‹ La France (avec ses colonies) (volume 2)Chapitre 56 sur 87 · SEPTIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME PARTIE

LES GRAÎNÜES VILLES.

(Voir la carte no 27*)

240. Les villes de 30 à 50,000 âmes. — La France possède 22 villes de 30 à 50,000 âmes, qui sont, suivant l’ordre d’importance: Bourges (30,119 hab.), ancienne capitale du Berry; Rochefort, port de guerre; Poitiers, une des grandes capitales de l’Aquitaine au moyen âge ; Saint-Quentin, ville industrielle et prospère; Dunkerque, notre port sur la mer du Nord ; Troyes, ancienne capitale de la Champagne ; Avignon, résidence des papes au xiv e siècle; Cherbourg, port de guerre et grand chantier de constructions maritimes ; Lorient, port de guerre; Clermont-Ferrand, ancienne capitale de l’Auvergne; Turcoing, ville d’industrie qui est, pour ainsi dire, un faubourg de Lille; Dijon, ancienne capitale de la Bourgogne; Boulogne, un des points de communication les plus importants entre la France et l’Angleterre; Caen, ville de parlement; Grenoble, ancienne capitale du Dauphiné ; Tours, que le doux climat de la Touraine fait rechercher aujourd’hui des étrangers, comme des rois de France au xvi e siècle; Versailles, ancien séjour des rois, siège de l’Assemblée nationale en 1871, célèbre par son palais et son musée; le Mans, grand entrepôt, dont les chemins de fer ont accru la prospérité; Besançon, ancienne capitale de la Franche-Comté, ville pittoresque; Orléans, autrefois principal entrepôt du commerce •delà Loire avec Paris; Rennes, ville de parlement; Nancy

(49,993 hab.), ancienne capitale de la Lorraine, encore toute pleine des souvenirs de Stanislas Leczinski. Ce groupe, dans lequel se mêlent quelques jeunes cités, est composé surtout d’anciennes villes, importantes par leurs traditions.

241. Les villes de 50 à 70,000 âmes. — La France possède 8 villes de 50 à 70,000 âmes , villes manufacturières pour la plupart, qui sont, dans l’ordre d’importance: Nice (50,180), récemment annexée à la France, et depuis longtemps recherchée des étrangers et des malades à cause de son site et de son climat; Limoges, vieille ville bâtie sur une colline, rappelant encore dans certains quartiers les constructions et les mœurs du moyen âge, mais assez prospère, grâce à l’industrie de la porcelaine et delà flanelle; Angers , sur les deux rives du Maine, villedont le commerce s'accroît, qui possède de riches pépinières, de vastes ardoisières, des fonderies et des fabriques de toiles et de poteries ; Montpellier , bâtie sur une colline d’où l’on découvre la Méditerranée, ancienne ville d’étude et de commerce au moyen âge, qui conserve encore cette double réputation, quoique son commerce maritime soit bien amoindri ; Nîmes, la ville de France qui a conservé les plus beaux monuments del’époque romaine, les arènes, la Maison-Carrée, laTour-Magne; prospère naguère par l’industrie de la soie, elle l’est encore aujourd’hui par la fabrication des châles, des tapis, etpar le commerce des vins et alcools ; Reims, qui, placée sur la Vesîe, au milieu de plaines arides où paissent de nombreux troupeaux, a, de bonne heure, tissé la laine et doit encore à cette industrie sa fortune présente, bien qu’elle n’ait plus le privilège de voir sacrer les rois dans sa belle cathédrale gothique; Amiens, ville d’imdustrie, qui file et tisse la laine et le chanvre, fabrique en grande quantité des velours de coton, des lapis, qui est devenue un grand entrepôt grâce aux canaux et aux chemins de fer, et attire les visiteurs par sa belle cathédrale du xm e siècle ; Roubaix (65,091 hab.), qui est, en quelque

sorte, un faubourg de Lille, et dont la fortune est due tout entière à la fabrication des étoffes de laine pure ou mélangée.

