L’AFRIQUE FRANÇAISE
(Voir la planche n<* 22,)
270. La région du Sénégal. — Sur la côte occidentale de l’Afrique, non loin de la limite méridionale du Sahara, sous le 16 e degré de latitude septentrionale, est le Sénégal (voir la carte I de la planche n° 22), grand fleuve d’environ 1,600 kilomètres de longueur, qui coule de l’est à l’ouest en décrivant une courbe très-prononcée vers le nord; son principal affluent est la Falèmè. La contrée qu’il traverse est montagneuse à l’est (le Fouta-Djalon), couverte, au centre, dans les endroits arrosés, de forêts d’arbres très-épineux (le Foula), sablonneuse et marécageuse, ù l’ouest, dans le voisinage de la mer (le Oualo,- le Cayor, etc.). Le tleuve est sujet, dans la saison des pluies,
de juin à octobre, à des crues considérables, et ses débor-
dements forment des cours d’eau temporaires, dits marigots; dans son cours inférieur, il est semé de nombreuses îles, et son embouchure, variable, est obstruée par une barre de sables mobiles qui ne permet pas aux gros navires d’y pénétrer.
A 180 kilomètres au sud de cette embouchure, est le Cap-Verl, derrière lequel s’abrite la petite île, ou pour mieux dire, le rocher de Gorèe, mesurant seulement 17 hectares.
A 180 kilomètres environ au sud de Gorée, on trouve l’embouchure de la Gambie, le fleuve le plus important de la région après le Sénégal, et, sur une longueur de plusieurs centaines de kilomètres, une côte généralement basse, où débouchent beaucoup de cours d’eau formant de larges estuaires semés d’îles, et donnant naissance à de nombreux marigots bordés de palétuviers, de mangliers et de roseaux. Paimi ces cours d eau, sont le Saloum, qui communique avec l’embouchure de la Gambie, et la Casamance.
Au nord, sur la rive droite du Sénégal, sont des tribus nomades de Maures, parmi lesquels les Trarzas ont été particulièrement hostiles aux noirs. Au sud du Sénégal, la région est occupée par diverses races de noirs : les Peuls, qui ont le teint rougeâtre, la face assez semblable à celle des Européens, et qui, musulmans convertisseurs et conquérants, ont fondé plusieurs États, entre autres le Fouta; les Mandingues, complètement noirs, dans les contrées montagneuses de l’Est ; les Ouolofs, au teint noir, au nez épaté, aux
Ievres épaisses et aux cheveux crépus, dans les plaines de l’ouest.
271. La colonie du Sénégal. — La colonie française comprend nominalement tout le cours du fleuve et les éta- , ,ssements * a C( ^ te situés entre le cap Blanc, au nord, et i e o J*® Sierra Leone, au sud (voir la la carte II de la planche --J. Ln îéalité, nous exerçons une sorte de suzeraineté s ' x loyaumes noirs situés sur la rive gauche u ieu\e, depuis Médine, notre fort le plus oriental (par
LES COLONIES
13° 44' de longitude occidentale), et Sénoudébou , sur le Falémé, notre port le plus méridional, au midi duquel on a tenté l’exploitation des mines d’or de Kéniéba, jusqu’à la province de Dimar ; de plus, nous possédons, au sud du fleuve, la province de Dimar, celle de Oualo, puis, sur le bord de la mer, toute la côte du Cayor jusqu’à 12 kil. dans l’intérieur des terres, et nous exerçons notre suzeraineté sur les royaumes noirs de la côte situés entre le cap Vert et la rivière Saloum; au delà, nous n'avons que des comptoirs.
On évalue approximativement à 115,000 le nombre des habitants de ces royaumes. Mais, indépendamment des militaires, marins et employés qui sont au nombre d’environ 1 ,500, on ne compte d’Européens établis au Sénégal que292, dont 204 à Saint-Louis et 88 à Gorée. Les autres positions ne sont que des postes, quelques-uns peu nombreux (à Médine, il n’y a que 60 personnes), et sont occupés exclusivement par des employés civils ou militaires, des soldats indigènes et des noirs.
La colonie, sous les ordres d’un gouverneur résidant à Saint-Louis, est divisée en trois arrondissements :
1° Arrondissement de Saint-Louis, avec Saint-Louis (15, 000 hab.), résidence du gouverneur, bâtie sur une petiteîle sablonneuse du fleuve, à 16 kilom. environ de Fembouchure, mais séparée seulement de la mer par une étroite bande de sable, dite côte de Barbarie 1 ; la ville est composée en majeure partie de cases de paille ; Gandiole , marché important pour les arachides et pour le sel; Mérinaghen , près du lac deGuier; Dagana et Podoi\ sur le fleuve. De cet arrondissement dépendentles positions entièrement inoccupées et presque inexplorées de File d’Arguin et de Portendick, sur la côte du Sahara.
2° Arrondissement de Bakel, avec Bakel (1,900 hab.),
(i) Sur cette bande de sable, est le village Guet-N’dar, où mouillent ordinairement les navires pour communiquer avec Saint-Louis.
situé non loin du confluent de la Falémé avec le Sénégal, Matam, Senoudébou, Médine.
