‹ La France (avec ses colonies) (volume 2)Chapitre 57 sur 87 · HUITIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

HUITIÈME PARTIE

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(Voir les cartes du n° i au n° 19, et surtout la carte n° 6.)

234. La partie nord-ouest. — La partie nord-ouest de la France, qui s’étend sur les côtes de l’Océan depuis notre frontière du nord jusqu’au delà de l’embouchure de la Loire et qui appartient au climat séquanien, comprend 21 départements répartis en 8 provinces:

4° La Bretagne, I’Anjou, le Maine et la Normandie. La Bretagne, toute granitique, avec des rivages découpés et battus par les tempêtes, un sol accidenté sans grandes élévations, médiocrement fertile, renferme de vastes landes , mais elle a aussi de nombreux pâturages où paissent de petites vaches laitières très-estimées. L’Anjou a des pépinières renommées, quelque peu de houille et les plus grandes ardoisières de France. Le Maine et la Normandie sont au nombre de nos plus riches provinces agricoles. Entre Avranches et la Seine est la basse Normandie , avec la campagne de Caen, riche en céréales, avec le Cotentin et le Bessin où sont les plus grasses prairies; c’est la fraîcheur

(1) Dans cette partie, les élèves ont moins à apprendre des noms nouveaux qu’à grouper dans un autre ordre et à envisager sous un autre aspect, province par province, et par une sorte de récapitulation que le maître pourrait développer davantage, les noms principaux et les choses qu’ils ont appris isolément, par la méthode analytique, dans les parties précédentes.

de l’air, rendu presque constamment humide par le voisinage de la mer, qui entretient la riche verdure des vallées de cette province et qui lui donne son caractère particulier. Elle fournil, indépendamment des céréales et du colza , du lait , du fromage , de la viande; elle nourrit de trèsbeaux chevaux, La Haute-Normandie,' comprenant le pays de ■Caux, est située sur la rive gauche de la Seine et ressemble à un vaste jardin, avec ses fermes tout entourées d’arbres. Les quatre provinces produisent en grande quantité le chanvre. La côte de Bretagne et de Normandie est toute semée de ports de commerce, parmi lesquels le Havre est le plus important, et qui exportent, entre autres marchandises, les produits agricoles de l’Ouest en Angleterre; de ports de pêche, tels que Dieppe (Seine-Infét ieure), Granville (Manche), Saint-Malo (Ille-et-Yilaine) ; de bains de mer , comme Trouville (Calvados); elle compte trois ports militaires, Cherbourg , Brest et Lorient. L’induslrie du tissage de la toile, conséquence de la culture du chanvre, caractérise toute cette contrée. D'ailleurs, l’industrie est peu active en Bretagne; elle est, au contraire, très-développée dans la Normandie et le Maine où sont les grands marchés de toiles du Mans, d 'Alençon, de Vimoutiers (Orne), les manufactures de cotonnades de Fiers (Orne), et surtout de Rouen et de ses environs, les manufactures de draps de Louviers (Eure) et d’ELBEUF (Seine-Inférieure).

^ Cette région, habitée autrefois par des Celtes dont la langue est encore parlée dans la Basse-Bretagne, a fait partie, dans la Gaule romaine, des provinces désignées sous le nom de Lyonnaise. Du temps des Mérovingiens la presqu’île bretonne s’appelait Armorique, c’est-à-dire «sur mer,» nom qu’a encore conservé un petit pays du nord-ouest (Armor) ; elle resta sous les deux premières races à peu près isolée et indépendante. Noménoé battit môme Charles le Chauve, et c’est sur la frontière de Bretagne que fut établie la Marche (plus tard comté) d’Anjou. La partie qu’on appelait JSeustrie fut cédée par Charles le Simple (911) aux Nor-

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mands, barbares du Nord qui la ravageaient depuis longtemps et prit d’eux son nouveau nom de Normandie . Le3 ducs de. Normandie devinrent rois d’Angleterre (1066), et les rois de France furent battus par eux à Brenneville , à Mortemer (IJ54). En 1154, la famille des comtes d’Anjou et du Maine hérita avec Henri Plantagenet du trône d’Angleterre, et par conséquent du duché de Normandie; la Bretagne devint peu de temps après, par mariage,, la possession d’un fils d’Henri Plantagenet. Celte redoutable puissance du grand vassal de l’Ouest fut brisée par Philippe- Auguste, qui conquit la No?miandie (1204), le Maine, V Anjou (1205;, que céda, en 1259, le roi d’Angleterre par le traité d’Abbeville. Philippe le Bel érigea la Bretagne en duché-pairie (1297). Mais pendant la guerre de Cent-ans, les Anglais envahirent plusieurs fois la Normandie; Duguesclin battit à Cocherel (1364) le général de Charles le Mauvais, qui possédait par son père de nombreux fiefs dans celle province; en Bretagne, une longue guerre entre deux partis aboutit, après la bataille d ’Auray ( 1 364), au triomphe de la maison de Montfort. Henri V, ayant envahi la France, prit Harfleur (1415) et les Anglais occupèrent de nouveau tout le nord-ouest et môme le nord de la France. Charles YII victorieux rentre à Rouen (1449) et achève à Formigny la conquête de la Normandie. Louis XT, qui avait un moment cédé la Normandie à son frère, hérite, à la mort de René d’Anjou et de son neveu Charles du Maine, des provinces du Maine (1481) et de YAnjou (1480), données en apanage (1246) à une branche de la famille royale; la dernière duchesse de Bretagne, Anne, épouse Charles VIII (1491), puis Louis XII, et la Bretagne est définitivement réunie au domaine en 1532, par suite du mariage de la fille d’Anne avec François 1 er . Cette province a conservé jusqu’en 1780 scs états particuliers. Près N Arques Henri IV repoussa. Mayenne dans une série de combats (1589). Plusieurs fiefs, enclavés dans ces grandes provinces, comté

d’Évreux, comté d’Alençon, comté d’Eu, comté de Laval, duché de Penthièvre, n’ont été d’une manière définitive réunis administrativement au royaume qu’en 1789.

Les côtes de Bretagne et de Normandie ont été le théâtre de nombreux faits d’armes dans nos guerres maritimes; à Dieppe (1690),Trouville fut vainqueur; au cap de la Hague fut livrée, en 1692, une grande bataille navale dans laquelle Trouville succomba sous le nombre des ennemis; plusieurs descentes furent tentées par les Anglais au Havre (1694), à Saint-Malo , à Cherbourg , etc., durant la guerre de Sept-ans; à Vile d 'Ouessant (1779), d’Estaing inaugura par un succès la guerre d’Amérique. Pendant les guerres de Vendée, Hoche écrasa à Quiberon les émigrés (1795) ; Marceau battit les Vendéens au Mans (1794), la chouannerie persista longtemps dans les campagnes accidentées des montagnes Noires. Dans la guerre de 1870-71, la seconde armée de la Loire après plusieurs succès a éprouvé un désastre au Mans.

