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vallée de Campan (Hautes-Pyrénées), d’où l’on tire la variété dite marbre Campan; Saint-Béat (Haute-Garonne), la plus belle carrière de la contrée, donnant un beau marbre blanc, mais inférieur au Carrare; Bagnères-de-Bigorre qui possède quelques carrières, et où tous les marbres des Hautes-Pyrénées sont débités; un peu plus au nord, dans le Gers, Castera - Verduzan qui produit un des plus beaux marbres jaunes connus, et, dans l’Aude, Caunes dont les carrières donnent plusieurs espèces, principalement un beau marbre incarnat;
5° Dans les Alpes, dont les marbres sont généralement noirs, d’assez nombreuses carrières dans les Basses-Alpes, les Hautes-Alpes, l’Isère, la Savoie, et dont le principal commerce se fait à Grenoble ; dans le Jura, trois ou quatre gisements de marbres jaunes à bon marché;
6° Dans les Vosges , qui renferment plusieurs gisements de marbres de diverses couleurs et dont nous avons perdu les plus belles carrières, entre autres Laveline;
7° Dans la Corse , riche en marbres, Corté, aux environs de laquelle sont les principales exploitations de l’île.
Les lithographes écrivent ou dessinent sur une pierre qui est de la même nature que le marbre : c’est un calcaire très-compacte, à grain très-fin, qu’on ne trouve que sur un petit nombre de points.
En France, on exploite la pierre lithographique au Vigan (Gard), à Saint-Pcraij (Ardèche), à Marchamp (Ain), à Dijon, àïhisy (Yonne).
150. Les pierres de taille. — Le marbre sert à l’ornementation; la construction se fait en pierres, c’est-à-dire avec un calcaire plus grossier et très-rarement susceptible de poli.
Ce calcaire constitue, dans les terrains secondaire et tertiaire, des couches immenses. Les pierres qu’on en tire, quoique ayant à peu près la même composition chimique, ont une valeur très- différente aux yeux de l’architecte, suivant ta finesse du grain, la pureté du carbonate, la poro-
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site, etc. D’une manière générale, on divise les pierres de taille en pierre dure qui ne peut être coupée qu’avec la scie à grès, et en pierre tendre qu’on débite avec la scie à dents, ou en pierre sèche, exempte d’humidité, et en pierre gélive qui, contenant de l’eau dans ses fissures ou dans ses pores, est exposée à se déliter et à éclater, quand le froid, en congelant l’eau, en augmente le volume ; en laissant les pierres sécher, après leur extraction, pendant un an, on évite presque toujours cet inconvénient.
Les fragments de pierres de taille, débités en morceaux de petite dimension, prennent le nom de moellons et sont employés en plus grande quantité encore que la pierre de taille.
La pierre de taille est particulièrement abondante en France; elle n’a pas peu contribué à la création et à l’embellissement de plusieurs de nos grandes villes. On y compte environ dix mille carrières; ce nombre et surtout l’activité de l’exploitation dépendent moins encore de l’existence du calcaire même, qui est très-commun, que des débouchés; là où l’on n’a pas le voisinage d’une ville importante ou la facilité de communications économiques, on ne peut guère tirer parti d’une marchandise si encombrante. C’est pourquoi l’extraction de la pierre de taille s’est beaucoup accrue depuis l’époque des chemins de fer. Presque toutes les grandes villes de France ont dans leur voisinage des carrières qui ont servi à la construction des maisons et des édifices. Nous ne pouvons indiquer ici que les groupes les plus importants, principalement ceux qui servent à l’approvisionnement de Paris.
La ville de Paris elle-même est bâtie sur des lits épais de calcaire appartenant à la formation tertiaire, qu’on exploite depuis un temps immémorial et qui, dans tous les siècles, ont servi à en construire les maisons. La partie ancienne et abandonnée est aujourd’hui désignée sous le nom de catacombes ; mais dans les environs de Paris (voir le carton de la carte n° 13) il y a encore un très-grand nombre de car-
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rières en pleine activité, entre autres, dans le département de la Seine, celles de Nanterre, de Colombes, de Vanves, de Ghâtillon, de Bagneux , d’Arcueil, d’Ivry, sur la rive droite du fleuve; celles d’Alfort, de Carrières Saint-Denis, village qui a appartenu jadis à l’Abbaye de St-Denis , sur la rive gauche; dans le département de Seine-et-Oise, celles de Confions Sainte- Honorine , etc. ; celles de Vernàn , dans le département de l’Eure; dans le département de Seine-el- Marne, celles de Château- Landon et de Souppes d’où l’on tire les plus belles pierres de taille, etc. ; dans le département de l’Oise, celles de Saint-Leu , de Senlis , de Saint-Maximin, de Verberie , de Mello, etc.
Le groupe moins important du Soissonnais renferme les carrières de Crouy donnant de belles pierres dures; celui des Ardennes, les carrières de Saint-Gobain (Aisne), de Givet (Ardennes), etc.
La Normandie possède aussi diverses carrières : Saint - Wast (Manche), Marigny (Calvados), Allemagne près de Caen , etc. ; la pierre de Caen, ou pierre d’Allemagne, tirée d’un terrain jurassique, est très-fine et très-renommée; on en exporte en Angleterre.
La pierre de Bourgogne, tirée des calcaires jurassiques, est plus renommée encore. On l’exploite principalement à Grimault , aux environs de Tonnerre (à Pacy et à Lezinnes), dont les carrières donnent une pierre dure (Lezinnes) et une pierre statuaire (Tonnerre) d’une qualité supérieure ; à Cry, à Anstrude , à l’Ue, à Thizy, à Goulmiers-le-Sec, à Chevroches (Yonne).
La Lorraine possède aussi de nombreuses carrières; les plus connues sont celles de Châlillon et celles à'Euville (Meuse) qui peuvent fournir des blocs énormes.
Le Jura et les Alpes ont aussi des calcaires qui fournissent des pierres de taille estimées, àSaint-Ylie (Jura), à ÉchaiUon (Isère), à Allan (Drôme), h Fontevieille et à Cassis {Bouches-du-Rhône), etc. où s’approvisionne Marseille.
Dans le Centre, nous citerons surtout les carrières de
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Tournus (Saône-el-Loire), qui approvisionnent en partie Lyon ; la pierre de Nevers , les carrières de Mer (Loir-et- Cher), celles du Poitou et d * Angoùlême, celles du canton de Bourg qui approvisionnent Bordeaux.
La craie, qui forme aussi des couches d’une grande épaisseur en France, dans le bassin de la Seine particulièrement, est d’une formation et d’une composition analogues à celles de la pierre de taille ; mais elle est beaucoup plus tendre, et en général d’un beau blanc. Aussi l’emploie-t-on trèsrarement dans la construction, fréquemment dans les arts, pour certaines industries chimiques, pour le dessin, la peinture. Préparée d’une certaine manière, elle est désignée sous le nom de blanc d’Espagne.
On l’exploite près de Rouen , à Meudon (Seine-et-Oise), à Bougival (Seine-et-Oise), à Troyes , etc., en Touraine (craie tuffeau).
151. La silice. — Mêlée et souvent alternant avec le calcaire, se trouve la silice ou quartz; ses couches, déposées tantôt en rognons ou cailloux, tantôt en sable fin que les eaux de la mer avaient détaché des roches granitiques, fournissent aussi divers matériaux à la construction.
La meulière est un des plus importants ; c’est un silex, le plus souvent rougeâtre, celluleux, mêlé de coquilles dont la pâte a servi à agglutiner le quartz, et formant une pierre très -dure ; on la rencontre dans les terrains tertiaires.
