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Nous retrouverons tous ces émigranls dans l'étude que nous ferons des groupes français établis aux Etats-Unis; mais il convient de s'occuper ici de ceux qui ont été se fixer dans les contrées tout à fait limitrophes. Ces populations canadiennes et acadiennes, quoique situées hors de laprovince, sont appelées en effet, par leur situation, leurs relations et leur communauté d'origine, à se relier plus ou moins au centre français du Bas-Canada ; et peut-être pourront-elles lui assimiler dans une certaine proportion, comme mœurs, langage et nationalité, une partie des contrées où elles se sont portées. ►
C'est ainsi que nous rattachons aux Français du Bas- Canada ceux des comtés de la province supérieure qui longent l'Ottawa, ceux qui habitent le nord des États de New-York et de Vermont (États-Unis), et la colonie acadienne installée sur le Haut Saint-Jean, à Madawaska^'au nord-est du Nouveau-Erunswick et de l'État du Maine,, confinant aux limites sud des comtés de Rimouski et de ^ Kamouraska (colonie que nous avons déjà signalée dans la première partie de ce livre).
Quant aux Acadiens établis dansleNouveau-Brunswick, vis-à-vis ceux du comté de Bonaventure, au sud de la baie des Chaleurs, puis sur les côtes du golfe Saint-Laurent, on doit aussi les mentionner ici, car ils sont liés à ceux de Bonaventure non-seulement par la parenté, mais par des rapports intimes et journaliers :
t° Caetatliens éialtlî!^ tiaiis les eoiiités linsitropffies «Su iiasBt-i;aun6ia. Trois comtés du Haut-Canada, ceux de Prescott, de Russell et de Carleton, échelonnés sur l'Ottawa, et le comté de Glengarry, sur le Saint-Laurent, nous offrent dés 1844 des noyaux de population franco-canadienne qui méritent d'être notés. Prescott et Glengarry, l'un sur l'Ottawa, l'autre sur le Saint-Laurent, bordent le
comté de Vandreiiil du Bas-Canada, qui se trouve dans *rangle formé par les deux fleuves à leur confluent. Russell est sur l'Ottawa, à la suite de Prescott, et au-dessus do Russeï est Carleton, toujours sur l'Ottawa.
Le comté de Prescott quoique dans le Haut-Canada, renferme une seigneurie concédée autrefois par le gouvernement français à la famille de Longueil, et qu'on appelle Longueil ou V Orignal. Dans cette seigneurie et dans les townships adjacents au comté de Vaudreuil on pouvait compter 1,500 Franco-Canadiens. Le voisinage de ce même comté de Vaudreuil avait jeté dans Glengarry un certain nombre d'émigrants, établis dans une paroisse presque entièrement canadienne, appelée Saint- Raphaël, à cheval sur les townships de Charlottembourg et de Lancaster, et qui renfermait environ 700 Franco- Canadiehs.
La navigation et les chantiers de bois de l'Ottawa, qui recrutaient leur personnel à peu près exclusivement dans le Bas-Canada laissaient aussi un grand nombre de leurs hommes dans les divers établissements formés sur les rives de ce fleuve, dans les comtés de Russell et de Carleton, surtout dans ce dernier, où ils formaient tout un quartier de la petite ville de Bytown, à l'entrée du canal Rideau, qui coupe un angle entre l'Ottawa et le Saint-Laurent supérieur. Les Franco-Canadiens de ces quatre comtés pouvaient en 1844 former 3,400 âmes.
9» Canadiens étalilis au iioi'cl des Ktaf s de ]Ve«viTork et tie Verniont. Bien que nous entrions ici dans les États-Unis, nous trouvons encore sur le lac Champlain, dans l'État de New-York, au sud du comté de Huntingdon (Bas-Canada) une ancienne seigneurie française, celle de la Rivière au sable, concédée en 1750 à M"*" de Ramsay (9). Dans cette portion de l'Élat de New-York qui est le comté
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(le Clinton, un assez grand nombre de Franco-Canadiens, venant du populeux comté de Hunlingdon, s'étaient établis à Corbeau, à Pïattsburgh, etc., puis tout le long de la frontière en remontant vers le Saint-Laurent, aussi bien que sur ce fleuve même jusqu'à sa sortie du lac Ontario, où se trouvent le cap Vincent et Rosière, deux villages canadiens. L'ensemble de cette population pouvait être déjà de plusieurs milliers d'âmes, et tendait constamment à s'accroître par suite du voisinage immédiat du Bas-Canada, où la race française s'étendait jusque sur la frontière américaine, dans le comté de Huntingdon. L'État de Vermont reçut en 183X un assez grand nombre de personnes compromises dans l'insurrection, qui se réfugièrent à Burlington, à Saint- Albans, etc.; la navigation du lac Ghamplain et l'effet du voisinage amenaient de temps à autre sur ces rives quelques compatriotes qui se joignaient à eux, et on pouvait alors compter dans le nord de l'État de Vermont et de celui de New-York un total de 7 à 8,000 Franco- Canadiens.