3° Arrondissement de Gorée, avec Gorèe (2,600 hab.), petite ville qui occupe à peu près les deux tiers de la superficie de son rocher, et dont la rade présente, excepté durant la saison des pluies, un excellent abri; Dakar, à la pointe du cap Vert, qui n’est séparée de Gorée que par un canal de 2 kilomètres ; les petits comptoirs de Portudal et de Joal, sur la côte de Baol et de Sin ; le comptoir de Kaolack, à 130 kil. de l’embouchure du Saloum ; sur la Casamance, le comptoir de Carabane dans l’île du même nom, avec la suzeraineté des deux rives de l’embouchure de la Casamance, et celui de Sedhiou, comprenant quatre petits territoires situés sur les deux rives du lleuve, à 120 kilom. de la mer.
A 500 kilom. environ au sud (voir la carte II de la planche 22) sont le rio Nunez et le rio Pungo où des négociants français font quelque commerce, sans que la France y ait d ’ é t abl i sse m en ts .
272. Le commerce du Sénégal. — Le commerce de cette colonie est en progrès; il s’élève environ à 25 millions de francs, en total, dont 20 millions avec la France et ses colonies (les 2/3 ou 13 millions à l’importation et 7 millions ou 1/3 à l’exportation) et 5 millions avec les pays étrangers, particulièrement avec l’Angleterre, les États-Unis et l’Espagne. II y a en outre un petit commerce de cabotage entre les comptoirs de la côte. Tout le commerce européen se concentre à Saint-Louis et à Gorèe, quelque peu, depuis deux ans, à la Casamance ; il part presque entièrement de Marseille et de Bordeaux, pour la France, et il consiste :
1° À l’importation :
En tissus de coton et particulièrement en guinèes, toiles de coton grossières, étroites, teintes en bleu, tissées d’ordinaire dans l’Inde ou à Piouen, que portent les indigènes et qui souvent même servent de monnaie dans les échanges 4 , en farines et riz; en vins, eaux-de-vie et liqueurs; en charbon de terre; en vêtements confectionnés et articles à
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l’usage des Européens; en armes; en tabac; en verroteries, etc.
2° A l’exportation, en graines oléagineuses , à savoir : Y arachide , sorte de légumineuse à demi rampante sur le sol, dont les graines, dites pistaches de terre, enfermées au nombre de deux à quatre dans une gousse ovale et grisâtre, fournissent pour les indigènes un aliment recherché, pour le commerce européen une huile comestible, et dont les gousses réduites en tourteaux servent d’engrais ; le Cayor et la Casamance en fournissent beaucoup et le commerce s’en fait principalement à Gandiole, à Rufisque, à Sedhiou; le beref, graine d’une espèce de melon; le sésame, petite graine d’aspect assez semblable à la graine de luzerne ; la noix de touloucouna que donne un arbre très-commun sur les bords de la Casamance ; et la noix de palme, produite, comme le coco, par un certain palmier et fournissant deux huiles, Tune, comestible, qui reste ordinairement dans le pays, l’autre, non comestible, qui est exportée pour les emplois industriels ;
En gomme, plus estimée en Europe que celle qui vient d’Arabie même. La meilleure suinte des fissures d’une espèce d’acacia dont l’écorce se fendille après la saison des pluies, et qui forme des forêts entières sur la rive droite du bas Sénégal ; aussi les gommiers sont-ils surtout aux mains des Maures qui, après les pluies, viennent camper près des forêts, font faire la récolte par leurs esclaves et en vendent le produit sur les marchés ou escales du fleuve;
En peaux de bœuf ; en cire jaune; en bois de teinture, quelque peu aussi en colon courte-soie, qu’on cultive principalement au Bondou ; en ivoire ; en or; en nattes; en plumes, etc.
L’industrie est très-primitive. Celle de tisserand est principalement exercée parles indigènes et consiste à fabriquer avec le métier le plus grossier qu’on puisse imaginer des étoffes de coton bleu dont la pièce n’a pas plus de 2 à 3 mètres de long et de 15 centimètres de large et dont plusieurs pièces, cousues ensemble et ornées de fils de cou-
leur, forment la pagne, vêtement ordinaire des indigènes. L’importation des guinées fait une rude concurrence à ces tisserands. A cette industrie, on peut ajouter la fabrication de la brique et de la chaux et le travail du forgeron; le produit est d’ailleurs très-médiocre et l’art très-grossier ; les Sénégalais dédaignent les travaux manuels.
L’agriculture n’est guère moins primitive et consiste dans le soin du bétail, dans la culture du mil, principale céréale des indigènes, du riz, du maïs, du coton, de l’indigo et de l’arachide. Les demandes considérables de cette graine faites par l’Europe ont quelque peu stimulé l’apathie des noirs qui en cultivent beaucoup plus que par le passé. La pêche fluviale est abondante et très-pratiquée.
Au delà du Fouta-Djalon , on sort de la vallée du Sénégal pour entrer dans celle du Niger et par conséquent dans l’Afrique centrale ; on a tenté de nouer des relations avec cette contrée et un voyage d’exploration a été poussé jusqu’à Tombouctou.