2° L’Ile-de-France, dont la température, quoiqu’appartenant encore en partie au climat séquanien, est un peu moins froide et un peu moins humide, parce que la province est moins près de la mer ou moins au nord que les autres provinces de la partie Nord-Ouest ; mais, comme la Flandre, l’Artois et la Picardie, elle présente l’aspect d eplaïnes légèrement ondulées et richement cultivées ; on y trouve des forêts dans les parties sablonneuses ou montueuses , de beaux cours d’eau comme la Seine , l 'Oise et la Marne , un terrain généralement fertile couvert de céréales , de prairies artificielles , de plantes industrielles , des betteraves, dans l’Aisne principalement, du colza, des légumes partout; c’est en quelque sorte le jardin potager de Paris, le plus grand centre de consommation de toute la France. Les chevaux y sont nombreux; le bétail, bœufs et moutons, y est engraissé pour la boucherie. C’est un terrain tertiaire (excepté dans l’Aisne) où l'on ne trouve pas de houille, mais qui donne en revanche des matériaux de construction en très-grande

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abondance : nulle province ne compte plus de carrières . L’industrie manufacturière est très-active dans deux départements: l’Aisne et la Seine. L ’ Aisne possède des fabriques de sucre , des distilleries, la manufacture de Saint-Gobain, et l’importante ville de Saint-Quentin, un des centres principaux du tissage de coton, du blanchiment et des apprêts. La Seine possède Paris, la capitale de la France et la plus grande ville du continent européen.

Paris n’est pas seulement le centre politique de la France , le siège des grandes administrations (voir la 8"' partie); c’est encore, malgré les ruines qu'y ont accumulées les horribles crimes du mois de mai 1871, la ville la plus intéressante par ses musées , par ses monuments de toutes les époques, par ses bibliothèques , ses établissements scientifiques , ses spectacles ; c’est le foyer le plus actif de l’industrie et le centre d’où part et où aboutit le plus grand mouvement commercial de la France.

Paris a été le théâtre de plusieurs luttes mémorables, en 885 les pirates Normands l’assiégèrent sans le prendre ; en 1358, le dauphin Charles s’établit avec l’armée royale près de la ville dans laquelle dominait Étienne Marcel ; ses environs ont été désolés par les luttes des Armagnacs et des Bourguignons au xv e siècle ; au xvi e siècle Henri IV l’a deux fois assiégé (1589-1590); pendant la Fronde, la bataille du faubourg Saint-Antoine s’est livrée sous ses murs. Depuis le 14 juillet 1789, Paris a donné naissance à la plupart des mouvements populaires qui ont agité les gouvernements, ou produit les révolutions ; du mois de septembre 1870 au mois de février 187!, il est assiégé par fermée allemande, et, après une résistance de cinq mois, réduit par la famine à capituler.

L’Ile-de-France faisait partie de la Celtique, puis de la Lyonnaise. C’est le premier pays qu’ont envahi les Francs de Clovis, venus du Nord (Bat. de Soissons , 486). C’était, depuis Eudes, le fief principal des ducs.de France qui plus tard

monté '/en t sur le trône avec Hugues Capet. Celte province a été aussi le noyau du domaine royal. Cependant beaucoup de fiefs qui en faisaient partie n’ont fait que successivement retour au domaine et plusieurs n’ont été supprimés qu’en 1789 : comté de Valois, seigneurie de Nemours, baronnie de Montmorency , etc. Placée au centre du royaume, elle a été moins éprouvée que les autres provinces par la guerre ; cependant elle a eu beaucoup à souffrir de la guerre de Cent-ans, et des querelles des Armagnacs et des Bourguignons; à Monthléry , Louis XI (1465) livra une bataille indécise aux troupes de la ligue du Bien public. Cette province fut également éprouvée par les guerres de religion (bat. de Dreux , de Saint-Denis, etc.), de l’invasion de 1814 pendant laquelle Napoléon livra à l’armée de Blücher des combats à Craonne et à Laon, de celles de 1815 et de 1870 pendant laquelle la citadelle de la ville de Laon saula. C’est h Versailles, la résidence des rois de France, sous les règnes de Louis XIV, Louis XV, eL Louis XVI, qu’ont siégé, en 1871, l’Assemblée nationale et le gouvernement de la République.

3° La Picardie, I’Artois et la Flandre, pays de plaines fertiles, très-peuplés, dont l’agriculture, savamment dirigée, donne en abondance non-seulement les céréales , mais les plantes industrielles, betterave, colza, œillette, lin , et nourrit beaucoup de chevaux et de bestiaux . Dans cette contrée, l’industrie est aussi active que l’agriculture est prospère : la betterave a donné, dans notre siècle, naissance aux fabriques de sucre et aux distilleries ; le colza et l’œillette aux fabriques d’huile ; le lin a créé, il y a trèslongtemps, le tissage de la toile ; les moutons, la fabrication des lainages. Le grand bassin houiller de Valenciennes a complété en quelque sorte la fortune de cette contrée en lui donnant abondamment le combustible que le peu de forêts rendait rare; il a permis à toutes les industries à feu , forges, usines métallurgiques, verreries, d’y prendre un grand développement et de fournir aux autres manufactures.

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telles que les filatures, leur outillage. Partout où l'industrie agricole et manufacturière est grande, le commerce nécessairement est grand aussi; ces provinces ont en outre l’avantage d’être en face de l'Angleterre, avec laquelle elles communiquent par des services réguliers de paquebots, et sur la f rentière de la Belgique, pays très-industriel, avec lequel elles communiquent par plusieurs lignes du réseau de la Compagnie du Nord et par des canaux. Tout concourt donc à rendre cette contrée très-riche. Lille:, avec sa population de 145,000 hab., en est la plus importante cité, et, dans ses murs ou dans ses faubourgs, renferme des manufactures de lin, de coton, et des ateliers de construction en tout genre ; Amiens, avec ses manufactures de toiles de chanvre et de velours de coton. Roubaix { Nord) et Turcoing (Nord), centres de la fabrication des lainages, tiennent le second ; au troisième, de nombreuses villes d’industrie ou de commerce, comme Armentières (Nord) avec ses toiles, Anzin (Nord) avec ses houilles, Dunkerque (Nord), Calais (Pas-de-Calais), Boulogne Pas-de- Calais), avec leur port.

