‹ La France (avec ses colonies) (volume 2)Chapitre 7 sur 87 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

LE SOL

12. Les harmonies terrestres. — Le sol n’exerce pas une action moins considérable : il constitue les harmonies terrestres. C’est du sol que l’homme tire ses aliments et tous les matériaux de son industrie : aussi les physiocrales, qui les premiers au xviii® siècle ont étudié méthodiquement l’économie politique, avaient-ils été conduits à dire (ce qui est inexact) que la terre est la source unique de toutes les richesses (1). C’est le sol qui, par sa composition géologique et par ses ondulations, permet ou rend impossibles, non moins que la chaleur du soleil, les cultures, et, par suite, hâte ou retarde le progrès de la civilisation ; qui, absorbant les eaux dans son sein ou les conduisant dans les rigoles qu’elles se tracent à sa surface, donne la fertilité ou la stérilité, fait les torrents dévastateurs ou les fleuves qui servent de routes au commerce; qui se découpe sur lé bord de la mer en golfes et en ports, et, en ouvrant sur une plus ou moins grande étendue l’Océan à une nation, l’invite h la navigation et fait naître en elle le désir des entreprises maritimes; qui, par ses montagnes et ses cours d’eau, garantit quelque peu les hommes contre les attaques de leurs voisins, les réunit sous une même autorité par la proximité et la communauté des intérêts, et détermine en partie la forme des États,

(1) La vraie source de sa richesse est le travail de l’homme mettant en œuvre les forces de la nature.

LA FORMATION GEOLOGIQUE.

(Voir la carte 2.)

13. Les terrains primitifs et de transition. — A l’époque des plus anciennes révolutions géologiques auxquelles la science remonte, la France était en grande partie couverte par les eaux de la mer. Des terrains actuels, il n’existait vraisemblablement alors que des îles isolées, comme la Vendée , le Massif central, peut-être une partie de la Breta gne ; elles étaient composées de terrains primitifs, granit, gneiss, micaschiste, premières assises du sol de la France dont elles occupent la cinquième partie.

Sur d’autres points, ces terrains primitifs, ainsi que les roches plutoniques, se sont fait jour postérieurement en brisant, dans les soulèvements, la croûte des terrains cîe sédiment qui s’étaient déposés au-dessus d’eux.

Ainsi plusieurs soulèvements, entre autres celui des Ballons, élargirent la bande des Pyrénées, agrandirent l’île de Bretagne, formèrent, les Ardennes et les ballons des Vosges. Dans ces terrains de transition se trouvent les ardoisières, et sont conservées les premières traces d’animaux qui aient habité le globe, poissons et reptiles, ainsi que les fougères gigantesques dont les débris accumulés au fond des marais et dans les anses des rivages formèrent ensuite les dépôts houillers.

14. Les terrains secondaires. — Cependant, vers la fin de l’époque suivante, dite période des terrains secondaires inférieurs , et comprenant le grès rouge, le grès des Vosges et le trias, à la suite de divers soulèvements, tels que ceux du Hainaut et des monts de Thuringe, la Bretagne jusque vers Poitiers s’éleva au-dessus des eaux et lit partie d’une

LE SOL

grande île qui s’étendait jusqu’en Écosse ; le Massif central* agrandi, se reliait au massif pyrénéen ; la Provence forma une île dont la Corse paraît avoir fait partie; la chaîne des Vosges, reliée aux Ardennes , présentait une terre dont le prolongement allait jusque dans l’Europe orientale.

D’autres dépôts s’étaient formés au fond des mers dont ces îles étaient les rivages; et, soulevés à leur tour (soulèvement de la Côte-d’Or, du mont Viso), soudèrent entre elles ces îles. Le calcaire oolilhique des terrains jurassiques forma la Franche-Comté , le Nivernais , une partie de la Bourgogne , le plateau de Langres, le Bassigny et le reste de la Lorraine ; une partie du Berry , le Poitou; une partie de la Normandie et du Maine ; au sud du Massif central , le Quercy et les Causses , et une grande partie de la Savoie et du Dauphiné .

En même temps que les soulèvements, se produisaient des affaissements du sol. Les terrains soudés se désunirent vers Poitiers notamment, et trois grands golfes maritimes se formèrent, correspondant à trois des grands bassins de la France, Seine, Garonne et Rhône, dans lesquels vivaient des requins et de nombreux poissons; le sol était couvert de pins et habité par des animaux de la famille des lézards et des crocodiles dont on retrouve les squelettes enfouis dans les roches jurassiques.

