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ÉMIGRATIONS DES ACADIENS

Many a weary year liad pabsed since the burning of Grand-Pré, When on the falling- tide, the freighted vessels departed Bearing a nation, -nith ail his bouse hold gods, into exile Exile -without an end, and without an exemple in story.

Acadians,

Friends they soiight and homes; and many despairing heart-broken Asked of the earth but a grave, and no longer a friend nor a fire-side. Writea their history stands en tablets of stone en the church-yards {Evangeline. Taie of Acadia. Longfellow.)

Nous venons de montrer tout ce qui reste de la nationalité acadienne dans cette presqu'île d'Acadie qui fut son berceau- : car nous avons voulu suivre jusqu'au bout ce petit noyau de la race demeuré au milieu même des ruines de la pairie. Mais il nous faut revenir maintenant sur les traces douloureuses de la plus grande partie de la population : les uns traînés en captivité sur des vaisseaux ennemis, après avoir élé arrachés violemment à leurs foyers et à leur famille, les autres émigrés sur toutes les côtes du golfe Saint-Laurent.

Ainsi que l'indique avec mélancolie le poêle américain, ce fut une triste et déplorable odyssée que celle de ces malheureux enlevés subitement à la paix de la vie domestique pour subir toutes les horreurs de la guerre la plus violente, et le bouleversement de leur fortune, de leurs affections. Jetés sur les vaisseaux, dans l'anxiété d'un

avenir inconnu, ils n'avaient même pas pour se consoler l'espoir, le vain rêve de la pairie ; car derrière eux l'incendie, la ruine, la dispersion générale, avaient détruit la patrie; il n'y avait plus d'Acadie! et cinq ans après on ne pouvait plus reconnaître le pays où avaient fleuri leurs villages.

Dirigés sur les colonies anglaises, il se trouva qu'elles n'avaient point été prévenues de cette transporlation; et dans plusieurs endroits on eut l'inhumanité de ne point les accueillir sur la côte. C'est ainsi que 1500 de ces malheureux furent repoussés en Virginie, et cet exemple eut des imitateurs dans une partie de la Caroline (M). 450 hommes, femmes et enfants destinés à la Pensylvanie, échouèrent prés de Philadelphie; le gouvernement de cette colonie n'eut pas honte, pour se dégrever des secours nécessaires à ces malheureux naufragés, de chercher à les faire vendre comme esclaves; les Acadiens s'y opposèrent avec une énergique indignation, et ce projet n'eut pas de suite (2). Mais celte bassesse de cœur couronna dignement la conduite des colonies anglaises, dans toute celle affaire. Auteurs de la ruine des Acadiens, héritiers avides de leur spoliation, les Américains eurent l'impudeur de leur refuser le secours el même les égards dus au malheur. Ces événements, si tristes qu'ils puissent être, sont d'une importance historique bien secondaire sans doute; mais ils ne méritent pas moins de fixer notre attention, car rien n'est plus fécond en justes enseignements que ces actions très-simples de la vie commune, où les peuples et les hommes se révèlent pour ainsi dire en déshabillé, sans que ni passion ni apprêts, les mettent

1. Voir à la fin de la 1" partie les notes du chapitre v. Tous les clnffres entre parenthèses dans le texte renvoient aux notes correspondantes pour chaque chapitre.

hors de leur naturel; on y trouve peut-être sur les sociétés et sur les individus, des données plus exactes que dans la solennité des grands faits historiques; et si on étudie toute la suite de l'hisloire des États-Unis, on se convaincra facilement en effet combien le caractère de cette nation manque généralement de générosité et de grandeur.

