‹ La France avec ses colonies;Chapitre 4 sur 147 · Les terrains primaires et les terrains paléo · texte numérisé non relu

Les terrains primaires et les terrains paléo

zoïqties. — A l'époque des plus anciennes révolutions géologiques auxquelles la science puisse remonter, l'espace occupé aujourd'hui par la France paraît avoir été presque totalement couvert parles eaux de la mer. La surface solide du globe, comprenant le fond des mers et les îles, était probablement de granit. Des dépôts marins, provenant de la décomposition des roches primitives et transformés eux-mêmes par la chaleur considérable du globe, par la pression et les infiltrations, se déposèrent sur ce fond et enveloppèrent les îles granitiques. C'étaient des roches sédimentaires dont quelques-unes prirent une structure cristalline, comme les gneiss, d'autres une appa-

rcncc lamellaire, comme les micaschistes et les talcschistes. Granit, gneiss et schistes se trouvent encore aujourd'hui émerges dans les terrains primaires du Massif Central, du Morvan, du Bocage vendéen, de la Gatine et de la Bretagne méridionale, qui ne formaient sans doute, à cette époque, qu'une même île s'étendant jusque sur les granits des Alpes, des Maures, de la Conc occidentale et des Vosges. Ces terrains, ainsi que certaines parties des Pyrénées, paraissent n'avoir jamais été recouverts par des stratifications plus récentes, et, par conséquent, depuis cette période qui a dû avoir une très-longue durée, ils n'ont jamais dû descendre au-dessous du niveau des mers. Ils occupent une surface de 110,000 kilomètres carrés, c'est-à-dire le cinquième du territoire de la France.

Y avait-il d'autres terrains émergés que ceux qui montrent aujourd'hui leurs roches primaires à nu ? Sans doute, certaines îles ou parties d'îles de cette période se sont affaissées à une époque postérieure et ont été, comme toute la masse des terrains primaires qui constituent les premières assises de la croûte solide du globe, recouvertes par des dépôts postérieurs. D'autre part, certaines régions, où le granit est à nu aujourd'hui, ont porté des couches stratifiées que des bouleversements, des érosions surtout, ont balayées et fait disparaître. Une grande incertitude règne sur l'état de la terre durant ces premiers âges, que l'on nomme azoïques, parce qu'on n'y a rencontré jusqu'ici aucune trace certaine d'êtres animés»

Au fond de ces mers primitives se formèrent, par la décomposition du granit, ici des grès, là des vases argileuses, plus loin, dans les grandes profondeurs, des calcaires composés en grande partie de la dépouille des mollusques, en partie de la décomposition des roches. Les affaissements et les soulèvements successifs modifiaient les rivages et, en général, étendaient la superficie des terres émergées ; c'est durant la longue série de ces révolutions que les golfes profonds et les détroits qui coupaient les îles du nord de la Bretagne se comblèrent par le soulèvement successif des terrains cambrien, silurien et dévonien, et que cette grande île s'étendit dans le Cotentin, le Maine, et bien au delà ; c'est alors qu'apparut le grand plateau de YArdenne et des provinces rhénanes, à travers lequel le Rhin

LE SOL. . t

devait plus tard se frayer un passage et qui se prolongeait peutôtre à l'ouest jusque dans le Bas-Doulonnais actuel ; c'est alors aussi que s'agrandirent les Pyrénées et les Vosges méridionales qui probablement ne faisaient alors qu'un avec le Schwarzwald.

De plus, la chaleur intérieure du globe et les autres causes déjà indiquées ont fortement agi sur les stratifications de ce second âge ; elles les ont métamorphosées, pour ainsi dire, en terrains cristallins, et donné ainsi naissance aux marbres , aux ardoises. En môme temps des soulèvements disloquaient presque partout les couches ; des êtres animés peuplaient le globe ; leur présence, constatée dans un grand nombre de couches, a fait donner à cet âge le nom de paléozoïque, c'est-à-dire âge des anciens animaux, mollusques et poissons, dont les espèces sont aujourd'hui perdues ; on désigne sous le nom général de terrains de transition ces terrains qui occupent un dixième du territoire de la France (55,000 kil. carrés).

