ONZIÈME PARTIE
LA POPULATION
(Yoir la carte n° 27.)
360. Le dénombrement. — La population de la France augmente: il y a cent cinquante ans, on l’évaluait à 20 millions d’individus; à l’époque de la révolution de 1789 à 25 millions environ. En 1831, elle était de 32 millions et demi ; en 1866, à la suite du recensement qui a eu lieu tous les cinq ans, on comptait 38 millions d‘ habitants ; aujourd’hui, par suite des pertes territoriales occasionnées par la guerre de 1870-71, elle est réduite à 36 millions 1/2 d’iiabilants.
Néanmoins l’accroissement est plus lent en France que dansla plupart des autres États de l’Europe.
La France est moitié moins peuplée que l’empire russe.
Comparée à la superficie du territoire, notre population est, en moyenne, de 69 habitants par kilomètre carré. Vingthuit départements dépassent cette moyenne, et les premiers rangs appartiennent : à la Seine qui avec sa population de 2,150,000 âmes sur une surface de 474 kilomètres carrés, la dépasse 69 fois; Rhône ei au Nord , près de trois fois et demie ; à la Seine- Inférieure, près de deux fois ; au Pas-de-Calais , à la Loire, aux Bouches-du-Rhône, une fois et demie ; au Finistère , une fois et u i tiers. Ces huit départements renferment au moins 500,000 habitants.
Renferment aussi 500,000 habitants au moins, mais ré-
partis sur un territoire plus étendu (c’est-à-dire ayant moins de 92 habitants au kilomètre carré), les départements suivants : Somme, Aisne, Seine-et-Oise, Saône-et-Loire, Gironde, Dordogne, Maine-et-Loire, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Côtes-du-Nord,
A ces 36 millions 4/2 d’individus, il faut ajouter la population des colonies, à savoir 800,000 Européens et 3,200,000 indigènes, de sorte que le total de nos forces sociales est de plus de 40 millions d’individus vivant sous la loi française ou sous le protectorat français.
Sur les 36 millions 4/2 d’habitants de la France ,
18.100.000 environ du sexe masculin, et 18,400,000 du sexe féminin, c’est-à-dire que, sur 1,000 individus , on en compte à peu près 499 du sexe masculin et 501 du sexe féminin. La différence est surtout sensible dans nos départements du Nord-Ouest où l’on trouve jusqu’à 100 personnes du sexe féminin pour 92 du sexe masculin.
Dans les colonies, la disproportion est encore beaucoup plus grande, parce qu’il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes qui émigrent.
361. Les naissances. — En France, cette différence tient à d’autres causes; car il naît plus d’enfants du sexe masculin que du sexe féminin. Le nombre total des naissances est de près de 1 million par an (1,006,000 en 1864) dont
516.000 garçons et 490,000 filles (1). Mais la guerre et les travaux plus rudes ou plus dangereux auxquels se livrent les hommes, rendent la mortalité plus grande dans ce sexe, de sorte que, un peu avant la trentième année, l’équilibre se trouve rétabli entre les deux sexes, c’est-à-dire que sur un million de naissances, il y a, après 28 ou 29 ans,
540.000 survivants dont 270,000 femmes; mais les mômes causes continuant à agir, cel équilibre est bientôt rompu au profit du sexe féminin, de sorte que, vers 75 ans, on
(pj Nous négligeons partout les fractions de nombre qui ne pourraient que jeter de la confusion dans l’esprit.
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compte, pour 60,000 hommes survivant, près de 70,000 femmes.
362. Les décès. — La mort enlève , chaque année , en temps ordinaire , environ 850,000 individus , soit à peu près 225 pour 40,000 habitants. Elle ne frappe pas également sur tous les âges. Les enfants, immédiatement après leur naissance, sont les plus exposés ; dans le cours de la première année, la cinquième partie de ceux qui ont vu le jour meurent par suite de faiblesfee de constitution ou faute des soinr délicats qui doivent entourer la première enfance ; la se . conde et la troisième année sont encore très-exposées, puis, la vie s’affermit en quelque sorte, et la mort a beaucoup moins de prise. On a calculé que, de la naissance à 4 ans, il mourait, chaque année, 4 personne sur 14, et que, de 4 ans à 5 ans, il en mourait 1 sur 113. Cependant chaque année en emporte ; à 33 ans, il ne reste que la moitié de la génération, et, à 75 ans, il n’en reste que le quart. A partir de cet âge, et, dès la soixantième année, la mort sévit de nouveau cruellement.
