LES BESOINS INTELLECTUELS
208. L’instruction. — On se ferait une idée encore plus inexacte du nombre d’activités employées à satisfaire les besoins intellectuels , si l’on en jugeait par l’énumération suivante. C’est que l’esprit, pour s’instruire ou pour se récrér, doit être en communication avec d’autres esprits, et que ces besoins sont satisfaits, par conséquent, beaucoup plus par des services personnels que par des produits matériels, sortis d’une fabrique quelconque. Ils sont satisfaits, au premier chef, par les instituteurs et institutrices de nos nombreuses écoles primaires, par les professeurs de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, par les maîtres enseignant la musique et les beaux-arts et par les travaux des savants (voir la 8° section de la dixième partie). Les objets matériels dont ils se servent ne sont que secondaires.
209. La papeterie. — Le plus important de tous est le papier, que l’on fabrique avec des chiffons, quelquefois avec diverses fibres textiles, avec de la paille et môme avec du bois broyés et réduits en pâte, puis coulés en lames minces, et séchés. Le papier est fabriqué soit à la cuve, c’est-à-dire à la main, soit à la mécanique, dans de grands établissements; cette dernière fabrication est de beaucoup la plus importante. Le papier à écrire doit être collé.
Le carton est fait, soit avec de la pâte comme le papier, soit avec plusieurs feuilles de papier collées ensemble.
On compte en France beaucoup de papeteries ; les plus importantes sont à Angoulême , à Annonay (Ardèche), à
Rives (Isère), à la Souche (Vosges), à Essonnes, au Marais et à Sainte-Marie (Seine-et-Marne), à la Haye-Descartes (Indreet-Loire), à Saint-Omer, l’Alsace méridionale (Rixheim, île Napoléon) nous fournissait beaucoup de papier.
Paris est le centre principal de la vente des papiers et de la fabrication des articles de bureau, qui sont une dépendance de la papeterie.
210. L’imprimerie. — L’imprimerie, qui a servi plus que toute antre industrie humaine au développement des intelligences, reproduit mécaniquement l’écriture et répand la pensée et l’instruction avec une profusion dont, en France seulement, plusieurs millions de copistes, travaillant assidûment, ne parviendraient pas à approcher. Elle consiste à assembler, pour former les mots et les pages, de petites tiges de métal ou caractères, portant chacune à son extrémité une lettre marquée en relief et à l’envers, à enduire d’encre cet assemblage ou composition, et, à l’aide d’une presse à bras ou plus souvent d’une presse mécanique, à tirer, c’est-à-dire à imprimer sur des feuilles de papier la composition à un nombre d’exemplaires aussi grand qu’on le veut, et cela en moins d’une minute pour chaque feuille. Après l’impression, les caractères, que fabrique à trèsbon marché, à l’aide d’un moule, le fondeur en caractères, sont disjoints et remis à leur place pour servir à d’autres impressions.
Paris est de beaucoup le siège le plus important de cette industrie; mais on imprime pour le compte de Paris dans un certain nombre de villes des départements voisins, à Saint-Germain , à Corbeil , à Orléans , etc. Après Paris, on peut citer Tours , Rouen , Lille, Lyon , Limoges , Rennes. Il faudrait citer aussi Strasbourg.
L’entreprise de la publication des livres est faite ou par les auteurs directement, ou par les éditeurs qui se trouvent dans les villes que nous venons de citer ; la vente en détail se fait par les libraires , qui se trouvent dans presque toutes les villes de France. La production annuelle est d’environ
L’INDUSTRIE
20,000 volumes, brochures ou feuilles, dont 12,000 publiés à Paris ; il faut y ajouter les journaux de toute espèce, au nombre de plus de 1,000, dont près de 600 publiés à Paris.
Les plumes de fer viennent principalement de Laigle et de Boulogne.
1. La gravure. — La reproduction de»- dessins et des cartes se fait soit par la gravure , sur cuivre (gravure en taille-douce), et sur bois, soit par la lithographie , c’est-àdire par le dessin fait avec certain crayon sur une pierre lithographique (Voir § 1 49) . Le tirage se fait d’une manière particulière pour chaque genre.
