JLa population indigène. — Au nord, sur la rive
Iroite du Sénégal, sont des tribus nomades de Maures parmi
esquelles les Trarzas ont été particulièrement hostiles aux
S'ovis. Au sud du Sénégal, la région est occupée par diverses
races de Novis : les Fouis ou Félicitas qui ont le teint rougeâtre,
la face assez semblable à celle des Européens, et qui, musulmans convertisseurs et conquérants, ont fondé plusieurs âtats, entre autres le Fouta ; les Mandingues, complètement loirs, habitent les contrées montagneuses de l'est; les Yolofs, au teint noir, au nez épaté, aux lèvres épaisses et aux cheveux crépus, vivent dans les plaines de l'ouest.
272. La colonie du Sénégal. — La colonie française comprend nominalement tout le cours du fleuve et les établissements de la côte situés entre le cap Blanc au nord et le cap Sierra-Leone au sud. En réalité, nous exerçons une sorte de 'suzeraineté sur cinq ou six royaumes noirs situés sur la rive gauche du fleuve, depuis Médine, notre port le plus oriental (par 13° 44' de longitude occidentale), et Sénoudéboa, sur le jFalémé, au sud-est duquel on a tenté l'exploitation des mines .d'or de Kéniéba, jusqu'à la province de Dimar ; de plus, nous possédons, au sud du fleuve, la province de Dimar, celle de
• Oualo, la côte du Cayor; nous exerçons notre suzeraineté sur lies royaumes noirs de la côte situés entre le cap Vert et la
rivière Saloum, particulièrement sur le Cayor, restitué à son , roi en 1871 et défendu contre une invasion par la victoire de
Coki en 1875 ; au delà nous n'avons que des comptoirs.
On évalue approximativement à 148,000 le nombre des habi- ' tants de ces royaumes. Mais, indépendamment des militaires,
marins et employés qui sont au nombre de 1,500, on ne compte
que 292 Européens établis au Sénégal, dont 204 à Saint-Louis i et 88 à Gorée. Les autres positions ne sont que des postes,
quelques-uns peu nombreux (à Médine, il n'y a que 60 personnes), et sont occupés exclusivement par des employés civils ou militaires, des soldats indigènes et des noirs.
La colonie, sous les ordres d'un gouverneur résidant à Saint- Louis, est divisée en trois arrondissements, subdivisions ou cercles.
i° Arrondissement de Saint -Louis, avec Saint -Louis (15,000 hab.), résidence du gouverneur, bâtie sur une petite île sablonneuse du fleuve, à 15 kilomètres environ de l'embouchure, mais séparée seulement de la mer par une étroite bande de sable, dite côte de Barbarie (1); la ville, qui s'élève au milieu d'un paysage aride, est composée en majeure partie de cases de paille ; deux ponts la font communiquer avec la côte de Barbarie et avec l'intérieur ; Gandiole, marché important pour les arachides et pour le sel; Mérinaghen, près du lac de Guier; JDagana et Podor, sur le fleuve. De cet arrondissement dépendent les positions entièrement inoccupées et presque inexplorées de l'île d'Arguin et de Portendick, sur la côte du Sahara.
2° Arrondissement de Bakel, avec Bakel (1,900 hab.), situé nonjoin du confluent de la Falémé avec le Sénégal, Matam, Senoudébou, Médine.
3° Arrondissement de Gorée, avec Gorêe (2,600 hab.), petite ville qui occupe à peu près les deux tiers de la superficie de son rocher, et dont la rade présente, excepté durant la saison des pluies, un excellent abri; Dakar, à la pointe du cap Vert, qui n'est séparé de Gorée que par un canal de 2 kilomètres ; les petits comptoirs de Portudal, de Rufîsque, de Joal, sur la côte de Baol et de Sin ; le comptoir de Kaolack, à 1 30 kilomètres de l'embouchure du Saloum; sur la Casamance, le comptoir de Carabane dans l'île du même nom, avec la suzeraineté des deux rives de l'embouchure de la Casamance, et celui de Sedhiou, comprenant quatre petits territoires situés sur les deux rives du fleuve, à 120 kilomètres de la mer.
A 500 kilomètres environ au sud sont le rio Nunez et le Rio
(1) Sur cette bande de sable, est le village de Guet-iVdar, où mouillent ordinairement les navires pour communiquer avec Saint-Louis.
Pungo, où des négociants français font le commerce, sans que la France y ait d'établissements.
273. LiC commerce du Sénégal. — Le commerce de cette colonie s'élève environ à 40 millions de francs, en total, dont 20 millions avec la France et ses colonies, et le reste particulièrement avec l'Angleterre, les États-Unis et l'Espagne. 11 y a en outre un petit commerce de cabotage entre les comptoirs de la côte. Tout le commerce européen se concentre à Saint-Louis et à Gorée, un peu, depuis quelques années, à la Casamance ; il part presque entièrement de Marseille et surtout de Bordeaux, pour la France, et il consiste :
1° A l'importation :
En tissus de coton et particulièrement en guinêes, toiles de i coton grossières, étroites, teintes en bleu, tissées d'ordinaire dans l'Inde ou à Rouen, que portent les indigènes et qui souvent même servent de monnaie dans les échanges; en farines et riz; en vins, eaux-de-vie et liqueurs; en charbon de terre; en vêtements confectionnés et articles à l'usage des Européens ; en -armes ; en tabac ; en verroterie, etc.
