‹ La France avec ses colonies;Chapitre 118 sur 147 · L'ASIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L'ASIE FRANÇAISE

(Voir dans l'Atlas la planche des Colonies.)

278. li'Intle française. — La grande presqu'île de l'Inde est tout entière en la possession ou sous la dépendance de l'Angleterre. Des établissements que la France avait commencé à y fonder au xvmc siècle, il ne reste plus, depuis le traité de 1763, que cinq villes comprenant un territoire de 490 kilomètres carrés avec ,262,000 habitants, dont 1,500 blancs. Des conseils locaux et un conseil colonial ont été créés, en 1872, pour l'administration de la colonie.

Les cinq villes sont :

Sur la côte sud-ouest de Malabar, Mahê, ville sur la rive gauche et près de l'embouchure d'une petite rivière du môme nom, dont le territoire, coquettement boisé et comprenant quelques hameaux ou aidées, atteint à peine 60 kilomètres carrés et dont la population est de 8,000 individus.

Sur la côte sud-est, dite côte de Goromandel, Karikal, ville située dans le delta du Cavéry, sur la rive gauche d'une des branches du fleuve (l'Arselar), navigable seulement dans la saison des pluies; son territoire très-fertile, comprenant un grand nombre d'aidées, est de 130 kilomètres carrés, et sa population de 92,000 individus.

Sur la même côte, à 115 kilomètres au nord, dans la province du Carnatic, Pondichéry, chef-lieu des établissements français de l'Inde, située sur le bord de la mer et divisée en deu\ parties : la ville blanche, coquettement bâtie sur la plage, et, en arrière, la ville noire, séparée de la précédente par un canal et composée de cases indiennes. La rade est mauvaise; Le débarquement, qui se faisait péniblement sur des espèces de radeaux, dit chélingues, a été rendu plus facile parla construction d'un pont-débarcadère. La population est de 133,000 âmes,

dont un millier d'Européens. Le territoire, dont la superficii est de 290 kilomètres carrés, est enchevêtré dans le territoin anglais; il est divisé en trois districts, qui prennent le nom d< la ville ou de la bourgade principale, Pondichéry au nord est, Villemour à l'ouest, Bahour au sud.

A 600 kilomètres environ au nord, sur la côte d'Orixa, Yd naon, près de l'embouchure du Godavéry, entre la rive gauch de ce fleuve et son principal bras, le Coringuy ; le territoire es d'environ 14 kilomètres carrés etla population de 5,(500 habitants

A près de 1,000 kilomètres au nord, sur la rive droite d l'Hougly ou branche occidentale du Gange, Chandernagor, situé dans l'intérieur des terres, à 35 kilomètres environ au nord d la grande ville de Calcutta, avec laquelle elle communique pa un chemin de fer. Chandernagor n'a qu'un territoire de 9 kilo mètres carrés; mais sa population, presque toute indienne, dé passe 22,000 âmes.

La France possède en outre sept loges ou factoreries, mai sons qu'elle loue ou qui ne sont pas habitées, entre autres, I Surate, à Calicut et à Mazulipatam.

Le riz (Voir fig. 153), les menus grains, le coco, le callou e l'arack, liqueurs extraites du cocotier, l'indigo, le poivre-bétel sont les principaux produits du sol dans les colonies françai ses; la principale industrie est la fabrication des toiles de coton dites guinées.

Chandernagor n'a guère de relations qu'avec Calcutta, sa voi sine ; Mahé et Yanaon réunis ne font pas 500,000 francs d'al faires. Tout le commerce extérieur, dont le total est de 20 mil lions, est concentré à Pondichéry et à Karikal; il se dirige, pou le plus grand nombre d'articles, sur l'Inde anglaise par bâti ments anglais, puis sur la Réunion et la France par bâtiment français, et consiste surtout :

1 ° A l'importation, en faisant abstraction des articles qui n< sont importés que pour la réexportation, en vins et liqueurs d France, en vêtements et pièces de lingerie.