Le siège principal de cette industrie est encore Paris; cependant elle est exercée dans la plupart des grandes villes d’imprimerie, et, pour l’imagerie en particulier, c’est-à-dire pour les images communes, à Épinal et à Metz que nous avons perdu.
La photographie y c’est-à-dire la reproduction des images par l’action du soleil sur du papier convenablement préparé, a aussi Paris pour centre principal ; mais cette industrie récente s’est répandue promptement dans presque toutes les villes, grandes ou petites.
212. Les instruments de précision. — Les instruments de précision dont se servent les savants, surtout les astronomes et les physiciens, sont fabriqués à Pans ; Saint-Gobain (Aisne) fournit les verres d’optique, et quelques départements, comme le Jura, les travaillent dans les articles communs, en concurrence avec Paris.
^213. Les instruments de musique. — Les instruments de musique que l’on divise en instruments à cordes, pianos, violons, etc., et en instruments à vent, comprenant les orgues, les instruments en bois, flûtes, hautbois, et les instruments en cuivre, trombones, etc., ont encore pour siège principal de fabrication et de vente en tout genre Paris ; Château-Thierry vient au second rang; Lyon, Mar-
seille, Nancy, Toulouse, Bordeaux fabriquent des pianos ; Mil ' ecourt fait généralement la lutherie commune.
214. Les musées et théâtres. — A la satisfaction des besoins intellectuels se rattachent les grands monuments de l’architecture qui frappent tous les yeux et qui, dans chaque siècle, donnent une direction générale aux arts du dessin et aux industries qui en dépendent ; les musées , qui rassemblent pour l’instruction particulière des artistes, quelquefois des archéologues, et pour l’éducation du goût public, les chefs-d’œuvre de la sculpture, de la peinture, delà gravure, les curiosités des temps passés, etc. ; et les théâtres, qui récréent l’esprit.
Au premier rang sous tous les rapports est Paris. Paris possède, dans ses monuments et jusque dans ses ruines anciennes ou récentes, des souvenirs et des œuvres remarquables du style de toutes les époques, depuis les Thermes de Julien jusqu’à VOpéra ; on remarque surtout, dans le style ogival, la cathédrale dédiée à Notre-Dame et la Sainte -Chapelle ; dans le style de la renaissance, le Louvre ; dans le style de Louis XIV, la porte Saint-Denis , les Invalides et la colonnade du Louvre ; dans le style de Louis XV, le garde-meuble ; dans le slyle moderne, Yarc de triomphe de VE toile, etc. Paris possède dans ses nombreux musées plus de richesses qu’aucune autre ville du monde, et, sous le rapport des chefs-d’œuvre de la peinture, ne le cède qu’à une ou deux villes d’Italie ; il possède aussi de nombreux théâtres, à plusieurs desquels l’État donne une subvention dans le but de favoriser la musique ou l’art dramatique.
Les grandes villes, tout en restant bien loin de Paris, ont aussi leur musée et leur théâtre. On cite le grand musée historique de Versailles , les musées de Lyon, de Rouen, d’Orléans, de Dijon, de Besançon, de Bordeaux, etc.
Parmi les plus beaux monuments sont les cathédrales, celles de Reims , d 'Amiens, de Rouen , de Chartres , de Beauvais , etc. (ajoutons, malgré la séparation qui a eu lieu,
celle de Strasbourg); les châteaux royaux, Versailles, Saint- Germain (Seine-et-Oise), Blois, Chambord (Loir-et-Cher), etc.; les restes de l’antiquité romaine, le pont du Gard, les arènes de Nîmes, celles d’Arles, etc.
