L’espèce bovine. — On compte en France environ
i iO * LA FRANCE.
quatre fois plus d’individus de I’espèce bovine que de l’es-
pèce chevaline. C'est que l’espèce bovine, indépendant
Baudet. H.
L’AGRICULTU RE
ment du fumier qu’elle donne, comme le cheval, a deux fins. Elle est un instrument de travail, comme bête de trait, et elle sert, par son lait et par sa viande, à l’alimentation de l’homme; avec le mouton et le porc, elle constitue le fond de notre alimentation animale, comme les céréales sont le fond de notre alimentation végétale. Selon que l’espèce est plus apte à l’une ou à l’autre de ces fins, on la désigne sous le nom de race de trait , de race laitière ou de race de boucherie .
Les races laitières et de boucherie se trouvent principalement dans les régions du nord-ouest et du nord, où le marché de Paris sollicite cette production, où la culture, riche en céréales et en prairies, permet l’élevage et l’engraissement, où enfin l’abondance des chevaux n’exige pas le travail du bœuf.
Les races de trait se trouvent principalement dans les parties du Nord-Est, du Centre et du Sud, où le cheval est rare comme l’avoine, où le sol montagneux et sec présente plus de pâturages que de prairies, où la terre, tantôt durcie par le soleil, dans le Midi, tantôt pierreuse et inégale, dans le Centre, s’accommode mieux du travail du bœuf.
433. Les races bovines. — Pour le bœuf, comme pour le cheval, les progrès de l’agriculture et les croisements tendent à effacer la distinction des races et à développer les qualités propres à l’alimentation. L’accroissement continu de la consommation et le haut prix de la viande encouragent les éleveurs. C’est surtout par le mélange avec la race durham (Voir, page suiv., la fig. 42, représentant, un bœuf tJurham), d’origine anglaise, race caractérisée par les jambes courtes, la petitesse des os, la précocité de l’engraissement, que l’on a perfectionné, dans l’Ouest, les animaux de boucherie. On reconnaît néanmoins diverses races, formées avec les siècles par la nourriture môme que le sol fournit et conformément aux besoins de la contrée. Les principales sont:
1° La race flamande , au pelage rouge-brun, à la taille élevée, race laitière qui se conserve encore pure dans
le département du Nord et plus ou moins mélangée dans V Artois, la Picardie, la Brie ; dans ces dernières provinces,
on la nourrit plutôt à l'étable qu’au pré.
2° La race normande , bonne laitière aussi, mais renom-
Fig. 42. — Bœuf durham.
L’AGRICULTL 1 RE. 4 43
niée surtout pour l’ampleur de ses formes et pour sa viande Les herbages humides du Dessin et du Cotentin paraissent être son berceau et fournissent le lait le plus crémeux: aussi le beurre d' Isigny et du Dessin est-il très-estimé. Les pâturages du Vexin donnent le beurre dit de Gournay. La vallée d’Auge a presque toujours eu le privilège de donner A Pans les a bœufs gras » du carnaval. O 11 trouve cette race non-seulement dans la Normandie, mais, avec quelques modifications, dans 1 Orléanais , V Ile-de-France et la Drie.
3 La 7 ace mancelle , qui naguère servait encore au labourage, mais qui, presque transformée aujourd’hui, et dite du? liam-manceau, est, à cause de l’ampleur de ses formes et de sa propension à l’engraissement, élevée dans le Maine et l 'Anjou pour la boucherie; mauvaise laitière d’ailleurs.
4 La l'ace bretonne (Voir, page suiv., la fig. 43, représentant une vache bretonne), détaillé petite, au pelage noir et blanc, race douce et sobre, donnant peu de viande, mais beaucoup de iuil relativement k la quantitéd’aliments qu’elle consomme ; aussi la Bretagne est-elle renommée pour son beurre qu’elle expédie après l’avoir salé, entre autres, le beurre de Prévalaye. Originaire du Morbihan, ceLte race se trouve, plus ou moins mélangée, dans toute la Bretagne , et, hors de Bretagne, dans le Boi'delais , sur un grand nombre de sols pauvres par nécessité, et dans un certain nombre de parcs par raison d’agrément.
5° Le Nord-Est de la France n’a pas véritablement de race propre; l’élevage d’ailleurs n’y est pas, comme dans l’Ouest, une grande industrie; mais chaque paysan, pour ainsi dire, a sa vache. La plupart de ces animaux proviennent, soit du typehollandais, soitde métis de petite taille qu’on élève dans les Vosges ; dans le pays, cependant, on distingue la variété dite meusienne et celle dite ardennaise ; dans cette partie de la France, le gros bétail est quelquefois employé aux charrois.