2° A l'exportation, en graines oléagineuses, à savoir : Yarachide, sorte de légumineuse dont les fleurs s'enfoncent en terre pour mûrir et dont les graines, dites pistaches de terre, enfermées au nombre de deux à quatre dans une gousse ovale et grisâtre, fournissent pour les indigènes un aliment recherché, pour le commerce européen une huile comestible ; les gousses réduites en tourteaux servent d'engrais. Cette culture date seulement de 1840 et donne aujourd'hui plus de 30 millions de kilogrammes ; le Cayor et la Casamance en fournissent la plus grande partie et le commerce s'en fait principalement à Gandiole, à Rufisque, à Sedhiou ; le beref, graine d'une espèce de melon ; le sésame, petite graine d'aspect assez semblable à la graine de luzerne ; la noix de touloucouna que donne un arbre très-commun sur les bords de la Casamance : et la noix de palme, produite, comme le coco, par un certain palmier et fournissant deux huiles, l'une, comestible, qui reste ordinairement dans le pays, l'autre, non comestible, qui est exportée pour les emplois industriels.
En gomme, plus estimée en Europe que celle qui vient d'Ara-
bie môme. La meilleure suinte des fissures d'une espèce d'acacia dont l'écorce se fendille après la saison des pluies, et qui forme des forets entières sur la rive droite du bas Sénégal; aussi les gommiers sont-ils surtout aux mains des Maures qui, après les pluies, viennent camper près des forêts, font faire la récolte assez pénible par leurs esclaves et en vendent le produit sur les marchés ou escales du fleuve (plus de 3 millions de kilogrammes). Les traitants noirs portent la gomme à St-Louis.
En peaux de bœuf; en cire jaune; en bois de teinture, quelque peu aussi en coton courte-soie, qu'on cultive principalement au Bondou; en ivoire, en or, en nattes, en plumes, etc.
L'industrie est très-primitive. Celle de tisserand est principa- 1 lement exercée par les indigènes et consiste à fabriquer, avec le métier le plus grossier qu'on puisse imaginer, des étoffes de coton bleu dont la pièce n'a pas plus de 2 à 3 mètres de long et de 45 centimètres de large et dont plusieurs pièces, cousues ensemble et ornées de fils de couleur, forment le pagne, vêtement ordinaire des indigènes. L'importation des guinées fait une rude concurrence à ces tisserands. A cette industrie on peut ajouter la fabrication de la brique et de la chaux et le travail du forgeron; le produit est d'ailleurs très-médiocre et l'art très-grossier. Les Sénégalais dédaignent les travaux manuels.
V agriculture n'est guère moins primitive et consiste dans le soin du bétail, dans la culture du mil, principale céréale des indigènes, du riz, du maïs, du coton, de Y indigo et de Yarachide. Les demandes considérables de cette graine faites par l'Europe ont quelque peu stimulé l'apathie des noirs qui en cultivent beaucoup plus que par le passé. La pêche fluviale est abondante et très-pratiquée.
A l'est du haut Sénégal, on entre dans la vallée du Niger et par conséquent dans l'Afrique centrale ; du temps de Brué, un des premiers gouverneurs du Sénégal, et de nos jours encore, on a tenté de nouer des relations avec cette contrée et un voyage d'exploration a été poussé jusqu'à Timbouctou.
274. ff^es éflalblîssemenïs de la Côte d'Or et du Ga- »oei. — Les établissements de la Côte-d'Or et du Gabon sont placés
sous l'autorité supérieure du commandant de la division navale des côtes occidentales d'Afrique. Ils étaient au nombre de quatre, à savoir :
Sur la côte de la Guinée septentrionale, le Grand Bassam, petite enceinte entourée d'une haie vive et renfermant trois ou quatre bâtiments, une maison, une poudrière, etc., placée sur une langue de sable marécageuse, au bord de la mer et à l'embouchure du Grand-Bassam; Dabou, poste dans l'intérieur, sur la lagune ou lac Ébrié, à 80 kilomètres environ au nord-ouest du Grand-Bassam ; Assinie, à 50 kilomètres à l'est du Grand- (Bassam, simple blockhaus ou poste palissade, sur la rive droite l'un canal dit rivière d'Assinie, par lequel se déversent les j?aux de deux grandes lagunes; la marine a retiré aujourd'hui de ces établissements les petites garnisons qui les protégeaient, mais la France conserve la souveraineté du terrioire.