Sans coquilles, elle sert à fabriquer des meules à moudre. La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne) possède une réputation plus qu’européenne; de ses gisements qui s’étendent sur une superficie de 3,000 hectares jusqu’à Montmirail et Épernay, on tire par année plus de 150,000 carreaux et de 3,500 meules qui sont exportés jusqu’en Amérique. On peut citer encore Meulan (ou plutôt Jambville, près de Meulan), Neauphle-le-Chàleau, Longjumeau (Seine-et-Oise), connu pour ses meules de grès et de cailloux, Saint-Far geau (Yonne), Lésigny (Creuse), rivale de la Ferté-sous- Jouarre; dans le Centre, Bergerac (Dordogne) qui appro-
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visionne presque tous les moulins de la vallée de la Garonne, et Chalon-sur-Saône dont les meules sont très-propres à la mouture du maïs.
Mêlée de coquillages, la meulière est recherchée pour cerlains genres de construction, tels que voûtes, caves, fortifications, etc. ; elle est exploitée, près de Paris, à Meudon , à Montmorency, à Montreuil, à Fontenay, etc.
Le silex ou •pierre à fusil , autrefois recherché, n’est plus l’objet que d’un commerce insignifiant; la principale carrière exploitée est à Saint-Aignan (Loir-et-Cher).
Le grès, au contraire, a une importance égale à celle de la meulière : c’est un sable très-fin, plus ou moins fortement agglutiné, blanc ou coloré par divers oxydes en vert ou en rouge. On l’emploie comme pierre à bâtir, ou comme pavé; on en fait des meules à aiguiser, et il est une des matières premières de la poterie.
On en trouve dans beaucoup d’endroits, surtout dans les départements de Seine-et~Oise, de Seine-et-Marne, dans tout le Gatinais dont il forme le sous-sol et surtout dans la forêt de Fontainebleau : Paris est en grande partie pavé avec les grès de Fontainebleau. Dans les Vosges (et particulièrement à Wasselonne, en Alsace) on exploite beaucoup de grès. Les meilleurs grès à aiguiser sont dans la Charente, dans la Haute-Loire, et près de Langresfk Saint-Germain), non loin des trois centres les plus importants de la coutellerie française.
Le sable est employé soit au jardinage, soit à la maçonnerie et à la confection des mortiers, soit à la verrerie et à la poterie. Les envions de Paris , Châtillon, Ivry, Saint- Maur, Nogent, en fournissent beaucoup pour les premiers emplois; les plages du Rhin, Creil , Fontenay -aux- Roses , Etampes , Nevers , etc. pour le dernier ; Dieppe fournit des galets.
152. Le plâtre et le ciment. — Nous n’avons pas épuisé les emplois industriels de la chaux qui, combinée avec l’acide carbonique ou avec l’acide sulfurique, fournit à
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l’homme les matériaux de construction les plus divers et les plus précieux.
L'albâtre vrai, que l’on trouve en assez grande abondance dans les Pyrénées , est un carbonate de chaux, d’un blanc jaunâtre et à demi transparent : on s’en sert pour sculpter des coupes, des statuettes. Mais on emploie plus souvent pour les mêmes usages, comme étant moins cher, l’albâtre gypseux, sulfate de chaux beaucoup moins transparent, mais d’une blancheur parfaite, que l’on exploite sur divers points, entre autres à Lagny (Seine-et-Marne).
Le plâtre est aussi un sulfate de chaux, mais du sulfate hydraté. C’est la substance que l’on emploie le plus ordinairement pour lier entre elles les pierres d’une construction et pour faire les revêtements intérieurs et extérieurs. 11 doit celte préférence à la manière dont il se comporte avec l’eau. On le cuit pour chasser l’eau qu’il contient naturellement et on le réduit en poudre; de sorte que lorsqu’on le met en présence de l’eau, il l’absorbe promptement et forme une pâte qui ne tarde pas à devenir solide comme l’était primitivement le sulfate hydraté.
Les environs de Paris, Montmartre autrefois, aujourd’hui Argenteuil, Sannois, Épinay, Villelaneuse, Pierrefilte, Vaujours, Pantin, Noisy, Montreuil, Gharonne, Gentilly, Clamart, Châlillon, Suresne et plusieurs autres communes des départements de la Seine et de Seine-et-Oise fournissent le meilleur plâtre connu. On en tire beaucoup aussi de Seine-et-Marne et de Saône-et-Loire.
U est à remarquer que Paris possède sous ses pieds trois des matériaux les plus employés dans le bâtiment, la pierre de taille et le silex, situés principalement sur la rive gauche du fleuve, et le plâtre, sur la rive droite.
En calcinant dans de grands fours (voir la fi g. 51 , représentant un four de la Mayenne) le carbonate de chaux, on obtient ia chaux pure, ou oxyde de calcium, autre lien des constructions, plus solide que le plâtre quand on l’a délayée dans l’eau et mélangée avec du sable ou des cailloux pour en
Fi K- 51 • — Four à chaux. H. 12 mètres.
à Chût eau-Lan don (Seine-et-Marne), h La Roche (Yonne), dans le département de la Mayenne, à Vichy (Allier).
Unie naturellement ou par suite d’un mélange artificiel à l’argile dans la proportion environ de deux pour un la chaux devient hydraulique, c’est-à-dire acquiert la propriété de se solidifier promptement dans l’eau et d’y durcir en quelque sorte par 1 usage, au lieu de se déliter : c’est ce qu’on nomme ciment, ciment romain ou autre. Toute chaux n’est pas également bonne à cette fabrication.
Les ciments les plus renommés sont ceux de Boulogne (Pas-de-Calais), de Senonches (Eure-et-Loir), de La Roche,
faire du mortier ou du béton. On distingue la chaux grasse provenant du calcaire pur, laquelle gonfle beaucoup dans l’eau et lie très-fortement, et la chaux maigre, provenant d’un calcaire impur qui gonfle peu et lie moins.
C est une industrie pratiquée engrandà Bougival{ Seineet-Oise), à Essonne (Seine-et-Oise), à Saint-Quentin (Aisne),
de Vassy (Yonne), de Saint-Dizier (Haute -Mar ne), de Pouilly (Côte-d’Or), de Melz, dans le Nord ; et, dans le Midi, ceux de Grenoble , de Chomerac, du Teil (Ardèche), de Nîmes, de Roquefort (Bouches-du-Rhône), de Moissac (Lot).
153. L’argile. — L’argile, formée par la décomposition du feldspath contenu dans les roches granitiques, occupe dans la constitution de la croûte terrestre une place à peu près aussi importante que le calcaire et la silice. Elle n’est pas moins utile à l’industrie qu’à l’agriculture. Répandue partout, elle donne presque partout l’argile commune, ou terre glaise , qui sert d’une part à la construction, en fournissant les briques, tuiles, carreaux, d’autre part, à l’ameublement, en fournissant les poteries grossières.
V argile à foulon , qui est employée, comme le savon, à dégraisser les étoffes, se trouve dans le Calvados, etc. Il y en a aussi en Alsace.
'L’argile plastique, qui forme une pale beaucoup plus tenace et plus blanche après la cuisson, sert à fabriquer les briques réfractaires et la faïence. Les principales exploitations sont à Forges (Seine-Inférieure), à Dreux (Eure-et- Loir), à Montereau (Yonne), à Bollène (Vaucluse), à Montaret (Allier), et sur divers points deSeine-et-Oise, de l’Yonne, delà Vienne, de l’Ardèche, delà Dordogne, etc. Sarregue* mines, enlevée à la France, en fournit beaucoup.
Dans le département de la Vienne se trouve une argile particulière, l’argile blanche ou kaolin, qui seule est propre à la fabrication de la porcelaine et que l’on exploite à Saint-Yrieix, ainsi que dans V Allier (les Colettes), aux Pieux (Manche), près de Bayonne et en Bretagne.
154. Les engrais minéraux. — Le calcaire, le sable., l’argile, sous forme de marne argileuse, sont exploités dans beaucoup de carrières pour fournir des amendements à l’agriculture (voir § 87). On exploite aussi, depuis quelques années, le phosphate de chaux , fossile provenant des détritus d’os d’animaux antédiluviens.