273. Les établissements de la Côte-d’Or et du Gabon. — Les établissements de la Côte-d'Or et du Gabon sont placés sous l’autorité supérieure du commandant de la division navale des côtes occidentales d’Afrique. Ils sont au nombre de quatre, à savoir :
Sur la côte de la Guinée septentrionale (voir la carte III de la planche n° 22), le Grand Bassam, petite enceinte entourée d’une haie vive et renfermant trois ou quatre bâtiments, une maison, une poudrière, etc., placée sur une langue de sable marécageuse, au bord de la mer et à l’embouchure du Grand-Bassam; Dabou, poste dans l’intérieur, sur la lagune ou lac Ébrié, environ à 80 kilom. nord-ouest du Grand-Bassam ; Assinie, à 50 kilom. à l’est du Grand- Bassam, simple blockhaus en poste palissadé, sur la rive droite d’un canal dit rivière d’Assinie, par lequel se déversent les eaux de deux grandes lagunes ; ces établissements sont aujourd’hui presque entièrement abandonnés.
Sur la côte de la Guinée méridionale (voir la carte IV de
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la planche n° 22), le Gabon ( 1), poste composé de deux pavillons et de quelques bâtiments protégés par une palissade; il est placé sur la rive droite et à l’embouchure d’un vaste estuaire, le Gabon (ou M’Pongo) qui reçoit plusieurs rivières et qui est bordé de magnifiques forêts. A côté du poste, sont le petit village noir de Libreville et le bâtiment de la mission apostolique.
Indépendamment de ces comptoirs, la France a la possession (au Gabon) ou le protectorat nominal de quelques régions voisines. Mais l’industrie et l’agriculture y sont presque nulles. Le commerce y est entre les mains des noirs de la côte qui font l’office de courtiers et qu’on désigne sous le nom de jack-jacks; en général, les navires européens déposent sur la plage et leur confient leur pacotille (tissus de coton, fusils, poudre, eau-de-vie, tabac, verroterie, poterie, quelques confections communes, etc.) qu’ils vont vendre, à grand bénéfice, dans les villages de l’intérieur; en échange, ils rapportent, quelque temps après, une trèsbonne huile de palme, de l’ivoire, du bois d’ébène ou de santal, du caoutchouc, de la gomme copal, un peu de café grossièrement préparé. Ce commerce, qui peut être évalué ù l\ millions et qui est entièrement libre, est partagé entre des vaisseaux anglais et français.
Indépendamment des équipages de la station navale dont le centre est dans la rade du Gabon, il n’y a guère, dans les quatre comptoirs, que la garnison composée en tout d’environ 20-0 hommes.
274. L’île Mayotte et ses dépendances. — Entre la côte d’Afrique et l’île de Madagascar, au nord du canal de Mozambique, se trouvent :
D’une part, le groupe des îles Comores, dont la plus méridionale, Vile Mayotte, appartient à la France ;
D’autre part, près de la côte de Madagascar, un groupe
(i) La France a construit au cap Lopez un blockhaus.
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qui appartient également à la France et dont l’île principale est Nossi-bè .
Le tout a une superficie d’environ 50,000 hectares.
Mayotte (30,000 hab.), chef-lieu de la colonie (voir la carte v de la planche n» 22), île boisée, fertile, est enveloppée presque entièrement d’une ceinture de récifs, avec quatre îlots, Pamanzi, Dzaoudzi muni d’une bonne rade, Bouzi et Zam» bourou, des baies profondes et d’excellents mouillages. La population, partie arabe, partie sakalave, est d’environ 5,000 individus, y compris une centaine d’Européens. La moitié environ des terres a été concédée à des colons, et on y cultive surtout la canne, quelque peu le café, la vanille, le riz.
Nossi-be (voir la carte VI de la planche n° 22) est entourée de plusieurs îlots, dont le plus grand est le montagneux Nossi- Cumba, au sud. La population indigène, toute composée de Sakalaves, est d’environ U, 000 âmes, et la population créole et européenne, en comptant les colons, l’administration et la garnison, est d’environ 900 âmes. Le sol est très-fertile et on y cultive la canne avec succès.
Le commerce de ces îles, qui est d’environ 2 millions 1/2 de francs, se partage entre la France (Nantes et Marseille)" la Réunion et le cabotage étranger; il se compose, à l’importation, de bœufs, de riz, de poudre et de fusils, d’étoffes de coton, etc., et, à 1 exportation , de sucre, quelque
peu de café, d’huile de coco, de bois d’ébène, de bois de santal, etc.
275. Sainte-Marie de Madagascar. — Des anciens établissements de la France à Madagascar, il ne reste que l’île de Sainte-Marie (voir la carte vil de la planche n° 22), située sur la cote nord-est, en face de la pointe à Larrée et de l’ancien comptoir de Tintingue. Sa longueur est de 48 kilomètres ; sa superficie est de 90,000 hectares. La population est évaluée à 5,700 individus. Le commerce, fort peu important, ne consiste que dans le cabotage avec les îles voisines, et la principale importance de cette possession est dans la
LES COLONIES
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