; Sur la côte de la Guinée méridionale, le Gabon (1), poste composé, avant 1871, de deux pavillons et de quelques bâtiments hrotégés par une palissade, et centre de la station navale ; il est lacé sur la rive droite et à l'embouchure d'un vaste estuaire, E Gabon (ou M'Pongo), qui reçoit plusieurs rivières et qui est jordé de magnifiques forêts. A côté du poste, sont le petit viljige noir de Libreville et le bâtiment de la mission aposto- 'que. La marine ne conserve aujourd'hui au Gabon qu'un dépôt I e charbon.
Indépendamment de ces comptoirs, la France a la possession
j.u Gabon) ou le protectorat nominal de quelques régions voi-
nes; mais l'industrie et l'agriculture y sont presque nulles. Le
mimeree y est entre les mains des noirs de la côte qui font
)ffice de courtiers et qu'on désigne sous le nom de jack-jacks;
11 général, les navires européens déposent sur la plage et leur
ll>nfient leur pacotille (tissus de coton, fusils, poudre, eau-de-
I |2, tabac, verroterie, poterie, quelques confections com-
.unes, etc.) qu'ils vont vendre, à grand bénéfice, dans les vil-
I j^es de l'intérieur; en échange, ils rapportent, quelque temps
1) La France a construit an cap Lopez un blockhaus, et elle a reconles embouchures de l'Ogooué, un des grands fleuves de l'Afrique «atonale.
après, une très-bonne huile de palme , de Yivoire , du boi? d'ébène ou de santal, du caoutchouc, de la gomme copal, ur peu de café grossièrement préparé. Ce commerce, qui peu être évalué à 4 millions et qui est entièrement libre, est fai beaucoup plus par les Anglais et les Allemands que par le Français.
275. L'fle Mayotte et ses dépendances. — Entre 1 côte d'Afrique et l'île de Madagascar, au nord du canal de Me zambique, se trouvent : d'une,part, le groupe des îles Comore dont la plus méridionale, Vile Mayotte, appartient à la France d'autre part, près de la côte de Madagascar, un groupe qi appartient à la France et dont l'île principale est Nossi-bè. L tout a une superficie d'environ 300 kilomètres carrés et un population de 30,000 habitants.
Mayotte (30,000 hab.), île volcanique dont les sommets ne cl passentpas 600 mètres, boisée, très-fertile, est enveloppée presqi entièrement par une ceinture derécifs corallins, avec quatre îlot Pamanzi, Dzaoudzi qui a une bonne rade et qui est le siège t gouvernement, Bouzi et Zambourou ; Mayotte et les îlots o des baies profondes et d'excellents mouillages. La popnlatio partie arabe, partie sakalave, est d'environ 1 i ,000 individus, compris une centaine d'Européens qui ont beaucoup de peii à s'acclimater (en 1870, 3 naissances et 10 décès). La moitié e viron des terres a été concédée à des colons ; à côté des coc tiers et des bananiers qui poussent à l'état sauvage, on culti surtout la canne à sucre, quelque peu le café, la vanille le riz.
Nossi-bé (195 kil. c. et 10,000 hab.) est entourée de plusiei' îlots dont le plus grand est le montagneux Nossi-Cumba; au si , Nossi-bé, en partie volcanique, en partie granitique, attei 600 mètres en un point, au Niorné Loucoubé ; elle est arro.' î par trois petites rivières. La pluie y est très-abondante : il i tombe plus de 3 mètres en moyenne par an. La population t presque toute composée de sakalaves ; les créoles, les colo , l'administration et la garnison forment à peine un total e 900 personnes. Le sol est très-fertile et l'on cultive avec sue s le riz et la canne. Le siège du gouvernement est au vill,e d'Hellville.
Le commerce de ces îles, qui est d'environ 2 millions 1 /2 de francs, se partage entre la France (Nantes et Marseille), la Réunion et le cabotage étranger; il se compose à l'importation, de bœufs, de riz, de poudre, de fusils, de cotonnades, etc., à l'exportation, de sucre, quelque peu de café, d'huile de coco, de , bois d'ébène, de bois de santal, etc.
Les communications postales se font par l'île Mahé, des Seychelles, quand les vents permettent aux paquebots de la compagnie anglaise d'y aborder, et par l'île de la Réunion, mais en trois mois au lieu de six semaines, quand, en juin, juillet et août, la mousson ne permet pas l'approche de Mahé.
276.Saiute-lIarie de Madagascar. — Des anciens établissements de la France à Madagascar, il ne reste que l'île de Sai?ite-Mane, située sur la côte nord-est, en face de la pointe à Larrée et de l'ancien comptoir de Tintingue. Sa longueur est de 48 kilomètres, sa largeur de 11 kilomètres, sa superficie de 90 kilomètres carrés; sa population est évaluée à 6,500 indipvidus. Le climat est très-malsain pour les Européens qui s'y fixent rarement. Le commerce, très-restreint, ne consiste que lans le cabotage avec les îles voisines et le principal avantage le cette possession consiste dans la bonne rade du Port-Louis, pu Port- Sainte-Marie, où les navires assaillis par les cyhlones dans les eaux de la Réunion peuvent trouver un rel'uge.