2° A l'exportation, en guinées, destinées à l'Afrique et parti culièrement au Sénégal, en indigo de qualité inférieure, en huil de coco £t autres huiles, en peaux tannées, quelque peu ei. pistaches, épices, café, arrow-root, etc.

La France fait dans les ports anglais de l'Inde un commerce beaucoup plus important que dans ses propres colonies.

Fis:. 153. — Riz. Hauteur : 1™, 60.

279. I^a C oc li in «'li î no française. — A l'est de l'Inde, au delà du détroit de Malacca, un grand fleuve, le Mé-Kong ou Cambodge, venu des montagnes du Tibet et coulant à travers l' Indo-Chine, se jette dans la mer de Chine en embrassant de

ses nombreux canaux un vaste espace de forme rectangulaire, dont la pointe méridionale s'appelle la pointe de Camau. On désigne cet espace sous le nom de Basse-Cochinchine.

C'est une terre d'alluvion formée par le fleuve lui-même qui y coule en enveloppant un vaste delta ; elle présente çà et là quelques collines et montagnes isolées qui tranchent sur l'uniformité d'une immense plaine basse, couverte en partie de forêts et marécages. Le Nui-Bâ Den (88 \ m.), le Nui-Bâ-Pnom, le Nui-Cam (500 m.) sont les principales éminences de celle plaine. Au nord-est et à l'est, sur la frontière de l'Annam, et à la limite du bassin du Donnai', le terrain est un peu plus élevé. A l'ouest, hors des limites de notre colonie, et sur le territoire du Cambodge, placé sous le protectorat français, les. terrains d'alluvion dominent encore; mais quelques chaînes cotières atteignent une plus grande altitude : le Tekliang, dans la chaîne de l'Éléphant, a 975 mètres, et, près de la limite de Siam, un sommet s'élève à 1,220 mètres.

Le Mé-kong, c'est-à-dire le grand fleuve, dont la source est encore inconnue, mais dont l'expédition de Lagrée et Garnier a révélé tout le cours moyen, descend du Laos en replis tortueux, formant une série de rapides dangereux, comme celui de Préabatang, qui interdisent toute navigation ; il enveloppe de nombreuses îles et se déploie sur certains points jusqu'à atteindre une largeur de 5,000 mètres, tandis que sur d'autres il se resserre dans un lit de 2 ou 300 mètres. Parvenu au Cambodge où il est désigné dans une partie de son cours sous le nom de Tonly- Thom, il reçoit, par le Tonly-Sab, les eaux d'un grand lac poissonneux qui est limitrophe du Cambodge et de Siam et au nord duquel sont les ruines d'Angcor. Après ce confluent, il se partage en deux branches qui enveloppent l'île Nam-Ian, le Tiên- Giang ou fleuve antérieur, qui lui-même se subdivise en six bouches avant de se rendre à la mer, et le Hau-Giang, ou fleuve postérieur, qu'une île partage en deux bouches.

Le Mé-Kong a des crues ; les eaux montent de mai en octobre, et atteignent encore 10 mètres à Pnom-Penh, 4 seulement à Châu-dôc ; elles décroissent d'octobre à mars. A l'époque des basses eaux, la marée se fait sentir jusqu'à Pnom-Penh.

La région qui s'étend à l'est de sa branche orientale est ar-

rosée par le Donnai ; celui-ci, après le confluent de la rivière de Saigon, se divise en forme de delta : à l'ouest, la branche du Soirap qui reçoit le grand Vaïco, formé de la réunion du Vaïco occidental et du Vaïco oriental; à l'est, la rivière de Saigon qui se continue, étroite, mais plus propre à la navigation, parce qu'elle est plus profonde. Des canaux, les uns creusés de main d'homme, comme le canal de Vin-té qui conduit de Châu-dôc, sur le Mé-Kong, à Hàtien, sur le golfe de Siam, et les arroyos qui conduisent du Donnai au Tiên-Giang, les autres naturels, encombrés d'herbes, ou secs dans la saison des basses eaux, sillonnent toute la Basse-Cochinchine. Dans la saison des pluies, une grande partie de la région n'est qu'une suite de marécages couverts de joncs et d'herbes, ou, sur la côte, de forêts de palétuviers à demi noyées.

