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L’ASIE FRANÇAISE

277. L’Inde française. — La grande presqu’île de l’Inde est tout entière en la possession ou sous la dépendance de l’Angleterre. Des établissements que la France

avait commencé à y fonder, il ne nous reste plus, depuis un siècle, que cinq villes (voir les cartes I et II de la planche n° h), à savoir :

Sur la côte sud-ouest de Malabar, Mahè, ville sur la rive gauche et près de l’embouchure d’une petite rivière du même nom, dont le territoire, comprenant quelques hameaux ou aidées, atteint à peine 6,000 hectares et dont la population est de 7,000 individus.

Sur la côte sud-est, dite côte de Coromandel , Karikal, ville située dans le delta du Cavéry, sur la rive gauche d’une des branches du fleuve (l’Arselar), navigable seulement dans la saison des pluies ; son territoire très-fertile, comprenant un grand nombre d’aldées, est de 13,000 hectares, et sa population de 52,000 individus.

Sur la même côte, à 115 kilomètres au nord, dans la province du Carnatic, Pondichéry , chef-lieu des etablissements français de l'Inde, située sur le bord de la mer et divisée en deux parties : la ville blanche, coquettement bâtie sur la plage, et, derrière, la ville noire, séparée de la précédente par un canal et composée de cases indiennes. La rade est mauvaise ; le débarquement, qui se faisait péniblement sur des espèces de radeaux, dits chélingues, a été rendu plus facile par la construction d’un pont-débarcadère. La population est de 125,000 âmes, dont un millier d’Européens ou descendants d’Européens. Le territoire, dont la superficie est de 29,000 hectares, est enchevêtré dans le territoire anglais; il est divisé en trois districts, qui prennent le nom delà ville ou de la bourgade principale, Pondichéry, au nord-est, Villenour à l’ouest, Baliour au sud ;

A 600 kilomètres environ au nord, sur la côte d’Orixa, Yanaon, près de l’embouchure du Godavéry, entre la rive gauche de ce fleuve et de son principal bras, le Coringuy ; le territoire est d’environ 3,300 hectares et la population de 6,500 habitants;

A près de 1,000 kilomètres au nord, sur la rive droite

LES COLONIES

de l’Hougly, ou branche occidentale du Gange, Chandernagor, dans l’intérieur des terres, et à 35 kilomètres environ au nord de la grande ville de Calciitta, avec laquelle elle communique par un chemin de fer. Chandernagor n'a qu’un territoire de 941 hectares ; mais sa population, presque toute indienne, dépasse 30,000 âmes.

La France possède en outre sept loges ou factoreries, maisons qu’elle loue ou qui ne sont pas habitées, entre autres, à Surate, à Calicut et à Mazulipatam.

Le riz, les menus grains, le coco, le callou et l’arack, liqueurs extraites du cocotier, l’indigo, le poivre-bétel, sont les principaux produits du sol dans les colonies françaises ; la principale industrie est la fabrication des toiles de coton, dites guinées.

Chandernagor n’a guère de relations qu’avec Calcutta, sa voisine ; Mahé et Yanaon réunis ne font pas 500,000 francs d’alfaires. Tout le commerce extérieur, dont le total est de 24 millions, se concentre à Pondichéry et à Karihal ; il se dirige, pour le plus grand nombre d’articles, sur l’Inde anglaise par bâtiments anglais, puis sur la Réunion et la France par bâtiments français, et consiste surtout :

1° A l'importation, en faisant abstraction des articles qui ne sont importés que pour la réexportation, en vins et liqueurs de France, en vêtements et pièces de lingerie.

2° À l’exportation, en guinées, destinées à l’Afrique et particulièrement au Sénégal, en indigo de qualité inférieure, en huile de coco et autres huiles, en peaux tannées, quelque peu en pistaches , épices , café, arrow-root, etc.

La France fait dans les ports anglais de l’Inde un commerce beaucoup plus important que dans ses propres colonies.