Sur les bords de ces golfes se déposèrent les couches profondes des terrains crétacés. Dans le golfe de la Garonne, ils complétèrent la formation pyrénéenne en s’avançant sur une partie du bas Languedoc et du Béarn et formèrent le reste du Poitou, la Saintonge et une grande partie du Périgord; dans le golfe du Rhône, ils s’étendirent en une longue bande sur toute la ligne des Alpes; dans le golfe de la Seine, ils formèrent le bas Maine , une partie de l'Anjou, le Saumurois , une étroite bande au pied des calcaires oolithiques du Nivernais , la Champagne, la portion de la Picardie située à la source de la Somme, et V Artois.

4 5. Les terrains tertiaires. — La formation crétacée

avait enveloppé peu à peu les deux golfes de la Garonne et de la Seine; le soulèvement de Pyrénées rétrécit le premier et transforma le second en un lac. Là, s’étaient déjà déposés et continuèrent à se déposer les tehrains tertiaires, que les eaux de la mer envahirent à plusieurs reprises. A cette époque, dans les forêts, le noyer poussait déjà à côté des pins; les animaux, mastodonte, etc., commençaient à se rapprocher des espèces actuelles. Ces terrains occupent près du tiers de la France, disposés en trois groupes principaux :

1° Celui d 'Aquitaine avec une partie du Languedoc;

2° Celui de Neustrie comprenant Orléanais, Touraine, Ile-de-France, Brie, haute Normandie et Picardie;

3° Celui de la région de la Bresse avec la meilleure partie de la vallée de la Soône et le Viennois ; une grande partie de la Provence s’y rattache.

La Lîmagne forme un petit bassin particulier.

Ces groupes sont placés au centre des bassins et forment une série nombreuse de couches qui occupent à peu près l’espace des anciens lacs de l’époque tertiaire (1). Les sou-

(1) La carte ne donne qu'une seule teinte pour le terrain tertiaire, comme pour les autres ; mais ce terrain, comme les autres, se compose de couches nombreuses et diverses. Voici, comme exemple de la multiplicité et de la diversité de ces couches, lesquelles affleurent sur divers points, une coupe verticale, et à hauteurs proportionnelles, du Mont-Yalérien (près de Paris).

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lèvements des Alpes portèrent ces dépôts au-dessus du niveau des mers, en chassèrent les eaux et donnèrent h l’Europe occidentale la direction générale de ses pentes.

Les autres formations les entourent en quelque sorte de leurs cercles concentriques (Voir les cartons de la carte n° 2), et, dans le bassin de la Seine ou dans un des deux autres, on peut remonter d’une manière à peu près régulière jusqu’au massif granitique, en traversant successivement la plupart des terrains des grandes époques géologiques. Ceux des terrains stratifiés qui se trouvent aux extrémités des bassins sont aussi ceux qu’on rencontre à la plus grande profondeur en creusant le sol : les puits artésiens le démontrent. Toutefois cette disposition régulière a été, à plusieurs reprises et en maint endroit, contrariée parles soulèvements lents, par des éruptions volcaniques, etla régularité primitive des terrains stratifiés serait souvent inintelligible, si on ne tenait compte des désordres produits par les terrains ignés; c’est ce que rend sensible la figure n° 2. Par suite soit de ces soulèvements, soit de la position des terrains anciens au-dessus du niveau des eaux au moment où se sont formés des terrains plus récents, c’est généralement dans les lieux élevés , montagnes ou plateaux, que l’on trouve, à la surface du sol , les formations anciennes , et dans les lieux bas, vallées, etc., les formations récentes .

16. Les derniers soulèvements. — La France avait A peu près sa forme actuelle, lorsque le soulèvement qui

donna aux Alpes leurs derniers contours et déplaça les glaciers, poussa, entre les Vosges et la forêt Noire, le Rhin qui créa par ses alluvions la plaine de l'Alsace. Les autres fleuves nivelaient en même temps leurs vallées et les enrichissaient de leur limon; le Rhône créait son vaste delta ; des dépôts importants se formaient entre Dunkerque et Calais et dans la vallée de la Sèvre-Niortaise. Enfin le massif granitique du centre était profondément bouleversé par des éruptions volcaniques qui recouvraient de trachyte et de basalte une partie du sol, et dont les cratères éteints se voient encore dans ies puys de l’Auvergne et dans les monts du Vivarais, principalement au puy de Pariou. C’est la période que les géologues nomment époque quaternaire.

La connaissance des révolutions géologiques qui ont constitué notre sol explique le relief actuel de ce sol, l’étendue des bassins, la direction des fleuves et, en grande partie, le plus ou moins de richesse minérale et de fécondité agricole de nos provinces.

2 e section.

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