6° La race comtoise, dans laquelle on distingue les variétés tourache, femeline et bressane, rustique, sobre et trapue
montagne, plus fine et plus propre à l’engraissement dans la vallée de la Saône, mais très-mélangée au-
jourd’hui par l’introduction de la race fribourgeoise. Dans la Franche-Comté , le lait est en grande partie converti en
cel; la race s’étend sur toute la région des Alpes jusqu’en Pro- ^ once.
7» La race charollaiæ (i-oir la fi g. 4S, représentant un bœuf
l.A l'/tANCE.
l’agriculture.
fromages ; le centre de cette fabrication est à Sept, non-
UG
cliarollais), la meilleure de nos races à deux fins, grande, propre au trait et à la boucherie, s’engraissant vite ; originaire du Brionnais et du Charollais, elle a été améliorée dans le Nivernais par le croisement avec les Durham, et s’est répandue sur une grande partie du Centre de la France où elle s’est mêlée a l’ancienne race rustique du Morvan et à la grande race du Bourbonnais.
8° Sur le Massif central et dans les Cévennes, la race de Salers , ou race auvergnate, originaire du Cantal, trèsrustique et très-dure au travail; la race d'Aubrac , variété de la précédente, mais meilleure laitière, qui, avec quelques modifications, pénètre jusqu’aux bords delà Garonne; la race limousine , qui est grande et forte, moins cependant que les bœufs de VAgénois , et qui s’étend des pâturages montueux de la Haute-Vienne jusque sur les bords de la Garonne et de la Charente.
9° A l’Ouest, la race parthenaise , forte race de travail et d’engraissement; originaire du plateau de Gatine, elle s’étend sur tout le Poitou et sur la Loire- Inférieure ; les bœufs de Cholet sont particulièrement connus dans le commerce, et la demande croissante de la boucherie tend de plus en plus à pousser les éleveurs à la production de la viande.
10° Au midi de la Garonne, la race bazadoise; la race béarnaise, dans les Landes et dans le bassin de l’Adour ; la race gasconne, sur la moyenne et la haute . Garonne, employées au charroi comme au labour, peu productives en lait, et d’autant plus rustiques généralement qu’on se rapproche davantage des montagnes.
134. Le commerce des bœufs. — En général, les jeunes sujets, bouvillons et génisses, naissent en plus grande quantité dans les pâturages des montagnes (Cantal, Gévennes, Limousin, Gatine, Bretagne, Jura, Vosges) et dans les herbages de l’Ouest : là, ils sont achetés, selon les races, soit, pour le travail dans le Midi, soit pour l’engraissement immédiat dans les herbages et dans les fermes de l’Ouest, de la Bourgogne et des plaines. Cependant, depuis que les
l’agriculture.
chemins de fer ont facilité les débouchés, les éleveurs du Poitou et autres engraissent souvent eux-mêmes leurs animaux pour la boucherie.
Dans toute la région du Sud, le bétail est rare, e( par suite, le beurre et le lait.
Parmi les départements qui possèdent le plus de gros bétail, les premiers rangs appartiennent à la Bretagne , à la 1 endée et à Y Anjou, dont les départements possèdent chacun environ 300,000 tètes; ensuite à la Normandie et au Maine , dont les départements (surtout Maine et Eure) possèdent chacun environ 200,000 têtes, ainsi que les départements du Nord , de Saône-et-Loire, de Y Allier, du Puyde-Dôme et du Gers. Seine-et-Oise et l’Oise comptent un grand nombre de vaches, destinées à approvisionner Paris de lait. (V. Tabl. de Stat., n°!9.)
i3o. Les races ovines. — Le mouton a subi aussi, par
ri g. 45. — Mouton do race flamande. If. 0>“,80.
le progrès de l’élevage, de grandes transformations dues surtout au mérinos d’Espagne, type du mouton h laine fine, et au dishley d’Angleterre, type du mouton de boucherie* On reconnaît cependant encore diverses races ovines :
1° La race flamande, comprenant plusieurs types, le type
flamand, le type artésien (voir p. préc.,lafig. 45, repr. un mouton artésien), etc., race de boucherie, grande de taille, amélio-
L’AGRICULTURE. 140
rée à J’aide des béliers Disliley, et s’étendant, sous des dénominations diverses, jusqu’à la Seine, l’Oise, l’Aisne.