LA FRANGE
On en trouve en assez grande abondance sur divers de notre territoire, surtout dans les départements d e Tl dennes, de la Meuse, delà Marne, del’Aube T?" d ? A dépôts forment un grand arc rie ee,li ’ ’ ° U le ' ,r<
derniers étages du terrain jurassique. * rep ° Sant sur les
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iod. Le sel. —
l'exploitation du sel que" PoT tire soierie ^ • SS ratlache nom gemme, Toit
Fig. 52. - Bâtiment de graduation. H. G mètres.
de sel marin. L’origine est toujours la même Ip «p 1 étant un dépôt marin des temps antédduWe’i § 6
On trouve le sel gemme presque toujours dans \
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dant, et en tirant, à l’aide de pompes, l’eau chargée de sel que l’on fait ensuite en partie évaporer en la versant sur des tas de fagots, dits bâtiments de graduation. (Voir, p. préc., la fig. 52, représ. un bâtiment de graduation.) L’eau, après plusieurs opérations de ce genre, devient beaucoup plus riche en sel, et l’on achève en faisant évaporer par le feu le reste du liquide.
Le sel gemme de France vient principalement de la Lorraine, des salines de Varangéville et de Saint-Nicolas, près de Nancy : nous avons perdu en t871 celles de Vie et de Dieuze. Des sources salées, telles que celles de Salins, Lonsle-Saulnier (Jura) et celles des Basses-Pyrénées en fournissent aussi.
Le sel marin provient soit des marais salants de l’Océan qui s’étendent de l’embouchure de la Loire à l’embouchure de la Gironde, soit des salins de la Méditerranée qui s’étendent sur toute la côte du Languedoc et sur la partie occidentale de la Provence.
On l’obtient en faisant pénétrer l’eau de mer dans de vastes bassins ayant peu de profondeur et disposés symétriquement à la suite les uns des autres. Le soleil et le vent, exerçant leur action sur une grande surface, font évaporer en partie l’eau. Chaque jour on enlève le sel cristallisé, dit sel gris, que l’on fond ensuite et que l’on fait cristalliser de nouveau dans des bassines quand on veut obtenir du sel blanc. La nature fait dans les salines et les marais salants presque seule toute la besogne : c’est pourquoi, depuis que les chemins de fer ont diminué en quelque sorte les distances et l’avantage provenant de la proximité des grands marchés (Paris et le Nord), les marais de l’Océan, placés sous un ciel souvent brumeux, éprouvent de grandes difficultés à lutter contre les salines de l’Est, exploitées industriellement, et contre les salins de la Méditerranée, favorisés par le soleil du Midi.
La production annuelle du sel est de plus de 600,000 tonnes, dont l’Ouest fournit maintenant plus de moitié et
dont les salines donnaient environ le tiers avant les pertes territoriales de 1871.
De la cendre des herbes marines, on tire le carbonate de soude qui est très-employé dans les arts industriels, et des sables imprégnés de sel marin et de débris animaux, la tangue qui est un bon engrais (voir § 87).
156. Les eaux minérales et thermales. — Aux industries extractives, on doit rattacher les eaux minérales et thermales, qui sont aussi des richesses fournies par le sol, dont l'homme use comme des sources salées, et pour la recherche desquelles il exécute quelquefois des travaux analogues à ceux des mines. Les eaux minérales et thermales sont des médicaments qu’on prend sous forme de boisson ou de bain, à domicile ou sur place. De là l’importance qu’ont, en été, certaines villes d’eaux, où la médecine et la mode amènent de nombreux baigneurs.
Les sources minérales doivent leurs propriétés à la nature des terrains ferrugineux, sulfureux ou autres qu’elles traversent et dont elles dissolvent les sels; aussi se trouvent-elles presque toujours dans les terrains granitiques ou volcaniques, et, par suite, dans les pays de montagnes.
On peut les classer en quatre grands groupes correspondant à des massifs géologiques distincts :
1° Le groupe des "Vosges, où dominent les eaux dites salines, c’est-à-dire contenant différents sels, tels que sulfates et carbonates de soude et de chaux, et les eaux alcalines, renfermant d’ordinaire une notable partie de silice. On y trouve, sur le revers lorrain, Contrexéville, eau saline froide, quelque peu ferrugineuse, recommandée dans les cas de gcavelle et de gastralgie ; Plombières, connue déjà des Romains, et dont le site pittoresque a contribué, presque autant que Jes eaux chaudes et alcalines, employées contre les maladies de l’intestin et des nerfs, à faire la fortune ; Bussang (Vosges), eau froide, ferrugineuse et gazeuse, qui facilite la digestion ; Luxeuil (Vosges), voisine et rivale de Plombières; Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), dont les.
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eaux chaudes fortement chargées de chlorure sont un remède contre les douleurs rhumatismales. L’Alsace, que nous avons perdue en 4871, possède les eaux de Soullzmatt, de Niederbrorm, etc.
2° Le groupe du Jura et des Alpes, dont les eaux minérales contiennent généralement des chlorures et des sulfures. On trouve, dans le Jura, Baume-les-Dames, eau sulfureuse; Salins , eau saline chlorurée; dans les Alpes, Saint Servais, Aix-les-Bains (Savoie), dont les eaux chaudes et sulfureuses, connues depuis l’époque romaine, attirent chaque année de nombreux clients dans un site délicieux; Allevard , dont beau dégage une foi te odeur d’acide sulfhydrique; Uriage (Isère), non moins célèbre par les belles montagnes du Dauphiné que par ses eaux; dans la vallée du Rhône, Condillac, eau digestive, et Montélimart (Drôme), eau saline chlorurée, Aix en Provence. Les maladies que l’on combat le plus souvent à l’aide de ces eaux sont les maladies de peau, les maladies de poitrine et les rhumatismes.
3° Le groupe du Centre, dont les sources en général ferrugineuses et carbonatées sourdent tout autour du massif volcanique de l’Auvergne : Evaux (Creuse), eau alcaline; Néris , eau gazeuse carbonique, Pougues (Nièvre) pour les maladies de foie ; Bourbon -V Archambault, eau saline chlorurée; Vichy (Allier), situé au bord de l’Ailier, le plus important des établissements thermaux de France, dont les eaux, provenant de plusieurs sources, sont chaudes, gazeuses, chargées de carbonates et de sulfates de soude, de chaux et de magnésie, et sont fortement recommandées contre les affections de l’eslomac, du foie et des intestins; Saint-Galmier (Loire), dont l’eau légèrement gazeuse facilite la digestion; Vais (Ardèche); B oyat, dans une étroite vallée voisine de Clermont-Ferrand, dont l’eau a des propriétés analogues à celle de Saint-Galmier, ainsi que le Mont-Dore , dont l’établissement thermal est placé au fond d’une vallée encaissée pav les sommets de la montagne, et terminée
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par le Pny-de-Sancy ; la Bourboule (Puy-de-Dôme) ; Chaudes-Aigues (Cantal), dont l’eau alcaline est assez chaude pour cuire les aliments; Cransac (Aveyron), eau contenant du sulfate de manganèse, de fer et de magnésie; Balaruc , eau fortement chlorurée qui, bien que située dans l’Hérault sur les bords de la Méditerranée, peut être rattachée à ce groupe.