Cependant les commandants des navires qui portaient les prisonniers étaient fort embarrassés, et les infortunés Acadiens ainsi repoussés de tous les rivages et ballottés sur la mer, ne savaient où il leur serait possible d'aller souffrir et mourir. Quelle situation pour de pauvres pères do famille, cultivateurs aisés et paisibles, qui n'avaient jamais quitté leurs villages, où ils vivaient encore heureux la veille, jetés maintenant au milieu de l'Océan, seuls, dénués de tout, entourés d'ennemis, sans avenir et sans espoir ! On dit que quelques-uns, dans cette triste extrémité, se rendirent maîtres de leurs bâtiments et se réfugièrent sur les côtes sud d'Acadie ou dans les îles du golfe Saint-Laurent; mais il est certain que le plus grand nombre fut remmené des côtes d'Amérique en Angleterre, 011 ils furent retenus prisonniers à Bristol et à Exeter jusqu'à la fin de la guerre. Ceux qui survécurent à tant de fatigues et à tant de misères furent quelques années après renvoyés en France, d'où leurs ancêtres étaient partis il y avait plus d'un siècle, et où ils rentraient aussi inconnus et plus dépourvus que des étrangers.

Le gouvernement de Louis XV laissa languir ces familles infortunées dans la misère, en leur accordant quelques faibles subsides. En 1764 cependant on résolut de les transporter à Saint-Domingue, en compagnie d'une émigration allemande avec laquelle on se proposait de coloniser le quartier du Môle; 400 Acadiens firent partie

de cet envoi. On leur distribua des terres, et ils ont contribué à former la population de la paroisse de Bombardapolis; ce quartier, peuplé presque exclusivement de blancs qui cultivaient eux-mêmes leurs héritages, échappa, par cette circonstance, aune partie des désastres que subirent les créoles haïtiens à l'époque de la révolution, et encore aujourd'hui il est habité par les descendants de ces Acadiens et de ces Allemands. Ce canton est presque le seul qui ait conservé de la population blanche, et les Haïtiens le désignent sous ce nom, les Allemands; nous en reparlerons en nous occupant d'Haïti (3), Tous ces Acadiens cependant ne restèrent pas à Saint-Domingue; plusieurs quittèrent cette île pour aller à la Louisiane (4) rejoindre d'autres Acadiens qui, des États-Unis, avaient été s'établir dans ce pays, comme nous le verrons plus loin ; d'autres passèrent aux petites Antilles et même à la Guyane où Barbé-Marbois en retrouva quelques familles en 1798 (5). Cependant, soit que cet essai n'eût pas paru satisfaisant, soit par suite de l'insouciante légèreté du gouvernement d'alors, cet envoi n'eût pas de suite, et le plus grand nombre des Acadiens ramenés en France par les Anglais y resta dans l'abandon. Ce ne fut qu'en 1772 que M. le marquis de Pérusse, grand- père de M. le duc d'Escars, s'intéressanl à ces victimes de la loyauté et du patriotisme, leur fit don d'un territoire considérable qu'il possédait, paroisse d'Archigny, canton dePlumartin, arrondissement de Chàtelleraut (Vienne). Cette générosité fournil entln un lieu de repos aux débris de celle émigration errranle depuis dix-sept ans, sur mer et sur terre. Ils s'y groupèrent tous, se bâtirent eux-mêmes en terre, par des procédés aujourd'hui perdus de leurs descendants, des maisons dont la solidité étonne, et ils défrichèrent ces landes, où leurs enfanls et pelils-enfanls vivent encore aujour-

d'hui, conservant précieusement la tradition de leur origine, de leurs malheurs et le souvenir de l'Acadie perdue (6).

Mais nous n'avons encore suivi jusqu'à présent qu'une partie des prisonniers enlevés sur les côtes d'Acadie. Toutes les colonies anglaises ne se montrèrent point aussi barbares que la Virginie et la Pensylvanie : 1,200 Acadiens entre autres, envoyés au Maryland, y reçurent l'hospitalité, d'aulres navires, chargés de 1,000 captifs pour le Massachusetts, purent y déposer leur cargaison humaine. Une partie des côtes de la Caroline du sud leur furent aussi ouvertes, ainsi qu'en Géorgie; un descendant des protestants français, Bénézet, établi à Philadelphie, suppléa autant qu'il le put à l'inhumanité des habitants du pays, et recueillit plusieurs de ces infortunés avec une grande générosité; rapprochement singulier des victimes de deux despolismes ennemis, également odieux l'un et l'autre (7) !