Ces provinces dépendaient de la Gaule-Belgique. Dans la Flandre étaient établis, à l’avénement de Clovis, une partie des Francs Salions. Dans le département de la Somme est Testry { auj. Tertry) où Pépin d’Hérislal, maire d’Austrasie triompha de la Neustrie (687). Au traité de Verdun (843), ces provinces tirent partie du royaume de Charles le Chauve. La féodalité y jeta de profondes racines ; les comtes de Yermandois et de Flandre furent trèspuissants, mais ces derniers eurent, à partir du xm e siècle, de fréquents démêlés avec les nombreuses et riches communes de leur pays. Bouvines, près de Lille, est célèbre par le premier grand triomphe de la dynastie capétienne, ta victoire remportée en 1214 par Philippe- Auguste sur le comte de Flandre etsur l’empereur d’Allemagne ; Mons-en - Puelle, par une victoire que Philippe le Del remporta sur les Flamands (1304). Philippe -Auguste, par mariage ou par

cession, avait acquis le Vermandois et la Thiérache(1214), l’Amiénois et l’Artois (1480). Philippe le Bel conquit la Flandre française (1312). Pendant la guerre de Cent-ans, la Flandre que Philippe de Yalois avait vaincue à Ccissel (1328), prit d’abord parti pour le roi d’Angleterre ; Crécy (1346), Azincourt (1415) furent le théâtre de deux de nos plus grandes défaites; Édouard III prit Calais en 1347, et les Anglais restèrent maîtres de la ville jusqu’en 1558. Au xv e siècle, ces provinces passèrent à la puissante maison des ducs de Bourgogne, et l’Artois et la Flandre (traité d’Arras, 1435) sortirent de la mouvance du royaume de France. Le Boulonnais et les villes de la Somme furent réunies au domaine royal à la mort de Charles le Téméraire (1477). Les deux autres provinces, dont l’une avait été un moment réunie en 1477, échurent à la maison d’Autriche, et, comme pays frontière, elles virent souvent la guerre : deux batailles malheureuses pour nos armes furent livrées à Guinegatte (1479, 1513); Saint-Quentin , (situé dans le département de l’Aisne, mais dans l’ancienne Picardie) donna son nom à la bataille que perdit le connétable de Montmorency en 1557. Amiens, pris par les Espagnols, fut repris par Henri IY (1597); Corbie fut prise par les Espagnols (1636), et l’Ile-de-France menacée ; mais Richelieu conquit Y Artois que nous céda (1659) le traité des Pyrénées. Louis XIV conquit la Flandre et le Cambrèsis , que nous cédèrent les traités d’Aix-la-Chapelle (1668) et de Nimègue (1678). Pendant les guerres du règne de Louis XIV,Turenne battit Condé aux Dunes (1658), Louis XIY prit Lille (1667), Valenciennes (1677), le duc d’Orléans gagna sur le prince d’Orange la bataille de Cassel (1677), le maréchal de Yillars fut vaincu hMalplaquet (1709), vainqueur à Denain (1712). Il existait encore en 1789 quelques fiefs particuliers dans ces provinces : comté cle Saint-Pol, duché de Guise, etc. Les guerres de la Révolution rappellent le siège de Lille (1792), les batailles d ’Hondschoote (1793), de Wattignies (1793). La

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guerre de 1870-71 vit les succès remportés par l’armée du Nord à Ponl'Noyelles , à. Bapaume, mais suivis de la défaite de Saint -Quentin.

Cette contrée, si menacée par l’ennemi, est couverte de places fortes dont les fortifications ont été, pour Japlupart construites par Yauban au xvn e siècle.

255. La partie nord-est. — La partie nord-est de la France qui s’étend des Ardennes sur notre frontière septentrionale jusqu’au Jura et au Rhône, et qui appartient en majeure partie au climat vosgien, comprend 14 départements répartis entre 4 provinces ;

4° La Champagne, qui est presque tout entière comprise dans le bassin de la Seine. Une partie, la Champagne pouilleuse, est une immense plaine jadis nue, semée de maigres pâturages et de sapinières, mais où la culture a fait de récents et grands progrès; les moutons en font la principale richesse. Les autres parties sont fertiles; la Brie est une des parties de la France les mieux cultivées; elle abonde en céréales , etles fromages en sont célèbres ; les environs de Reims et d'Épernay donnent le ma de Champagne. Lahouille ne s’y trouve pas; mais le minerai de fer y abonde, il a donné naissance à de nombreuses usines métallurgiques ; les moutons ont créé le tissage de la laine , qui a fait la fortune de Sedan et de Reims: Reims, ville d’industrie desservie par de nombreux chemins de fer, possédant une belle cathédrale dans laquelle étaient sacrés autrefois les rois de France.

La Champagne était presque tout entière comprise dans l’ancienne Belgique; durant la période des invasions, fut livrée dans ses plaines, près de Chatons la bataille des champs C atalauniques (451) dans laquelle fut vaincu Attila. Depuis le traité de Verdun (843), cette province formait la frontière orientale de la France. Les comtes de Champagne furent au moyen âge de puissants seigneurs, et les foires de Champagne (Troyes, Reims, Provins), dans lesquelles les provinces du Nord-Ouest s’approvisionnaient

de marchandises, venues en générai du sud par le Rhône et la Saône, étaient renommées. Philippe le Bel, par son mariage avec Jeanne, réunit la Champagne au domaine royal (réunion définitive à Favénemenl de son fils, 1314). Quelques fiefs y subsistaient encore en 1789 : comté de Réthel, seigneurie de Joinville, comté de Tonnerre, etc.

A Troyes (1420), fut signé le traité qui livrait la France aux Anglais, un an après l’assassinat du pont de Montereau. La Champagne fut troublée par les guerres de religion (massacre de Yassy, bataille de Dormans (.1373). Pendant les troubles du ministère de Richelieu, elle fut le théâtre de la bataille de la Marfée, livrée près de Sedan (1641), et peu de temps après de la grande victoire du duc d’Enghien à Rocroi (1643). Elle fut envahie en 1792 par les Prussiens qui avaient franchi les défilés de l*Argonne, et queDumouriez repoussa à Valmy ; en 1814, p r les armées coalisées que Napoléon battit à Arcis-sur-Aub'% b Brienne, ne put vaincre à La Rothi'ere , dispersa à Montmirail, à Vauchamps, à Montcreau , sur la ligne accidentée des coteaux qui coupent de ce côté la vallée de la Seine. Elle a été de nouveau envahie par les Prussiens en 1870» et le nom de Sedan est aujourd’hui celui du plus grand de nos désastres militaires.