La côte est partout basse et la mer est sans profondeur. Sur le golfe de Siam, un seul port, celui d'Ha-tiên, est accessible aux petits bâtiments. La pointe de Camau qui marque la limite méridionale de la Cochinchine et qui sépare le golfe de Siam de la mer de Chine, est une plage vaseuse. La côte de la mer de Chine, orientée au nord-est jusqu'au delta du Mé-Kong, est également vaseuse, peu accessible, couverte en partie de palétuviers, et n'a pas encore été exactement reconnue par les marins. Les bouches du Mé-Kong sont envasées ; mais la branche du Soirap présente un chenal qui a partout plus de o mètres, et la rivière de Saigon un chenal qui a plus de 10 mètres de profondeur jusqu'à la ville ; le cap Saint- Jacques (149 m.) et son phare indiquent l'entrée de ce chenal et la fin de la région basse. A peu de distance à l'est, sont le cap Ti-oan et la pointe Can-Banë, frontière de la Cochinchine et de l'Annam.

Dans la saison sèche, d'octobre à avril, la température varie de 35 degrés, pendant le jour, à 17 degrés, pendant la nuit; dans la saison des pluies, par le mousson du sud-ouest, elle varie entre 20 et 30 degrés.

Dans les parties fertiles, le long des cours d'eau principalement, sont de vastes rizières et des jardins. Les forets sont riches en brama, en bambous, en bois de teck, bois de fer, bois de santal; les animaux; sauvages, buffles, éléphants, tigres, s'y rencontrent en grand nombre. Le poisson qui abonde dans les

cours d'eau est une des ressources de la population. Le riz est la principale culture : il occupe 244,000 hectares, et la province de Saigon et celle de Mytho sont les plus riches à cet égard. Viennent ensuite les aréquiers et les cocotiers, la canne à sucre, le coton, le tabac, le maïs, l'arachide, le poivre, le bétel, le mûrier, le palmier d'eau, etc.

Sur le bord de la mer, il y a des salines.

La France possède, en vertu du traité de 4802, toute la région qui s'étend à l'est de la branche orientale, plus deux îles du delta, le tout ayant une superficie de 22,380 kilomètres carrés, et en outre, à 70 kilomètres environ au sud du Cambodge, au centre d'un petit archipel rocheux, l'île montagneuse et boisée de Poulo-Condor, dont la superficie est d'environ 60 kilomètres carrés et qu'un isthme, submergea marée haute, pa tage en deux parties. En 1867, la France a ajouté à cesposses sions les trois provinces de Vinh-long, de Châu-dôc et de Ha-tiênr situées au sud du fleuve, qui lui ont été définitivement cédées par le traité du 15 mars 1874; le territoire soumis à la France a acquis ainsi une étendue de 56,000 kilomètres carrés. La population y est de 1,225,000 habitants et se compose de plus de 1,120,000 indigènes cochinchinois, y compris les Mois, de 43,000 Chinois, de 25,000 Annamites, de 23,000 Cambodgiens, etc., et seulement de 700 Européens, sans compter la garnison et les fonctionnaires.

Au nord-ouest de la Cochinchine française, le royaume de Cambodge, dont Siam et l'Annam se disputaient la suzeraineté, s'est placé sous le protectorat de la France. La superficie de ce royaume est d'environ 30,000 kilomètres carrés, et la population de un million d'habitants. La capitale a été transférée d'Oudong à Pnom-Penh au confluent du Mé-Kong et du Tonly-sab qui sert de déversoir au Grand-Lac. Le Cambodge, pays des Kmers, a été autrefois le centre d'une civilisation florissante dont on admire encore les restes splendides dans les ruines d'Angcor, situées au nord du Grand-Lac, hors des limites du Cambodge.