Les Acadiens n'étaient que de pauvres laboureurs, sans instruction, sans richesse et vivant isolés depuis un siècle dans un désert sauvage ; mais partout où ils furent déportés, ils déployèrent une grandeur d'âme et une véritable dignité, qui contrasta singulièrement avec la petitesse d'esprit et de cœur que montrèrent généralement les Américains. Nous avons déjà vu plus haut comment ils surent en imposer par la fermeté de leur attitude, aux marchands d'hommes de Philadelphie. Tout misérables qu'ils étaient, ils refusèrent à Boston, au grand élonnement des Bostoniens, l'humiliante proposition de placer leurs enfants dans l'établissement des pauvres; ils réclamèrent jusqu'au bout des juges et la restitution de leurs droits. La pétition qu'ils adressèrent à cet effet au roi d'Angleterre est pleine de force et respire d'un bout à l'autre un profond sentiment de la justice méconnue. Ils se mirent à

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travailler pour gagner leur vie, et Halliburton rermaque que leur frugalité et leur industrie les mirent promptement en état de surmonter la misère où les avait jetés leur exil (8).

Un certain nombre tentèrent de regagner, à travers mille peines et mille fatigues, l'Acadie ou au moins le Canada; mais beaucoup d'entre eux succombèrent ou furent arrêtés; d'autres descendirent à la Louisiane, et là, ayant été rejoints par quelques-uns des Acadiens de Saint-Domingue, ils furent assez nombreux pour coloniser sur les bords du Mississipi, à l'ouest de la Nouvelle-Orléans, les deux paroisses de Saint-Jacques et de l'Ascension ; quelques-uns enfin demeurèrent dans les endroits oii le malheur du sort les avait jetés et où leurs descendants se sont probablement fondus dans la masse américaine. (9). Néanmoins lorsque, après la paix de 1763, on leur accorda la permission de retourner en Acadie, la plupart de ceux qui alors étaient encore aux Élal-Unis regagnèrent leur patrie, bien qu'ils ne dussent plus y retrouver ni leurs héritages ni même les cantons où ils avaient vécu, et ils allèrent s'installer, ainsi que nous l'avons vu, dans le . tOAvnsliip de Glare et sur les côtes sud-est de la presqu'île.

Cependant, en dehors de ces malheureux transportés, un grand nombre d'habitants avaient, nous l'avons dit, quitté l'Acadie avant celte fatale catastrophe; il est même facile de voir que ce dut être la majeure partie de la population. Nous avons vu en eflVt qu'en 1748 la presqu'île acadienne contenait en tout 12,500 âmes; le croit naturel des naissances, d'après la progression bien connue de ces peuples, et suivant la proportion minimum des temps précédents, devait, à raison de 4 p. 100 par an, les avoir portés

en 1755 à environ 1G,000 âmes; évaliialion que confirme un mémoire de l'abbé de l'Ile-Dieu, adressé au gouvernement français sur les Acadiens en 1755 (10); nous sommes donc autorisés à évaluer la population de la presqu'île au chiffre de 16,000 en 1755.

D'autre part, le nombre des prisonniers emmenés piar les Anglais n'atteignit pas 6,000, savoir : 4,000 saisis dans le district des Mines, 1,200 à Annapolis, et 7 à 800 tout au plus à Beau-Bassin (11); et on ne peut pas évaluer à plus de 1,000 ou 1,200 ceux qui restèrent dans le sud de la contrée, ou dispersés dans l'intérieur. Sur les 16,000 habitants de l'Acadie, il resterait donc à trouver 9,000 personnes qui ont dû quitter ce pays dans les émigrations successives qui eurent lieu de 1748 à 1755, et dans l'expatriation en masse de ceux qui purent échapper aux Anglais en 1755. Que devinrent ces 9,000 Acadiens? c'est ce que nous allons examiner.

Ces émigrants avaient suivi deux directions principales: les uns se rendirent par l'isthme et par mer sur le continent voisin, aujourd'hui le Nouveau-Brunswick, à la rivière Saint-Jean, de l'autre côté de la baie de Fundy, à Shediak, à Miramichi et sur la haie des Chaleurs, dans le golfe Saint-Laurent; les autres allèrent s'embarquer à, Chedabouctou ou à la baie Verte, sur la côte nord de l'Acadie, gagnèrent Vile du Cap-Breton^ et principalement Vile Saint-Jean, qui devint le quartier général des nouveaux établissements acadiens.