Parmi les villes de 50 à 70,000 habitants, il y en a deux dont la France pleure la perte : Metz, naguère notre plus importante place forte du nord-est, et autour de laquelle le maréchal Bazaine a été bloqué dans la campagne de 1870; Mulhouse, si remarquable par son activité municipale et par le grand développement de son industrie cotonnière.

242. Les villes de 70 à 100,000 âmes. — La France possède 4 villes de 70 à 100,000 âmes , trois ports, une ville frontière et une ville du Centre, à savoir :

Le Havre (74,000 hab.), un des deux plus grands ports de commerce de France, creusé, du temps de Louis XII et de François I er , à l’embouchure de la Seine pour recevoir les gros navires qui ne peuvent entrer h Honfleur. La ville entière est pour ainsi dire un grand entrepôt, coupée en tous sens de bassins (bassin de l’Eure, bassin Vauban, bassin du Commerce, etc. v. la carte n° 10 ) dont plusieurs débouchent directement dans l’avant-port et où stationnent les navires; elle possède aussi de grandes usines, travaillant la plupart pour la marine, et elle est, après Marseille, le premier port de France : c’esc en quelque sorte le bras droit de Paris sur l'Océan, comme Marseille en est le bras gauche sur la Méditerranée.

Toulon (77,000 hab.), ville militaire, au fond d’une belle rade ; c’est sous Louis XIV que fut construit ce port, qui est notre unique défense maritime sur la Méditerranée.

Brest (79,000 hab.), ville également toute militaire, placée au nord d’une admirable rade fermée par le Goulet et où toutes les flottes d’Europe pourraient s’abriter; son port militaire fut creusé, au xvn c siècle, dans le lit approfondi de la Penfeld; on construit aujourd’hui, au pied des rochers de la rade, un port marchand qui, grâce à la position avancée de Brest dans l’Océan et des chemins de fer. peut acquérir un jour une grande importance.

Saint-Étienne (96,000 hab.) n’avait, il y a un siècle, que 6,000 habitants; elle doit sa fortune aux nombreuses et épaisses couches de houille sur lesquelles elle est bâtie ; elle est, avec Lyon, à la tête de l’industrie de la soie; elle fabriquerubans, armes, quincaillerie, machines, etc. (V. § 188, etc.) > Le traité de 1871 a séparé de la France la capitale de l’Alsace, Strasbourg qui comptait 84,000 hab. et qui est célèbre à tant de titres, particulièrement par ses monuments si cruellement maltraités par le bombardement de 1870.

La France possède en outre 7 villes dont la population dépasse 100,000 âmes , et 1 ville dont la population dépasse 1 million \ /2: en tout 42 villes au-dessus de 30,000 âmes.

Elle en possédait 23 en 1789, et seulement 18 en 1801. (Voir Tabl. de slat., n° 52.)

Les villes sont les lieux où la consommation est la plus grande, et cette consommation, diverse suivant les habitudes, est en général d’autant plus grande qu’il y a plus de richesse. (Voir Tabl. de stat.,n° 53.)

Les huit villes dont la population dépasse 100,000 hab. sont (moins Lille, placée sur un petit cours d’eau, -mais capitale de la Flandre) situées sur nos quatre grands fleuves: 2 sur la Seine (Paris, Rouen), 1 sur la Loire (Nantes), 2 sur la Garonne (Toulouse, Bordeaux), 2 sur le Rhône (Lyon, Marseille qui doit être considéré comme le port du Rhône).

243 Rouen. — La ville de Rouen (100,000 hab.), ancienne capitale de la Normandie, a été réunie au domaine royal par Philippe Auguste. Prise plus lard par les Anglais, elle a été reprise définitivement par Charles YII. Située sur la basse Seine, à un point où la marée se fait encore sentir, elle a été, depuis le commencement du moyen âge, le port principal du commerce de la vallée de la Seine avec les pays d’outre-mer et une des villes les plus florissantes du royaume. De nombreux monuments, la cathédrale, l’église Saint-Ouen, Saint-Maelou, le Palais de justice, attestent sa splendeur. Le chemin de fer qui met Paris en communication directe avec le Havre a nui â son commerce;

cependant de récents travaux d’endiguemenl ont facilité la remonte de la Seine, et l’industrie rouennaise qui consiste en tissus de coton, étoffes imprimées, machines, etc., quoique éprouvée par la crise cotonnière, est toujours trèsactive, soit dans la ville, soit dans les faubourgs (Saint- Sever et quartier de Martainville), soit dans les communes des vallées environnantes, Deville, Darnetal, Sotteville, etc.