La dernière partie de cet âge est la période carbonifère, durant laquelle se sont successivement formées sur certains points des couches alternatives de grès et de schistes attestant la présence de la mer, quelquefois de calcaires qui indiquent l'existence d'une mer profonde et qui donnent des marbres, de la houille. La houille s'est tantôt accumulée par les apports des végétaux que les fleuves entraînaient et qui se déposaient sur le calcaire carbonifère constituant le fond d'une vaste mer, comme sur les deux versants de VA.rdenne ; tantôt elle s'est formée sur le fond des terrains anciens dans des anses , des lacs ou des tourbières, comme autour du Massif Central . Dans nos tourbières actuelles, les végétaux sont en général de petite dimension; dans les tourbières de la période car-

i •«. , , , ,,, ... Fitf. 2. — Empreinte d'une

boni! ère, les lycopodes s élançaient a fougère sur sa houille. 20 mètres et plus de hauteur et les

fougères arborescentes dont on a retrouvé les traces (voir la fig: 2) formaient quatre fois plus d'espèces que toutes les fougères de notre flore actuelle. Ces marbres, ces ardoises, ces houilles, ainsi que la plupart des filons métalliques, sont situés dans les terrains paléozoïques et dessinent encore à peu

<près le rivage des mers et des lacs durant cet âge, en formant <des ceintures autour des dépôts plus anciens.

4. Ii<»s terrains» secondaires. — Les terrains seconj daires sont les plus développés en France où ils occupent une

< surface de 1 95,000 kil. carrés (25,000 pour les terrains permiens et «triasiques, 105,000 pour les terrains jurassiques, 65,000 pour îles terrains crétacés), c'est-à-dire plus du tiers du territoire.

< Les premiers appartiennent à la période permienne qui forme ] la transition et à la période triasique ; on y trouve le grès bi- , garré et les marnes irisées avec leurs dépôts de sel gemme, et on : y a découvert le premier mammifère. Cette dernière forma-

< tion a laissé autour du Massif Central un chapelet de petits dépôts émergés, a agrandi la contrée des monts des Maures, du

, Cotentin et des Pyrénées et a mis à découvert, sur toute la : région des Vosges, une très-vaste étendue de territoire qui se prolongeait alors jusqu'à l'Ardenne et sur presque toute la haute Allemagne. Le soulèvement du Morvan, qui s'est élevé jusqu'à une altitude de 900 mètres et plus, et celui du Thuringerwald ont précisément fait émerger ces terrains, modifié la forme de la mer triasique et marqué la fin de la période.

Ensuite commença la période jurassique. La mer qui, par suite d'affaissements du sol, couvrait alors une grande partie de notre pays, a été désignée par les géologues sous le nom de mer liasique et les couches qui se déposaient au fond de cette

mer sont les couches du lias, qui comprennent le calcaire à bélemnites, etc. ; près des rivages de ces mers vivait une espèce particulière d'huîtres, la gryphée arquée (fig.3), qu'on retrouve encore en grande quantité formant une ceinture autour du Massif Central, à l'ouest de la Bretagne, au sud et à l'ouest des Vosges, et qui peut servir à dresser une carte, bien hypothétique sans doute, des terres de France, telles qu'elles étaient dans cette antiquité préhumaine (voir la figure 4). Le Massif Central était l'île principale, bordée de diverses couches concentriques, rattachée au Morvan, mais séparée par un détroit de l'île des Cévennes méri-

Fig. 3. — Gryphée arquée.

dionales ; au sud , les Pyrénées formaient une longue île, ou peut-être un chapelet d'îles entrecoupé de détroits : au sudest, les Alpes constituaient un autre archipel dont les îlesi étaient, comme les bandes de terrains primaires de la chaîne

Fig. 4.

actuelle , orientées du sud-sud-ouest au nord-nord-est , cl qui renfermait peut-être une grande île s'étendant des monts des Maures jusqu'en Corse ; au nord-est, le massif des Vosges et des Ardennes constituait, avec la haute Allemagne, une seule cl vaste terre dont la limite occidentale, du côté du Pas-de-Calais actuel, est encore peu déterminée ; au nord-ouest, la grande île de Bretagne, qu'un affaissement de l'isthme poitevin avait isolée du Massif Central, se prolongeait dans le Cornouailles et le pays de dalles.