A la suite de l'expédition contre Ha-noï, dans le Ton-kin, le roi d'Annam a signé le traité de 1 874, par lequel il a ouvert au commerce trois ports et la navigation du Nhi-hâou Song-koï, et

le royaume d'Annam est lié à la France par un traité d'amitié qui équivaut à une sorte de protectorat.

La Cochinchine française est divisée en six provinces, subdivisées en 18 inspections.

1° Les trois anciennes provinces sont :

Celle de Saigon, au centre. Elle renferme la ville de Saigon 82,000 hab.), siège du gouvernement colonial, composée d'une Aille européenne de construction récente, et d'un groupe de villages cocliinchinois dont la population, chassée par notre conquête, s'est déjà reformée en grande partie. Placée dans une plaine, sur la rivière la plus profonde de la Cochinchine, à 70 kilomètres environ de la mer, communiquant avec le Don-naï d'une pari, d'autre part, par divers arroyos, avec le Cambodge dont les bouches sont ensablées, Saigon est la position maritime la plus importante de la Cochinchine. Cholon, Goeong, Tan-an sont des chefs-lieux d'inspection situés au milieu de de fertiles rizières.

Celle de Bim-hoû au nord-est, avec la ville de Bièn-hoâ qui n'est qu'un poste militaire.

• Celle de Myiho, au sud-ouest, avec l'importante place de *Mytho, entrepôt du commerce de Cambodge, ville située sur la rive gauche de la branche orientale du fleuve, au confluent du principal arroyo qui conduit à Saigon.

2° Les trois nouvelles provinces sont :

Celle de Vink-long, chef-lieu Vinh-long sur la rive droite du bras oriental du Cambodge, en amont de Mytho avec les inspections de Travinh et de Bentré.

Celle de Cltâu-dôr,, chef-lieu Augiang ou Chàu-dôc^ sur le bras occidental, communiquant par un canal avec Hatiên et avec le fertile district de Sa-dec.

Celle à'Ha-tién, dont le chef-lieu, Hatién, est à l'entrée d'une anse profonde, sur le bord du golfe de Siam.

Le commerce maritime de la Cochinchine française, que l'on évalue à 30 millions, a lieu avec la Chine par Hong-Kong et Chang-hai, avec le Jupon, très-peu avec l'Europe. La France fait avec la Cochinchine et le royaume de Siam un commerce total de 12 millions (en 1872), dans lequel figurent au premier rang l'importation des soies et l'exportation des lainages et des vins.

Le commerce total de la Cochinchine consiste en importation de thé, de boissons, de chaux, de papier, d'opium; en exportation de riz, de poisson salé, de sacs de paille, de coton, etc. Il est fait par des barques et des jonques du pays, et par des navires européens de France, d'Angleterre, d'Allemagne qui ten- • dent à supplanter la marine indigène.

Le mouvement maritime est d'environ 500,000 tonnes. Le commerce entre Hong-Kong et Saigon se fait jusqu'ici beaucoup plus par navires allemands et anglais que par navires français.

Saigon est le point extrême des colonies françaises desservi par les paquebots des Messageries Nationales qui ont un départ par mois. Le voyage est de 35 jours en moyenne. On peut s'\ rendre aussi, indirectement, parla voie de Singapour sur les paquebots de la compagnie anglaise qui a deux départs par mois.

5e section.

L'OGÉANIE FRANÇAISE

(Voir dans l'Atlas la planche des Colonies.)

280. La Nouvelle-Calédonie. — A 4,000 kilomètres environ au sud-est de Saigon et à 1,000 kilomètres à l'est de l'Australie, est une grande île de 300 kilomètres de longueur sur 55 de largeur moyenne (19,700 kilomètres carrés avec les îles Loyalty, etc.) : c'est la Nouvelle-Calédonie. Elle est située dans l'hémisphère austral, entre 20 et 23 degrés de latitude. Cook la découvrit en 1774; la France en a pris possession en 1853.