(Voir §§ 183164, 166, etc.)

244. Nantes. — La ville de Nantes (111,000 hab.) occupe sur la Loire, à 60 kilomètres de l’embouchure, la même position que Rouen sur la Seine. La marée s’y fait sentir; la ville, qui existait du temps des Gaulois, a été bâtie sur la rive septentrionale et s’est étendue sur plusieurs des îles dont est semé le fleuve. L’Erdre y débouche et sert de point de départ au canal qui conduit jusque dans la rade de Brest. Nantes est une ville d’industrie et de commerce à la fois; elle construit des navires de bois et de fer, raffine le sucre, fait des conserves alimentaires (Voir §§ 205, ns, 176, etc.). Le chemin de fer la relie, d’un côté, à Paris, de l’autre à Saint-Nazaire qui est comme son avant-port et où s’arrêtent les gros navires; mais, loin d’éclipser Nantes, Saint-Nazaire est jusqu’ici comme un faubourg où les négociants de la grande ville ont leur comptoir. Ses principales relations maritimes sont avec l’Angleterre, la Réunion, les colonies des Antilles, la mer du Nord, l’Espagne et le Portugal; elle en reçoit du sucre, de la houille, du bois de construction, du café, de la fonte, de l’engrais, des oranges, des métaux, de l’huile, etc.

•^245. Toulouse. — La ville de Toulouse (129,000 hab.) est demeurée la capitale du Midi. C’était déjà une cité considérable du temps de la Gaule indépendante; elle a été, à l’époque des Barbares, la résidence des rois visigoths, et, pendant le moyen âge, la plus grande cité du Midi r f * par le commerce et par la culture des lettres ; depuis le V ^

règne de Philippe 111 le Hardi, elle a fait partie des pos- ^ sessions des rois de France. Elle est située au milieu d’un

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LA. FRANGE

pays fertile, sur le bord de la Garonne, et le canal du Midi y aboutit. Elle possède de nombreux monuments, de belles promenades et la grande place du Capitole. Son commerce est presque borné à des relations intérieures, et porte sur les fers des Pyrénées et de l’Aveyron, les bois des Pyrénées, etc. Cependant elle expédie certaines marchandises en Espagne. Son industrie consiste surtout dans la minoterie, la carrosserie, la fabrication des faux et ressorts, le laminage du cuivre (Voir§§ IC9, 157, etc.}. Mais elle est plutôt encore une ville lettrée; ses écoles et ses sociétés savantes sont nombreuses et renommées, ài' 246. Lille. — La ville de Lille (154,000 hab.) ne date que du ix e siècle de l’ère chrétienne et tire son nom d’une île de la Deule sur le bord de laquelle elle est bâtie; elle devint, durant le moyen âge, comme beaucoup de communes de Flandre, une florissante cité; Philippe le Bel la posséda ; mais elle n’est devenue définitivement possession française que depuis la conquête de Louis XIV (1667). Elle a été fortifiée par Vauban ; l’accroissement de son industrie avait tellement étendu ses faubourgs, principalement au sud et à l’est, qu’il a fallu récemment les réunir à la ville et supprimer les anciennes fortifications. La citadelle subsiste toujours sur la rive gauche de la Deule. La ville est reliée par des chemins de fer et des canaux avec la Belgique et Paris. C’est, après le groupe de Paris, le centre le plus important de la grande industrie en France. Au premier rang, l’industrie linière, fils et toiles, puis l’industrie du coton et de la laine; presque sur le même rang, la fabrication des huiles et le commerce des tourteaux, et, à un rang secondaire, la fabrication du sucre, la distillerie, la fabrication des machines de divers genres qu’emploient ces industries (Voir §§ 184,183,186, 173, 178, etc.)* C’est aussi un centre très-important du commerce de Belgique et de Fiance; on y importe une quantité considérable de houille, de matières textiles et de graines oléagi-