2° La race des mérinos et des métis-mérinos. Le mérinos (voir, p. préc., la fig. 46, représentant un bélier mérinos) fut importé en France sous le règne de Louis XVI qui forma le troupeau de Rambouillet , souche de tous les mérinos et métis du bassin de la Seine et de la Loire; sous la Révolution, fut formé le troupeau de Naz (département de l’Ain), à laine superfine, souche de la plupart des mérinos de l’Est. D’autres mérinos furent, à la môme époque, introduits en vertu de traités ; le troupeau de Mauchamp (Aisne), à laine soyeuse, fut formé sous la Restauration, et quatre bergeries impériales, Montcavrel (Pas-de-Calais), Rambouillet (Seine-et- Oise), Alfort (Seine), Gevrolles (Côte-d’Or), ont propagé le type mérinos qui, mélangé avec la race indigène ou avec la race Dishley, a donné lui-même naissance à plusieurs variétés de métis ; les principales sont le mouton de la Beauce, celui de la Brie, celui du Soissonnais, celui de la Champagne, celui de la Bourgogne dans le Nord, le mouton de Provence, qu’on trouve surtout dans la plaine de la Grau, celui du Lauraguais, celui du Roussillon, et celui de l’Ariége ou des Pyrénées.
3° Dans le Centre, on rencontre des races diverses : la race du Larzac , qui s’étend sur une partie des Gévennes et fournit le lait dont on fait les fromages de Roquefort ; la petite mais rustique et sobre race du Massif central qui prend, selon les provinces, des dénominations diverses; la race du Poitou , grande mangeuse, fortement charpentée ; la race de Sologne , reconnaissable à sa tête et à ses jambes roussàlres, petite et sobre; la race du Ber ri , que remplacent peu à peu les métis anglo-mérinos.
136. Le commerce des moutons. — Les moutons sont relativement rares dans la région agricole de l’Ouest, malgré la réputation des moulons de Pré-salé, et dans celle de l’Est, malgré la qualité supérieure de ses mérinos ; ils sont au contraire très-nombreux dans la région du Nord ( Aisne y,
Eure > Eure-et-Loir , Oise, Somme, Seine-Inférieure, Seineet-Marne), dans tout le Centre {Aveyron, Cantal, Cher, Corrèze, Creuse , Puy-de-Dôme, Haute- Vienne, Tarn, Indre , Loii-et-Cher, Loiret), et dans quelques provinces isolées comme la CnAMPAGNE(VIarne), le Charollciis (Saône-et-Loire)’ les Landes (Landes et Basses-Pyrénées), la région Alpestre dont les moutons passent Phiver dans la Crau ou dans la Camargue et se rendent Pété, quand les neiges sont fondues, dans les hauts pâturages des Alpes françaises et
môme des Alpes piémontaises, et la Corse. (V. Tabl. de stat n« 19.)
En général, les agneaux naissent en majorité sur ces terres pauvres et montagneuses; ils sont vendus et engraissés dans les herbages riches ou dans les grandes fermes puis consommes, partie sur place, partie dans les grandes villes. Ils donnent lieu, ainsi que le gros bétail, à de très-nombreuses transactions, sur les marchés et dans les foires.
l'ig- 47. — Chèvre. H. û m ,80.
Paris est de beaucoup le centre Je plus important pour la consommation de toute espèce de viande. En faisant
l’agriculture.
abstraction de cette ville, on peut dire, d’une manière générale, qu’au nord de la Loire et du Rhône, on consomme plus de bœuf, et qu’au sud, on consomme plus de mouton.
137. La chèvre. — La chèvre (voir la fig. 47), dite la vache du pauvre, est surtout un animal de montagne, demi-sauvage, qu’on élève moins pour sa chair, peu estimée, que pour son lait, sa peau et son poil. On ne compte pas tout à l'ait un million et demi de chèvres en France. On les trouve, surtout dans la région du Sud-Est, très-nombreuses en Corse , puis dans les Alpes où elles sont recherchées pour la fabrication des gants; dans le Vivarais , et jusque dans le Mont-d’Or lyonnais où elles donnent un fromage renommé. (V. Tabl. de Stat., il 0 19.)
138. Le porc. — Le PORC (voir, p. suiv., la fig. 48, représentant un verrat craonnais), au contraire, est un animal tout domestique, dont on tire un très-grand parti pour l’alimentation, et qu’on élève, en partie avec les déchets des matières végétales et animales, en partie avec du lait et des glands; aussi entre-t-il dans l’économie de la grande comme delà petite culture, et le trouve-t-on en grand nombre dans les pays qui possèdent des vaches ou des forêts ; et les 5 millions de porcs qui existent en France sont-ils disséminés sur tout le territoire. On en élève beaucoup en Lorraine. Comme les autres animaux, il est chaque jour transformé par les progrès de l’élevage, et aux races indigènes à longues oreilles, comme la race flamande, l’ardennaise, etc., ou tend à substituer les races d’engraissement précoce, originaires d’Angleterre. Parmi les départements qui en possèdent le plus, sont Y Aveyron, la Corrèze , les Côtes-du-Nord , la Dordogne, le Finistère , le Gers , Y Ille-et-Vilaine, le Maineet-Loire. (V. Tabl. de Stat . , n° 19.)