4° Le groupe des Pyrénées, dont les eaux, presque toutes sulfureuses, conviennent par conséquent aux personnes affectées de maladies de la peau, des bronches, de la poitrine et de rhumatismes. En allant de l’Est à l’Ouest, on peut citer, entre autres lieux fréquentés, le Vernet et Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales), eau thermale sulfureuse où Ton envoie beaucoup de poitrinaires et où a été construit un établissement de l’État pour le traitement des militaires ; Ax, dont les eaux thermales sulfureuses très-abondantes sont employées comme médicament et servent en outre, à cause de leur température dépassant 75 degrés centigrades, à tous les usages domestiques; Ussat (Ariège); Bagnèrcs-de-Luchon (Haute-Garonne), qui, située au centre de la plus belle vallée des Pyrénées, à proximité du port de Yénasque, de la Maladetta et d’autres sites intéressants, et possédant diverses sources, les unes thermales sulfureuses, d'autres thermales ferrugineuses, d’autres froides salines, attire, par la variété de ses moyens thérapeutiques et le charme de ses promenades, une foule d’étrangers ; Barègcs, eau thermale très-sulfureuse, celle de toutes les eaux de France qui produit sur la peau l’action la plus énergique ; Bagnères-de-Bigorre, dont les sources sont thermales, salines ou ferrugineuses, une môme sulfureuse, et conviennent, par leur diversité môme, à plusieurs maladies ; Saint- Sauveur, eau thermale sulfureuse; Cawtere/s (Hautes- Pyrénées), non loin du pont d’Espagne et du lac de Gaube, eaux thermales, sulfureuses et salines, assez semblables à celles deLuchon; les Eaux- Bonnes et les Eaux -Chaudes (Basses-Pyrénées), situées au fond de la vallée d’Ossau, au
L’INDUSTRIE
pied du (rourzy et dans le voisinage du pic du Midi, eaux thermales sulfureuses, employées en boisson ou en bains dans les maladies des voies respiratoires. A ce groupe se rattachent les eaux thermales, très-abondantes, d e Dax .
En dehors de ces quatre groupes, on peut signaler encore plusieurs sources jouissant d’une certaine renommée: Passy et Enghien (Seine-et-Oise), dans le bassin parisien; Forges (Seine-Inférieure), dans les plateaux de Caux, eau ferrugineuse; Bagnoles (Orne), près des granits du Cotentin, eau sulfureuse ; Saint-Amand (Nord), renommé pour ses boues .
La mer est un immense réservoir d’eau minérale, et les bains de mer (voir § 54 et suivants), situés sur presque toutes les plages (Artois, Normandie, Bretagne, Landes, Béarn, Languedoc, Provence) peuvent être rangés à côté des villes d'eau.
(Voir la carte no 14.)
157. Les métaux. — La France, riche en carrières et en eaux minérales, est, par contre, très-pauvre en métaux (le fer excepté), et elle est obligée de faire venir de l’étranger la plus grande partie de ceux qu’elle consomme. La présence du minerai a été signalée sur un grand nombre de points; des concessions nombreuses (327 concessions) ont même été faites; mais peu d’exploitations ont eu jusqu’ic.' de la durée et du succès.
Le plomb (800,000 tonnes de minerai) est le métal que la France produit en plus grande quantité. On l’extrait de la galène ou sulfure de plomb, en calcinant dans des fours ce minerai, préalablement broyé et lavé. Le minerai qui ne vaut pas la peine de ces préparations, est vendu tel quel sous le nom d’alquifoux, pour servir à composer l’émail des poteries communes. Le plomb tiré du minerai est ordinairement allié à une petite proportion (5 pour 1000 environ) d’argent qu’on sépare, et, après la séparation, le plomb peut être obtenu soit pur, soit combiné de diverses manières, de sorte que les produits d’une exploitation plombifère se
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composent d’alquifoux, d’argent, de plomb, de lilharge (protoxyde de plomb) et de minium (deutoxyde de plomb).
La mine naguère encore la plus riche de France, celle de Pou llaouenetd’Huelgoat(Finistère), est aujourd’hui épuisée. Le premier rang appartient à la mine de Pontgibaucl (Puyde-Dôme) ; en seconde ligne viennent Vialas (Lozère), Largentière (Hautes-Alpes), Pontpéan (Ille-et-Vilaine) qui ne fournit qu’une médiocre quantité d’alquifoux.
Le cuivre (80,000 tonnes de minerai) dont on trouve sur divers points le minerai (Alpes, Corse, etc.), est exploité à Chessy et Sainbel, près de Lyon, et au cap Garonne, près de Toulon; le zinc (7,000 tonnes), se trouve aussi en petite quantité dans le Gard, les Pyrénées, et est exploité à Pontpéan ; le manganèse (67,000 tonnes), connu sous le nom de manganèse de Bourgogne, provient presque en totalité delà mine de la Romanèche (Saône-et-Loire); Y antimoine { 800 tonnes) est exploité dans la Haute-Loire, la Corse et leCantal ; l’Isère (mine de Chalanches) fournit un peu de nickel ; l’étain, qu’on n’exploite presque pas, se rencontre sur quelques points du Limousin et de la Bretagne. En lavant les sables du Ithône, on en retirait à grand’peine quelque peu de poudre d’or, qui ne procurait qu’un très-mince salaire aux ouvriers. On exploite avec succès, dans les départements du Garcia t de l’Ardèche, à Chessy et Sainbel (Rhône), près d’Alais, à Framont (Vosges), des pyrites cle fer servant à fabriquer l’acide sulfurique.
La valeur totale de ces diverses productions minières est estimée à 5 millions 1/2 de francs, dont 2 millions 1/2 pour le plomb. (Voir Tabl. de stat., n° 24.)
L’importation est en moyenne de 7 à 800 millions pour l’or et l’argent réunis ; mais ces métaux précieux forment une catégorie toute spéciale.
L’importation des autres métaux : cuivre, plomb, étain, zinc, a une valeur de près de 100 millions de francs. Une partie de ces métaux arrive soit en minerai, soit en lingots bruts; ils sont fondus, épurés, forgés, laminés ou étirés,
l’industrie.
selon les divers besoins de la consommation, dans de grandes usines que nous pourrions classer parmi les industries préparatoires, mais que nous mentionnons ici parce qu’elles fournissent en réalité à la France une matière première qui lui manque ; telles sont les usines de Biache- Saint-Vaast (Pas-de-Calais), pour le cuivre, le plomb elle zinc ; du Havre , pour le cuivre, le zinc, le plomb ; de Tourla ville, près de Cherbourg ; de Deville, près de Rouen, pour le cuivre: de Laiyle (Orne), de Romilly (Eure), pour le cuivre ; de Montataire (Oise), pour le zinc et le cuivre ; de Saint-Denis, pour le cuivre; de Pans, d’Essonnes (Seine-et- Oise), pour le cuivre ; de Coueron (Loire-Inférieure), d 7mp hy (Nièvre), pour le cuivre; devienne (Isère), pour les trois métaux ; de Viviers (Aveyron), pour le zinc ; de Marseille, où sont fondus les minerais, et surtout les minerais de plomb provenant des États riverains de laMéditerranée; de Toulouse, pour les cuivres du Chili et du Pérou.
158. La houille et le fer. — Dans l’énumération des richesses extractives de la France, nous avons réservé les combustibles minéraux et le fer, parce qu’ils sont trop important;: pour ne pas être étudiés à part. Depuis que les machines à vapeur ont pris possession des manufactures, l’empire de la houille et du fer s’est étendu; la houille crée le mouvement ; le fer fournit les outils, et ils peuvent être considérés l’une comme l’âme, l’autre comme les muscles de l’industrie moderne. Leur importance s’est accrue à mesure que l’industrie moderne grandissait etse perfectionnait. On peut prendre le chiffre de la quantité de houille et de fer consommée chaque année dans un pays comme un moyen d’estimer approximativement l’importance de son industrie.
La France, en 1815, produisait environ 900,000 tonnes de houille et 110,000 tonnes de fonte ; elle consommait i million de tonnes de houille et environ 110,000 tonnes de fonte.
La France, en 1868, produisait plus de 13 millions de
tonnes de houille, plus de 200,000 tonnes de fonte, et consommait 21 millions de tonnes de houille et près de I million 1/2 de tonnes de fonte, le tout ayant une valeur d’environ 400 millions de francs. (V. Tabl. de stat., n° 22.) La perte du département de la Moselle a sensiblement diminué sa richesse à cet égard. <r
En un demi-siècle, la consommation de la fonte a décuplé , celle de la houille a vingtuplé.
Une statistique, simplement approximative, porte à environ 180 millions de tonnes la production de l’Europe.
La Grande-Bretagne occupe le premier rang avec une production de près de 110 millions, la Prusse le second avec une production de 30 millions, la Belgique et la France le troisième avec une production de 13 millions. C’est pourquoi la France, grand pays de manufactures, a besoin de tirer et tire encore de ces trois contrées une quantité à peu près égale à. la totalité de sa propre extraction.