247. Bordeaux. — La ville de Bordeaux (494,000 liab.) occupe sur la Garonne la môme position que Rouen sur la Seine et Nantes sûr la Loire. La ville est bâtie sur la rive gauche du fleuve, à 120 kil. de l’embouchure, et n’a, sur la rive droite, que le faubourg de la Bastide où se trouve l’embarcadère des chemins de la Compagnie d’Orléans. Sur l’autre rive, à la gare Saint-Jean, est la tête de ligne des chemins de fer du Midi. Les quais, qui forment un vaste arc de cercle, servent de port à la ville, depuis le pont de Pierre jusqu’au faubourg des Chavirons, et sont toujours garnis d’un grand nombre de bâtiments. De ce côté, se trouvent les principaux ateliers, fabriques de porcelaine, fabriques de conserves alimentaires, et, du côté de Saint-Jean, de vastes usines et ateliers de constructions maritimes (Voïr§§20J, 276, 205). La houille et la fonte anglaises, le poivre, l’indigo, la gomme, les graines oléagineuses sont les principales marchandises qu’elle importe; le vin, l’eau-de-vie, la verrerie, le papier sont ses principales marchandises d’exportation. L’Angleterre, la Belgique et \ les autres États riverains de la mer du Nord et de la Bal- j tique, la Plata, le Chili, le Pérou, quelque peu les Antilles / et les États-Unis sont les pays avec lesquels elle commerce./ 248. Marseille. — Les embouchures du Rhône sont ensablées; la côte â l’ouest est basse et marécageuse; mais, à l’est, elle est découpée à arêtes vives, et l’eau y est profonde. C’est autour d’une de ces découpures que s’est développée la ville de Marseille (300,000 hab.). 600 ans avant l’ère chrétienne, des Grecs de Phocée avaient reconnu l’importance de cette position et ils avaient fondé Marseille, qui était une république, florissant depuis plusieurs siècles par le commerce, lorsque les Romains conquirent la Gaule. Après la longue période de la domination romaine, Marseille eut, dans le moyen âge, diverses fortunes; elle fit longtemps partie du royaume d’Arles, puis du comté de Provence et fut réunie au domaine de la Couronne en môme temps que cette province, en 4481.

Longtemps Marseille n’a eu qu’un seul port, celui qu’on nomme aujourd’hui le vieux Port, auquel aboutit la Cannebière. Depuis 1831, de gigantesques travaux ont été exécutés pour jeter des digues, faire sauter des rochers, aplanir des quais et créer, au nord du vieux Port, une série de bassins que rendait nécessaires l’activité croissante du commerce : le port de la Joliette, le bassin du Lazaret, le bassin Napoléon. L’intérieur de la ville a été également transformé; on a commencé à construire une vaste cathédrale; quand on arrive sur le vieux port par la Cannebière, on la voit à sa droite ainsi que la série des mâts de navires alignés dans les bassins neufs, pendant que sur la hauteur, à gauche, on aperçoit Notre-Dame de la Garde dominant le paysage. Un magnifique château d’eau récemment construit verse dans la ville les eaux de la Durance.

La rade est très-grande, semée d’îles, éclairée du côté de terre par les fanaux de la côte et des ports, et, en pleine mer, signalée par le phare de l’île du Planier.

Marseille est aujourd’hui la première ville maritime de la France. Elle a presque le monopole de îa navigation française dans la Méditerranée, et par conséquent des relations avec les États du sud de l’Europe, Espagne, Italie, Autriche par Trieste ; Grèce, Turquie, Russie par Odessa; avec l’Algérie, les États barbaresques, l’Égypte, le Levant et la mer Noire. Elle est située sur la grande ligne de l’Inde et de l’Orient. Hors de la Méditerranée, Marseille entretient des relations très-suivies avec l’Angleterre, des relations assez importantes avec les côtes occidentale et orientale d’Afrique, la Réunion et l’Inde, quelques relations avec l’Amérique, Brésil, Plata et Antilles. Ce commerce comprend surtout, à l’importation, les céréales de là iner Noire, de l’Égypte, de l’Algérie et de l’Italie qui encombrent les quais dans les années de cherté, les huiles d’olives d’Italie et les graines oléagineuses du Levant et de l’Afrique, le sucre, le café, le cacao; les épices des contrées tropicales, les laines de Russie, de Tur-

quie, d’Algérie et d’Australie, les soies du Levant et de la Chine, les peaux du Levant, de l’Algérie et de l’Amérique.