2° La Lorraine, contrée coupée de collines ( Argonne et Ardennes) h l’est par le long massif des Vosges ; les vallées en sont fertiles ; quelques coteaux ontdes vignobles ; les c< Ilines et les montagnes ont de verts pâturages et de grandes forets / nulle partie de la France n’est plus boisée. On y trouve la houille , le fer , le sel gemme , et, par conséquent, les industries métallurgiques et chimiques . On y trouve aussi beaucoup desources thermales et minérales, Plombières, etc. Les verreries et cristalleries sont nombreuses, à cause des forêts. Les industries textiles, surtout les cotonnades , ont pris un grand développement dans les vallées des Vosges; les paysannes des Vosges font de la broderie .

Cette province faisait partie de l’ancienne Belgique. Sous

les Mérovingiens elle fît partie .du royaume d’Austrasie dont les rois résidèrent souvent à Metz. Par le traité de Verdun (843), elle fut donnée à Lothaire ; disputée entre les rois de France et les rois de Germanie, elle demeura üef de l’Empire d’Allemagne pendant presque tout le moyen âge. Charles le Téméraire ambitionna la possession de la Lorraine, et fut tué au siège de Nancy (1477). Henri II s’empara sur Charles-Quint des trois évéchés Metz , Tout, et Verdun (1552) : la reconnaissance de ces conquêtes par l’Empire d’Allemagne n’eut lieu que beaucoup plus tard par les traités de Westphalie (1648) qui nous cédaient en même temps Y Alsace^ occupée par nos troupes depuis 1638 : Strasbourg devint française en 1681. Par la possession de l’Alsace et des trois évêchés, la France enveloppait la Lorraine, qu’elle occupa à plusieurs reprises durant les guerres du xvn e siècle, et dont plusieurs places lui furent successivement cédées, Bar et Stenay en 1641, Sarrebourg, Plialsbourg en 1661, Longwy en 1678, Sarrelouis en 1698. Le troisième traité de Vienne (1738) donna cette province à Stanislas Leczinski, père de la reine de France et roi expulsé de Pologne; à la mort de Stanislas, qui embellit Nancy, les duchés de Lorraine et de Bar furent réunis à la France (1766) ; le comté de Clermont en Argonne ne le fut qu’en 1789. Comme la Champagne elle a subi les invasions de 1814 de 1815 et de 1870- 71. En 1870, Stra&bjurg, Plialsbourg , Thionville , Mézières etc., ont été bombardés. Belfort a énergiquement résisté à l’armée qui l’investissait ; autour de la place de Metz, contre laquelle avait échoué, en 1532 , la fortune de Charles-Quint, a été bloquée, à la suite de la défaite de Forbach, l’armée française commandée par un maréchal de France qui, après plusieurs combats sanglants, Borny, Gravelolte, etc., a capitulé en octobre 1870. Le traité de Francfort (mai 1871), qui a terminé cette funeste guerre nous a enlevé tout le nord est de la Lorraine (l’ancien département de la Moselle moins l’arrondissemenlde Brieyetdeux

arrondissements du département de la Meurthe, et un canton du département des Vosges), et toute l’Alsace moins Belfort et ses environs.

3° La Franche-Comté, comprenant la plaine ou région de la Saône, fertile en céréales, et la montagne ou région du Jura, riche surtout en bois et en pâturages ; aussi les bestiaux et le fromage sont-ils au nombre des principales richesses agricoles de cette contrée pittoresque. On y trouve aussi quelques vignobles, du fer , et, partant, des usines métallurgiques. L’industrie, à l’exception de Y horlogerie, n’y est pas très-active, mais le commerce avec la Suisse est assez important ; Besançon , ville forte presque enveloppée par le Doubs, est la ville la plus considérable et l’ancienne capitale de cette province. La Franche-Comté, l’ancienne Grande-Sequanaise, fit, à l’époque des invasions barbares, partie du royaume des Burgondes, puis de l’empire des Francs ; elle fut au traité de Verdun (843) dans le lot de Lothaire, et, par suite du démembrement du royaume de Lothaire, elle fut comprise dans la Bourgogne cisjurane et devint (1032) terre d’Empire. Philippe le Bel la conquit (1295) , mais elle devint au xiv® siècle une des possessions des puissants ducs de Bourgogne, passa ensuite à la branche espagnole de la maison d’Autriche (1556) qui la garda jusqu’au temps de Louis XIV. Ce prince conquit deux fois la province, et la seconde fois la garda par le traité de Nimègue (1678); le comté de Montbéliard a été conquis en 1793. La Franche-Comté fut envahie en 1814 et en 1815 par les Autrichiens, et Besançon assiégé. Elle fut envahie de nouveau en 1871, à la suite des batailles d’Hericourt et de Villersexel qui n’ont pu débloquer Belfort et qui ont été suivies d’une retraite désastreuse.

4° La Bourgogne, que la Côte-d’Or sépare en deux parties, Basse- Bourgogne ou bassin supérieur de la Seine, pays fertile, riche en vignobles sur le penchant des coteaux bien exposés, en bois sur les hauteurs, et H aute- Bourgogne , vallée de la Saône plus fertile encore et plus riche, grâce à ses

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vins renommés, Beaune , etc., et à ses grands bœufs charoîlais. La Bourgogne fournit des vins à la France et à l’Europe entière. Les Bombes , au sud, sont marécageuses. On trouve surtout dans la Basse-Bourgogne de nombreuses et belles carrières de pierre de taille ; on y fabrique beaucoup de ciment. Le fer se rencontre dans presque toute la province ; la houille est en très-grande abondance dans le département de Saône-et-Loire; y voit-on aussi beaucoup d’usines métallurgiques , telles que le Creusot, et de verreries. La Bourgogne est l'ancien pays des Eduens qui attirèrent César dans la Gaule indépendante ; c’est là qu’est Alesia (Alise Sainte-Reine) où fut vaincu Vercingétorix. Sous la domination romaine, Autun fut une des villes les plus considérables et les plus lettrées de la Gaule. A l’époque des invasions, elle tira son nom des Burgondes qui s’y établirent vers 413 et fondèrent le royaume de Bourgogne. Clovis battit sur les bords de l’Ouche (500) le roi Gondebaud. Rattachée au royaume des Francs (534), puis à peu près indépendante sous des rois ou des maires particuliers, rattachée de nouveau à l’empire franc par Charles-Martel, elle échut en grande partie (jusqu'à la Saône) à Charles le Chauve par le traité de Verdun (843) et devint un des grands duchés du royaume de France. Réunie au domaine en 1002, elle fut donnée par le roi Robert à son fils. Réunie une seconde fois en 1361, elle fut donnée par Jean le Bon à son plus jeune fils, tige de la plus puissante maison de Bourgogne qui régna de 1362 à 1477 (Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon, Charles le Téméraire) : c’est l’époque de la grande prospérité de Dijon, capitale de la province. A la mort de Charles le Téméraire, la Bourgogne fut réunie au domaine royal ; au delà de la Saône, les Bombes ne furent réunies que par héritage en 1762 ; la Bresse et le pays de Gex , par le traité de Lyon (1601). En Bourgogne, Henri IV avait gagné à Font aine- Fr ançaise{ 1595) une bataille surles Espagnols; cette province, dans laquelle l’ennemi n’avait pénétré qu’une fois au xvn e et auxvm 0 siè*

cle (prise de Saint-Jean de Losne par les impériaux, 1636), a été envahie en 181 4 et surtouten 1870, époque àlaquelleplusieurs combats (Nuits, etc.) ont été livrés autour de Dijon.