Les États-Unis produisent par an près de 33 millions de tonnes.
On estime à 215 millions de tonnes la production du monde entier.
Pour la fonte, la France vient au second rang, après l’Angleterre, qui produit plus de 3 millions 1/2 de tonnes, et presque sur la môme ligne que l’Allemagne.
Les États-Unis produisent aujourd’hui près de 2 millions de tonnes, et l’on estime la production totale de l’Europe à 9 millions 1/2 de tonnes.
159. Les houillières. — Durant les premières époques géologiques, une abondante végétation de plantes diverses et surtout de fougères gigantesques couvrait certaines parties de la terre. Les débris de ces plantes s’amoncelaient sur le sol marécageux comme s’amoncellent encore le feuillage, les branches mortes et les vieux troncs d’arbres dans les forêts vierges ; quelquefois, ils étaient transportés par tes eaux, entassés dans une anse du rivage ou dans une dé-
l’industrie.
pression de terrain. D’autres couches de terrains se sont ensuite superposées, ont comprimé, à l’aide des eaux et de la chaleur intérieure du globe, ont décomposé, conglutiné ces délrilus de végétaux pour former la houille ou charbon de terre : la houille est du carbone mêlé à une certaine proportion d’hydrogène et d’oxygène.
C’est surtout dans les terrains de transition qu’on la trouve, non pas en vastes couches uniformes comme les calcaires, mais en amas irréguliers qui semblent marquer encore l’emplacement de ces antiques forêts ou des anses du rivage. Elle s’y trouve au milieu des grès dits grès houillers, formant ordinairement plusieurs couches ou étages, tantôt recourbées, tantôt brisées en zigzags par suite de révolutions géologiques postérieures au dépôt. On découvre un gisement lorsque ces couches ou tout au moins lorsque les grès houillers affleurent, c’est-à-dire apparaissent sur quelque point à la surface du sol, et on arrive à en connaître les divers gisements et leur étendue par le travail même de l’extraction ou par des inductions scientifiques.
Avec la poussière des houillères, autrefois inutile, on fait par compression des briquettes agglomérées (plus de 000, 0U0 tonnes).
On désigne sous le nom d ’ anthracite une espèce de combustible voisine de la houille, mais plus dure, brûlant plus difficilement, avec décrépitation et ne donnant pas de coke.
Dans les terrains secondaires et surtout tertiaires, on rencontre des combustibles minéraux ayant une formation analogue à celle de la houille, mais qui, moins durcis et moins formés en quelque sorte, sont nommés lignites .
Dans les terrains tertiaires marécageux se sont déposés et sej forment encore des amas de végétaux particuliers, surtout de végétaux herbacés; ils fournissent un combustible fumeux, mais propre à différents usages, entre autres à chauffer des fours : on le nomme tourbe . L’exploitation rend par an environ 300,000 tonnes.
Aux dépôts carbonifères il convient de rattacher le gra-
phite, désigné aussi sous le nom de plombagine ou mine de plomb, carbone à peu près pur. Ce n’est pas un combustible ; mais on l’emploie à faire des crayons.
Les houillères de France, au nombre d’environ 590 concessions, formant une superficie de plus de 5,500 kilomètres, et réparties en 71 bassins, sont disposées en quatre grands groupes :
1° Le groupe du Nord. Sur le flanc septentrional du plateau des Ardennes s’étend, des bords de la Roër jusque vers Liège et dans la vallée de la Sambre et de l’Escaut, une bande de terrains houillers formant un des plus riches gisements connus sur le globe. La France n’en possède que l’extrémité occidentale, assez vaste cependant pour avoir été l’objet de 64 concessions et désignée ordinairement sous le nom de bassin de Valenciennes (voir le carton 2 de la carte n° 14). Les couches de houille pénètrent en France près de Gondô et de Fresnes; elles suivent, sur une largeur moyenne de 10 kilomètres, la direction de l’ouest jusqu’au delà de Chaques et de Cauchy, près de Béthune ; mais ces couches, qui sont encore presque à fleur du sol à leur entrée en France, s’enfoncent de plus en plus sous terre à mesure qu’elles s’avancent vers l’ouest. Aussi pendant longtemps n’a-t-on exploité le charbon que dans le voisinage de la frontière, à Anzin, qui est encore aujourd’hui la plus importante exploitation du bassin. On a ensuite découvert les mines de Denain , d ’Aniche, puis on s’est étendu jusqu’à Douai et Moneheau, et récemment on a découvert et exploité des gisements qui passent au nord d’Houdain et qui paraissent se prolonger, malgré certaines solutions de continuité, à travers tout le Pas-de-Calais jusqu’à Boulogne. Le bassin à.' Harding hen s’y rattache.
Le bassin de Valenciennes, un des deux premiers de France dans l’ordre d’importance, fournit plus du quart (1) de notre production nationale (plus de 3 millions de ton-
1. Nous donnons le chiffre de la production des bassins rendant plus de 100,000 tonnes en 1804.
L’INDUSTRIE. I8o
ues) et alimente nos usines du Nord et de l’Ouest jusqu’à la Loire .
Au sud de ce bassin commencent les terrains crétacés qui fournissent du lignite dans V Aisne ; puis les terrains tertiaires qui sont riches en tourbe , départements du Nord, du Pas-de-Calais , de la Somme et de V Aisne (toute la vallée de la Somme), de l 'Oise (marais de Pont-Sainte- Maxence) et de Seine-et-Oise (marais de l’Essonnes et de la Juine).
2° Le groupe de l’Est était un des plus importants de la France ; les principales mines étaient situées sur le revers oriental du plateau des Ardennes : on les désigne sous le nom de bassin de la Sarre ou de la Moselle ; les événements de 1 870-71 nous en ont enlevé la plus grande partie, et ne nous ont laissé que le petit bassin de Norroy et le bassin plus important de Ronchamp et de Gouhenans (Haute-Saône) dont la bouille alimente, concurremment avec celle de la Sarre, les fabriques de Mulhouse (ensemble 400,000 tonnes). La Haute-Saône possède encore quelques autres bassins.
Le département du Doubs , qui possède aussi de la houille, donne, ainsi que les Vosges et le Jura, de la tourbe en abondance.
3° Le groupe du Centre, qui s’étend au pied des roches du Morvan et autour des terrains granitiques du Massif central ; sur ce vaste espace, les mines de houille sont nombreuses et plusieurs sont très-riches.
En premier lieu, au pied du Morvan, dans le département de Saône-et-Loire, se trouvent le bassin d ’Épinac (160,000 tonnes) ; plus au midi, le bassin de Blanzy ; dans la Nièvre, celui de Decize (100,000 tonnes). Celui de Blanzy, qui, avec Montchanin , est le cinquième de France par ordre d’importance (environ 700,000 tonnes), s’est accru par suite de recherches récentes et a donné naissance à la grande usine, on peut dire aujourd’hui à l’importante ville du Creusot : il fournit de la houille à la Haute-Bourgogne, à la Franche- Comté et à toute la vallée de la Loire. Plus loin, dans le dé-
parlement de Saône-et-Loire, le bassin de la Chapelle- son s - Dun.
Au nord du Massif central et dans ses profondes dépressions, on trouve, dans le département de la Creuse, Ahun ; dans le département de l’Ailier, Comment ry, le quatrième bassin de France (780,000 tonnes), avec plusieurs exploitations annexes dont les produits s’écoulent jusqu’à Paris et, dans la vallée de la Loire, jusqu’en Bretagne; Bert , Fins , les lignitesde Buxières, etc, ; dans le département du Puy-de- Dôme, Saint-Flop, Bourg-Lastic, Brassac (180,000 tonnes).