Une très-grande partie du sol français doit son existence à le période jurassique. Durant les trois âges de l'oolithe, le* dépôts de grès, d'argile et surtout de calcaire donnant les belle?

, pierres à bâtir de Caen et de Bourgogne, se formèrent dans , les trois grands bassins maritimes, le bassin parisien au nord, le bassin aquitanique au sud-ouest, le bassin méditerranéen au sud-est; les diverses couches se déposèrent dans chaque bassin d'une manière symétrique, les unes au-dessus des ( autres, et, à mesure que les révolutions géologiques relevaient . les massifs plus anciens auxquels elles étaient accolées, elles ( apparaissaient au-dessus des mers en formant une suite de cercles concentriques.

Les terrains jurassiques ainsi émergés formèrent toute la région du Jura, d'où ils tirent leur nom, et se prolongèrent sur toute la ligne des îles alpestres (Savoie, Dauphinè) qu'ils soudèrent presque toutes; ils créèrent le plateau de Langres, le Bassigny et le reste de la Lorraine, déjà ébauchée par le trias; une grande partie de la Bourgogne, du Nivernais et une partie du Berri et du Poitou ; la partie occidentale du bassin parisien, le pays de Bray et le Bas- Boulonnais qui furent soulevés postérieurement ; ils comblèrent le détroit qui séparait les Cévennes méridionales du Massif Central, en créant la région des Causses et du Quercy, et ils agrandirent à l'ouest le rivage normand jusque dans le Perche. Les trois bassins maritimes se trouvèrent séparés par la barrière du Poitou et par le soulèvement de la

Côte d'Or et devinrent des golfes.

Ainsi était dessinée par avance la forme des trois grands bassins fluviaux de la France moderne, Seine, Garonne et Rhône ; ces deux derniers toutefois communiquaient par leur partie méridionale.

En même temps, la vie devenait

plus variée sur le globe : tandis que

des monstres amphibies , que des

coquillages innombrables , comme

les ammonites (voir fig. 5), peuplaient les mers, de gigantesques

sauriens hantaient les forêts marécageuses.

Dans ces mers plus rétrécies et sur les bords de ces trois golfes se déposèrent, en zones également concentriques, les couches profondes des terrains crétacés, crétacé inférieur et cré-

Hff. 5.

Ammonite.

lacé supérieur, en même temps que des dépôts d'eau douce se formaient dans les nombreux et grands lacs du terrain jurassique. Dans le golfe parisien, les dépôts maritimes, successivement émergés, dessinèrent un grand arc de cercle concentrique aux terrains jurassiques et créèrent la Basse-Normandie, le Bas-Maine, une partie de Y Anjou, le Saumurois, le reste du Poitou, une partie du Nivernais, la Champagne, une grande partie de la Picardie et Y Artois en se rattachant à l'île du Bas- Boulonnais ; dans le golfe aquitanique, ils créèrent, au nord la Saintonge et une grande partie du Périgord, au sud une partie du Béarn et du Bas-Languedoc, et le Roussillon sur le flanc septentrional des Pyrénées ; dans le golfe méditerranéen, ils s'étendirent sur le Vivarais, couvrirent le Dauphiné et la Provence, par une suite de massifs allongés au pied des Alpes, et rattachèrent la région des Maures au reste de la région alpestre. C'est jusque dans les couches de sable reposant sur la marne du terrain crétacé supérieur, à fiOO mètres environ de profondeur, que plongent les puits artésiens de Paris, d'où jaillit l'eau qui s'est infiltrée dans le sol à l'extrémité de la Champagne où ces mômes couches affleurent (voir fig. 9).

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