CHAPITRE VII
DU DÉVELOPPEMENTiDE LA POPULATION ET DES DÉPERDITIONS QU'ELLE A ÉPROUVÉ.
Tandis que Timmigralion de France ne fournissait que des éléments insuffisants à la population canadienne, le mouvement naturel des naissances contribua avec énergie à son développement. La proportion de cet accroissement naturel fut assez variable, selon les alternatives de calme et de trouble que subit la contrée; en moyenne on peut l'évaluer de 2,2o à 2,50 p. 100 par an. Il y a bien loin de là sans doute aux résultats que nous ont offert les Acadiens, dont à certaines époques l'accroissement naturel s'éleva à 5,50 p. 100 par an, et dont la moyenne atteignit 4 à 4,25 p. 100. Ce n'est pas que la progression n'eût pu être semblable : il ne manqua point au Canada de familles chez lesquelles nous pourrions suivre une multiplication aussi rapide et aussi étonnante que celle des premières familles acadiennes; on peut citer les Tremblé, les Gagnier, les Racine, les Cluutier, les Gagnon, les Costé, de la côte de Beaupré, les Paradis et les Girou, de Beauport, les Allaire, les Asselin, les Couture, de l'île dOrléans, les Beauuais, les Campeau, les Thibeaudcau, les Senecal,de Montréal, etc., etc.; beaucoup de familles produisirent de 1666 à 1723, en cinquante-sept ans, huit à douze branches, et celles qui en comptaient six à huit étaient en très-grand nombre. En général tous les indi-
vidus qui dès le principe ont établi une famille et sont restés attachés au sol ont produit une nombreuse lignée, mais malheureusement sur une quantité donnée d'émigrants(l*) arrivés au Canada, beaucoup, beaucoup trop au bout d'un temps disparaissent des recensements sans laisser de traces. Quelle est la cause de cette déperdition?
D'abord ii faut reconnaître que dans toute immigration on doit s'attendre à un certain déchet; il se fait naturellement un tri des sujets les mieux constitués physiquement et moralement, qui demeurent, tandis que les autres succombent par maladie, par misère, par désordres, par ennui ou incapacité, par les mille accidents qui traversent la transplantation d'une population à l'étranger. Il en est de l'émigration comme des graines que l'on jette sur le sol; on en sème cent pour en voir lever quatre-vingts, soixante, quelquefois quarante ou trente seulement. 11 faut donc faire la part de ce déchet nécessaire, mais nous pensons que la colonisation au Canada, s'opérait dans d'assez bonnes conditions pour que cette déperdition, suite des cause&:Communes, dût être aussi faible que possible.
Nous devons donc lui chercher quelque autre cause dans des circonstances particulières à la situation ; il ne nous paraît pas douteux en effet que si la population canadienne eût suivi une progression égale à celle des Acadiens, les 13,000 âmes qui peuplaient le Canada vers 1700, grossis uniquement des émigrations qui vinrent de France, eussent pu produire, par l'accroissement composé, plus de 150,000 âmes en 1760. C'eût été certes pousser l'essor du peuplement à sa dernière limite, mais enfin les Acadiens leurs voisins avaient, dans leur crois-