256. La, partie sud-est. — La partie sud-est de la France, qui s’étend de l’extrémité méridionale du Jura jusqu’aux Pyrénées orientales, sur la frontière des Alpes et de la Méditerranée, avec la Corse, et qui appartient aux climats rhodanien et méditerranéen, comprend 23 départements répartis entre 10 provinces :

l°Le Lyonnais, petite province montagneuse et marécageuse dans le Forez , plantée de châtaigniers sur les hauteurs et nourrissant des chèvres qui donnent un fromage renommé importante surtout par le grand bassin houiller de la Loire qui a donné naissance aux forges , usines , verreries etc. de Saint-Étienne, de Rive-de-Gier, etc., et par la grande ville qui était son ancienne capitale, et qui est, après Paris, la première cité de France, Lyon, an confluent de la Saône et du Rhône. Lyon a une industrie variée; mais aucune branche de travail n’y est aussi développée que la fabrication des soieries. Saint-Etienne partage avec elle sous ce rapport et tisse les rubans de soie. Tarare travaille le coton. C’est un des centres les plus actifs du travail manufacturier en France.

Lyon fut fondé sous le règne d’Auguste au confluent de la Saône et du Rhône pour être la métropole des Gaules. A l’époque mérovingienne, la province fit partie du royaume des Burgondes et suivit la fortune de ce royaume. Terre d 'Empire de 1032 à 1312, le Lyonnais fut réuni par Philippe le Bel à la couronne de France. Le Forez a été confisqué au connétable de Bourbon (1522), et définitivement réuni en 1666. Le Beaujolais n’a cessé d’être un domaine féodal qu’en 1789. Cette province a été envahie en 1814 par les Autrichiens. La ville de Lyon, la seconde de France par sa population, a été assiégée et prise, en 1793, par les troupes de la Convention qui lui donna le nom de Commune-Affranchie.

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2° La Savoie elle Dauphiné, contrée toute montagneuse sillonnée par les contre-forts des grandes Alpes qui en forment la limite orientale. La plus haute montagne de l’Europe, le mont Blanc , en fait partie. L’hiver est rigoureux dans la montagne et, sur les hauts sommets, les neiges sont perpétuelles; le sol est médiocrement fertile, excepté sur les bords du Rhône et dans le Grésivaudan ; les bestiaux , surtout les chèvres , sont nombreux dans les pâturages alpestres, et l'on y fait beaucoup de fromage. L’ industrie métallurgique avec la houille et le fer de l’Isère, et le tissage de la toile avec les chanvres du Grésivaudan, ont une certaine importance; Grenoble , ancienne capitale du Dauphiné, est renommée pour ses gants , faits avec des peaux de chevreau. C’est la contrée de la France la plus pittoresque et la plus visitée parles touristes : Chamounix , au pied du mont Blanc, reçoit tous les ans, dans la saison d’été, un trèsgrand nombre de voyageurs. Celte contrée fait, surtout par l’intermédiaire de Lyon, un trafic très-suivi avec V Italie. Le mont Cenis est le grand chemin de communication des deux pays. Ces deux provinces, habitées par les Allobroges, furent conquises par les Romains avant César. C’est peutêtre par un des cols de la Savoie (col du petit Saint-Bernard) qu’Annibal franchit les Alpes. Elles firent plus ou moins complètement partie des divers royaumes de Bourgogne et furent rattachées, depuis 1032, à l’Empire d’Allemagne; les Sarrasins occupèrent quelque temps plusieurs passages des Alpes. Le dernier dauphin (ou seigneur du Dauphiné) Humbert II légua ses domaines (1343) à Philippe VI de Valois à condition que le fils aîné du roi de France aurait toujours celte province en apanage; depuis la fin du règne de Charles VII, les fils aînés de France ou Dauphins cessèrent d’avoir le gouvernement de la province. En 1789, le duché de Yalentinois appartenait encore au prince de Monaco. Le Dauphiné a joué un rôle dans la révolution française par l’assemblée de Vizille ; la Terreur changea le nom de Grenoble en celui de Grelibre.

Grenoble est la première grande ville où soit entré Napoléon à son retour de l 'île d’Elbe. La Savoie, qui eut des comtes, puis des ducs devenus puissants sur les deux revers des Alpes, a été plusieurs fois occupée parla France (1535-1559 et 1792-1814). Henri II s’empara deMontmélian (1600). La Savoie a été cédéeà la France par le traité de Turin (1860) à la suite de la guerre d’Italie.

3° Le Comtat-Venaissin, la Provence et le Comté de Nice, contrée qui est, comme la précédente, adossée aux Alpes, et douée, par conséquent, dans sa partie orientale, du caractère alpestre, pâturages et forêts , entre autres, forêts de chênes-lièges; mais, dans sa partie méridionale et occidentale, elle jouit du chaud climat de la Méditerranée. Le Comtat offre le spectacle d’une belle et savante culture; la Provence et la campagne de Nice portent, à côté des céréales, l 'oranger, V olivier , le figuier , la vigne , les fleurs odoriférant es. L’industrie s’est conformée aux produits du sol : l’olive a donné naissance aux huileries, l’huile aux savonneries, les fleurs aux fabriques de parfums . La Méditerranée baigne les côtes de ses belles eaux bleues, et, dans les golfes nombreux du rivage, les hommes ont établi des ports : Nice, ville de plaisance autant que d’industrie, Toulon, le seul port militaire de la France sur la Méditerranée, Marseille, celui de tous les ports de France qui fait le plus de commerce, et en même temps une de nos plus grandes villes d’industrie. Dans l’intérieur des terres, on trouve Aix, ville parlementaire, ancienne capitale de la province; Avignon , qui fut, au quatorzième siècle, la résidence des papes, et qui n’est devenue possesion française qu’en 1791. Ces provinces, habitées primitivement par des Ligures, semées de bonne heure sur la côte de colonies grecques (Marseille, Antibes, Nice, etc.), furent visitées de bonne heure par les Romains qui y bâtirent Aix (122). Scipion fut battu parles Cimbres et les Teutons à Orange (105), mais Marius battit (102) les Teutons près de la montagne dite plus tard monlagne Sainte-Victoire (à côté d’Aix). A l’époque des invasions,