249. Lyon. — La ville de Lyon (323,000 hab.), moins ancienne que Marseille, date de l’époque romaine, et a été fondée, peu de temps après la conquête de César, dans une magnifique position, au confluent de la Saône et du Rhône, et sur la route qui reliait l’Italie à la Gaule dont cette ville est longtemps demeurée la capitale. Après l’invasion des Barbares, elle a fait partie du royaume des Burgundes; rattachée l’empire des Francs, elle en a été détachée par le traité de Verdun (843) et a fait successivement partie du royaume d’Arles et de l’empire germanique, jusqu’au temps où Philippe le Bel l’a rattachée h la France et au domaine royal (1312). A toutes les époques, elle a été un important marché; depuis le xvi e siècle, elle est devenue le centre de l’industrie de la soie, importée d’Italie en France. Les révolutions ont plus d’une fois cruellement éprouvé cette fabrication de luxe : en 1793, Lyon, révoltée contre la Convention, fut bombardée et prise par les troupes républicaines. En 1851, les faubourgs voisins ont été réunis à la ville pour former, sous le nom d’agglomération lyonnaise, un môme groupe administratif.

La ville, serrée entre la Saône et le Rhône, s’étend sous forme d’un long triangle dont la pointe est dirigée vers le sud; au nord, s’élève une haute colline qui s’étend d’une rivière à l’autre, et qui, jusqu’en 1851, a formé le faubourg de la Croix-Rousse; en 1866, les fortifications qui séparaient ce faubourg du reste de la ville ont été démolies. Sur la rive droite de la Saône, s’élève la colline de Fourvières et l’ancien faubourg de Vaisc; sur la rive gauche du Rhône, s’étendent les anciens faubourgs de la Guillotière et des Brotteaux, qui, transformés depuis quelques années, . sont devenus de beaux quartiers; les quais du Rhône sont justement renommés et n'ont de rivaux que ceux de la Seine à Paris.

Le tissage de la soie, avec ses annexes, moulinage, tein-

turerie, fabrication des métiers, est l’industrie la plus importante de la ville de Lyon. C’est surtout dans le faubourg de la Croix-Rousse' et dans les rues qui y montent que sont groupés les tisserands. La fabrication des machines, la fonderie de cuivre, la quincaillerie viennent au second rang. Il faut citer encore, outre les métiers nécessaires à une nombreuse population, la chapellerie, la préparation des peaux, la fabrication de la bière et des liqueurs, l’ébénisterie, la bijouterie, la fabrication des pâtes alimentaires, la charcuterie, la fabrication des papiers peints, la verrerie, la carrosserie, l'imprimerie et la fabrication des instruments de musique. (Voir §§ 188, 18G, IG4, IGG, 169, 193, 19G, etc.)

Lyon avait, jusque dans les temps modernes, des foires célèbres. Elle est encore aujourd’hui le plus grand marché européen de la soie et le principal entrepôt du commerce de la France avec la Suisse, à laquelle elle est reliée par le chemin de fer de Genève, et avec le Piémont auquel elle est reliée par le chemin de fer de Turin, passant au mont Cenis. La grande ligne de Paris à Marseille y a un de ses principaux embarcadères, et sert, ainsi que la batellerie de la Saône et du Rhône, aux communications de Lyon avec le nord et le sud; la ligne du Bourbonnais y aboutit, et des deux gares de Lyon, les lignes ferrées rayonnent dans six directions différentes, sans compter le petit chemin, en forme de montagne russe, de la Croix-Rousse.

