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LA FORMATION TERRITORIALE

(Voir la carte no 6.)

70. La Gaule barbare. — Dans l’antiquité, on désignait sous le iioni de Gaule tout le pays compris entre les deux mers, les Pyrénées, les Alpes, le Rhin, et on l’appliquait môme à la partie septentrionale de l’Italie (Gaule Cisalpine). Les Romains, déjà maîtres de la Cisalpine, franchirent les Alpes (125 av. J.-C.). d’abord pour défendre l’antique ville grecque de Marseille , leur alliée, bientôt pour étendre leur domination ; ils conquirent la vallée du Rhône où ils fondèrent Aix et Narbonne , et dont ils firent une province romaine (de là le nom de Provence qu’a conservé la partie sud-est).

Le reste de Ja Gaule, demeuré indépendant, se divisait en trois parties, Belgique au nord, Celtique au centre, Aquitaine au sud-ouest. Il était habité par deux races distinctes, l’une venue du sud probablement par les Pyrénées(Ibères) : on retrouve encore leurs descendants dans les Basques qui parlent une langue distincte; l’autre, beaucoup plus nombreuse, venue du nord-est par le Rhin (Celtes et Belges). Ces deux races étaient subdivisées en un très-grand nombre de peuplades ou tribus que n’unissait aucun lien politique et qui étaient presque toujours en guerre. Les plus importantes, par l’étendue de leur territoire ou par leur histoire, sont les Renies (Rémois), les Eduens (Bourgogne), les Sequanes (Franche-Comté), les Arverncs (Auvergne), les Allobroges (Savoie et Dauphiné), les Volces (Languedoc).

Les noms de ces tribus n’ont pas entièrement disparu de notre sol ; la plupart se retrouvent , plus ou moins transfigurés par le temps, dans les noms de nos pays ou de nos villes. Ainsi, par exemple, 1° au nord, dansla Belgique(nom qui luimôme est demeuré), les Ambians (Amiens), les Veromanduens (le Vermandois), les Tricasses (Troyes); 2° au centre,

LA POLITIQUE

dans la Celtique, les Caletes (le pays de Caux), les Lexoviens (Lisieux et le Lieuvin), les Senones (Sens), les Àndecaves (Angers et l'Anjou), les Turons (Tours et la Touraine); 3° au sud, dans l’Aquitaine, les Piétons (Poitiers et le Poitou), les Santons (Saintes et la Saintonge), les Lernovices (Limoges et le Limousin), les Cadurces (Cahors et le Quercy), etc.

71. La Gaule romaine. — Jules César entreprit la conquête de ce pays et en acheva la soumission (51 avant J.-C.), après avoir assiégé dans Alesia et forcé ù se rendre Vercingétorix, le dernier défenseur delà Gaule barbare. Le pays resta 456 ans sous la domination des Romains, qui le divisèrent en provinces (il y en eut 17 vers la tin de l’Empire romain) et qui y introduisirent leurs lois, leur langue,

Lyonnaise. Bordeaux, Arles étaient alors au nombre des

elle dépendait, et, épuisée par la lourde administration

72. Les invasions germaniques. — Ces barbares vinrent, les uns par l’Italie (les Wisigoths), les autres parla Germanie et le Rhin (Francs, Burgondes, elc.), et ravagèrent horriblement le territoire gaulois; les trois principaux peuples se fixèrent sur le sol conquis, formèrent des royaumes, Wisigoths dans l’Aquitaine, Burgondes (d’où Bourgogne) dans la vallée de la Saône et du Rhône, Francs (d’où France) au nord. Ces derniers, sous les règnes de Clovis et de ses fils (507 et 534 après J.-C.), conquirent les deux autres royaumes et devinrent maîtres non-seulement de toute la Gaule, mais d’une grande partie delà Germanie.

L’unité ne se rétablit cependant pas. VA quitaine elh\ Bour-

y . ^ AHA^lAnAnt rlîct tnnlnc ri \ i nnvre frono o 1 fil i ni 11 VPH t ST Oïl —

leurs mœurs. Lugdunum (Lyon), fondée par eux, en fut en quelque sorte la capitale, et la Celtique prit le nom de

plus grandes cités de la Gaule qui devint une contrée civilisée; mais elle subit la destinée de l’Empire romain dont

impériale, elle ne put résister à l’invasion des barbares.

qu’au jour où les premiers, plus belliqueux, triomphèrent (Bat. de Testry, 6 n 7), et assurèrent en même temps le triomphe des Garlovingiens, leurs chefs, sur les Mérovingiens.

Les Carlovingiens repoussèrent victorieusement les Arabes qui avaient envahi l’Aquitaine et qui menaçaient la Gaule et la chrétienté (victoire de Charles Martel à Poitiers, en 73 v 2) ; ils rétablirent l’unité de l’Empire franc; ils l’étendirent même, avec Charlemagne, sur toute la Germanie, qui fut convertie au christianisme, et sur l’Italie ; le vainqueur prit le titre d’empereur d'üccident (800), parce qu’il possédait en effet la plus grande partie des contrées qui avaient composé autrefois l’Empire romain d’üccident.

Mais cet Empire était trop vaste pour durer ; peu de temps après la mort de son fondateur, il se disloqua, et le traité de Verdun (843) consacra la séparation en trois royaumes. Celui de l’ouest fut la France : sa frontière orientale fut Y Escaut jusque vers sa source, la Meuse supérieure, la Saône , les Cévenncs et la bouche occidentale du Rhône.