clics furent traversées d’abord par les Wisigoths, occupées ensuite par les Burgondes,et suivirent en général lafortune des royaumes de Bourgogne ou d’Arles. Près d'Arles , Thierry, fils de Clovis, avait été battu par les Ostrogolhs (508). Au milieu du xm e siècle, un frère de saint Louis, Charles d’Anjou, épousa l’héritière du comté de Provence (1245). A la mort du roi René (1481), dernier prince de la seconde maison Capétienne des ducs d’Anjou, la Provence revint au domaine royal. Au xvi e siècle, elle fut envahie parl’armée de Cliarles-Quint qui échoua au siège de Marseille. François î cr donna l’ordre d’écraser les Vaudois des villages de Cabrières , de Mérindol, etc. Pendant la révolution, Toulon , qui s’était donné aux Anglais, fut repris grâce surtout à Bonaparte (1793) ; l’armée .française combattit plusieurs années dansîe comté de Nice sans pouvoir pénétrer dans le Piémont(prise ducampdeSaorgio,1794).LeCom/a£- Venaissin , qui était depuis la fin de la guerre des Albigeois une possession du Saint-Siège et où les papes avaient résidé pendant 70ans (1308-1378), est réunià la France (1791-97). Le Comté de Nice, qui avait été français de 1793 à 1814, est cédé de nouveau à la France par le traité de Turin (1860).

4° La Corse, contrée montagneuse, très -boisée, peu cultivée et nullement industrielle; cette île colonisée en partie par les Carthaginois, conquise parles Romains, avait été une dépendance de Tïtalie du moyen âge, et, dans les temps modernes, soumise à la république de Gênes. Elle fut cédée par cette dernière à la France en 1768 par le traité deCompiègne; Ajaccio est le lieu de naissance de Napoléon I er (1769). Pendant la Révolution, la Corse se donna aux Anglais (1794); Bonaparte les expulsa.

5° Le Languedoc, vaste province qui présente des caractères très-divers. Le caractère montagneux, domine dansîe Vivarais, le G évaudan, Y Albigeois) on est sur la lisière du Massif central et l’on rencontre le châtaignier, les pâturages et les grands troupeaux de moutons ; sur les pentes inférieures et dans la plaine, le mûrier : aussi y élève-l-on beau-

coup de vers à soie. Les cotes du Bliône et les coteaux du 13 as- Languedoc sont en grande partie couverts de vignobles , plus riches, en général, par l’abondance que par la qualité des produits. On élève des abeilles qui donnent le miel dit de Narbonne. Les bords de la mer sont semés de lagunes c, t de salins. La houille est exploitée sur plusieurs points, dans le bassin d ’Alais, etc.: de là les nombreuses usines d’Alais et des environs ; le sel est tiré des salins des bords de la mer. Les principales industries sont la filature et le tissage de la soie , à Alais , à Aubenas, etc., conséquence de la culture du mûrier; le tissage de la laine, à Carcassonne , etc., conséquence des troupeaux des Cévennes, la bonneterie. Le canal du Midi traverse cette province et met en communication Toulouse, son ancienne capitale, avec Cette (Hérault), notre principal port commerçant sur la Méditerranée après Marseille.

Le Languedoc, dans la période de la Gaule indépendante, était habité parles Yolces; Annibal traversa leur pays; les Romains s’y établirent de bonne heure, fondèrent Narbo-Martius en 118. Du temps des Romains, Nîmes, Narbonne, Toulouse furent de puissantes cités. Dans la période des invasions, la Province fut occupée par les Wisigotbs (411) qui la conservèrent sous le nom de Septimanie (la région des sept villes) même après la défaite d’Alaric à Youglé; elle passe aux Arabes (720) qui venaient de détruire en Espagne le royaume des Wisigotbs. Cependant (721), près de Toulouse , les Sarrasins sont battus par le comte d’Aquitaine. Pépin le Bref la conquiert (759). Avec la féodalité, la Septimanie devient un duché; plus tard, le Languedoc forme plusieurs fiefs entièrement indépendants de la couronne de France et dont le plus important est le comté de Toulouse . La croisade contre les Albigeois (1209) y amena les gens du Nord : Béziers est saccagé ; le roi d’Aragon est battu à Muret (12l3);]mais Raymond YI est rappelé dans Toulouse par ses sujets et Simon de Montfort meurt en assiégeant la ville; Louis YIH, à qui Amaury de Montfort

a cédé ses droits, fait une croisade dans le Midi et crée les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne ; le traité deParis (1-229) termine ces querelles par la cession au roi de France du Gévaudan, du Vivarais, de presque tout le Bas- Languedoc, et par les fiançailles de l’hénjtière du comté de Toulouse avec Alphonse, frère de saint Louis; la mort d’Alphonse sans postérité réunit le reste de ces riches domaines, c’est-à-dire presque tout \o. Haut- Languedoc à la couronne deFrance (1271); la seigneurie de Montpellier fut réunie seulement en 1349, la vicomté de Narbonne en 1589, îe duché d' Uzès en 1789.

6° Le Roussillon et le comté de Foix, contrée pyrénéenne, chaude, surtout à l’est, au bord de la Méditerranée où poussent Y olivier , Y amandier, la vigne ; dans la partie montagneuse, les pâturages dominent. On y trouve aussi des forêts et d’excellent minerai de fer .

Le Roussillon a eu longtemps la môme fortune que la Septimanie ; à l’époque féodale, il devint une dépendance du royaume d’Aragon tout en restant jusqu’en 1258 sous la suzeraineté de la France. Philippe le Hardi mourut à Perpignan au retour d’une expédition au delà des Pyrénées. Louis XI posséda quelque temps cette province, mais Charles VIII la rendit à F Aragon avant de partir pour son expédition d’Italie. Louis XIII la conquit sur les Espagnols et le traité des Pyrénées (1659) la céda à la France. De 1793 à 1793, le Roussillon fut le théâtre principal de la lutte entre l’Espagne et la France (camp de Boulou, etc.).

