‹ La France aux coloniesChapitre 39 sur 85 · DE L'IMMIGRATION ET DE L\ COLONISATION FRANÇAISE AU CANADA · texte numérisé non relu

DE L'IMMIGRATION ET DE L\ COLONISATION FRANÇAISE AU CANADA

Avant d'aborder la nouvelle période du développement de la population canadienne sous la domination étrangère, il est utile de recueillir un instant nos réflexions et de jeter un rapide coup d'œil sur la marche des faits que nous avons observés jusqu'alors.

La population qui fait l'objet de cette étude n'a point eu pour origine, comme plusieurs ont pu le penser, quelques aventuriers, quelques hommes de hasard, quelques individus déclassés et enrôlés par l'État. Ce fut l'immigration réelle d'un élément intégral de la nation française, paysans, soldats, bourgeois et seigneurs; une colonie, clans le sens romain du mot, qui a importé la patrie tout entière avec elle. Le fond de ce peuple, c'est un véritable démembrement de la souche de nos paysans français; leurs familles, cherchées et groupées avec un soin particulier, ont transporté avec elles les mœurs, les habitudes, les locutions de leurs cantons paternels, au point d'étonner encore aujourd'hui le voyageur français; ce sont aussi des soldats licenciés s'élablissant sur le sol, officiers en tèle, sous la protection du drapeau; voilà les principes essentiels et originaires de la population canadienne.

Les premiers de tous furent quelques paysans sainlongeois amenés par Champlain, et il ne nous étonnerait point

qu'il fallût rapporter à celle origine quelques familles que nous trouvons dés 1650 et même 1640 donnant leurs filles en mariage aux colons qui venaient de France; ainsi les Denis, les Marsollet, de Québec, les Pelletier, les Gasnier ou Gagnier de la côte de Beaupré; il vint aussi à cette époque un certain nombre d'habitants de Normandie; la famille Cochon, de la cùle de Beaupré, était venue de Dieppe avant 1640 (1*).

De 1633 à 1640 et années suivantes, arriva un groupe considérable d'émigrants du Perche que nous avons déjà signalé; on trouvera à la fin du volume la liste de tous ceux dont nous avons pu retrouver la trace dans les actes de mariage de Québec. Mais ils sontloin de les comprendre tous, puisque les chefs de famille qui vinrent avec leurs femmes et leurs enfants n'ont pu y être portés, non plus que ceux qui se seraient mariés à Trois-Riviéres et à Montréal; nous estimons que le chiffre de celle émigration fut de 80 à 100 familles; elles venaient toutes de celte portion du Perche qui est à cheval sur les trois départements d'Eure-el-Loir, Sarlhe et Orne. Voici le nom des paroisses qui fournirent celle émigration : la Ventrouze, Tourouvre, Saint-Laugy, Eperrais, Rondonnay^ Brescler, Mortague, Champs, Feijnis, BeUesme^ Manou^ SenoncJtes, Ignj (Orne), la Ferlè-Vidame^ Saint-Hliers, Senonches (E{\re-ei-\. o\t), Saint-Cosme Lecerd. Bonnetable, Saint-Jenn Lcuerd (Sarlhe) (2).

Un inslanl on a été tenté d'allribuer celle émigration à l'influence des jésuites, qui avaieril à la Flèche (Sarlhe) un grand établissement, Mais après un plus mûr examen, nous avons reconnu que ces cantons étaient fort éloignés de la

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