250. La formation de Paris. — Sur le cours moyen de la Seine, dans une île que l’on appela plus tard île de la Cité y était, à l’époque de la Gaule indépendante, une petite bourgade nommée Lutece , nom auquel on a voulu faire. signifier, par un jeu de mots sans fondement, ville de boue : c’était la cité principale de la petite peuplade des Parisiens qui habitaient les environs. Au nord, s’étendait une vaste plaine marécageuse, bornée par des collines dont la principale prit, à l’époque du christianisme, le nom de Montmartre (mont des Martyrs?); au sud, une montagne, nom-

mée plus tard montagne Sainte-Geneviève, qui descendait jusqu’à la rive de la Seine, et, plus à l’ouest, de basses et vertes prairies qu’on désigna dans la suite sous le nom de Pré-aux-Clercs. Lutèce prit, sous la domination romaine, quelque importance par suite de sa position sur le fleuve. Au iv e siècle, plusieurs empereurs s’y fixèrent pour être à portée de défendre le nord de la Gaule contre les Barbares; Constance Chlore et Julien construisirent sur la pente de la montagne un palais dont quelques ruines subsistent encore ( les Thermes ).

Après l’invasion des Barbares, Clovis fixa sa résidence à Paris, et cette ville demeura la principale capitale des rois Mérovingiens. Les Carlovingiens, Germains des bords du Ilhin, la dédaignèrent ; les pirates normands la pillèrent, et Paris amoindri se trouva de nouveau resserré dans l’île de la Cité.

Elle redevint définilivement la capitale de la France avec les rois Capétiens, qui étaient eux-mêmes, ayant de porter la couronne royale, ducs de France et comtes de Paris. Au xii e siècle, avec Abélard et l’Université, la montagne Sainte-Geneviève se peupla principalement d’écoliers; à la même époque, la rive septentrionale commençait à se couvrir de maisons où s’établissaient les gens de métiers, et les Templiers construisaient le Temple; la batellerie de la Seine était devenue assez importante pour que la corporation des « Marchands de l’eau » groupât autour d’elle les autres corporations et que son chef électif, le « prévôt des marchands, » exerçât en quelque sorte les fonctions de maire de Paris à côté du prévôt du roi : de là, le navire qui est la principale pièce des armes de la ville de Paris. >

Au môme siècle, l’évêque Maurice de Sully commençait la construction de l’église cathédrale de Notre-Dame. Philippe-Auguste, au xm e siècle, bâlit la tour du Louvre, forteresse située à l’extrémité occidentale de la ville, fit paver deux rues, ouvrit les halles, et donna à Paris sa première

enceinte fortifiée que rappelaient encore récemment les noms de plusieurs rues. Saint Louis l’embellit de quelques monuments, entre autres de la Sainte-Chapelle. Étienne Marcel (1357) fit agrandir l’enceinte septentrionale. Au xvi e siècle, François I er et Henri II rebâtirent le Louvre; ■Catherine de Médicis fit construire les Tuileries. Henri IY le continua, acheva l’Hôtel de ville, le Pont-Neuf, construisit la place Royale ; sous Louis XIII, nouveaux embellissements et nouvelle enceinte fortifiée, formant la ligne actuelle des boulevards intérieurs, qui furent plantés d’arbres sous Louis XY, lorsque la limite eut été reportée plus au nord ; sous Louis XYI, un mur d’octroi fut construit sur l’emplacement actuel des anciens boulevards extérieurs qui demeurèrent à très-peu près la limite de Paris pendant la première moitié du xix c siècle.

Napoléon perça des rues et embellit la ville. Sous Louis-Philippe, de nouveaux quartiers furent construits dans l’intérieur du mur d’octroi et, en 1840, une vaste enceinte fortifiée, ayant un développement de 34 kilomètres et flanquée de forts détachés, enveloppa Paris et les communes de sa banlieue : cette enceinte est devenue, en 1860, la limite de la ville de Paris. Sous Napoléon III, de nouveaux quartiers se sont élevés, ou ont été entièrement renouvelés par suite des démolitions et des reconstructions ; un grand nombre d’édifices publics ont été bâtis; des boulevards ou de larges rues ont été percés dans tous les sens de manière à rendre les communications plus directes et plus faciles ; de grands travaux de tout genre ont été exécutés en vue de l’embellissement de la ville et d’une coûteuse magnificence; le vaste réseau des égouts a été complété, et, aux eaux de la Seine, d’Arcueil, du puits de Grenelle et du canal de l’Ourcq qui l’alimentaient déjà, se sont ^ajoutées les eaux de la Dhuys, amenées par une longue série d’aqueducs et de siphons du département de l’Aisne jusqu’au grand bassin de Ménilmontant.