Le comté de Poix, qui a longtemps relevé de la Guyenne et Gascogne, a été rattaché au domaine royal par l’avénement de Henri IV (1589).

■*,257. La partie sud-ouest. — La partie sud-ouest de la France, qui s’étend des Pyrénées jusque vers l’embouchure de la Loire, sur la côte du golfe de Gascosgne, et qui appartient audimat girondin, comprend 15 départements répartis entre 5 provinces:

4° La Guyenne et Gascogne et le Béarn. C’est à peu près tout le bassin de la Garonne et le bassin de Y Adour. Cette contrée a aussi des aspects divers ; c’est encore, dans le Midi, la région pyrénéenne, profondes et étroites vallées , pâturages qui nourrissent des chevaux estimés, mines de fer, carrières de marbre et eaux thermales , entre autres Bagnères de Luchon (Haute-Garonne) et Barèges (ITautes-Pyrénées). Au centre, c’est la belle et large vallée de la Garonne où abonde le maïs , où la vigne, cultivée avec succès, donne, dans le Bordelais , des vins non moins fameux que les vins de Champagne et de Bourgogne, et, dans Y Armagnac, des eaux-de-vie assez recherchées. Les Landes ont un aspect tout spécial, immenses étendues sans culture, vastes forêts de pins, marécages. Dans le nord, on rencontre le flanc sud-ouest du Massif central: terrains granitiques ou calcaires, pâturages et bœufs , moutons , châtaigneraies , avec de plantureuses plaines, comme celle du Bas-Périgord. C’est dans celte partie qu’on fait les fromages de Roquefort (Aveyron). On y trouve quelques houillères, Âuôm(Aveyron), etc., et des hauts fourneaux : les fers du Périgord sont connus dans le commerce. L’industrie d’ailleurs n’y est pas très-active, sinon à Bordeaux, ancienne capitale de la Guyenne, qui jouit du privilège commun à presque toutes les grandes villes de réunir la plupart des petites et moyennes industries. Bordeaux est surtout un grand port de commerce, en relation suivie avec l’Angleterre, l’Amérique du Sud, l’Afrique, etc.

Il est remarquable que la France a ses grands ports situés sur l’estuaire de ses grands fleuves : Bordeaux sur la Garonne, comme le Havre et Rouen sur la Seine, Nantes sur la Loire; Marseille est près du Rhône, à l’abri des ensablements du fleuve.

La frontière des Pyrénées donne accès en Espagne par Bayonne c’est là et à Perpignan que sont les principales défenses contre une invasion par le sud.

Ces provinces, dans la Gaule antique, faisaient partie

de r Aquitaine. La population gasconne qui l’habitait primitivement Fut refoulée peu à peu par les invasions celtiques, et leur type, avec une langue particulière, vit encore chez les Basques. Sous la domination romaine, Bordeaux fut une ville florissante. A l’époque des invasions, les Wisigoths s’établirent dans le pays ; Clovis le conquit par la bataille de Vouglé (507) ; mais les Francs ne s’y établirent jamais solidement, et les Aquitains, dès le temps des Mérovingiens, retournèrent à leur indépendance première : Pépin et Charlemagne, par une longue guerre contre Waïfre et Hunald, les soumettent (759-771). L’Aquitaine redevient à peu près indépendante dès le commencement de la féodalité, sous le règne de Charles le Chauve. Le mariage d’Éléonore de Guyenne avec Louis VII donne pour quelque temps ces provinces à la couronne; son mariage avec Henri Plantagenet les porte à la maison d’Anjou (1152) qui devient (1154) maison régnante d’Angleterre. Louis VII s’empare d’une partie de la Guyenne et du Périgord (1224) que S. Louis restitue (1269) sous la condition d’hommage lige ; Philippe le Bel confisque pendant quelques années ces provinces (1294-1303). Le traité de Brétigny les affranchit entièrement de la suzeraineté de la couronne de France (1360); Charles V en conquiert la plus grande partie; mais Charles VI les perd et c’est seulement à la fin de la guerre de Gent-ans, après la bataille de Castillon (1413), que Bordeaux et la Guyenne anglaise sont rattachés au domaine. Louis XI confisque une partie des riches domaines de la maison d 'Armagnac; Henri IV, par son avènement, réunit au domaine ceux de la maison d ’Albret ( [Béarn , Bigarre , Armagnac , Périgord, Bouergue , etc.), le duché dé Albret rétabli en 1651, le Captalaf de Buch , etc., ne furent supprimés qu’en 1789. Les guerres de religion avaient ensanglanté la Guyenne (bat. de C outras , 1587, etc.). En 1814, la France a été envahie du côté de Bayonne par l’armée de Wellington. En 1870, la délégation du Gouvernement de la Défense nationale.

obligée de quitter Tours, s’est fixée à Bordeaux où s’est d’abord réunie l’Assemblée nationale.

2° L’Angoumois, l’Aunis et Saintongis et le Poitou, contrée représentant aussi trois aspects distincts, qui sont pour ainsi dire les trois gradins par lesquels on descend du Massif central à la mer : à l’orient, pâturages, bestiaux et mulets: c’est surtout le caractère du Haut-Poitou ; au centre, riches plaines, culture du mais; dans l’Angoumois et la Saintonge, c’est-à-dire dans la vallée de la Charente , nombreux et riches vignobles qui donnent, par la distillation du vin, les eaux-de-vie dites de Cognac ; sur le bord de la mer, terrains bas, marécageux, que l*on a convertis en partie en marais salants . L’industrie est trèsmédiocrement développée; cependant Angoulême , l’ancienne capitale de l’Angoumois, est renommée pour ses papeteries.

Ces provinces faisaient partie de l’ancienne Aquitaine. Elles appartinrent aux Wisigoths que la bataille de Vouglé, livrée près de Poitiers (507), déposséda, sans que les Francs colonisassent le pays. Près de Poitiers aussi, Charles- Martel battit les Sarrasins (732). Au moyen âge, les ducs d’Aquitaine prenaient le titre de comtes de Poitiers et résidaient. ordinairement dans cette ville; avec le reste de l’Aquitaine, ces provinces passèrent à l’Angleterre; Philippe- Auguste conquit la majeure partie du Poitou (1205), Louis VIII l’Angoumois, l’Aunis et la Saintonge (1224). S 1 . Louis (1259) rendit ces dernières provinces j.usqu’à la Charente. LePoitou, à la mortd’Alphonse de Poitiers (1271), revint au domaine royal. Le traité de Brétigny les céda entièrement à l’Angleterre (1360), après la bataille de Poitiers (1356), perdue par le roi Jean. Charles V les reconquit (bat. de Chizé, combat naval d ela Rochelle). L 'Angoumois ne fit définitivement retour à la couronne qu’à l’avénement de François I er . Les guerres de religion troublent, au xvi° siècle, ces provinces comme tant d’autres; la Rochelle est prise par Richelieu après un siège mémo-

rable (1628). Pendant la Révolution, la guerre de Vendée a désolé le Bas-Poitou (1793-1795).