363. Les mariages. — Le nombre des mariages annuels est d’un peu moins de 300,000 dont 255,000 en premières noces ; donc, l’âge moyen du mariage étant de 27 ans, la trèsgrande majorité des survivants à cet âge (environ 560,000 survivants) entre en ménage (l).
La population de la France augmente, non par l’augmentation des naissances, dont le nombre moyen annuel a peu varié depuis quelques années, mais par la diminution progressive delà mortalité qui met pour ainsi dire, chaque année, une différence plus grande entre le nombre de ceux qui entrent dans la vie et le nombre de ceux qui en sortent, par suite, dans le contingent total de la population actuelle.
3G4. Les rapports avec le climat et le sol. — L’homme
(1) If faudrait ajouter, aux 510,000 (255,000) individus qui se marient en premières noces,, les mariages de garçons avec des veuves et les ma riages de filles avec des veufs.
a des rapports intimes avec l'air qu'il respire, le soleil qui le réchauffe le sol qui le nourrit. Climat rigoureux ou loi
ingrat, population en général rare etchélive. Aussi pendant
que la population totale de la France augmentera population de certains départements diminue-t-elle* le plus P son
nnm.llr 1 danS | 6 S ,° ‘ Tel est Ie cas P our le Cantal, dont la sT a ', 6 P us dlm,nu é depuis trente ans, pour les
Elle diminue pour d’autres causes, accidentelles ou Der
vorne et ie caT ^
J il ’ Ie Lot ' et - Garonne qui sont, avec les nrécédpnu
es 0 départements où cette diminution est la plus forte’
Il y a certaines maladies et infirmités qui tiennent ou
qu, paraissent tenir au climat et au sol. Ainsi, par exemple
les maladies de poitrine et la fièvre typhoïde sont fré’
quentes sous le climat sec et rude des Vosges; les maladifs
de poitrine, sousle climat rhodanienque balayent les vents •
es rhumatismeset les maladiesdu système lymphatique sous
les brouillards humides du climat séquanien. Le goffre eUe
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A Varangéville et à Rosfères^rèf Te ÏÏa7c v d ’, infirmi ! és des goitreux était considérable ; depuis que FexplôSon
(1) Parmi les départements où if v o i , le plus de crétins), il faut comot/r cp P i US » de goîtreux ( mais «on Haute-Loire, Ardèche, Puy-de-Dôme. ÜU M3SSlf central » Cantal,
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du sel a enrichi ce village, les goitreux deviennent une rare exception .
Les sourds-muets sont nombreux dans les mômes régions : Savoie, où Ton en compte 300 par 100,000 habitants, Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Hautes-Pyrénées, Corse, Haute-Savoie, Alpes-Maritimes, Meurlhe, Puy-de-Dôme, où l’on en compte 100 par 100,000 habitants. Quelques départements, comme la Meurlhe, la Seine, ont des établissements spéciaux pour instruire et traiter les sourdsmuets.
C’est dans les departements du midi, ainsi que dans lcs départements de l’Eure et du Calvados, que l’on trouve le plus d’aveugles : Corse (164 sur 100,000 habitants), Tarnet-Garonne, Hérault, Aude, Savoie, Lot-et-Garonne, Haute- Garonne, Gard (120 sur 100,000 habitants).
L’aliénation mentale, au contraire, se rencontre plutôt dans les départements riches et paraît avoir plus de rapport avec l’industrie qu’avec le sol ou le climat ; les dix départements qui sont notés comme en renfermant le plus sont : Maine-et-Loire (268 sur 100,000 habitants), Seine, Savoie, Seine-Inférieure, Haute-Savoie, Rhône, Nièvre, Côted’Or, Meurthe, Bouches-du-Rhône. Mais ces départements possèdent un hospice particulier pour recevoir les aliénés, et leur contingent est formé en partie par les contingents envoyés des autres départements.
363. Les rapports avec la politique et l’administration. — La politique et l’administration exercent sur la répartition des habitants dans un pays une sensible influence. Les chefs-lieux, et surtout la capitale, par la concen trcition des services administratifs, attirent un grand nombre d’individus et créent des intérêts permanents de diverse nature* Le service militaire emploie une partie des forces de la jeunesse et la groupe, pour la défense commune, sur certains points, dans quelques grandes villes, dans les forteresses et dans les ports.