Sur le flanc oriental du Massif, reposant dans une longue dépression de la roche, est le grand bassin de la Loibe (V oir le carton l de la carte n° 14) ; c’est un des deux premiers de la France; il fournit le quart de la production nationale (3 millions de tonnes). Il repose sur une vaste cuvette oblongue, étroite à l’est de Givors à Bive-de-Gier, s’élargissant à l’ouest entre Firminy et Andrezieux, et s’étendant du lthône à la Loire dans les petites vallées du Gier et du Furens; Saint-Etienne est un des points les plus importants de l’exploitation ; le fond arrondi de cette cuvette est de gneiss au nord, de micaschiste au sud et de granit à l’ouest ; le bassin lui-méme se compose de 25 à 30 couches de houille alternant avec des couches de schistes, de grès et de poudingues, et donnant en général des charbons gras et collants. La plus forte couche, dite la grande masse, mesure jusqu’à 12 mètres d’épaisseur. On estime que les gisements reconnus peuvent donner 5 à 600 millions de tonnes, et on en découvrira sans doute d’autres dans les profondeurs inexplorées du centre de la cuvette. Les produits se répandent dans 45 départements de l’Est et du Centre et viennent jusqu’à Paris.
Au sud du Massif, on rencontre le petit bassin d’Aubenas (Ardèche), le grand bassin d’Alais (plus de 1 million de tonnes), le troisième en importance, avec les mines de Bességes, de Portes, de la Grand-Combe (Gard), qui fournit la houille à tous les départements du Sud-Est; le bassin de
L’INDUSTRIE
Saint-Gorvais cl Graissessac (150,000 tonnes); la houillère deMilhau; le bassin de Carmaux , dans le Tarn (plus de 100,000 tonnes) ; le bassin d 'Aubin (500,000 tonnes) avec Decazeville, Cransac, dansl’Aveyron, qui fournitdelahouille dans tout le Sud-Ouest.
A l’ouest du Massif sont Champagnac et Meynac, dans la Corrèze .
4° Le groupe de l’Ouest, placé au pied des granits de la Vendée et du Maine et près des terrains de transition du Cotentin. Il renferme, dans le département de la Vendée, Youvant et C hantonnay , au sud du massif vendéen ; au nord du même massif, dans les départements de la Loire-Inférieure et du Maine-et-Loire, le bassin de la Basse-Loire (100,000 tonnes), dont les gisements forment une longue ligne traversant obliquement le fleuve et dont la principale mine est celle du Nort; au sud des granits du Maine, le bassin du Maine (100,000 tonnes), dont les gisements s’étendent de l’extrémité occidentale du département de la Mayenne jusqu’au Mans, et qui donnent de ranthracite et rie la houille; au nord-est des terrains de transition du Cotentin, Littry.
La tourbe est abondante dans les alluvions de la Loire- Inférieure (marais de Montoire, du Lerdre, etc.).
En dehors de ces quatre groupes est la chaîne des Alpes qui pourrait presque former un groupe particulier et dont les principales richesses sont les houilles de la 7 our-du-Pin et du Drac , dans l’Isère (près de 100,000 tonnes), les li gnites de la Provence, entre autres ceux de Manosque et cl 'Aix (environ 200,000 tonnes), l’anthracite des Hautes- Alpes et de Fréjus (Var).
La plaine du Grésivaudan (marais de Bourgouin, de Vizille, etc.) et les Bouches-du-Rhône (marais de Fos) contiennent beaucoup de tourbières.
160. Le minerai de fer. — Comme la plupart des métaux, le fer se trouve dans la terre, d’une part mêlé à des substances terreuses, des gangues dont on le débarrasse
LA. FRANGE
par des moyens mécaniques, broyages et lavages ; d’autre part, combiné avec diverses substances, le plus souvent avec l’oxygène et l’acide carbonique, et constituant le minera proprement dit. On tire le fer de son minerai par l’action du feu.
Dans les terrains primitifs ou montagneux il existe quelquefois en filons , ou en amas irréguliers; il y est à l’état d’oxydes, dits fer magnétique e ifer oligiste, hématite rouge et brune. Le premier, si abondant en Suède, n’est pour ainsi dire pas exploité en France ; on le rencontre dans les Vosges et surtout dans les Pyrénées, dont l’hématite brune manganésifère constitue le principal minerai. Ce sont les seules exploitations dites mines; les autres sont des minières.
Le minerai en couches , c’est-à-dire disposé comme le sont tous les terrains stratifiés, est beaucoup plus fréquent dans les exploitations françaises. Il est, soit à l’état de fer carbonate dans les terrains houillers, rare en France, soit à l’état d’oxyde, formant le fer oxydé en roche ou le minerai oolithique, très-abondant dans les terrains jurassiques et crétacés, comme ceux du Greusot, de la Franche-Comté, de l’Isère, de l’Ardèche, de l’Aveyron.
Le minerai d'alluvion , très-estimé, se rencontre dans les terrains tertiaires. Il est très-abondant en France, principalement dans les Ardennes, la Champagne, la Bourgogne, la Franche-Comté, le Berry, le Poitou, le Périgord, les Landes, et il forme de puissantes couches qui atteignent jusqu’à 30 mètres d’épaisseur. Il est soit en rognons, soit en petits grains sphéroïdaux, d’une couleur jaunâtre, gros comme des pois ; on le désigne sous le nom de minerai en grains .
L’extraction du minerai brut est d’environ 3 millions de tonnes par an.
Les mines et minières de fer, au nombre d’environ 240, ayant une superficie totale de 1,200 kil., forment douze groupes :
L’INDUSTRIE
1° Celui du Nord , dont les minerais sont peu riches;
2° Celui de Champagne et Bourgogne, dont les deux principaux gisements occupent, l’un tout le sous-sol de l’arrondissement de Vassy (Haute-Marne), donnant près de 500,000 tonnes, et l’autre une longue bande de terrain qui coupe trois départements, et dont Châlillon est le centre ;
3° Celui du Nord-Est , qui s’était considérablement enrichi de 1850 à 1870, mais qui nous a été en grande partie enlevé par la guerre de 1870-71.11 est principalement formé de minerai oolithique. Nous avons perdu Ottange, Hayange, Moyeuvre, etc. Nous ne possédons plus guère que les gisements des environs de Longwy et de Nancy. La minière de Framont, autrefois célèbre par son beau fer ooligiste, est presque abandonnée ;
4° Celui de VEst, qui possède, entre autres dépôts, le plus considérable de France s’étendant sur trois départements entre Langres, Vesoul, Besançon et Dijon ;
5° Celui du Centre , qui comprend un très-grand nombre de riches dépôts de minerais en roche, situés pour la plupart dans les terrains jurassiques qui sont autour du Massif central ; le département du Cher, le plus riche de France, donne à lui seul près de 800,000 tonnes, le cinquième de la production française; Mazenay et Change alimentent le Creusot; Privas et la Youlte (Ardèche) possèdent les seuls gisements de fer oligiste aujourd’hui exploités en France ; le bassin d’Aubin fournit du fer carbonaté des houillères.
0° Celui du Sud Est , composé des minerais des Alpes (fer spathique) qui ne sont pas très-abondants, mais qui dans l’Isère (Allevard, Vizille) sont de qualité supérieure;
7° Celui du Sud , qui comprend les minerais des Cévennes avec le Vivarais ;
8° Celui des Pyrénées, dont les mines d’hématite brune manganésifère, situées dans les Pyrénées-Orientales et dans J’Ariége, sont relativement peu abondantes, mais conlien-
nent une proportion de fer plus grande qu’aucun autre minerai de France; la plus importante est celle de Rancié, à Vic-Dessos, puis celles du Ganigou ;
9° Celui du Sud-Ouest , formé des minerais d’alluvion des Landes et du Lot ;
10° Celui du Périgord , qui donne de bon fer;
11° Celui de Y Indre, dont les deux principaux dépôts s’étendent sur un vaste espace au nord-ouest et au sudouest de Bourges ;
12° Celui du Nord-Ouest , comprenant les minerais disséminés à l’est de la Bretagne, dans le Maine, autour de Laigle (Orne) et jusque dans le département de l’Eure.
161. La fonte, le fer et l’acier . — C’est, avons-nous dit, par l’action du feu qu’on sépare le fer des substances avec lesquelles il est combiné.