139. La basse-cour. — Au-dessous du gros et du petit bétail sont les animaux de basse-cour, qui fournissent un appoint important à l'alimentation : ce sont les lapins , qu’on élève surtout dans les départements voisins de Pans , dans la Champagne et dans le Haut- Languedoc ; les pou -
/?’ * .-2* • ” ~ • Ti«ï»v» , ww » | | -„ t .-. J
les, dont les races indigènes de Crèvecœur (Oise) et
de
I, î'h îi, > V
tf®
jo
Houdan (Seine-et-Oise) sont renommées, et qu’on élève en grande quantité dans le Maine (la Flèche, etc.) et dans la
L’AGRICULTURE
Io3:
Bresse (Louhans) ; les dindes , les canards , les oies que l’on voit par bandes sur les chemins en Normandie { Orne), dans le Maine , dans les environs de Toulouse ; les pigeons.
La statistique estimait naguère à 45 millions environ la valeur annuelle de la volaille vendue en France, à une somme à peu près égale la valeur des œufs et des plumes réunis; mais ces chiffres sont au-dessous de la réalité présente, puisque, en 1864, la consommation de la seule ville de Paris était de 23 millions de francs en volaille et gibier, de 13 millions en œufs, et que la même année l’exportation des œufs était de 28 millions de francs.
140. Les abeilles. Les abeilles extraient du suc des fleurs la cire dont elles font leurs rayons et \ emiel qu’elles y déposent pour leur provision d’hiver et pour la nourriture de leurs, larves : c’est en vue de ce double produit, dont on porte la valeur annuelle à 24 millions, qu’on élève les abeilles. On trouve des ruches (3 millions) dans toute la France, particulièrement dans le Midi, dont le miel blanc et grenu est connu sous le nom de miel de Narbonne; dans la Savoie , le Jura , le Gâtinais (Monlargis), dont les produits se rapprochent de ceux du Languedoc; dans la Bretagne, dont le miel est jaunâtre, ainsi que dans la Normandie, dans la Champagne et la Brie. (V.Tabl.de Stat., n° 10.)
141. Le ver à soie. — Le ver à soie (voir ia fig. 49, repre'sentant un ver à soie sur la queue d’une feuille de mûrier) est une chenille qui se nourrit de la feuille du mûrier blanc ; c’est
Fig. 49. — Yer à soie. Long. 0 m ; 07.
pourquoi on ne le trouve guère que dans le bassin du Rhône , dans la Lozère et dans la Corse. On l’élève dans de grands
loi
LA FRANGE
établissements, dits magnaneries, et chez un très-grand nombre de paysans. Après 35 jours environ de nourriture, le ver monte à la bruyère, c’est-à-dire monte dans les faisceaux de brindilles disposés à cet effet, au milieu desquels il file un cocon soyeux, s’y enveloppe et se transforme en chrysalide. On laisse éclore à l’état de papillon ceux dont on veut obtenir des œufs ou graine ; on étouffe les autres, et on obtient la soie en dévidant les cocons. Allais , Aubenas , Nîmes , Crest sont les principaux marchés de cocons. Celle industrie agricole donnait, il y a une quinzaine d’années, près de 25 millions de kilogrammes de cocons ; une maladie terrible qui a sévi sur les vers à soie et qui continue encore ses ravages, malgré les importations de graines étrangères, a réduit la production à une dizaine de millions. (V. Tabl. de stat ., n° J6.)
142. L’acclimatation. — Un grand nombre de nosvégétaux, même parmi les plus utiles et les plus vulgaires, comme la pomme de terre, nous sont venus de l’étranger, et la plupart de nos animaux domestiques ont été, surtout depuis un siècle, modifiés par le mélange avec des races éïrangôres. II est donc bon d’étudier constamment quelles sont, hors de notre territoire, les espèces végétales et animales qu’il pourrait être utile d’importer, et il ne fautpas, en songeant aux exemples du passé, décourager des efforts qui ne donneraient pas des résultats immédiats. Il existe, à Paris, une Société d’acclimatation, et, au bois de Boulogne, un jardin d’acclimatation. Parmi les plantes, le sorgho, graminée fourragère, est une des plus récemment introduites ; parmi les animaux, on s’applique à naturaliser le ver à soie de l’ailante ou vernis du Japon, arbre rustique, récemment naturalisé lui-même.
143. La, chasse et la pêche. — Aux animaux domestiques que l’agriculture élève, il convient de joindre les animaux sauvages ou gibier, que le chasseur prend ou tue : 1 e lièvre, la perdrix , dans les plaines ; le canard, dans' les marais ; le lapin , le faisan , le chevreuil, le sanglier , dans les