215. Le résumé de la production industrielle. — Il est plus difficile encore pour l’industrie que pour l’agriculture de donner une idée approximative du montant de la valeur totale de la production. Le recensement dans chaque industrie particulière, pût-il être fait avec exactitude, ne fournirait pas les éléments d’un total, parce que le produit de telle industrie devient, dans telle autre, matière première ou moyen de fabrication et que la valeur de chaque produit se compose ainsi en grande partie d’autres valeurs déjà mises en ligne de compte. On estime cependant la production industrielle à un total de douze à quinze milliards, somme probablement inférieure de quelques milliards à celle de la production agricole.
Nous avons recueilli sur certaines industries particulières des renseignements plus exacts. Ainsi, la France produit 12 millions de tonnes de houille, plus de 1 million de tonnes de fonte ; elle emploie en machines à vapeur une force de 675,000 chevaux : elle consomme plus de 50 millions de kilogrammes d’acide sulfurique ; elle produit plus de 200 millions de kilog. de sucre, et une valeur approximative de 3 milliards en tissus de toutgenre. Comparés à ceux du commencement du siècle, ces chiffres témoignent incontestablement d’un très-grand progrès dans la production industrielle (1). Le nombre croissant des brevets d’invention, qui est de près de 6,000 par an, peut servir aussi à donner quelque idée de notre activité industrielle. (V. Tabl. de stat., n° 31.)
1. Au commencement du siècle, la France produisait moins de 900,000 tonnes de houille, de 100,000 tonnes de fonte, possédait moins de 1,000 chevaux-vapeur, consommait à peine 1 ou 2 millions de kilogrammes d’acide sulfurique, ne fabriquait pas de sucre, et la valeur des tissus n’était guère supérieure à 800 millions.
Cette production est inégalement répartie sur notre territoire. Les industriels s’y groupent en obéissant à deux sortes d’attractions :
1° Les industries extractives sont nécessairement fixées par la constitution géologique du sol ; c’est pourquoi on trouve les exploitations de mines dans le voisinage des terrains granitiques, des montagnes, Vosges, Alpes, Pyrénées, et sur les flancs du Massif central, les exploitations de minerais de fer principalement dans les terrains jurassiques, et les exploitations de carrières dans divers terrains, selon la nature des matériaux, surtout dans les terrains jurassiques et tertiaires.
Les hauts-fourneaux, les fabriques de poterie et de verrerie, consommant une quantité considérable de combustible, obéissent h la même attraction et se trouvent pour la plupart près des houillères et des forêts.
Certaines fabriques et manufactures se portent soit du côté où le combustible est à bon marché, comme tant d’industries dans la Flandre, soit du côté où existe la matière première, comme les lissages de lin dans le Nord, les savonneries en Provence, les usines de cuivre dans certains ports, soit du côté où les cours d’eau fournissent la force motrice, comme dans les vallées de l’Alsace.
Ces diverses attractions peuvent être diles attractions naturelles .
2° Les industries manufacturières se portent de préférence là ou elles trouvent les plus faciles débouchés ; c’est pourquoi Paris, le plus grand foyer de la consommation française en tout genre, réunit dans ses murs ou dans sa banlieue tous les genres de production manufacturière.
Une industrie très-importante fait naître à côté d’elle d’autres industries, parce qu’elle leur fournit un débouché eu parce qu’elle stimule le génie des habitants : c’est ainsi que l’Alsace fait des machines et tisse la soie.
Ces attractions peuvent être dites attractions sociales.
Des unes et des autres voici ce qui résulte : très-grande
L’INDUSTRIE
activité industrielle dans toute la région Nord-Ouest , y compris Paris, où la plupart des industries, principalement les industries métallurgiques et textiles, sont exercées; grande activité dans le Nord-Est , où sont principalement l’industrie du fer et l’industrie cotonnière; très-grande activité dans le Lyonnais , où sont Lyon et le bassin houiller de la Loire; activité moins variée dans le Berry et le Nivernais, où l’on fait du fer et des poteries; activité médiocre dans le Sud-Est , où le tissage de la soie et de la laine et la savonnerie sont les plus importantes occupations; industrie très-peu développée dans la région du Sud-Ouest ; industrie presque nulle sur les plateaux granitiques du Centre et de la Bretagne.
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