Mais pendant la guerre contre la Prusse (1870-71), Paris

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a été assiégé par l’armée allemande et, après cinq mois de blocus ou de bombardement, réduit par la famine à capituler (fév. 1871). Sa banlieue et une partie de ses forts ont considérablement souffert de ce siège. A peine était-il terminé que l’insurrection criminelle du 18 Mars 1871 a obligé l’armée française à faire un nouveau siège qui a occasionné plus de ruines encore dans certains quartiers de la ville, et à la fin duquel les insurgés, se sentant vaincus (mai 1871), ont incendié un grand nombre de maisons et plusieurs de nos plus beaux monuments.

251. La description de Paris. — La ville de Paris s’étend sur une surface de 78 kilomètres carrés (ou 7,800 hectares). La Seine, qui y forme un arc de cercle ouvert au sud et qui est bordée des deux côtés de magnifiques quais, la partage en deux parties inégales, rive droite et rive gauche. Un grand nombre de ponts relient les deux rives. Elle est divisée en 20 arrondissements, subdivisés euxmêmes en quatre quartiers chaque, et disposés en forme de spirale ou de colimaçon, depuis le premier arrondissement placé au centre et comprenant les Tuileries et les parties avoisinantes de la rive droite, jusqu’au XX e arrondissement comprenant le quartier de Charonne et la partie située au nord-est de la place du Trône ; les boulevards intérieurs, les anciens boulevards extérieurs et l’enceinte fortifiée dessinent à peu près cette spirale.

Indépendamment de ces grands boulevards, Paris est coupé par diverses voies droites de premier ordre, entre autres, le boulevard de Sébastopol, continué parle boulevard Saint-Michel et s’étendant à peu près dans la direction du nord au sud, du chemin de fer de l’Est à l’Observatoire ; la rue de Rivoli, qui s’étend de l’est à l’ouest le long des Tuileries et se prolonge sous divers noms, par la Bastille et la place du Trône, jusqu’à Vincennes; ces deux voies sont pour ainsi les deux diamètres de Paris. Sur la rive droite, les Champs-Élysées, une des promenades les plus fréquentées de la ville, qui continue presque la rue de

Rivoli et conduit à Ncuiliy; le boulevard Malesberbes qui monte au nord-ouest; la rue de Turbigo, partant des Halles, et la rue Lafayelte, partant de l’Opéra, qui montent obliquement dans la direction du nord-est; le boulevard du Prince-Eugène qui relie directement les boulevards intérieurs à la place du Trône ; le boulevard Richard- Lenoir qui cache le canal Saint-Martin, rendu souterrain. Sur la riôiie gauche, le boulevard Saint-Germain qui coupe une partie de la ville du nord-ouest au sud-est, la rue de Rennes qui sert de débouché au chemin de fer de l’Ouest, la rue de Yaugirard qui, du Luxembourg, se dirige au sud-ouest.

Toutes les grandes Compagnies de chemins de fer, moins celle du Midi, y ont leur tête de ligne avec un ou deux embarcadères. Le chemin de fer de Ceinture, qui est à peu près parallèle aux fortifications, les relie tous et dessert les extrémités de Paris.