Nous pensons, d'après une dépêche de M. de Vaudreuil, combinée avec la suite des événements, qu'il put y avoir à la rivière Saint-Jean 4 ou 500 émigrés acadiens, venant presque tous probablement de Porl-Royal (12), qui était presque vis-à-vis, de l'autre côté de la baie de Fundy,

A Miramichi, une lettre de l'évêque de Québec nous

apprend qu'en 1757 ils étaient 900, et en y joignant ceux de la baie des Glialeur>, on peut les estimer à 1,200 (13). D'après un état ofliciel, nous comptons, en 1754, à Sliediak, 958 réfugiés acadiens; ce chiffre s'augmenta en 1753 des habitants échappés aux Anglais dans les districts de Beau-Séjour et de Beau-Bassin, au nombre de plus de 2,000. Il y eut donc 3,000 émigrés environ qui se rendirent à Shediak (14).

Quant à l'île du Cap-Breton, il est très-difficile d'établir d'une manière exacte le nombre des Acadiens qui s'y rendirent, mais tout porte à croire qu'en 1755 il en passa directement environ un millier dans cette île et dans Ja suivante, en outre de ceux qui s'y trouvaient depuis longtemps (15). Nous savons enfin très-positivement, pour l'île Saint-Jean, qu'avant la fin de 1755, il s'y était déjà établi 3,000 Acadiens (16).

Le total de ces divers groupes nous donne donc 8,600 émigrés, et si l'on tient compte des décès, des souffrances et de la déperdition de population, inévitables dans de pareilles crises, il est évident que nous avons exactement relevé toutes les traces de l'émigration acadienne, qui ne dépassa pas 9,000 âmes. Nous allons maintenant suivre avec détail chacune de ces branches de population dans sa destinée ultérieure jusqu'à nos jours.

Rivière Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Les ômigrants qui traversèrent la baie de Fundy pour se réfugier en cet endroit, rejoignirent là, au lieu où est aujourd'hui Frederickstown, une petite colonie acadienne établie dès 1686, mais qui n'était jamais devenue nombreuse. L'affluence subite de quelques centaines d'habitants nouveaux y provoqua une sorte de disette et on fut obligé d'en envoyer une partie à Québec en 1757 (17). Ceux qui restèrent finirent par défricher avec succès quelques terres

nouvelles. On les inquiéta peu, môme après la conquête entière du Canada; mais en 1784, l'adminislralion anglaise trouva à propos de s'emparer des cultures et des habitations de ces pauvres gens, pour les donner à des émigrés loyalistes américains et à des soldais congédiés. — Pour indemniser les Acadiens, on leur accorda des terres dans un désert sauvage, au centre des montagnes du Nouveau- Brunswick et du Maine, à vingl-cinq ou trente lieues de toute contrée habitée, sur le cours supérieur du fleuve Saint-Jean, dont ils habitaient l'embouchure. Ce nouvel établissement prit le nom de Madawaska, d'une rivière qui se jette à cet endroit dans le Saint-Jean (18).

C'était la deuxième fois en moins d'un demi-siècle que ces malheureuses familles étaient arrachées à leurs foyers et transportées d'un pays à un autre, comme une vile marchandise, par leurs conquérants. Telle semblait êlre la triste destinée de la race acadienne! mais telle était aussi sa vitalité, que rien ne la décourageait, et qu'elle semblait puiser une force et une vie nouvelles dans toutes ces difficultés et ces persécutions. — Les Acadiens transportés de Saint-Jean à Madawaska ont été l'origine d'une forte et nombreuse colonie qui a multiplié dans les montagnes et qui fait honneur à leur race. Cet établissement est destiné à se rattacher à ceux du Canada, qui y sont presque conligus aujourd'hui, et nous en parlerons en détail plus loin, en nous occupant de cette contrée.

Enfin Bouchetle assure qu'il y a encore un certain nombre d'Acadiens demeurés à l'embouchure du Saint-Jean età la baie de Passamaquoddy, sur les limites de l'Etat du Maine. Nous n'avons pas pu jusqu'à présent vérifier le fait d'une manière positive (19).