258. La partie centrale. — La partie centrale de la France, qui appartient au climat du Massif central et au climat séquanien, et qui occupe la plus grande portion du xMassif central et de la vallée de la Loire, comprend 13 départements répartis entre 8 provinces.

1° La Touraine, surnommée le jardin de la France, riche plaine, où se trouvent plusieurs châteaux du seizième siècle, anciennes résidences des rois : Blois, Chambord (Indre-et-Loire), Tours , ville de plaisance et d’industrie, renommée par ses fabriques de soieries.

La Touraine , habitée par des Celtes, faisait partie de l’ancienne Lyonnaise. Elle fit partie, au xn e siècle, des domaines des comtes d’Anjou et fui conquise sur les rois d’Angleterre par Philippe-Auguste (1203). Elle est restée depuis attachée au domaine royal depuis le règne de Charles Y et les rois du xv e et du xvi e siècle y ont fréquemment séjourné ( Plessis-lès-Tours , Amboise , Chambord). Plusieurs fois les états générauxse sont réunis à Tours; en 1870, pendant le siège de Paris, la délégation du Gouvernement de la Défense nationale s’est établie d’abord à Tours.

2° L’Orléanais et le Berry, vastes plaines fertiles en céréales ( Beauce , etc.), où se rencontrent cependant des sols ingrats, comme celui de la Brenne toute marécageuse, et celui de la Sologne rebelle à la culture, avec des forêts, entre autres la forêt d’Orléans , la plus grande de France, sur la lisière du Gatinais ; les vignes , assez nombreuses, donnent beaucoup de vin. Le Berry possède beaucoup de minerai et produit un fer estimé.

- Celte contrée, habitée par des Celtes, fut parcourue par César (prise d’Avaricum) (Bourges), etc. Sous les premiers Mérovingiens, Orléans fut deux fois la capitale d’un royaume particulier; l’Orléanais fit partie du domaine primitif des Capétiens, bien que plusieurs fiefs en aient été quelque temps détachés : comtés d' Etampes et de Vendôme

réunis en 1 /23, comté de Dunois et de Chartres supprimés en 1789; le duché lui-môme fut plusieurs fois donné en apanage à des princes de la famille royale, mais réuni définitivement à l’avènement de Louis XII (1498). Philippe I er acquit à l’époque de la l re croisade (1095) le comté de Bourges qui fut depuis deux fois donné en apanage. Les comtes de Châteauroux , de Sancerre , d 'Aubigny n’ont cessé d’exister qu’en 1789. Charles VII, retiré derrière la Loire au début de son règne, était désigné sous le nom de roi de Bourges. Orléans, dernier boulevard delà royauté, assiégé par les Anglais, fut délivré par Jeanne d’Arc (1429) qui gagna ensuite la bataille de Patay. Dans l’invasion de 1870. malgré la victoire remportée à Coulmiers , la ville d’ Orléans a été, peu de temps après, occupée par l’armée prussienne!

3° Le Bourbonnais et le Nivernais, le premier formant une belle et riche plaine, le second montagneux et boisé dans le Morvan ; tous deux riches en houille et en fer , comptant, par conséquent, un grand nombre d 'usines métallurgiques, de verreries, de fabriques de faïences ; le canal du Berry et le canal du Centre servent au transport des matières premières et des produits de ces établissements.

La seigneui le de Bourbon , dans laquelle Louis le Gros intervint pour faire reconnaître son autorité, fut réunie au domaine royal par suite de la confiscation des terres du connétable de Bourbon en 1522, donnée ensuite à Condé, érigée en duché-pairie (1661), et supprimée en 1789. Le Nivernais, d’abord comté dépendant de la Bourgogne, puis duché-pairie, fut réuni, en 1789, au reste delà monarchie par la suppression du régime féodal.

4° La Marche, le Limousin et I’Auvergne; c’est à proprement parler la région du Massif central, élevée de 400 à 800 mètres (sans compter les montagnes) au-dessus du niveau de la mer, et d’où partent, en rayonnant autour d’un vaste cercle qui s’étend du sud-ouest, par l’ouest, jusqu au nord, à peu près tous les cours d’eau de la rive droite de la Garonne, du bassin de la Charente et de la

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rive gauche de la Loire; c’est un climat relativement froid, un terrain granitique dans le Limousin, volcanique en Auvergne, calcaire au sud-est, sur lequel dominent les 'pâturages et les châtaigneraies et qui nourrit en grande quantité des bœufs rustiques et des moutons ; on y cultive plus de sarrasin et de seigle que de froment. On y trouve cependant clans les parties basses quelques fertiles campagnes, telles que la riche Limagne ou vallée supérieure de l’Ailier. On y trouve quelques mines , beaucoup d’eaux minérales , plusieurs houillères ; néanmoins l’industrie y est peu développée, et le commerce, faute de communications et de marchandises, y est moins actif que dans la plupart des autres régions de la France. Cependant Limoges est renommée pour sa porcelaine dont elle doit la fabrication au kaolin de Saint-Yrieix (Haute-Yienne).

Ces provinces toutes centrales, habitées parles Lemovices et les Arvernes, résistèrent les dernières à la conquête romaine (siège de Gergovie au sud de Clermont). Elles échappèrent aux premiers ilôts des barbares à l’époque des invasions ; cependant l’Auvergne fut cruellement ravagée par Thierry, fils de Clovis, qui avait celte province dans son lot. Au moyen âge, le Limousin et la Haute-Auvergne relevaient de l'Aquitaine; la Marche (du Limousin), comme son nom l’indique, était sur la frontière de l’Aquitaine ; elles en suivirent les destinées, tantôt anglaises et tantôt françaises. Louis le Gros intervint en Auvergne. La majeure partie de l’Auvergne, confisquée en 1213 par Philippe- Auguste, puis rendue, passa à diverses maisons féodales. Le duché d’Auvergne, plusieurs fois donné en apanage, fut définitivement réuni en 1416; le duché de Mer cœur, en 1712;. le comté d’ Auvergne , le duché de Montpensier n’ont été supprimés qu’en 1789. La vicomté de Limoges a été réunie à l’avénement de Henri IV, la vicomté de Turenne a été achetée en 1738. La Marche a été réunie par suite de la confiscation des biens du connétable de Bourbon (1521).

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