroisse d'Ekoupiig et il s'y trouvait 18 familles de colons, formant 116 âmes. Les principaux des colons étaient les Saint-Aubin, Laforêt, Bellefontaine ; les Godin ou Chàtillou sont la plus ancienne famille de ce canton : ils y étaient déjà du temps de la famille Damour, en 16U8. (Extrait des recensements. Arc/tives.)

Lors de la proscription de 1755 il y vint d'abord quelques émigrés, puis il arriva que parmi les Acadiens transportés à la Caroline un certain nombre, repoussés des cotes et s'étant emparé» de leur navire, parvinrent à gagner la baie de Fundy, au nombre de 900, et débarquèrent près la rivière Saint-Jean; ce sont eux qui, ayant armé dans la suite un corsaire, se rendirent redoutables à tous les vaisseaux anglais ([ui naviguaient dans ces parages.

(Extrait du mémoire de 1763, déposé aux Archives.)

Enfin nous savons, par une lettre des gens de Port-Royal, déposée aux Archives, qu'une partie des Acadiens enlevés dans ce canton se rendirent maîtres de leur navire durant la route et se réfugièrent aussi h la rivière Saint-Jean. Il se réfugia donc, comme on peut voir, 1,200 ou 1,400 Acadiens à la rivière Saint-Jean, et il s'y installa mime un centre de corsaires jiour faire la course contre les Anglais. Mais la n;ème lettre que nous venons de citer et une dépèche de M. de Vaudreuil, du 1 i juillet 1757, nous apjirennent que la disette ne tarda pas à se mettre parmi tant de monde rassemblé dans un pays presque désert, et que l'on fut obligé d'en faire passer une partie considérable à Québec. Ceux qui y restèrent participèrent sans doute à l'arrangement conclu par les Acadiens de Sliediak et de Beauséjour, en 1760, avec le commandant Frey. (Voir la note 14.)

IWotc 18.

Voir Montgommery-Martin et Bouchettc sur cette nouvelle injustice dont furent victimes ces nialhoureux Acadiens.

Une lettre de M. Dionao, curé de Madawaska, nous apprend que les premières familles acadicnnes qui vinrent de Madawaska furent J. B. Cormier, J. B. Tliibodcau, Olivier Thibodeau, Thcriot, Cyr ou Sire, Martin, Daigle, Hébert, Godin et François Violet. Ces noms, qui, sauf celui du dernier, appartiennent tous au plus pur sang acadien, aux familles originaires de 1671, nous montrent quelle importance eut dans la colonie de la rivière* Saint-Jean l'immigration des réfugiés acadiens de 1753, car avant cette époque il ne sei^ trouve dans ces parages presque aucun nom qui appartienne à la race acadicnne primitive. (Voir la note 2 du chap. vu.)

Les premiers baptêmes célébrés à Madawaska furent : celui de Simon Hébert, vers 1790 (ce premier-né de la colonie vit encore), puis ceux de Joseph Cyr ou Sire, et de Joseph Sans-Façon. Le -premier mariage a été célébré dans une cabane' sauvage, entre Simon Hébert et Josephte Daigle.

IVote 19.

Dès 1689 il y avait des colons français h Passamaquoddy (Passamacadie). C'était plus au sud encore, dans l'Etat du Maine, sur la rivière Penobscot, qu'était le fort de Pcntagoët, occupé par nous presque dès les premiers temps de notre établissement en Acadie, et où se fixa plus tard Saint-Castin. Dans le recensement de 1693 Pentagoët est ainsi mentionné :

« Saint-Castin et sa femme sauvage, avec 7 enfants; — Jean Renaud et sa « femme sauvage, avec 4 enfants; — Deslauriers et sa femme, Jeanne Gran- « ger, avec 3 enfants. — Total : 20 habitants. »

A ce même recensement on indique 7 habitants à Passamacadie. Il dut en outre nécessairement, 1;\ comme sur toutes les côtes, venir -des réfugiés en 1755, et c'est là probablement l'origine des Acadiens dont parle Bouchette.

rVote '^O.

Nous devons ces renseignements en partie à l'obligeance de M. l'abbé Pilotte, directeur du collège de Sainte-Anne, (|ui a résidé quelque temps sur ces côtes, et en partie à celle de M. le capitaine Fortin, de la marine provinciale du Canada.

Nous pensons qu'une partie de ces Acadiens descend des réfugiés qui demeurèrent dans cette région après la proscription de 1755, et qui traitèrent en 1760 avec le chevalier Frey ; et qu'une autre portion descend des réfugiés qui vinrent de l'ile Saint-Jean après la proscription de 1763; ces derniers doivent se rencontrer surtout sur la côte du golfe, depuis Bouctouche jusqu'à la baie des Chaleurs, et au delà,

IVote 21.

Déjà il y a quelques années un d'entre eux, M. Leblanc, a été élu représentant au parlement du Nouveau-Brunswick, et aujourd'hui encore M. Martin, l'un d'entre eux, fait partie de ce parlement.

Ko<e 22.

Nous avons vu, note 17, qu'une partie des réfugiés de la rivière Saint-Jean, peut-être 7 ou 800, furent dirigés sur Québec; nous savons en outre qu'à diverses reprises il en vint quflf|ues convois de Shediak et de Miramichy, » enfin un certain nombre purent s'échapper des Ktats-Unis et gagner le Canada à travers les déserts ; peut-être même devrait-on porter leur nombre à 2,000 plutôt qu'à 1,500.

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