Côtes «a«a golfe SalMt-IiaureHâ. Au nOrd-OUest de

l'isthme acadieu, Shediak ne parait pas avoir eu d'habitants

avant l'établissement des garnisons françaises en 1750. A cette époque il devint un fort de refuge et un port de ravilaillenient pour les troupes françaises et les émigrés acadiens; il s'en établit là dés lors quelques-uns ; mais la plupart ne faisaient qu'y passer, pour se diriger soit sur l'Ile Saint-Jean, soit plus haut sur la côle, soit même vers lèTCanada.

Ceux qui restèrent à Shediak et sur les côtes du golfe Saint-Laurent sont devenus la souche d'une population aujourd'hui assez nombreuse, qui fut encore renforcée en 17G3 par les proscrits de l'ile Saint-Jean. Voici l'état actuel des Acadiens établis sur toute la côte du golfe depuis l'isthme de la Nouvelle-Ecosse jusqu'à Dalhousie, au fond de la baie des Chaleurs :

Le Barachois, au nord de l'isthme acadien et un peu au sud de Shediak, 1500 âmes; Shediak, 2000 âmes; Memcrancouche, au sud-ouest de Shediak, un peu dans l'intérieur des terres, 2500 âmes ; ces trois paroisses ne renferment que des Acadiens, sauf quelques marchands anglais; Petit-Coudiak ou Pecoudiak est une petite ville à l'ouest de Shediak, dans l'intérieur des terres, oii la station d'un chemin cie fer a amené quelque population anglaise, mais il s'y trouve, tant dans la ville qu'aux environs, 1000 Acadiens.

Bouctouche, au nord de Shediak, sur la côte, renferme, en y comprenant Cocaïne, 1500 habitants, tous Acadiens; Bichibouclou, appelé par les Anglais Liverpool, est une petite ville anglaise un peu plus au nord sur la côte, dont les environs sont peuplés par 7 ou 800 Acadiens.

Kagibougoët, toujours sur la côte en remontant au nord, ainsi que VArdouane et autres petits hameaux jusques et y compris lapotn/e Escumenac, ne sont peuplés (juc d'Acadiens, que l'on peut évaluer à 2500 âmes. A Mirnmichy,

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que les Anglais appellent Chatham, la population anglaise prédomine de beaucoup ainsi qu'aux environs; cependant un certain nombre d'Acadiens y sont encore répandus, surtout dans la campagne.

Mais depuis la baie de Miramichy jusqu'à Népisigny ou [Bathurst) sur la baie des Chaleurs, la côte est entièrement occupée par les Acadicns, dont les principaux villages sont : Tracadie, Poquemouche, Vile de Miscou et Caraquette, qui est une sorte de petite ville sur la baie des Chaleurs, où se trouvent les Acadiens les plus aisés de tout ce pays; ils ont pu dernièrement faire réédifier leur église au moyen d'une souscription faite parmi eux et qui a produit plus de 200 mille francs. Au delà de Caraquette, Nèpisigmj est déjà presque exclusivement habile par les Anglais, qui l'appellent BatJnirst; cependant après Népisigny on trouve encore des Acadiens disséminés sur la côte jusqu'à Dalhousie^ au fond de la baie des Chaleurs (20).

Sur toute cette étendue de pays, depuis Miramichy jusqu'à Dalhousie, nous manquons de renseignements détaillés sur le chiffre des Acadiens, mais nous nous croyons autorisé aies évalueraumoinsà8000âmes,cequiferaitun total de 18,800 Acadiens établis sur le golfe Saint-Laurent, depuis le Barachois, un peu au nord-ouest de l'isthme, jusqu'au fond de la baie des Chaleurs.

Sur la rive nord de cette même baie existent encore six paroisses acadiefines contenant 8000 âmes provenant de la même origine et formant les derniers établissements acadiens sur celle côte du golfe Saint-Laurent ; mais comme ces paroisses se trouvent dans le comté de Bonavenlure (Bas-Canada), nous exposerons leur situation en parlant de cette province.

