‹ La France aux coloniesChapitre 37 sur 85 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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Le bienfait delà paix continua pour le Canada de 1722 à 1740; mais, sauf les progrès qui s'accomplirent intérieurement par le développement des travaux et de la population, dont la sécurité se trouvait assurée, on peut dire, qu'il n'en tira presque aucun bénéfice. La France continua le même système d'abstention et d'inertie; le ruineux orgueil de Louis XIV, puis la dissolution de la régence, avaient été ses mauvais génies : en voyant au ministère un homme vertueux et réservé comme le cardinal de Fleury, on pouvait espérer que notre pays allait réparer toutes ses fautes, et notamment faire quelques efforts pour peupler la Nouvelle-France et s'en assurer ainsi désormais l'incontestable domaine. Mais tandis que les premiers avaient dispersé les ressources de l'État en folies et en inutilités, celui-ci ne sut point dépenser à propos pour les choses les plus utiles, et son inintelligente économie, tout en cicatrisant quelques blessures, fut presque aussi funeste aux colonies que les désordres de ses prédécesseurs.

M. de Beauharnois succéda à M. de Vaudreuil en 1725, et son administration, mis à part le défaut de concours presque complet de la mère patrie, fut heureuse pour le Canada, qui développa de son mieux, à la faveur de la paix, ses établissements, son aisance et ses progrès. Avec la ri-

chesse et l'importance du pays s'accrurent forcément les relations de la colonie et de la France, et quoique le gouvernement n'y apporlcâl aucun concours, l'éinigration reprit graduellement, par la force des choses, un certain essor, jusqu'à se rapprocher en 1740 du chiffre qu'elle avait atteint à l'époque de Colhert et de Talon (1^). /

Cette même quantité d'émigrants, considérable pour l'époque de 1666, était d'une minime importance au sein d'une population qui atteignait déjà 40,000 âmes; mais ce fait concourt avec l'élude des recensements à montrer quel a été le courant de l'immigration de France en Canada, et il prouve que malgré l'abstention du gouvernement, celte immigration a été plus considérable qu'on ne l'a pensé jusqu'à ce jour ; ce dernier mouvement d'accroissement venait malheureusement trop tard, et nous étions à la veille de la dernière et redoutable lutte qui devait livrer ce pays aux Anglais, faute de population et de secours.

Quand nous disons que le gouvernement français laissait le Canada complètement à l'abandon et ne s'occupait en rien de le peupler, nous nous trompons. On eut un moment le projet d'y établir une sorte de colonie pénale. La première idée en fut suggérée en 1710 par les fermiers de la gabelle, qui proposèrent d'envoyer au Canada les faux sauniers, que l'on mettait aux galères ; celte proposition, prise en considération par le ministère, ne paraît pas néanmoins avoir eu de suite; mais elle fut reprise en 1714 par M. de Vaudreuil, gouverneur du Canada, qui, placé entre l'impérieuse nécessité de peupler ce pays et l'impossibilité d'obtenir de France aucun secours pour l'immigration, se décida à recourir à cet expédient extrême et

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