Quand on traite un minerai très-riche, comme l’hématite brune manganésifère, on peut convertir directement le minerai en fer dans de petits foyers, ayant environ un mètre de hauteur. On y passe le minerai concassé qu’on entoure de charbon de bois et au milieu duquel un tuyau étroit insuffle l’air chassé par une chute d’eau ; puis on soumet la masse ainsi obtenue à line seconde chauffe (Voip p. suiv., la fig. 53); c’est la méthode catalane, qu’on n’emploie aujourd’hui que sur un petit nombre de points dans les Pyrénées. Elle peut donner, par chaque opération qui dure environ six heures, un quintal et demi de bon fer; elle exige peu de frais d’installation, mais beaucoup de bois et un excellent minerai.
Le plus souvent, on traite le minerai de manière à obtenir d’abord de la fonte. On se sert à cet effet d’un haut fourneau , , vaste construction, d’une hauteur de 15 mètres et plus, dont la partie intérieure, garnie de briques très-rcfractaires, présente la forme de deux cônes tronqués et assemblés par leur base (Voir, page 192, la fig. 54 repr. un haut four, ne a u. coupé verticalement par la moitié). Par l’orifice supérieur OU gueulard (a), on verse des couches alternatives de combus-
l/ industrie.
tible (bois ou coke), de minerai et de fondant, qui s’échauffent, descendent peu à peu à mesure que ie combustible se consume, et sont soumis, à mesure qu’ils descendent, à l’action d’une température plus élevée.
Le minerai qui est entré en fusion tombe, en vertu de sa densité, dans la partie inférieure, nommée l’ouvrage (/*), puis dans le creuset ( g /), d’où il jaillit comme une fontaine de feu quand on ouvre l’embrasure. Pour ces réactions chimiques l’oxygène est nécessaire; on l’introduit, à l’aide d’une machine souillante, par trois tuyères ( m, ; la coupe de la figure n’en laisse voir qu’une), en ayant presque toujours le soin de le chauffer avec un appareil (BG) qui utilise les gaz de la partie supérieure du haut-fourneau. Un haut-fourneau au bois donne environ 6 à 7 tonnes par jour ; un haut-fourneau au coke en donne 25, et peut rester allumé plusieurs années de suite sans interruption de jour ni de nuit.
La fonte est un composé de fer et de carbone, dans la proportion de 3 pour 100 en moyenne, ce carbone s’étant combiné avec le métal dans le haut-fourneau. On distingue plusieurs espèces, dont les principales sont : sous le rapport de la facilité avec laquelle on peut la travailler, la fonte blanche , plus carburée, très-dure et très-cassanle, et la fonte grise , grenue et plus malléable; la fonte au bois , de qualitésupérieure, mais dont la production diminue en France, et la fonte au coke, moins coûteuse et que les perfectionnements récents ont élevée presque à la hauteur de la fonte
au bois ; sous le rapport de l’emploi qu’on en veut faire, la fonte de moulage , qui est dite elle-même de première fusion quand on la refond préalablement dans des four-
Fig. 54. — Coupe d’un haut-fourneau. H. 15 mètres.
neaux dits cubilots, et fonte d’affinage , qui est ordinairement de la fonte grise et que l’on destine à être convertie en fer ( Tab . de siat . , n. 7).
Convertir la fonte en fer, c’est lui enlever tout ou presque tout son carbone, résultat qu’on obtient, soit en fondant de nouveau les lingots, soit en les réduisant à l’étal pâteux et en brûlant le carbone à l’aide de la haute température et de l’oxygène de l’air. Celte opération se fait, quelquefois encore au bois, dans les fo}ers d’aflinerie, plus souvent au coke, dans les fours à pudler (Voir la fig. 55
L* INDUSTRIE
où la fonte, placée sur la sole du four (B), est léchée par la flamme (A) sans être en contact avec la houille qui la carburerait de nouveau. La masse de fonte, ou loupe, est à plusieurs reprises, pendant cette opération, cinglée, c’està-dire battue par de lourds marteaux qui la débarrassent de ses impuretés.
Après l’opération, le fer, plusieurs fois réchauffé, est ébauché, puis martelé en bandes rectangulaires, ou laminé en tôles, ou fendu en longues bandes étroiles ? ou étiré en fils. Souvent, durant ces diverses préparations, il est corroyé, c’est - à - dire composé deplusieurs bandes ou plaques que le marteau ou les cylindres soudent ensemble à chaud.
Fig. 55. — Coupe d'un four à puddler. Long. 2 m ,50.
ce qui rend le fer plus nerveux. C’est ainsi qu’il est. livré par les forges au commerce, lequel distingue, à son tour, selon la qualité, plusieurs espèces : les fers forts , durs ou doux, qui ont le grain fin, le nerf long, la cassure d’un gris clair, mat, et qui sont les plus tenaces et les plus estimés ; les fers tendres , à la cassure brillante, qui se travaillent aisément à chaud, mais qui r/ont pas de nerf et sont très-cassants à froid; les fers rouverains qui, plus tenaces que les précédents, sont cassants à chaud et se travaillent difficilement.
A cette liste il convient d’ajouter le fer-blanc , qui est de la tôle étamée.
Avec la fonte ou le fer, on fait de Y acier, ^lequel est du fer uni à du carbone, mais en proportion.nroindre que la fonte fi). Dans la Nièvre, la Savoie et l’Isère, on fait de V acier de forge, lequel est à la fois le plus tenace et le plus
1. L’acier contient rarement plus de 1 /*2 pour 100 de carbqne.
élastique, avec de la fonte au bois que l’on décarbure partiellement dans les foyers chauffés au charbon de bois. Depuis quelques années on obtient à la houille Y acier puddlé , lequel est de qualité secondaire, en traitant certaines fontes dans des fours à puddler. On obtient aussi par le procédé Bessemcr un acier à bon marché, en insufflant dans de la fonte en fusion une grande masse d’air destinée à brûler tout le carbone qu’on rend immédiatement en proportion convenable à la matière bouillante. Avec le fer, on obtient aussi Y acier de cementation , acier médiocre, en faisant chauffer pendant plusieurs jours, dans des fours spéciaux, des barres de bon fer enveloppées de poussière de charbon, c’est-à-dire en carburant ces barres. Pour améliorer la qualité de cet acier, on le corroie ou on le fond au creuset, et on obtient V acier fondu. En chauffant l’acier au rouge et en le refroidissant brusquement dans l’eau, on obtient Y acier trempé ; celui-ci, à cause de son extrême dureté, est employé surtout à fabriquer les outils.
La production de la fonte, du fer et de l’acier est en progrès : l’industrie métallurgique est intimement liée ellemême au progrès de la science chimique. La France, avec 3 millions de tonnes de minerai de ses mines et minières et 1/2 million de tonnes de minerai, importe plus de 4 million de tonnes de fonte (1 ,235,000 tonnes en 1 868), dont les trois quarts sont convertis en fer (822,000 tonnes en 1863); la fabrication de l’acier et de 100,000 tonnes à peu près. (V. Tab(. de stat., n° 22.)
162. Les hauts-fourneaux et les forges, — L’emplacement des carrières et des mines est nécessairement fixé par la nature ; celui des hauts-fourneaux et des forges est choisi par l’homme. Mais il est certain, lorsqu’il s’agit d’une production dont les matériaux sont si encombrants, que l’industriel s’appliquera à établir son usine à proximité de sa matière première : c’est une règle dont il ne s’écarterait pas sans péril. Là où le minerai et le combustible sont réunis dans un même canton, point de doute : il y a un
L’INDUSTRIE
haut-fourneau. Là où on ne rencontre qu’un des deux éléments, la difficulté commence. Mais, par une heureuse coïncidence, la majorité de nos minières est située dans le terrain jurassique, non loin, en général, des terrains houillers, et non loin des forêts qui forment, comme nos minières, un demi-cercle autour du bassin delà Seine, ainsi qu’on le remarque en comparant les deux cartes. (Voir la carte n° Il et la carte n° lft.)