A l’est de cette frontière, était le royaume de Lothaire, qui ne tarda pas être divisé lui-même en Lotharingie ou Lorraine au nord, et en royaume de Bourgogne ou d’Arles dans la vallée de la Saône et du Rhône. Ces deux États n’eurent qu’une courte existence ; ils étaient, à la lin du xi e siècle, rattachés tous deux à l’empire d’Allemagne.

73. La nation française. — Trois peuples ont donc contribué à former la nation française : Gaulois, Romains et Germains. Ils ont tous trois apporté des éléments distincts qui se retrouvent dans nos mœurs, dans notre langue, dans notre •esprit, et tous les trois sont, à des titres divers, nos ancêtres.

74. La France féodale (1). — Le morcellement continua après le traité de Verdun. La féodalité triompha en France, c’est-à-dire qu’il y eut pour ainsi dire autant d’Élats souverains qu’il y avait de provinces gouvernées par des comtes nu par des dues, et ces provinces furent subdivisées ellesmêmes en comtés ou en fiefs de moindre importance dont

(1) Voir pour ce paragraphe et les suivants le Tableau de Slat. n° 8.

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les seigneurs étaient h. leur tour presque souverains dans leurs domaines. L’Aquitaine rompit à peu près tout rapport de subordination avec le royaume de France. LesCarlovingiens annulés disparurent, et furent remplacés par la dyn astie, toute féodale au début, des Capétiens.

Les Capétiens, avant d’être rois, étaient en effet des seigneurs possédant en propre Y Ile-ée- France et Y Orléanais: ce fut le noyau du domaine royal. D’autres provinces s’ajoutèrent successivement, telles que la vicomté de Bourges, achetée par Philippe I er , la Normandie, le Maine , Y Anjou, la Touraine , le Poitou , conquis par Phiiippe-Auguste sur le roi d’Angleterre ; YAunis, la Saintonge, YAngoumois, le B as- Languedoc, conquis par Louis VIII sur les Anglais ou h la suite de la croisade contre les Albigeois ; les comtés de Blois et de Chartres , le comté de Toulouse , la Champagne, Lyon , acquis par héritage, par mariage ou par force, sous saint Louis, Philippe III et Philippe IV. En même temps que le domaine s’agrandissait, l’autorité royale devenait plus forte et se faisait respecter sur tout le territo re délimité par le traité de Verdun, quelque peu même au delà (I).

75. Les Valois. — La guerre de Cent ans arrêta ce progrès ; tout le sud-ouest de la France tomba au pouvoir des Anglais qui restèrent même pendant quinze ans maîtres de Paris. Charles VII les chassa et recouvra son royaume. La France commença, sous le poids des misères de l’invasion, h avoir, avec Jeanne d’Arc, le sentiment de l’unité nationale.

Le Bordelais et le reste de la Guienne furent une acquisition nouvelle faite sur les Anglais, et le Dauphiné , donné dès le règne de Philippe de Valois au fils aîné du roi de France, fut directement rattachéau domaine par Charles VIL Louis XI y ajouta définitivement la Picardie , le Maine et Y Anjou (2), la Bourgogne, la Provence, par divers héritages.

(1) Ainsi la ville de Lyon était en dehors de la frontière tracée par le traité de Verdun et relevait de l’empire d'Allemagne.

(2) Ces provinces avaient été détachées du domaine. On pourrait faire la même observation pour d’autres provinces qui ont plusieurs fois fart

Charles VIII et François I er ajoutèrent la Bretagne pai mariage, le Bourbonnais , la Marche , V Auvergne, le Forez par confiscation. Le domaine royal comprenait dès lors presque toute la France; la royauté, obéie, commençait à organiser son administration à l’intérieur; à l’extérieur, elle s’était engagée dans une longue guerre, d’abord de conquêtes contre l’Italie, puis d’équilibre européen contre Charles-Quint et son fils Philippe II; quoiqu’elle ait été le plus souvent vaincue, Henri II, à la fin de cette guerre, recouvra Cala is, et acquit les évêchés de Metz , Toute t Verdun .

7G. La monarchie des Bourbons. — A la suite des guerres de religion qui ensanglantèrent le pays, Henri IV qui avait dû conquérir ou racheter le royaume province par province, régna sur la France pacifiée ; il apportait au domaine royal ses domaines particuliers {Béarn, Armagnac , Albret, etc.), et il se fit céder par le duc de Savoie le Bugcy, la B?'csse et le pays de Gex (traité de Lyon, 1601).

11 allait reprendre la guerre d’équilibre européen interrompue depuis un demi-siècle, lorsqu’il fut assassiné. Ce fut Richelieu qui la recommença et Mazarin qui la termina par les traités de Westphalie (16-48) et des Pyrénées (1659). La France victorieuse acquit V Artois, Y Alsace, le Roussillon. Louis XIV continua l’œuvre d’agrandissement aux dépens de la maison d’Autriche et acquit la Flandre française par le traité d’Aix-la-Chapelle (1668), le Cambrcsis et la Franche- Comté par le traité deNimègue (1678), Strasbourg, etc., par le traité de Riswyck(1697), la vallée de Barcelonnette par un échange fait au traité d’Utrecht (1713). Il acheva d’organiser les circonscriptions administratives de la royauté absolue.

Sous Louis XV, l’acquisition de la Lorraine (1766) et de la Corse (1768) complétèrent le territoire delà monarchie.

En 1789, le Nivernais et un grand nombre de fiefs de moindre importance cessèrent d’être des provinces féodales.

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