Une ceinture de récifs, bâtie par les coraux, l'enveloppe en ne laissant que quelques passes et protège la côte contre les tempêtes de la haute mer, en même temps qu'elle en rend l'accès difficile. L'intérieur de l'île est un plateau composé principalement de terrain crétacé, ne laissant place sur la côte qu'à quelques plaines étroites, et surmonté çà et là de chaînons ou de pics isolés. Quelques rivières, dont la principale est le Diaot, dans le nord, coulent sur ce sol généralement perméable; plusieurs s'y perdent et disparaissent.

La Nouvelle-Calédonie a les deux saisons des régions tropicales; mais les brises de mer adoucissent le climat et le rendent très-supportable aux Européens, surtout sur la côte occidentale. Les alizés du sud-est et d'est-sud-est dominent, surtout dans le nord de l'île.

L'aspect général du pays est triste. Dans le nord, deux petites chaînes bordent la vallée du Diaot, la plus longue de l'île, et laissent place sur les côtes à des plaines assez vastes et fertiles. Dans le centre et dans le sud, le terrain, en grande partie ferrugineux, est beaucoup plus accidenté et plus aride. Le plateau, haut de 150 à 250 mètres, s'avance jusque sur le bord de la mer, en formant sur une longue étendue de la côte orientale une falaise qui surplombe; il est traversé par plusieurs chaînons ou massifs : le plus important, qui a l'aspect d'un chaos, est composé de pitons de 15 à 1,600 mètres, au milieu desquels lepic Humboldt se dresse à 1,640 mètres. A l'extrémité méridionale, les hauteurs s'abaissent et la rivière des Kaoris coule dans une assez large vallée.

A 50 kilomètres au sud-est, se trouve la petite île des Pins, séparée de la précédente par le passage Havannah, découvert en 1852. Cette île a un climat plus doux encore que la Nouvelle- Calédonie ; mais c'est un plateau aride, enveloppé d'une lisière de terrains bas et très-boisés de sapins dans le sud. A 110 kilomètres à l'est de la Nouvelle-Calédonie, est le groupe des îles LoyaHy, comprenant trois grandes îles et un grand nombre d'îlots.

La population indigène de toutes ces îles, composée de sau- \uges plus noirs que ceux de la Polynésie, mais moins noirs que ceux de la Nouvelle-Guinée, ne pratiquant aucune industrie, farouches et même naguère anthropophages, divisée en tribus ennemies, peut être estimée à 54,000 individus. Les missionnaires ont sur divers points des établissements. La population blanche est d'environ 10,000 individus dont plus de 6,000 transportés.

La Nouvelle-Calédonie produit l'igname et le taro, nourriture ordinaire des sauvages, la patate, la canne à sucre, le tabac. Sur certains points, notamment à Karigou, on trouve de la houille, et dans le nord, près du Diaot, on a découvert des gisements aurifères. *

Protégée par ses récifs, File a l'avantage de posséder d'excellentes rades, surtout celle de Kanala à l'est, et au sud-ouest celle de Nouméa, chef-lieu de la colonie, abritée par l'île Nou. Le commerce, encore peu développé, ne se fait guère qu'avec Sydney, et consiste en importation de bestiaux et de denrées, alimentaires, en exportations d'huile de coco, d'écaillé de tortue, etc. Il dépasse aujourd'hui 5 millions.

281. Les établissements français de l'Océanie. — Sous le nom & établissements français de l'Océanie, on comprend deux ordres de possessions très-distinctes en principe : 1° les possessions françaises, c'est-à-dire les îles Marquises; 2° les États du Protectorat, c'est-à-dire les îles de la Société et dépendances. Elles sont situées dans l'hémisphère austral, entre le 153e et le 137e degré de longitude occidentale d'une part, entre le 7e et le 24e degré de latitude australe d'autre part, et sont disséminées sur un espace d'environ 320 kilomètres du nord au sud et de l'ouest à l'est.