11 est maintenant facile de se rendre comte de la situation des Acadiens dans cette contrée : depuis le Barachois

jusqu'à JMiramichy, le pays est exclusivement peuplé par eux, sauf les citadins anglais de Pecoudiak, de Richibouclou et quelques familles irlandaises, qui depuis plusieurs années se sont établies dans la campagne. Miramichy forme une solution de continuité, mais de là à Népisigny se Içeuve un autre groupe compacte d'Acadiens, qui jette même quelques avant-coureurs sur le fond de la baie des Chaleurs, de manière à rejoindre presque le dernier groupe situé au nord de la baie, dans le Bas-Canada. Ces trois circonscriptions diffèrent peu d'importance entre elles; cependant celle de Shediak est la plus nombreuse sinon la plus riche, ayant 2 à 3000 âmes de plus que les autres. Les deux premiers groupes appartiennent au Nouveau-Brunswick et forment la moitié du comté de Westmoreland, le comté d'Albert, le comté de Kent; puis la moitié du comté de Northumberland; le troisième dépend du Canada.

Les Acadiens partagent presque tout leur temps entre la pêche et la culture ; beaucoup d'entre eux cependant vont aussi travailler dans les forêts pour le compte des négociants anglais qui viennent exploiter ces contrées à demi désertes; mais comme la pèche et l'exploitation des bois ont beaucoup décru dans ces dernières années, on a été forcé de s'adonner un peu plus à la culture, et ainsi d'un mal est né un bien, car il est à regretter que les habitants de ces parages n'aient pas mieux tiré parti des ressources agricoles du pays; ils s'y seraient créé une aisance plus véritable, plus solide et plus stable, que les profits éphémères qu'ils se procuraient en travaillant pour autrui. Les terres étant complètement inoccupées dans l'intérieur, ils peuvent facilement s'y étendre, et ils commencent du reste à en profiter pour établir leurs enfants.

La population de ces contrées jouit abondamment du

nécessaire, mais elle n'est point riche et toutes les positions sociales élevées, tout le commerce, toute l'instruction, tous les capitaux sont aux mains d^s Anglais. Les Acadiens ont toujours conservé la mémoire de leur origine, de leur nationalité et des spoliations cruelles dont ils ont été les victimes; et cependant, malgré l'antipathie qu'ils ressentent contre les Anglais, il se glisse à leur insu dans leur langage, dans leurs habitudes, jusque dans leurs vêtements, dont l'ancienne mode acadienne se perd, des expressions et des manières d'être tout anglaises, tant est puissante l'influence de la domination et de la supériorité de l'instruction et de la fortune. Néanmoins leur nombre, qui s'accroît constamment, les communications plus faciles et plus fréquentes avec le Canada, le mouvement incessant qui rapproche d'eux la race canadienne dans son expansion, donnent à croire que cette branche de la famille acadienne pourra bientôt acquérir le degré d'instruction et l'importance légitime qui lui appartiennent (21).

Aeadiens au Canada. Un grand nombre d'émigrants acadiens se dirigèrent .ou furent dirigés sur le Canada de 1750 à 1757, soit isolément, soit par convois ; quelquesuns de ceux que les Anglais enlevèrent en 1755 parvinrent aussi à rejoindre ce pays, soit en forçant leurs navires à les y transporter, soit en s'échappant des colonies anglaises vers Montréal. Le plus grand nombre de ceux qui passèrent ainsi au Canada provient des réfugiés de 1755, qui de Shediak et de la rivière Saint-Jean furent expédiés à Québec vers 1757 par les officiers français. Nous ne pensons pas être au-dessus de la vérilé en estimant tous ces émigrés à 12 ou 1500 âmes (22).

On leur fit au Canada un fraternel accueil, quoique dans des circonstances bien tristes, la colonie élant alors

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menacée de l'invasion anglaise et de la disette. On leur donna des terres au sud de Montréal, à moitié chemin de cette ville h Saint-Jean, où ils formèrent une paroisse qui s'appelle encore VAcadie. D'autres furent placés au nord du Saint-Laurent, dans le comté de Leinster, paroisse Saint-Jacques. — Un certain nombre enfin s'établirent dans les seigneuries de Nicoletei de Becancour; — aujourd'hui ils s'y trouvent mêlés parmi les populations canadiennes, où cependant ils ont encore conservé leurs traditions, certaines habitudes distinctes, et même, dit-on, leur accent, différent de celui des Canadiens.

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