3° Acadîeus de Madaivaska {Nouveau- Brunswick et Maine). Le lecteur se rappelle sans doute qu'en nous occupant des Acadiens (1" partie), nous avons raconté l'histoire d'une malheureuse fraction de ce peuple, qui, émigrée d'abord à l'embouchure de la rivière Saint- Jean, avait été transportée par les Anglais, en 1784, dans l'intérieur des montagnes, sur le cours supérieur de cette même rivière, à Madawaska. A peine jetée dans ce désert, cette branche acadienne y prit de vigoureuses racines et s'y développa rapidement, selon l'habitude de sa race.
Abandonnée de " tout le monde dans ces montagnes désolées, où elle se trouvait à plus de vingt lieues de tout pays habité, et sans autre communication que le fleuve
Saint-Jean, qui comptait quatre ou cinq chutes considérables, elle ne s'abandonna point elle-même, et avec l'invincible énergie qu'ils ont montrée partout, les Acadiens se prirent de nouveau à lutter contre la nature et à reformer leurs établissements. Perdus, ignorés, misérables, mais enfin paisibles et à l'abri des persécutions, ces hommes des anciens jours surmontèrent la rigueur du climat comme celle de leurs ennemis, défrichèrent le sol, s'y multiplièrent et relevèrent une troisième fois leurs églises et leurs maisons. Vainqueurs enfin, après tant (Fépreuves laborieuses, ils ont vu leurs nombreuses lamilles conquérir au soleil une place qui, nous l'espérons, ne leur sera plus disputée.
Vers 1830, Bouchette estimait leur nombre à 1,200; en 1844-, ils formaient quatre paroisses : Saint-Basile et Saint-François, au nord du Saint-Jean, Sainte-Luce et Saint-Bruno sur la rive sud de ce fleuve, et ils étaient environ 2,000.
4° Acailteus de la baie des Clialeui'S et des côtes iiii Xouveau-Bruusfvick. Sur la rive sud de la baie des Chaleurs, vis-à-vis le comté de Bonaventure, puis en descendant la côte sud du golfe Saint-Laurent, existe une assez forte population acadienne dont nous avons exposé la situalion dans la première partie de ce volume, et dont les principaux villages sont Caraqueite, Kagibougouet, Shediaoj etc., etc. Tous ces hameaux réunis pouvaient compter en 1844, de 9 à 10,000 habitants, qui sont comme le trait d'union entre le Bas-Canada et les Acadiens des iles et de la Nouvelle-Ecosse.
On trouvait donc en 1844, établis sur les frontières du Bas-Canada, 24,000 Canadiens français et Acadiens, savoir : — Sur les confins du Haut-Canada 3,400 ; — au nord des États de New-York et de Vermont 8,000; — à
Madawaska, sur le fleuve Sainl-Jean 2,G00 ; — sur les côtes du Nouveau-Brunswick 10,000. — En joignant ce chiffre à celui que nous avons indique dans le Bas-Canada luimême, le foyer central de la population franco-canadienne comptait donc 548,000 âmes à cette époque.
CIIAPITUE X
DE 1844 A. tS5fi.
De 1844 à 1831, époque du dernier recensement, cette population continua sa marche ascensionnelle avec la même puissance. Si l'union des deux provinces avait été une tentative fâcheuse dirigée contre les Franco-Canadiens, ils en tirèrent du moins ce profit, qu'ils jouirent entièrement de la même liberté et du même régime que les Anglais eux-mêmes. Dégagés presque totalement du contrôle et de l'intervention de l'Angleterre, ils commencèrent à appliquer les ressources du pays à son amélioration; on traça des chemins de fer, on creusa des canaux, on ouvrit quelques chemins par lesquels on put aborder dans les cantons de l'intérieur.
D'autre part, l'immigration anglaise au Bas-Canada, sauf les villes de Montréal et de Québec, se réduisit de plus en plus, si bien que la proportion des Anglais parmi la population canadienne n'a pas varié sensiblement. Elle est toujours restée entre 24 ou 25 p. 100, quoique les Canadiens n'aient été soutenus que par leur accroissement naturel, tandis que les Anglais recevaient toujours de l'extérieur un certain renfort d'immigration; la multiplication plus forte et plus rapide des premiers a suffi pour compenser cet avantage (1').