Au nord-est, Y archipel des Marquises, dont la France a pris possession en 1842, est composé de onze îles ou îlots dont plusieurs sont inhabités. La principale île est Nouka-hiva dont on avait voulu faire, en 18 i0, un lieu de déportation. Les indigènes y sont environ au nombre de 10,000. La France y a un résident et une brigade de gendarmerie ; mais le commerce y est absolument nul.

L'archipel de la Société se compose de deux parties, lesîles sousle vent, et les îles du vent. Le protectorat français qui date de 1843, mais qui ne fut définitivement accepté par la population et par la reine qu'en 1 847, après plusieurs combats, n'embrasse que les îles, du Vent. Ces dernières sont au nombre de quatre, deuv îlots ou groupes d'îlots, Tétouaroa etMaitéa; et deux îles habitées d'une manière permanente, Taïti et Mooréa, ayant une superficie, la première de 1,040 kilomètres carrés, la seconde de 130. Ce sont deux îles montagneuses, d'origine volcanique, et en partie enveloppées de récifs de corail. Taïti est composé de deux massifs volcaniques de forme circulaire qu'un isthme unit et dont le plus haut sommet, lOrohéna, au centre du massif occidental, atteint 2,237 mètres; quelques petits lacs se trouvent sur les hauteurs (lac Vaihiria, lac Tevaloihi, etc.).

Moins élevée, Mooréa n'atteint à son principal sommet (Tamarulos) que 1,212 mètres. Une admirable végétation tropicale pare ces îles, que la douceur du climat permet aux: Européens d'habiter sans danger.

La population indigène y est d'environ 9,000 habitants, réparti- en villages ayant chacun leur chef, mais reconnaissant tou> l'autorité de la reine Pomaré. Les colons et Européens Boni au nombre de 2,000.

La culture, celle du taro, et plus particulièrement celle du coton, fait quelques progrès, et une route a été construite au- Itour de l'île.

Le commandant de la station navale et des établissements de iDcéanie est chargé d'exercer le protectorat. Le centre de l'administration française est à Papeete, port naturel situé derrière Les récifs, au nord-ouest de l'île Taïti, et petite ville d'environ | 2,000 habitants.

Le commerce, qui se concentre presque tout entier à Papeete, consiste surtout, à l'importation, en étoffes ou en outils, dont le cabotage porte ensuite une partie dans les îles du groupe, et, à l'exportation, en huile de coco, en oranges, en jus de citron, en vanille, en fungus, en nacre, qu'on expédie principalement en Amérique , à San-Francisco, à Valparaiso, ou en Australie, à Sidney. La valeur totale ne dépasse pas 8 million-.

A l'est, Yarchipel des Touamoton, dit autrefois Pomotou, composé d'environ 80 îles, reconnaît le protectorat. Ce sont moins des îles que des récifs circulaires de madrépores, s'élevant à peine de quelques mètres au-dessus du niveau de la mer (d'où leur nom dîtes Basses) et entourant d'une étroite ceinture, quelquefois coupée par une ou plusieurs passes, de vastes lacs maritimes. Aussi n y compte-t-on pas plus de 8,000 habitants. A l'extrémité de cet archipel, presque sous le tropique du Capricorne, est le groupe circulaire des îles Gambier ou Mangare\a. qui, dans son lac intérieur, renferme plusieurs îles habitée-. Dans ces parages, le cabotage a quelque activité, et on recueille de la nacre qui est portée à Papeete.

Au sud, est Yarchipel de Toubouaï, composé de quatrelles, 'loul le- deux plus occidentales reconnaissent aussi le protec-

torat ; les indigènes (environ 500 habitants) viennent vendre de l'arrow-root et des gâteaux à Papeete.

C'est par Payta (Pérou) qu'ont lieu les communications postales de Taïti avec la France.

6e section.

Page 1