278. La Cochinchine française. — A l’est de l’Inde, au delà du détroit de Malacca, un grand fleuve, leMei-cong OU Cambodge (voir la carte III de la planche n° 14) , venu des montagnes du Thibet et coulant à travers lTndo-Chine, se jette dans la mer de Chine en embrassant de ses nombreux

36ü LA FRANCE.

canaux un vaste espace de forme rectangulaire, dont la pointe méridionale s’appelle le cap Cambodge. On désigne cet espace sous le nom de Basse-Cochinchine ; c’est une province qui récemment encore dépendait tout entière du royaume d’Annam, et qui confine, à l’ouest, au petit royaume de Cambodge, vassal des Annamites, et, au nord, au pays montagneux des Moï, nominalement soumis aux Annamites.

Le fleuve lui-même entre dans la mer par huit embouchures. La région qui s’étend à l’est de sa branche orientale est arrosée par quatre rivières, les deux Vaïco , la rivière de Saïgon et le Donnai, qui sont sillonnées dans tous les sens et réunies au Cambodge par des canaux naturels dits arroyos; elles débouchent dans la même baie que la branche orientale du fleuve; en avant se dresse, à l’est, le cap Saint- T acques, avec son phare. Dans toute la partie sud-ouest, celle qui avoisine le fleuve et le cours inférieur des rivières, le sol fertile, mais bas, uni, présente l’aspect d’une plaine immense, marécageuse, couverte d’herbes et de joncs, semée par places de forêts de palétuviers et de rizières très-productives, et en partie inondée à l’époque des crues. Dans la partie qui s’étend à l’est de Saïgon ,1e terrain se relève, se prête à des cultures plus diverses et se termine, à l’extrémité orientale, par des montagnes, dernières pentes de la chaîne qui traverse la péninsule. Indépendamment du riz et des bois, la Basse-Cochinchine produit du coton, du tabac, du maïs, de l’arachide, etc.

La France possède, en vertu du traité de 1862, toute la région qui s’étend à l’est de la branche orientale, plus deux îles du Delta, ayant une superficie totale de 2,238,000 hectares et une population évaluée à 900,000 Asiatiques, Annamites et Chinois, et à 6 ou 700 Européens; elle possède en outre, à 70 kilomètres environ au sud des bouches du Cambodge, la petite île montagneuse et boisée de Poulo- Condore, dont la superficie est d’environ 6,000 hectares, et qu’un isthme, submergé à marée haute, partage en deux

LES COLONIES, parties ; elle s’est emparée également des provinces de Vinh-Long, Sadec, Chaudoc et Hatien.

La Cochinchine française est divisée en trois provinces r

Celle de Saigon, au centre, renferme la ville de Saïgon , siège du gouvernement colonial, composée d’une ville européenne, récemment construite, et d’un groupe de villages cochinchinois, dont la population, chassée par notre conquête, se reforme peu à peu ; placée sur la rivière la plus profonde de la Cochinchine, à 70 kilomètres environ de la mer, communiquant avec le Donnai', d’une part, qui est accessible aux grands navires, d’autre part, par divers arroyos, avec le Cambodge dont les bouches sont ensablées, Saigon est la position maritime la plus importante de la Cochinchine;

Celle de Bien-Hoa, à l’est, avec la ville de Bien-Boa qui n’est qu’un poste militaire;

Celle de Mitho, à l’ouest, avec l’importante ville de Mitho, entrepôt du commerce du Cambodge, située sur la rive gauche de la branche orientale du fleuve, au confluent du principal arroyo qui conduit à Saïgon.

Le commerce maritime de la Cochinchine française, que l’on évalue à 30 millions, a lieu avec le royaume d’Annam, la Chine et Hong-Kong, très-peu avec l’Europe; il consiste en importations de thé, de boissons, de chaux, de papier, d’opium, etc., et en exportations de riz, de poisson salé, de sacs de paille, de coton, etc.; il est fait par des barques et des jonques du pays, et par des navires européens de France, d’Angleterre, de Hambourg, etc., qui se substituent de plus en plus aux barques et aux jonques.

Saïgon est le point extrême des colonies françaises desservi par les paquebots des Messageries impériales, qui ont un départ par mois. (voir§ 14G). Le voyage est de 33 jours en moyenne. On peut s’y rendre aussi, indirectement, par voie de Singapore, sur les paquebots de la Compagnie anglaise, qui a deux départs par mois.

5 e section.

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