On compte aujourd’hui à Paris 70,000 maisons particulières comprenant environ 050,000 logements. On y compte aussi un grand nombre d’édifices publics, des églises, parmi lesquelles les plus importantes sont : dans Je style gothique Notre-Dame , église cathédrale, bâtie dans nie de la Cité ; dans le style byzantin, le Panthéon ; dans le style grec, la Madeleine ; des palais, dont les deux plus importants étaient le palais des Tuileries , brûlé par les incendiaires en mai 1871, avec le Louvre , qui renferme nos principaux musées, et le palais du Luxembourg . Le Palais de Justice presque entièrement brûlé en mai 1871, siège des tribunaux, avec le palais du tribunal de Commerce et des Conseils de Prud’hommes qui lui fait face, est situé dans l’île de la Cité où l’on a réuni un grand nombre d’administrations publiques. En face de l’île de la Cité, sur la rive droite, est Y Hôtel de ville , entièrement brûlé par les incendiaires en mai 1871 ; à l’est de l’Hôtel de ville, la place delà Bastille où se termine la ligne des -boulevards intérieurs; au nord-ouest, les Halles centrales,

le Conservatoire des arts et métiers , la Bourse , et, en franchissant Je boulevard, Y Opéra, une des œuvres originales de l'architecture moderne; à l’extrémité des Champs-Ëlysées , V Arc -de -Triomphe de l’Étoile, où aboutissent sept larges avenues dont l’une conduit à la place du Roi-de- Rome. En face de celte place, sur la rive gauche de la Seine, est le Champ-de-Mars , et, à peu de distance à l’ouest, le Palais des Invalides.

Paris renferme aujourd’hui une population d’environ 1,800,000 habitants : c’est une population supérieure à celle de tel royaume d’Europe (1). Il n’est pas étonnant qu’une pareille population consomme, par an, plus de 150 millions de kilogrammes de viande, et tous les autres objets nécessaires à la vie dans une proportion semblable; depuis quarante ans, cette consommation s’est considérablement accrue (Voir Tabl. de stat., u<> 54). Au commencement de notre siècle, la population de la môme ville ne dépassait pas 550,000 âmes. (Voir Tabl. de stat ., n° 54.)

252. L’industrie et le commerce de Paris. — C’est que Paris est resté non-seulement, comme capitale, le centre de toutes les grandes administrations, et, comme ville de plaisirs, le rendez-vous des étrangers et des gens riches, mais encore le foyer le plus important de la petite et de la grande industrie en France. On y exerce toutes les professions (Voir tous les paragraphes de la 5 e partie : fin lustrie) ; les deux premiers rangs comme importance appartiennent aux professions relatives à l’alimentation qui comptent environ 30,000 établissements, et aux professions relatives au vêtement qui en comptent plus de 20,000, et qui ensemble font un chiffre annuel d’affaires estimé à 1 milliard 1/2 de francs (Voir Tabl. de stat., n° 5G) ; au second rang, viennent le bâtiment et l’ameublement, puis la fabrication des machines, les industries chimiques, etc. Placé au centre des affaires, Paris est une des premières douanes ou un des

(1) Supérieure à celle du royaume de Grèce.

premiers entrepôts de France, moins par le poids que par la valeur des objets qui lui sont expédiés et qu’elle expédie elle-mômeà l’étranger. On évaluait, en 1847, le nombre des établissements industriels à 64,000, celui des ouvriers à 340,000, et le chiffre des affaires industrielles à 1 milliard 1/2 ; en 1867, cette évaluation était portée à 100,000 établissements, à 416,000 ouvriers et à près de 3 milliards 1/2 d'affaires (Voir Tabl. de stat., n° 56). C’est surtout dans les II e , III e et XI e arrondissements que l’industrie est la plus active et le nombre des ouvriers le plus grand.

233. L’administration de la ville de Paris. — Paris a une administration particulière. Le préfet de la Seine y fait les fonctions de maire ; il a sous ses ordres vingt maires nommés par décret du gouvernement , un par arrondissement, il administre de concert avec un conseil municipal de 80 membres élus par le suffrage universel.

La ville de Paris, qui tire sa principale ressource de son octroi (environ 100 millions), dépense environ 240 millions par an ; c’est un budget plus élevé que celui de plusieurs États de l’Europe. Les recettes ont augmenté, depuis le commencement du siècle, dans la proportion de 1 à 20. La dette déjà considérable a beaucoup augmenté par suite des événements de 1870-74. (Voir Tabl. de stat., n° 55.)

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