Les hauts-fourneaux et les forges peuvent être rangés dans les douze groupes que nous avons énumérés, bien que les conditions de viabilité et de fabrication tendent à rendre ce classement moins exact (Voir Tabl. de stat., n°» 23 et 27) :
1° Le Nord, qui, possédant en abondance le charbon de terre, ne produit que des fers au coke, mais est obligé de tirer de Belgique la plus grande partie de ses minerais : Lille, dont les faubourgs et les communes environnantes, Fives, Marquette, Moulins, Wazemmes, possèdent des usines, est un des principaux centres de l’industrie de la forge ; le bassin de Valenciennes est un centre plus important encore de fabrication du fer; à côté de l’importante compagnie d’Anzin et Denain et des fonderies de Douai , sont les communes de Trith, de Raismes, de Quiévrechaint de Crespin, etc. (I) ; l’arrondissement d’Avesne-, à l’extrémité orientale du déparlement du Nord, forme un troisième centre dans lequel on remarque Maubeuge , Fourmies , Haumont, Trelon, etc.
Ce groupe, qui comprend les départements du Nord et du Pas-de-Calais (usine de Marquise, etc.), donne plus de 200,000 tonnes de fonte, c’est-à-dire le cinquième de la production française.
On peut prolonger la circonscription de ce groupe jusqu’à Paris, parce que ce sont les houilles du Nord qui alimentent toute cette région, et y comprendre ainsi l’impor-
1. Ces villages, situés tous dans l’arrondissement de Valenciennes, n’ont pu être marqués sur la carte.
tante usine de Alontataire (Oise) et le déparlement de la Seine qui est le premier de France pour la fabrication du fil de fer ;
2° La Champagne et la Bourgogne possédant les hautsfourneaux des Ardennes dont C harleville est le centre ; les hauts-fourneaux et forges de la Haute-Marne, qui sont construits sur le massif de minerai de l’arrondissement de Vassy, mais qui, traitant ce minerai en partie au bois, ont souffert du progrès croissant de la houille ; on y trouve Sainl-Dizier, Eurville, Vassy, Poissons, Thonnance, le val ■ d'Osne , Sommevoire, qui se distinguent par la beauté de leurs produits et surtout par leurs fontes artistiques. A ce groupe appartiennent aussi les forges de Châtillon (Côled'Or) et leurs annexes.
3° Le Nord -Est, qui comprend la Lorraine. C’était naguère une des régions de la France qui produisait le pins de fer; dans la période 1850-1870, elle avait fait de grands progrès et le département de la Moselle (forges d’Ottange, de Creutzwaln, deHombourg, deStyring-Wendei, d’Hayange et Moyeuvre, d’Ars-sur-Moseüe) était au premier rang pour la production de la fonte : ce département nous a été presque tout entier enlevé par la funeste guerre de 1870, et nous n’y conservons plus que quelques hauts-fourneaux dans l’arrondissement de Briey. La Meuse possède les établissements métallurgiques de Dammarie, de Tusey, d’Ablainville, etc . ; la Meurlhe ceux de Frouard, etc. ün y fait de la fonte au bois et de la fonte au coke; cette dernière domine.
4° L’Est comprend Belfort, seul reste de nos fourneaux d’Alsace (nous avons perdu Bitschwiller, Massevaux,etc.), la Côte-d’Or, avec Cussey, etc. ; la Franche-Comté, qui fournit les fers au bois les plus renommés et qui compte, entre autres grands établissements, Aillevillers (Haute-Saône), Audincourt (Doubs), Fraisans, Champagnole (Jura); ils souffrent de la concurrence des fers à la houille.
5° Le Centre, étant très-riche en houille et en minerai,
• a naturellement beaucoup de hauts-fourneaux et de forges :
dans la Nièvre , Fourchambault , Nevers , Imphy , Decize ; dans Saône-et-Loire , qui occupe le troisième rang pour la production de la fonte au coke et en fournit par an près de 100,000 tonnes, le Creusot, le plus important de tous les établissements métallurgiques de France, qui, avec ses dixsept hauts-fourneaux, alignés les uns à côté des autres, présente la nuit l’aspect d’une immense fournaise ; dans V Allier, Commentry , Montluçon , Torteron, etc. ; dans la Loire , où l’on fait peu de fonte, le minerai faisant défaut, mais beaucoup de fer au coke (70,000 tonnes), partant beaucoup de rails, plus de tôle que dans aucun autre département, et près des cinq sixièmes des aciers de France, acier puddlé, acier de cémentation et acier de forge, Rivede-Gier, le centre le plus important de ces diverses fabrications, Saint-Chamond , Saint-Étienne , Givors, Firminy, la fabrique d’acier d’Unieux, etc.
Ces trois départements réunis donnent plus de 150,000 tonnes de fer.
6° Le Sud-Est n’est important que par les hauts-fourneaux et forges de Y Isère où Fou remarque surtout Allevard, Voiron, Bourg-d’Oisans, Vienne, et qui vient, pour la production de l’acier de forge et de l’acier puddlé, immédiatement après le département de la Loire ; Marseille a aujourd’hui des hauts-fourneaux, des fonderies et des forges où l’on traite principalement le minerai de la Sardaigne et de l’île d’Elbe.
Au nord de la Corse, sont les hauts-fourneaux de Toga.
7° Le Sud comprend les hauts-fourneaux de Y Ardèche qui est au nombre de nos départements produisant le plus de fonte au coke, et dont la Voulte est un des principaux établissements ; ceux du Gard, avec les importantes aciéries d' A lai s, de Bességes , de Terre-Noire, etc.
8° Les Pyrénées , dont le minerai manganésifère, traité par la méthode catalane, rend de très-bons fers et aciers, mais en petite quantité et sans donner naissance à de trèsgrandes usines ; c’est à Yic-Dessos (Ariége), à Pamiers, à
Uia (Pyrénées-Orientales) que sont les forges les plus importantes.
9° Le Sud-Ouest n’a qu’une importance secondaire ; on y fait de la fonte au bois ; Labouheyre, dans (es Landes, en est la plus importante usine.
10° L a Périgord, beaucoup plus riche, produit des fers renommés; on y trouve les usines de Nontron, d'Exideuil, etc. ; à ce groupe se rattachent, quoique produisant dans des conditions très-différentes, Decazeville , Cranscic (Aveyron) et l’établissement de Saut-du-Tarn (Tarn) qui fabrique des faux pour tout ie Midi.
Ll° L’Indre est un groupe qui embrasse la Vendée, le Poitou, la Touraine et le Berry. Les fers du Berry sont renommés, et viennent, en majeure partie, du département du Cher où l’abondance du minerai a multiplié les hautsfourneaux et fonderies, Vierzon, Mézières qui a fabriqué les Halles centrales de Paris, Bourges , Rosières, Mareuil, Bigny, etc. ; Pocé (Indre-et-Loire) est connu par sa fonte artistique.
12° Le Nord-Ouest, groupe secondaire où l’on peut citer, entre autres établissements, les forges de Conciles (Eure).
Si l’on envisage sur la carte l’ensemble des usines k fer, on remarque qu’elles sont groupées de la façon suivante : 1° une longue et large bande sur toute l’étendue de notre frontière du Nord, bien réduite à l’orient depuis 1871 : conséquence des bassins houillers de laSambre et de la Sarre; 2° un grand arc de cercle qui enveloppe la vallée de la Seine à l’orient et coupe la Loire jusqu’au Massif central, s’étendant des Ardennes à l’Indre par la Haute-Marne : conséquence du terrain jurassique qui contient le minerai et des forêts qui couvrent toute celte ligne montagneuse ; 3° une longue ligne droite, orientée du nord au sud, du département des Vosges au lit du Rhône : c’est la direction des Vosges et du Jura; 4° un autre arc de cercle, moins riche en usines, s’ouvre du département du Rhône au département de la Dordogne, avec son sommet dans l’Hc-
rault : conséquence des houillères semées sur le liane méridional du Massif central.
Les autres usines ne forment que des masses isolées.
2 e section.